Lettre ouverte à Sanaku, un compatriote en exil forcé

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DIALLO_Mamadou_Maladho_4_01Je propose aux internautes cette lettre à un compatriote que je nomme Sanaku qui fut célèbre dans son pays mais qui, pour des raisons politiques sordides se retrouve exilé au pays des blancs partagé entre la rage d’avoir été trahi par ses collègues et la vie dure d’un exil forcé.

Mon compatriote, je t’ai choisi ce pseudonyme non seulement parce qu’il te convient mais aussi puisque je sais que tu t’y reconnaîtras. Ceci est moins important. L’important est le message que je t’envoie à travers cette lettre. Il est franc, libre et bien choisi.

Pour une question de compréhension, je vais d’abord planter le décor en rappelant ta vie au pays natal avant ton exil forcé puis, je dirai quelques mots sur ta vie actuelle d’exilé avant de te donner des conseils que je crois utiles pour atteindre tes objectifs immédiats et futurs.


1. Le décor 

Sanaku est certainement l’un des grands intellectuels de son pays formé d’abord au pays puis au Sénégal et enfin en France. Sanaku est connu avant tout comme employé d’une des grandes banques commerciales de son pays exerçant et enclin à la gestion rigoureuse. Puis, tu deviens tenté par la politique et avec des amis tu fondes un parti appelé Union des forces démocratiques de Guinée. Comme logo tu lui choisis le baobab laissant entrevoir les rayons du soleil levant symbole fort de ton Sénégal d’adoption. Comme devise, tu lui proposes une copie à peine voilée de la devise française. Qu’à cela ne tienne, ça passe malgré l’opposition de certains qui ne voulaient pas voir ce parti être un symbole de la France mais une authenticité guinéenne. Pour asseoir ton parti au sein de l’échiquier politique national et face à la rude concurrence de nombreuses formations politiques naissantes à l’avènement du multipartisme intégral, tu optes pour l’union de ton parti avec d’autres formations politiques comme AFIA de Dr Saliou Bèla Diallo et l’Union pour la nouvelle république (UNR) du doyen feu Ba Mamadou avant d’inviter l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo à te rejoindre, ce qui fut fait en 2007. Avec ce dernier, vous fondez un nouveau pacte social avec le pays qui vous adopte et vous grandit. Mais, la mort des doyens Ba Mamadou et de Siradio Diallo (UPR) et l’avènement au pouvoir d’abord du capitaine Dadis puis de Sékouba Konaté vous rendent la vie et la tâche plus ardues. L’arrivée inattendue du professeur de droit directement de la Sorbonne avec son courant alternatif (AC) au pouvoir, de suite d’une élection des plus douteuses, ne vous rend pas plus heureux Cellou Dalein et toi. Vous devenez célèbres et leaders de l’opposition guinéenne jusqu’à nos jours n’en déplaise à vos détracteurs. Dès son arrivée au pouvoir en 2007, l’ancien PM mandingue Lansana Kouyaté (ton hôte de l’autre jour !!!) pousse son ministre de l’intérieur (Bo ou Beau Kéita) à faire revivre la thèse du complot permanent en accusant feu général Bailo (PSA) et Cellou Dalein de complot contre lui.

Sitôt arrivée au pouvoir le PAC renoue avec la tradition des pouvoirs mandingues précédents, le complot permanent de l’autre. Toi Sanaku, tu es accusé de complot et tu ne dois ta liberté qu’à ton bon sens, tes sources d’informations et tes amis qui ont su te tirer du pays avant que tu ne sois arrêté. Avant la fin des enquêtes tu es personnellement accusé et culpabilisé comme Diallo Sadakaadji et Tibou Camara tous en exil forcé aujourd’hui. Jugement et contre-jugement, cassation et reprise du procès ne vous libèreront pas et de ce fait, scelle définitivement votre exil forcé.

Aujourd’hui, tu vis en Europe malgré toi et ne peux exercer comme tu l’aurais souhaité. Pauvre de toi Sanaku ! Ce n’est pas mielleux on le voit bien ! Mais rappelle-toi que l’apiculteur ne doit pas avoir peur des piqûres des abeilles sinon, il n’aura pas de miel. « Ndiumoowo hulataa pidhè gnaaki siwona dhun o hbhataa ndjuuri Â». Le PAC ne dira pas le contraire. Lui qui a fait la prison de son adversaire avant d’accéder au pouvoir. Mais est-ce une voie inévitable ? Non !!! Heureusement !!!


2. Ta vie d’exilé actuelle

Sanaku, tu passes de grand chef de parti, numéro 2 avec des cérémonies et haies d’honneurs, des bains de foule en liesse, roulant dans des 4x4 de luxe, servi avec bonheur et honneur, discutant d’égal à égal avec les grands de ce monde à une vie de citoyen ordinaire, effacé même dont la sortie ne dérange que par la couleur noire insolite de sa peau. C’est comme dirait l’autre aller de Charybde en Scylla. Quel contraste ! Quelle amplitude de variation ! Quel choc ! Quelle nouveauté dans la vie de Sanaku ! Tout a changé tellement dans sa vie qu’il est à se demander s’il n’est pas dépassé ou s’il n’arrive pas à trouver les mécanismes d’adaptation à la nouvelle donne. « The cooping mechanisms Â» comme le dorait un anglo-saxon dans la langue de Shakespeare.

C’est visiblement dur Sanaku d’avoir une autre transition après celle de Sékouba Konaté. Les services d’un psychologue ne sont pas superflus. Tous tes projets d’avant sont à l’eau et ton bateau prend de l’eau. Tu dois pouvoir nager pour survivre ou périr. Tu dois drainer des forces i-e de l’énergie pour rester fort et te dire comme Martin L. King, « we shall overcome Â». Nous vaincrons ! Vaincre pour toi commence par te dépasser et te dire que tu surmonteras cet obstacle qui est ton défi à relever.

Le plus difficile est certainement pour toi de réaliser que tu n’es plus le Sanaku de 2010 et d’avant. Tu n’as plus les mêmes atouts, les mêmes possibilités, les mêmes capacités d’action et j’en passe. Tu n’as pas le choix, tant que celui qui t’a forcé à l’exil décide, de revenir au pays au sein de ton parti. Venir dans ces conditions serait suicidaire pour toi. Nul ne sera suffisamment fort pour t’extraire des griffes de ton adversaire.

Cependant, ton but, ta vision et tes objectifs restent les mêmes vis-à-vis des tiens et de la population de ton pays, ceux que tu avais le jour où tu mettais en place ton parti. Pour cela, tu continueras la lutte certes mais admets-le différemment.

Repose ton équation et calibre tes variables en prenant en compte le contexte actuel et les réalités de ton pays que tu connais mieux que beaucoup d’autres de la diaspora qui te conseillent de faire autrement.


3. Quelques conseils utiles

De mon point de vue, il y a des choses que tu ne peux pas faire et d’autres par contre qui sont à ta portée de ce fait possibles. Je vais te donner des exemples de chaque catégorie et je pense qu’il est sage de tenter de faire ce que tu peux et laisser ce que tu ne peux pas à ceux qui le peuvent.

3.1 Ce que tu ne peux pas faire actuellement :

Aujourd’hui, tu ne peux pas venir dans ton pays puisque tu n’as pas pris le siège de député de ton parti qui t’aurait conféré une immunité.

Tu ne peux non plus pas gérer des militants de l’intérieur étant à l’extérieur.

Tu ne peux pas vouloir le pouvoir par les urnes en t’éloignant de tes militants. Un politicien sans électeurs donc une base électorale est une coquille vide qui fait du bruit pour rien. Tu le sais.

Tu ne peux pas faire la guerre à Cellou Dalein et te faire comprendre et accepter par vos militants communs qui recherchent l’unité du parti. En conséquence, tu ne peux pas être du mouvement extra parlementaire pendant que ton parti siège au même parlement avec plus de 37 députés.

Tu ne peux pas te hasarder à engager une lutte armée pour avoir le pouvoir pendant que ton parti se bat à l’hémicycle. Tu donnerais ainsi raison à celui qui t’a chassé en t’accusant de complot.

Tu ne peux pas créer un nouveau parti cette année et être candidat sérieux et crédible pour 2015.

Tu ne peux pas faire la dissidence dans l’UFDG et ne pas t’attirer des ennemis au sein du parti et des amis du camp que tu combats. Tout ennemi à l’UFDG est de facto courtisé par le RPG.

Tu ne peux pas continuer à attaquer publiquement les responsables internes de l’UFDG et ne pas t’attendre à des sanctions disciplinaires du parti.

Tu ne peux pas refuser les émissaires de CDD et rester maître du terrain. CDD a encore la crédibilité auprès des militants du parti.

Tu ne peux surtout pas vouloir une chose et son contraire en même temps et rester compris.


3.2 Ce que tu peux faire présentement

Te ressaisir et prendre conscience du changement de ton statut social d’étranger là où tu vis et d’exilé politique donc ayant une nouvelle situation.

Prendre en compte la nouvelle donne et voir ce que tu peux faire concrètement pour te maintenir dans le parti.

Tu peux jouer ton rôle de numéro 2 du parti i-e en charge de la communication et des relations extérieures surtout que tu vis dehors. Ce qui réduirait les mouvements de CDD vers l’extérieur et de facto une économie de temps, de ressources et d’efforts pour lui et le parti.

Tu peux contribuer à la mobilisation des ressources humaines de la diaspora, des ressources matérielles et financières pour le parti.

Tu peux jouer le rôle de coordinateur des organes du parti à l’extérieur et travailler pour la grandeur et la pérennité du parti.

Å’uvrer au maintien des militants dans le parti.

Tu peux jouer le rôle de médiateur dans les conflits internes du parti.

Tu peux répondre aux attaques souvent non fondées tendant à dénigrer le parti.

Tu peux contacter les institutions internationales pour faire comprendre les vues du parti face à la situation de ton pays sans injures ni violence.

Tu peux aider à fédérer des mouvements de soutien au parti.

Tu peux maintenir des relations solides avec ton parti en maintenant un canal de communication permanent avec son leader. Tu peux faire la promotion du parti à l’extérieur.

Il y a des dossiers qui ont besoin de l’extérieur pour être traités. Tu peux t’en occuper.

Tu peux orienter des amis vers la formation des jeunes pour l’emploi.

Tu peux faire des projets au nom du parti et les faire mettre en œuvre par ses militants.

Tu peux chercher de la documentation et envoyer à la jeunesse du parti.

Bref, il y a plein de choses que tu peux faire avec la diaspora et les guinéens de l’extérieur pour aider au développement de ton parti qui te restera ainsi reconnaissant au lieu de te mettre à critiquer de manière destructive ceux qui donnent leurs temps, moyens et au risque parfois de leur vie pour faire avancer le parti vers ses objectifs.

Tu peux encore te former pour devenir meilleur dans des domaines choisis.

Tu peux écrire des livres ou et tenir des conférences utiles.

Tout ceci t’occuperait au point que tu n’auras que peu de temps pour le stress de l’exil forcé qui risque de te détruire mentalement, moralement, physiquement et du point de vue de ta santé tout court. Regarde toi au miroir, tu as déjà plus de cheveux gris qu’avant ton exil. Gère-toi mieux Sanaku.


4. Conclusions

Sanaku, tu es en exil forcé avec toute sa signification. Tu ne dois pas vouloir une chose et son contraire. Vois ce que tu peux faire dans la situation actuelle et positive ta vie et tes actions. Reste dans ton parti en respectant ses textes. Fais œuvre utile pour les nombreux militants qui ont encore foi en toi.

Fais le berger ou le commerçant peul i-e le mobilisateur ; l’agriculteur qui a un calendrier et des étapes incontournables à respecter ; l’apiculteur i-e le tolérant ou même le pêcheur mais alors sache nager. Ne sois pas le chasseur qui est toujours à l’affût du gibier avec son RPG chargé de roquette dévastatrice. Bref, construis avec les autres au lieu de détruire ce que tu as aidé à construire. N’abandonne pas tes anciens amis et respecte tes principes, ta culture et ta foi.

Finalement, fonde ton leadership sur des principes et non des valeurs pour avancer. Les valeurs sont dans les principes et non l’inverse. La Constitution qui contient les lois est un principe et son respect est une valeur. Les statuts du parti, la vision, la mission, le règlement intérieur du parti sont des principes et leur mise en application correcte, i-e son respect est une valeur. Accepte les conseils de tes amis sans gêne. Souviens-toi que le couteau ne taille pas son propre manche. Il faut un autre pour le faire.

Retiens avec moi Sanaku que deux situations sont difficiles à gérer par l’être humain: (1) la mutation de l’opulence à la pauvreté et (2) celle de la célébrité à l’effacement public. Il était riche et le voilà pauvre. Il était célèbre et il est devenu, ignoré de tous. It is tough my dear! Tough I said, it is. Il faut du cÅ“ur, du talent, de la volonté et de la passion pour les vaincre.

Salut à toi Sanaku et ne sois pas BAS. Sois plutôt un BA(OBAB) au lever du soleil de ta liberté de rentrer au pays natal !


Labé le 08 mars 2014

Dr Maladho Diallo
 

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