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La reprise des travaux de la transversale T6 : Retour en grâce de GUICOPRES ?

Mamadou Cissé  Jeudi, 08 Septembre 2011 22:11

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CISSE_Mamadou_01Suite aux audits menés par la Cour des comptes française, le gouvernement guinéen avait décidé d’arrêter l’exécution de tous les contrats de 2009-2010 pour cause de surfacturation exagérée (jusqu’à 250% dans certains cas). L’on se rappelle que le gouvernement avait même déclaré que si les entreprises titulaires desdits contrats acceptaient de revoir les prix à des niveaux acceptables, il ne trouverait pas d’inconvénient à continuer certains contrats jugés importants pour la nation. Pendant que les observateurs s’attendaient à une clarification dans ce dossier, les riverains de la T6 ont assisté à la reprise des travaux d’aménagement de cette transversale par GUICOPRES. Les sous-traitants de la grande compagnie guinéenne ont ainsi repris les travaux d’aménagement des caniveaux sans aucune présence d’une équipe de contrôle, comme à la belle époque du CNDD. L’objectif serait certainement d’achever ces travaux de caniveaux vers la mi-octobre pour que les grandes pluies ne les dégradent pas jusqu’à près d’un an.

L’auteur de ces lignes n’a rien contre la réussite d’une société guinéenne. Notre propos est d’attirer l’attention de l’Etat, de GUICOPRES et des Guinéens sur la non-qualité de ces travaux afin que le tir soit rectifié pendant qu’il est encore temps. Nous estimons que le rôle de chaque citoyen guinéen est de veiller à la bonne utilisation de l’argent public.


Historique du contrat

Ce contrat a été signé à l’époque du CNDD au moment de la toute puissance de GUICOPRES. Les travaux avaient mal débutés et il y a eu beaucoup de tâtonnements dans les terrassements et l’implantation des caniveaux. Puis intervient l’élection d’Alpha avec pour corollaire l’audit et la suspension des contrats de 2009 et 2010. Sans qu’on ne sache comment les choses se sont passées (est-ce que la suspension est levée pour tous les marchés publics de la période ou bien cela est-il géré au cas par cas ?), les riverains sont partagés entre l’engouement de la reprise des travaux et la circonspection quant à l’éventualité d’une mauvaise qualité des travaux et le manque de contrôle. Les Guinéens se demandent de quel pouvoir de négociation dispose l’équipe managériale de GUICOPRES pour toujours arriver à ses fins.


Qualité des travaux

Il est évident que cette transversale sera différente des 4 autres déjà aménagées (T1, T2, T3 et T4) en termes de largeur de chaussée et d’ouvrages d’évacuation des eaux. Les riverains ont remarqué que les sous-traitants actuellement sur le terrain, sont en train de couler le béton sans aucune barre de fer. Cela rappelle déjà les conclusions du rapport d’audit où l’on nous parlait de murs en parpaings exécutés à la place de murs en béton. Que ceux qui veulent vérifier fassent un tour, vous trouverez des petites équipes en train de régler le fonds des fossés et de couler le béton avec des profondeurs de caniveaux ne dépassant pas à certains endroits les 30 cm. Comme nous le disait un jeune diplômé du quartier en ce dimanche 21 août 2011, « les fossés de GUICOPRES sont tellement différents de ceux de SATOM (échangeur du pont du 8 Novembre) qu’on a du mal à croire que les travaux se passent dans la même ville ». Certes le sable et le granit sont sur le terrain, mais le manque de fer dans le béton (censé être béton armé) et la faible présence de topographes pour éviter un futur mauvais fonctionnement des caniveaux constituent des fautes graves dans la mise en œuvre de ces travaux. A moins que la nature des travaux n’ait subi des changements dans le cadre de la relance du projet, et que la qualité ait été sacrifiée devant les contraintes budgétaires. Ce qui serait une erreur monumentale au regard des montants énormes qui seront investis pour une courte durée.


Que risque l’Etat?

Après les critiques concernant la gestion calamiteuse des marchés publics pendant la transition, les citoyens espéraient qu’il y aurait dorénavant plus de transparence et de rigueur dans la gestion de ces marchés après le changement intervenu en novembre passé. Certes il s’agit ici de l’achèvement d’un contrat de l’époque CNDD, mais l’Etat devait prendre des dispositions pour déployer une équipe de contrôle des travaux (beaucoup de cadres au Ministère des TP passent la journée à se ronger les doigts) surtout qu’il s’agit d’un contrat de grande envergure (des centaines de milliards de Francs guinéens). Le Président de la République et le Ministre d’Etat des TP ainsi que leurs partis respectifs (RPG et UPR) risquent gros en laissant les anciennes pratiques continuer à quelques mois des législatives. De nouveaux déçus du nouveau régime risquent de rejoindre la nouvelle alliance centriste pour sanctionner un régime qui ne tient pas ses promesses de rigueur et de lutte contre la corruption. Ce qui étonne, c’est que le discours de campagne du Professeur Alpha Condé et de son allié Ousmane Kaba centré sur une meilleure utilisation des fonds dans le domaine routier (épaisseur de plus de 5 cm, largeur de chaussée standardisée avec les normes sous-régionales, plus de transparence dans la passation des marchés) semble être en porte-à-faux avec le laxisme et la persistance du clientélisme qu’on remarque dans ce dossier.


Que risque l’entreprise GUICOPRES ?

Pendant que les observateurs espéraient une adaptation du business model de cette entreprise et son recentrage sur la qualité en cette phase de changement annoncé, il est malheureux de constater que les anciennes habitudes persistent. La réputation d’entreprise qui ne finit jamais un travail ou ne fait point un travail de qualité risque de se conforter dans la tête de la plupart des Guinéens quant à leur jugement par rapport à ce fleuron du BTP de notre pays. En plus de ce chantier de T6, le bouchage des trous entre Conakry et Coyah par la même entreprise n’a pas tenu plus de 2 mois, les nids de poule ayant fait leur réapparition sur ce tronçon dont les travaux d’entretien viennent à peine de s’achever. Le risque pour GUICOPRES, malgré le parc d’engins dont elle dispose, est alors grand de passer à côté de grandes opportunités de développement. Certes, il faut donner leurs chances aux PME et entreprises nationales et instaurer des critères de préférences lors des appels d’offres. En retour, ces PME et entreprises nationales ont le devoir d’exécuter leurs contrats dans les règles de l’art. GUICOPRES ayant eu toute la chance de la part de l’Etat (exclusivité de marchés de BTP comme le montre les rapports d’audits), l’entreprise devait en retour commencer à se soucier de l’utilisation de l’argent public et faire évoluer ses méthodes de travail. Hélas, nous sommes loin de cela. Il est grand temps que l’amateurisme cède la place au professionnalisme, surtout quand on revendique une ambition continentale. Nous voulons que des entreprises guinéennes puissent honorer le pays lorsqu’elles iront à l’international. C’est pour cette raison que nous attirons l’attention de GUICOPRES sur son point faible (le manque de qualité) afin que les marchés qu’elle gagnerait demain au Mali, au Sénégal ou au Liberia ne puissent pas hypothéquer les chances des autres entreprises guinéennes dans un futur pas lointain.


Quelle appréciation fait le public ?

Les Guinéens sont partagés entre l’admiration pour une PME qui a surgi de l’ombre et emploie beaucoup de jeunes cadres du pays et la dénonciation d’une entreprise qui s’est enrichie à travers les marchés arrangés (surfacturation, gré à gré, laxisme de l’administration face à la qualité approximative des livrables). Pour beaucoup, après l’ère CNDD, le nouveau fleuron du business guinéen aurait dû changer de paradigme et revoir sa façon de faire afin d’atténuer les frustrations des jeunes et autres entreprises qui ont été floués pour lui donner tout le gâteau. Le constat actuel n’allant pas dans ce sens, certains citoyens commencent à voir en GUICOPRES une entreprise qui contribue à enrichir des personnes haut placées à travers des marchés arrangés et mal exécutés, ses propriétaires se contentant des ristournes actuelles aux dépens de l’image de marque de leur entreprise. C’est une certaine façon de faire du business axée sur le moyen terme qui, à priori, porte fruit sous les tropiques, mais se révèle souvent dévastatrice sur le long terme. Qu’est devenue Futurelec Holding (qui faisait les mêmes pratiques) depuis la disparition de Lansana Conté ? Nous ne voulons pas des entreprises qui naissent et disparaissent au gré des régimes, on veut des entreprises durables et qui travaillent dans les règles de l’art. La seule condition est la satisfaction du client. En l’espèce l’œuvre de GUICOPRES est globalement mitigée pour une bonne partie des Guinéens même si son client direct (l’administration publique) fait de ce sujet un tabou. Ce qui appelle à une autocritique et à un changement de business model pour faire honneur à la nation. C’est l’objectif recherché par la présente contribution. Nous espérons être compris dans ce sens.

A tous, bonne lecture.


Cisko
depuis Conakry


N.B. : Aux dernières nouvelles, les travaux dudit chantier sont presque arrêtés comme par enchantement.

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