Comment sortir la Guinée de son état de pays sans gouvernement ni opposition ?

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DIOUBATE_Mamadi_01Cette partie parlera moins du pouvoir de Conakry, celui-ci ayant pris, sur le plan institutionnel, l’option d’écarter toute collaboration avec aucune force, même son parlement, il l’a voulu croupion. Seuls les opposants et leur devoir de former une opposition digne de ce nom seront au milieu à travers les quatre impératifs suivants : sursaut, connaissance, organisation, exécution.

Ce sont des thèmes que j’ai abordés il y a quelque temps, cependant ils deviennent plus que nécessaires car la situation nous l’impose.

Aussi beaucoup de partis politiques de notre pays ont compris que seul le rassemblement de tous les fils de ce pays pourrait mettre fin à la gestion patrimoniale du professeur Alpha Condé.

Le sursaut : il s’agit bien évidemment du sursaut sur le plan moral, j’ajouterai simplement que le sursaut ne doit pas être épileptique en ce sens qu’il faut pas être fou de rage quand l’état de ruines de notre pays se découvre soudain devant nous. Le sursaut positif ne fait pas partir ou repartir en guerre. Il incite, il appelle à la réflexion.

Le sursaut ne doit pas non plus ressembler à une transe, cet état dans lequel entrent certaines personnes au cours de certaines cérémonies ou initiations. Le sursaut positif doit être commandé par l’esprit.

Le sursaut positif est celui qui se produira notamment au terme de cette question :           « que puis-je faire, moi citoyen Diallo, Kanté, Iffono, Lowa, Bangoura, etc. pour que mon pays se redresse, sorte du chaos qui l’ensevelit chaque jour ? ».

La connaissance, il s’agit de l’analyse, de la connaissance objective de notre drame, de sa compréhension sur le plan intellectuel.

Il ne suffit pas d’avoir du remord et de regretter ce qui est arrivé, de confesser qu’on a péché, qu’on a suivi le diable trompeur, qu’on a fait une grosse bêtise. Il faut en plus avoir le courage de rechercher pourquoi on en est arrivé là. Le roi David, l’exemple du grand repentant, n’a pas simplement dit qu’il a fait une faute. Il a décrit le processus qui l’a conduit à la commettre.

Nous devons non seulement dire que nous avons jeté le pays dans le drame mais chercher à savoir pourquoi nous en sommes arrivés là.

Il n’y a pas devant les tragédies, pire option ou « solution » qui consiste à dire rapidement : « vite tournons la page, ne cherchons pas à comprendre, à savoir ». Certes, nos ancêtres recommandaient parfois d’agir de la sorte, comme le montre le conseil qui dit : « Ka tôt Alama » c’est-à-dire laissons à Dieu en oubliant que Dieu nous a octroyé l’esprit et le corps pour que nous puissions dans ces cas-là résoudre nos problèmes avec intelligence. Certains vieux diront aussi : « an gné boudi kè a kan », c’est-à-dire, recouvrons-le de cendre oubliant que la cendre peut s’envoler dans le vent. Alors le drame revient. Cette procédure ancestrale n’est pas une solution applicable à toutes les fautes, notamment à celles dont les dimensions et conséquences sont incommensurables.

Ce qui nous est arrivé en Guinée doit être analysé afin d’éviter à nos enfants de faire la même bêtise et à nous-mêmes de la recommencer. Voilà la double raison de l’obligation d’analyser, de connaître les drames, les tragédies qui peuvent survenir.

Cet effort, cette obligation de connaître s’impose à tous ceux qui, à un titre ou un autre cherchent à vaincre un mal : croyants, non croyants, sorciers, médecins, psychiatres, guérisseurs. C’est une méthode, disons universelle.

Qui souhaite sortir une nouvelle Guinée d’en-dessous les ruines qui la recouvrent depuis plus d’une dizaine de décennies doit donc savoir comment elles sont tombées sur elle. L’établissement d’un état des lieux s’impose à lui comme une démarche incontournable.

« Mais qu’est-ce qui nous a empêchés de procéder ainsi au départ de Dadis ? »

Le subjectivisme tout simplement. Oui, nous croyons, que procéder à un état des lieux en l’occurrence, c’est risquer de toucher à de très historiques et vénérables personnalités.

C’est là une grosse erreur. Ceux qui procèdent à un état des lieux ne doivent être guidés que par une seule chose : la recherche de la vérité, comme le sont et font les huissiers.

Cependant, ne nous cachons pas les difficultés de la tâche. Les huissiers vont parfois chercher la vérité en soulevant les draps dans la chambre à coucher... quand ils veulent constater un adultère qui est en train ou vient de se commettre, quand ils veulent établir un flagrant délit indiscutable.

A l’interpellation d’un jeune après une réunion qui accusait les personnes de ma génération déplorant les fautes que nous aurions commises, je lui ai dit mon frère c’est vrai et presque cornélien la situation dans laquelle les vieux mettent les jeunes dans nos pays d’Afrique.

Je lui ai rappelé le combat mené par les premiers étudiants africains en France mais aussi le combat que nous avons mené contre toutes les formes de dictature qui ont sévit chez nous en Guinée.

Certains ne sont plus de ce monde et d’autres se sont réfugiés dans un ethnocentrisme imbécile croyant que se replier sur sa région ou son ethnie était la solution.

La politique est chose neuve dans nos sociétés africaines. Elle ne peut pas être assujettie aux règles d’autrefois. L’âge par exemple ne doit plus empêcher un jeune de se lever, de s’avancer et de parler pour reprendre ici le mot du philosophe grec Démocrite sous prétexte que ce faisant, il offenserait les aînés. Les temps ne sont plus où seul l’âge donnait, conférait science et sagesse.

Aujourd’hui, un jeune peut parler de fleuve, de mer sans les avoir vus de ses yeux. Mieux, dans les temps actuels, le futur interpelle plus les jeunes que les vieux parce qu’ils en ont les clés sur le plan technique; parce que les distances, les profondeurs ainsi que les songes qui parcourent ou éclairent les hommes de toutes les races et de tous les continents aujourd’hui leur parlent plus à eux, qu’aux vieux. Cela ne veut pas dire que les jeunes doivent se considérer plus connaisseurs en tout, ils doivent partager avec les vieux le monde d’aujourd’hui et son destin dans les domaines où la valeur n’attend pas le nombre des années.

Ils doivent être complémentaires des vieux, des aînés. Levez-vous, avancez-vous et parlez là où des aînés diraient, par exemple, que le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est, ou enseigneraient qu’un grain de maïs introduit dans une urne électorale y multiplie les bulletins de tel candidat et détruit ceux de tel autre. La voix ancienne qui parlerait ainsi doit mériter votre désapprobation.

Nous pouvons en dire autant d’un slogan électoral qui a couru à l’occasion de la dernière élection présidentielle. Il était appliqué au candidat Alpha Condé. Que disait-il ? Le changement et oui le changement si changement il y a eu, alors je pense qu’on a reculé. Tous ceux qui sont tombés dans leur lutte pour la véritable liberté, le respect de la vie, la démocratie doivent se remuer dans leur tombe voyant leur sacrifice vouer à l’échec.

Souvenons-nous que la dérive de notre démocratie suite à l’agression du capitaine Dadis est partie de Ouaga autour d’un accord non soumis au peuple. Le peuple fut « floué » car il n’a pas été consulté sur tout ce qui a été décidé.

Quelques personnes ont pris le pays en otage en se présentant comme étant propriétaires de la Guinée, excluant d’autres se donnant une légitimité de fait.

Aussi nous avons été incapables de trouver une personne honnête pour présider notre commission électorale parmi les dix millions de Guinéens.

Pour revenir à vous les jeunes, permettez-moi d’insister pour vous dire que la politique est le domaine où historiquement parlant sur notre continent, vous devez prendre la responsabilité de faire valoir votre précoce maturité.

Bien sûr, il y a d’autres servitudes plus écrasantes que l’âge et qu’il faut combattre : le tribalisme, le régionalisme, ces fléaux que l’on ne veut plus dénoncer tant ils sont répandus et devenus choses avec lesquelles « il faut faire si l’on veut être un Guinéen de son temps ».

Regardez le visage de nos partis surtout certains qui prétendent être grands : derrière leur appellation moderne, nationale, c’est la région, la tribu, le clan, non pas endormi mais posté en vigilante sentinelle. On doit presque être du parti de sa région, être avec les frères de sa région.

Bref, la construction de l’opposition qu’exige l’état où se trouve la Guinée commande que certains barrages de type ancien soient surmontés au nom de certaines valeurs nouvelles. Elle doit être une entreprise dominée par l’esprit.

Examinons à présent une autre dimension l’obligation de connaître. Celle-ci ne doit se limiter à la compréhension, sur le plan intellectuel, de notre drame. Elle doit aussi s’entendre au sens de la nécessité d’approfondir l’étude de la démocratie. Une opposition qui négligerait cet aspect des choses, pêcherait et vis-à-vis du passé et vis-à-vis de l’avenir.

Vis-à-vis du passé d’abord. Rappelez-vous ce que mentionnait la lettre au dictateur Lansana Conté au sujet de notre demande sur le multipartisme, nous lui avons signifié la nécessité de respecter les droits humains, l’ouverture d’un débat démocratique dans notre pays et la mise en place du référendum pour une constitution qui stipulerait aucun guinéen ne serait emprisonné pour raison politique. Aussi afin d’immortaliser l’action de nos compatriotes morts en 2006-2007,nous devons tout faire à consolider leurs revendications et les acquis de la négociation obtenus par le président Obasanjo ancien président du Nigéria. Ce qui signifie clairement que nous devons continuer à étudier la démocratie, à méditer ses principes, surtout ceux qui comme on dit qui posent problèmes. Par exemple : le principe de la responsabilité politique du gouvernement.

Vis-à-vis de l’avenir. Déjà la bonne application des statuts que se donne une opposition implique une bonne connaissance des principes qui y sont affirmés. La bonne exécution de son programme politique encore plus. Le futur, ce moment où l’on se trouvera au pays, devant les réalités, accédera à des responsabilités au pouvoir. Si l’on ne s’est pas solidement réarmé moralement et intellectuellement, on risque de recommettre les mêmes erreurs que le professeur Alpha Condé.

Le professeur a toujours pensé qu’il était un grand président. Or il n’avait aucune formation, aucune aptitude à présider notre pays. L’exemple frappant a été démontré à Addis Abéba, le professeur en invitant l’Egypte qu’il serait applaudi brisant les principes de l’union africaine.

Sur le Mali, heureusement que le président Lansana Kouyaté a sauvé notre pays avec une intervention limpide démontrant que la Guinée possède encore de grands hommes.

Bref, nous devons nous engager à comprendre, à connaître, à s’enrichir sur ces plans c’est la suite et la conséquence du sursaut évoqué.

Quant à l’organisation, une fois ces deux bases posées, comment construire dessus ?

Que faut-il faire ensuite?

C’est si facile de mettre sur pied une opposition, notamment après un bon état des lieux.

Il faut donner un nom au régime que l’on veut combattre, le qualifier clairement avec des personnes fiables : une dictature, une ploutocratie. Ce qui signifie l’analyser profondément.

Il faut se donner ensuite un nom à soi-même : Forces unies? Forces fédérées? Nouvelles Forces de Changement? Etc.

Ce qui signifie nous asseoir et délibérer sur nous-mêmes.

Enfin il faut se donner les moyens de son combat, de sa croissance. La création d’un organe d’analyse et d’information est l’un des tout premiers actes à poser. Une opposition sans journal est une opposition condamnée à ne manifester que d’une seule façon : la pancarte, le défilé dans la rue. Ce n’est pas une mauvaise chose de dire dans la rue qu’Alpha Condé est un dictateur. Mais c’est certainement mieux de le démontrer à l’aide d’analyses paraissant dans un journal régulièrement. Et un journal a tellement d’autres avantages ! Il permet d’approfondir les options, les stratégies de combats choisies, de les raffiner, de les faire évoluer. Il instruit ou éclaire autrui à très longue distance.

L’adversaire peut le lire dans son fauteuil alors qu’il évite souvent de se tenir sur le trottoir de la rue où se déroule une marche de protestation contre lui. Un journal, ce sont tous les avantages attachés à ce qui est écrit. Car ce qui est écrit, est généralement réfléchi.

Mon rêve est le départ du professeur de la division de notre pays voulant faire de la Guinée une colonie burkinabé car la plupart des marchés d’Etat sont actuellement dans les mains de ces derniers au détriment des hommes d’affaire guinéens.

Quelle belle aurore que celle qui montera ce jour-là à l’horizon de notre pays !

Devant la pureté de ses rayons, l’hideuse situation couchée sur lui depuis trois ans ... frissonnera de honte.

Dans leur douce clarté, chaque fille et fils du pays sentira que la longue nuit s’en va.

Le chant, non pas de victoire mais de délivrance, qui montera des quatre coins du pays appellera le peuple à revenir de la dispersion et à s’asseoir en paix en son centre.

Les grands problèmes du pays interdit de lumière reprendront leur place dans les débats des citoyens de tout âge et de toutes les régions.

La liberté, la responsabilité, l’intelligence, la reconnaissance des bienfaits, jamais la passion, l’ingratitude, le parti-pris encore moins l’aveuglement, présideront à nouveau à la prise des grandes décisions.

De partout, nous entendrons ce cri de joie et de fierté : « Nous revoilà libres, intelligents, frères et sœurs, Guinéens et Guinéennes, wassa wassa ah hé ! »

Cette magnifique aurore de demain, est-ce un simple rêve ?

Non, car nous sommes capables de nous ressaisir, de nous débarrasser de tout ce qui nous a paralysés ou émiettés jusqu’ici; de mettre en commun nos lumières, nos énergies, notre espérance et de nous engager sur le beau chemin suivi par des peuples hier éplorés et aujourd’hui libérés.

Puissions-nous être comme nos aînés de 1958 qui étaient tous d’accord pour l’indépendance et cela du PDG au BAG. Même s’il existait des contradictions entre les deux partis, ils ont pu nous épargner, à l’indépendance, la honte et la haine, la division, car c’étaient malgré tout de vrais patriotes et guinéens. Puissions-nous être ceux de l’Afrique du Sud qui, dans la dernière décennie du siècle qui vient de s’en aller, ont compris que les démons ne se chassent pas sans crier leur nom à haute voix ! Faisons donc l’effort de renoncer à notre confort partisan devant la tragédie qui nous défie sur la terre de nos ancêtres.

Analysons-la, connaissons-la objectivement. Puis, guidés par la vérité, organisons-nous afin de marcher résolument sur le grand chemin du retour à la vie dans notre pays.

Vive la Guinée! Vive la République!


Dioubaté Mamadi


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Commentaires  

 
0 #3 Amenofils 05-03-2014 17:13

Un cri de Coeur de Mr Dioubaté que je partage et que je felicite pour cet article !
La question que je me pose justement c'est comment y arriver avec les memes tenors politiques qui entourent alfa conde, rempli d'eux meme, de haine et d'egoisme, sans vision pour la guinée ?
Aucun opposant ne ferait pire que alfa !
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+2 #2 TOOLA 05-03-2014 02:07

L'arbre à palabre ou le risque du chaos en 2015: ca me semble tellement évident que je je suis étonné que nos érudits n'aient pas encore en majorité réalisé ce fait et qu'ils continuent de voir les choses sous l'angle politique seul (élections, création de partis, pouvoir/opposition-ni pouvoir/ni opposition). Tout autre débat à mon avis, est vain et on perd de vue que la démocratie c'est d'abord des valeurs partagées. Or nous partageons de moins en moins de choses
Une nouvelle donne, un projet de société (qui n'émane pas d'un parti), un changement des règles du jeu qui place le citoyen au cœur du processus décisionnel et nos «représentants» hors d'état de nuire par un contrôle plus direct et rigoureux et de hors d'état de se servir.
Dernier point pour que cela soit possible, les leaders, s'ils sont patriote pourraient grandement faciliter les choses (avec le concours de la société civile et de tout un chacun), mais ils joueraient contre eux-mêmes. Seraient-ils prêts à le faire?
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+4 #1 JHON DOE 04-03-2014 19:59

Mr Dioubaté Mamadi: « Comment sortir la Guinée de son état de pays sans gouvernement ni opposition ? » Cette question est un dilemme dans la mesure si dans un pays on ne peut ni compter sur le gouvernement ni sur l’opposition pour sortir d’une situation de chaos continu. Pour moi, il ny n’a qu’une solution, la prise du pouvoir par le peuple. Mais pour que cette prise de pouvoir soit possible, il faut au préalable que le peuple dans son ensemble, veuille prendre en main sa destinée et le cours de son histoire. Cependant, au regard du climat socio-politique guinéen, il apparait clairement que les conditions sont loin d’être réunies pour chasser AC et sa bande de « brouteurs » du pouvoir. En l’absence d’un gouvernement, d’une opposition et d’un peuple uni capable de prendre en main son devenir, quel autre choix avons-nous ? Attendre la tenue des présidentielles de 2015, en espérant que l’opposition se réveillera enfin et sera prête s’il faut en découdre avec ce gouvernement pour imposer une transparence électorale ? Echanger ici, sur cette plateforme afin de promouvoir la venue d’une société civile beaucoup plus proche des réalités que vivent les guinéens au quotidien dans le but de préparer une alternative politique en Guinée ? Ces questions je me les pose tous les jours et à chaque fois, j’en viens aux conclusions selon lesquelles, en l’absence d’un gouvernement, d’une opposition l’ultime choix revient au peuple de renverser la tendance. Mais comment et quand ?
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