Moussa Bella Barry Jeudi, 13 Février 2014 21:59
La loi Karma est un concept central dans les religions indiennes. La Karma est une loi à multiples causes à effets interdépendants. On pourrait dire que la Karma est la loi des actions et des réactions, ou la politique du donnant-donnant qui s’applique à cet égard.
En regardant de plus près le débat mené en Guinée sur les audits, on y trouve un volet administratif, un volet juridique, et une dimension politique. Quoique la dimension politique soit plus évaluée par le pouvoir, la base des volets administratif et juridique n’est pas négligeable. Naturellement une décision politique s’interprète différemment. Et l’opposition ne s’en privera pas de saisir cette dimension politique pour mener une contre-attaque contre les audits politisés.
Transposée à la discussion actuelle sur les audits, la loi Karma équivaut à dire que si le président Condé tient à publier les audits sur les gestions passés de ses opposants, ceci doit se répercuter aussi sur sa gestion actuelle du pays. Je prédis par la logique de la loi Karma, que le président ne va jamais mettre ses menaces (publication des audits) à exécution. Donc ce blabla d’audits semble être cousu de fil blanc, c’est pour distraire la galerie.
Je trouve pesteux cette théâtrale Karma d’audits et de contre-audits. Ce théâtre Karma d’audits disqualifie et décrédibilise les politiques aux yeux de la population. Le peuple a compris que le motif de justification des audits n’est destiné qu’à déshabiller l’adversaire politique, pour mieux se positionner par rapport aux élections en perspectives, dont l’issue est incertaine.
Je observe que cette dispute d’audits n’est aussi qu’une simple logique de protection ou de conquête de privilèges que confère la mangeoire. Les actions et réactions perpétuelles de nos leaders d’opinion est une méthode qui se succède et s’annihile en fonction des circonstances, (illustrer par le nomadisme politique sans conviction). Les particularités d’une pareille tactique sont le chaos. C’est ainsi que les politiques suivies jusqu’à présent nous mènent de chaos en chaos. Selon l’absurdité du chaos, les hommes politiques s’écrasent pour mieux se positionner à la mangeoire. Ils se détestent aujourd’hui autour des audits et contre-audits et ils se dévorent comme des carnassiers.
Mais cette conduite-là réprime aussi toute action de consensus entre les acteurs politiques, pareilles manœuvres désagrègent les rapports entre eux. Le pays a besoin de la transparence dans la gestion du pays, pour cela la mise en place des règles adéquates d’hygiène politique est indispensable. Le consensus politique est capital pour gérer pacifiquement les prochaines échéances électorales, puisqu’il est nécessaire de remédier aux dérapages constatés lors des élections passées. La démocratie en devenir est à ce prix.
C’est vrai, nous voulons savoir qui a ou fait quoi sous le ciel de Guinée. Par ailleurs, qu’attendez-vous d’autres d’un peuple désespéré qui n’a ni logement décent, ni emploi, ni soin de santé, ni accès au savoir et à l’enseignement, ni à l’eau potable et à l’électricité, ni nourriture décente, que de dire aux politiques, il vaut mieux qu’ils s’attaquent prioritairement à ce magma de problèmes sociaux dans lequel baignent la population.
La population attend quelqu’un qui a la capacité d’insuffler le changement, tant attendu, vers des jours meilleurs. Ceci lui est plus urgent que la publication des audits et contre-audits. Mais la diversion est toujours l’arme du refus de nos suffisants hommes politiques, alors qu’une dose de lucidité est indispensable pour pouvoir prendre le destin en main et diriger ce pays correctement. Espérons que le parlement jouera son rôle pour nous épargner dans l’avenir, entre autres, d’en venir à des audits politisés. L’Etat doit donner à la justice les moyens de dire la justice sans interférence politique (espérons que la justice se sentira compétente pour traiter les litiges).
Moussa Bella Barry