Mouctar Sall Jeudi, 13 Mars 2014 01:15
La Guinée, notre pays, présente un tableau démographique très dynamique en 2012, car les 42,5% de la population étaient âgés de 0 à 14 ans.
Mais ce potentiel démographique implique une politique nationale ambitieuse dans plusieurs domaines qu’on pourrait appeler le triangle d’or (santé, agriculture, éducation).
Comme l’on dit souvent, la santé avant tout, ensuite l’agriculture pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et l’éducation pour former les jeunes Guinéens sont les domaines essentiels qui doivent monopoliser une attention particulière de nos gouvernants.
Mettre un accent particulier sur l’éducation est primordiale, car c’est les ressources humaines en quantité et qualité qui nous permettra de relever le lourd défi du développement économique.
Quand on a faim et est souffrant, on ne peut imaginer, réfléchir, penser projet, « un homme qui a faim n’est pas un homme libre ».
Donc la politique nationale doit être orientée autour de l’humain. L’éducation nationale étant une des pièces maitresses du puzzle, reste incontournable pour tout pays qui aspire à se développer, la matière grise est la première des richesses de tout pays au-delà des richesses minières, minéralières, halieutiques, énergétiques…
On a beau posséder toutes les richesses du monde, si nous n’avons pas les cadres, les ingénieurs, des hommes expérimentés et visionnaires, nous n’en profiterons pas de cette manne naturelle qui nous est offerte.
La Guinée souffre d’un manque quantitatif et qualitatif en termes de ressources humaines. Faut-il rappeler que pendant de longues années sous le premier régime, le système éducatif national a fait la promotion des langues nationales en les cantonnant dans les différentes régions ? Ce système éducatif a sans doute causé du tort à l’émergence de notre pays.
Nous ne pouvons évaluer actuellement l’impact de ce système éducatif de langues maternelles sur le plan social.
Mais l’analphabétisme reste le lit de tous les maux majeurs que traverse notre pays de nos jours, la misère et l’ethnocentrisme y trouvent refuge.
Que représente le poids de l’éducation nationale dans le budget de quelques pays voisins et pays occidentaux ?
Les pays voisins, c'est-à-dire le Sénégal et la Côte d’Ivoire à titre d’exemple, ont un PIB plus un taux de scolarisation plus élevé que le nôtre. Où se situe notre pays par rapport à ces deux autres ?
Au Sénégal, pays voisin, 35% du budget national est conféré à l’Education nationale, ce qui représente 6% du PIB.
Concernant la Côte d’Ivoire, dès l'indépendance du pays en 1960, les pouvoirs publics ivoiriens ont placé l’Education nationale au rang des priorités et affiché leur volonté politique de scolariser à 100% les enfants du pays.
Pour ce faire, ils ont réservé chaque année, environ 44 % du budget national à l’enseignement. La Constitution Ivoirienne du 1er août 2000, confirme cette option volontariste et consacre désormais l’obligation de l’État d’assurer un égal accès à l’éducation à tous les enfants du pays.
L’Education nationale dans le budget des pays de l’OCDE
Il faut noter que ces pays contrairement aux pays d’Afrique disposent de ressources humaines presqu’intarissables, d’infrastructures scolaires et universitaires de haute qualité. N’empêche que les crédits alloués à l’éducation nationale restent remarquables.
Dans les pays de l’OCDE, en comparaison avec d'autres pays dans le monde, la France arrive en 5e position pour ce qui est de la part des dépenses d'éducation dans le PIB national.
Avec 6.3% de son produit intérieur brut, la France se situe derrière les Etats-Unis (7.3%), l’Angleterre, la Suède et la Finlande (ex aequo à 6.5%).
En France, l’éducation nationale est la poche de dépense budgétaire la plus élevée, donc le domaine éducatif arrive en 1ère position devant tous les domaines y compris ceux régaliens en termes de crédit budgétaire alloué.
La place de l’Education nationale dans la politique nationale du gouvernement
Concernant la Guinée, notre pays, le budget de l’Education nationale, contre toute logique baisse comme peau de chagrin, le gouvernement trouve le moyen de le rabaisser.
En rappel, dans le cadre du PEPT (le Programme éducation pour tous), s’inspirant de la déclaration de politique éducative de septembre 1989, de la loi d’orientation de son système éducatif ainsi que des recommandations issues des conférences mondiales sur l’éducation tenues à Jomtien (Thaïlande) en 1990, puis à Dakar et Bamako en 2000, fondamentalement, l’Etat guinéen s’était engagé à poursuivre les réformes amorcées dans le système et à consolider les acquis obtenus dans le cadre des programmes d’ajustement sectoriel de l’éducation antérieurs appelés Pase I et II.
Mais cependant, force est de constater que les réformes n’ont pas ou peu avancé au regard des résultats tangibles sur le terrain, que le taux de réussite dans les examens nationaux avoisine juste les 20%
Mais aux termes de la loi de finances 2014, c’est une PART BUDGETAIRE DE 11,67 % qui fut alloué au secteur de l’Éducation nationale. C’est trop peu pour un pays dont le taux d’analphabétisme reste encore élevé et dans une Guinée qui vit aujourd’hui dans une économie reposant non pas sur les matières premières, mais sur le savoir-faire et le savoir être, dixit Faya Millimouno du Bloc Libéral.
A la lecture de cette loi de finances nationale 2014, plusieurs questions taraudent nos esprits parmi lesquelles :
Il est essentiel que des états généraux de la jeunesse soient organisés afin de prendre des grandes mesures nationales et d’application obligatoire.
Ces états généraux permettront de recueillir les idées de tous les partenaires sociaux, les jeunes, les politiques, en vue d’apporter des solutions concrètes et de mettre un accent particulier sur les solutions que rencontrent les jeunes notamment le déficit d’éducation nationale.
L’Education nationale doit être inscrite au rang des priorités absolues au sein de notre Constitution.
Mouctar Sall