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Alpha Condé, créateur performant d’emplois ethniquement réservés

Ibrahima Kylé Diallo  Mardi, 04 Février 2014 21:45

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DIALLO_I_Kyle_7_01Un nul ne peut l’être partout. Si Alpha Condé (AC), le numéro 1 guinéen, est négatif en matière de bonne gouvernance, il s’avère qu’il excelle dans le politiquement pernicieux. Pour la Guinée, c’est un génie au service du mal mais pour ceux qui l’ont coopté pour occuper la Présidence de notre République, quelle aubaine !

Dire qu’AC a échoué, sans aucune précision, c’est parler pour ne rien dire. D’une façon générale,
un bilan s’apprécie de différents points de vue : ce qui est particulièrement négatif pour certains peut être globalement positif pour d’autres. Par sa gestion calamiteuse, le président Condé a fait basculer la Guinée de la pauvreté générale à la misère profonde. Le pays manque presque de tout (eau courante, électricité domestique, médicaments, bonne nourriture, bonnes routes, etc.) et ses habitants cohabitent dans un climat d’insécurité et de méfiance réciproque. C’est un échec pour notre pays ; pas pour AC dont l’objectif n’est pas d’améliorer le sort des Guinéens mais de sortir d’un territoire minier tout ce qui peut l’être.

Il est significatif de constater qu’AC a été qualifié dans la presse d’«empereur des mines », que son fils porte le titre de « prince » et que le ministre Kerfalla Yansané vient d’être ennobli par remaniement ministériel dans le même registre. AC est le premier des vautours, immatriculés on ne sait où, qui charcutent la Guinée.

En effet, celui qui fait office de chef de l’Etat, répondrait parfaitement à l’appellation suivante : «Alpha Vautour, 1er prédateur de Guinée ». Alpha Condé n’a jamais fait du bien à la Guinée, il ne fait rien de bon pour ce pays et il ne fera rien de bénéfique à la nation. En revanche, il a été, il reste toujours et demeurera au service d’intérêts non guinéens. AC est une calamité. En voici un exemple : la gouvernance discriminatoire basée sur l’ethnie et la région.

La Guinée est un Etat unitaire mais ses habitants n’ont jamais été très unis. C’est AC a accentué la division des communautés guinéennes en instrumentalisant la fibre ethnique. Comment un soi-disant président de la République peut-il, dans un prétendu Etat « démocratique, laïc et social » affecter chaque poste important à une région particulière, à des fins électoralistes? Deux cas emblématiques : la primature et la présidence de l’Assemblée nationale.


1) La primature

AC l’avait promise à la Guinée Maritime. Mohamed Saïd Fofana a été nommé, démissionné et finalement renommé au poste de Premier ministre. Pour comprendre la perversité d’AC, il faut avoir à l’esprit le lien que font les Guinéens entre une ethnie et une région. Ainsi, lorsqu’on parle de la Guinée Maritime, tout le monde pense essentiellement aux Soussous, en oubliant les Bagas, les Landoumas, les Nalous et les Mikhiforés auxquels s’ajoutent beaucoup de Peul, de Diakhankés et de Malinkés, le reste étant surtout des Tèmènès, donc ethniquement plus proches de la Sierra Leone que du Bagataï.

Si M.S. Fofana est effectivement « basse-côtier », il n’en demeure pas moins malinké ! Les Fofana, comme les Yattara et les Yansané ne sont en effet que des Malinkés arrivés en Basse-Guinée au gré de longues migrations intérieures. De même, bien des Touré locaux ne sont en réalité que des Tolno, donc originellement de l’ethnie kissi.

Par conséquent la primature et le ministère des Mines ont certes été accordés à la Basse Guinée mais confiés à des Malinkés. Pourtant, les Soussous et les Bagas ont des cadres de très haut niveau.


2) La présidence de l’Assemblée nationale

AC l’avait promise à la Guinée Forestière. Kory Kondiano a été proposé, contesté mais finalement propulsé à ce poste. Ici encore, voyons ce qui se passe dans la tête des gens. Pour le Guinéen moyen (beaucoup sont d’ailleurs en-dessous de la moyenne) ne seraient Forestiers que les Kissis, les Tomas, les Guerzés, les Konos et les Manos. On passe sous silence les Koniankés, les Lélés et autres Toma-manians. Dans l’impossibilité de masquer la nomination d’un autre Condé, Alpha Condé s’est fixé sur un Kondiano, petit mais authentique. Son physique ingrat (Il mériterait le surnom de « cauris » puisqu’il est obligé de toujours se tenir debout pour être visible) a moins joué en sa faveur que sa malléabilité politique. Les grands hommes politiques n’ont pas peur de s’entourer d’autres grands hommes ; ce sont les petits qui ne veulent jamais des grands qui leur feraient de l’ombre. Deuxième personnage de l’Etat, Kondiano reste solidement encadré d’adjoints malinkés choisis par AC car nul n’est à l’abri d’une piqûre de moustique. Pourra-t-il porter un habit qu’un autre Forestier, Jean-Marie Doré, plus médiatisé mais non moins nocif, avait estimé taillé à sa mesure ? Ce dernier vient de subir lors d’installation de l’Assemblée nationale une humiliation taillée à la mesure de sa traitrise.

Comme on le voit, AC crée des emplois, recrute le personnel, paye et licencie qui il veut mais sur la base de l’appartenance ethno-régionale. Il choisit dans chaque réserve, l’homme ou la femme qu’il lui faut pour son usage domestique, à la place qu’il veut.

Si la présidence de l’Assemblée nationale a été déléguée à la Guinée Forestière et la primature encore confiée à la Guinée Maritime, la présidence de la République reste confisquée par la Haute-Guinée.

Continuons à voir ce qui se passe dans la tête des gens. Pour le Guinéen, même au-dessus de la moyenne, Haute-Guinée est synonyme de Malinkés, occultant que cette région, taillée en amputant le Fouta Djallon, renferme également des Peul, particulièrement dans les régions de Dinguiraye et de Dabola, sans parler du Wassoulou. Ici, plus qu’ailleurs, l’ethnie prime la région. Ainsi un Ly de Dinguiraye, un Barry de Dabola ou un Sangaré de Kérouané ne peuvent même pas aspirer à diriger la « coordination mandingue » alors que mandingue n’est pas synonyme de malinké.

Et le Fouta dans ce foutoir ? Je m’entête à répéter ce qui se passe dans la tête des Guinéens. Le Fouta Djallon qui déborde très largement le cadre étroit d’une « Moyenne Guinée », administrativement réduite par la volonté de Sékou Touré, est perçu comme le pays des Peuls.

Fouta, c’est « foula », « foulè », « foulani » ! La région renferme pourtant des Coniaguis, des Bassaris, des Badiarankés mais aussi des Soussous, des Malinkés, etc.

Contrairement à ce que certains pensent, Alpha Condé, dans le cadre de sa création d’emplois réservés, n’a pas oublié le Fouta. Il a créé et financé le « Manden Djallon » bien que le greffon soit peu viable. C’est ainsi qu’aujourd’hui, un Malinké du Fouta a plus de chances de promotion auprès de lui qu’un autre de Siguiri. Le Fouta est la région dont Alpha Condé s’occupe le plus parce que c’est la région qui le préoccupe le plus. Dans le partage du pouvoir, les Peuls ne sont pas oubliés mais étroitement surveillés. Pour bien surveiller, il ne faut pas dormir. AC a du mal à dormir. Si vous oubliez quelqu’un, ne courrez-vous pas le risque de le voir là où vous ne souhaitez pas le voir ?

Il est important de souligner la part réservée par AC aux Peuls dans son Etat : presque rien ! Pour lui, il y a des Peuls en Guinée mais pas de Peuls de Guinée. Oublions les considérations juridiques pour nous poser la question de savoir ce qu’est un Etat.

Concrètement l’Etat, du moins en Guinée, ce sont :

Je lance donc un défi : qu’on me cite un seul Peul installé à un de ces postes. Evitons le ridicule en nommant le général Baldé de la gendarmerie… car le nom ne fait pas toujours le Peul, beaucoup de non-peuls portant des noms peuls.

En énumérant ces postes de haute responsabilité, je n’ai même pas touché à la composition des équipes au sein des ministères. C’est d’ailleurs plus facile de citer les Peuls à responsabilité limitée que les postes de responsabilités sans Peul. Je pourrais même oser évoquer le RPG, officiellement Rassemblement du peuple de Guinée !

Si AC avait de l’humour, il aurait nommé un ambassadeur peul en Somalie !

Nous sommes donc dans une situation d’apartheid en Guinée. On n’a pas de statistiques précises mais on estime grosso modo que la population guinéenne est répartie de la façon suivante :

Voici à la mi-janvier 2014 la composition du « nouveau gouvernement dit de mission » de Mohamed Saïd Fofana : 34 ministres dont 18 Malinkés, 4 Soussous, 5 Peuls et 3 Forestiers. Des 6 ministres d’Etat, 3 sont malinkés. Cette remarque est de notre compatriote Lamine Camara, auteur de l’article « Alpha Condé : du panafricanisme au tribalisme », publié le 29/ 01/2014 sur www.guineeweb.net.

Je rappelle que les forces armées guinéennes sont restructurées, avec la complicité criminelle du général sénégalo-malinké Cissé, afin que toute la chaine de commandement soit malinké pour éviter l’accès au pouvoir d’un autre « Lansana Conté ». Le recrutement dans l’armée est, depuis un bon moment, systématiquement fermé aux Peuls.

Dans un pays où les ethnies sont instrumentalisées, le pourcentage de 40% peut devenir un véritable handicap : il est suffisant pour effrayer les uns mais insuffisant pour gagner sans l’appui des autres. Si les Peuls ne constituaient, par exemple, que 10% des Guinéens on aurait déjà vu, probablement, un président de la République issu de cette communauté.

Au Nigeria, les Peuls sont numériquement devancés par les Haussas, les Yorubas et les Ibos mais ce pays a eu des présidents (Shehu Shagari, le général Muhammadu Buhari, Umaru Yar’Adua) et des vice-présidents (le général Shehu Musa Yar’Adua, Atiku Abubakar) appartenant à la communauté peule. L’actuel gouverneur de la Banque centrale du Nigeria est un peul du nom de Lamido Sanusi.

Cependant, si les Peuls, que certains qualifient par mépris d’éternels insatisfaits, sont politiquement et commercialement (ils n’ont plus droit à aucun contrat de la part d’AC !) marginalisés dans un pays où ils sont proportionnellement les plus nombreux, c’est qu’ils sont triplement victimes de la légèreté de certaines de leurs filles et de leurs familles, de la cupidité maraboutique de beaucoup de leurs lettrés traditionnels et, surtout, de la médiocrité inouïe de leurs principaux leaders politiques et syndicaux.

Un mot sur ces derniers. Quel Peul n’a pas eu une surdose de honte en entendant le « Vieux » Biro qualifier avec des accents blasphématoires Dadis, de Messie ? Quel autre n’a pas été indigné lorsque Rabiatou S. Diallo de l’ancien CNT a pris le même Dadis pour le « père de la Nation » ? Le comble du déshonneur est détenu par un soi-disant « honorable », maintenant réduit à sa plus simple expression : Bah Ousmane. Pour rassurer AC, il lui aurait dit qu’il n’est pas peul mais métis. On ne sait toujours pas si celui qui s’auto-désignait « bonna, houla » avait été placé au ministère des Travaux publics pour sa gueule de Peul ou sa tête de métèque. Il y a aussi le cas de certains opportunistes comme l’ancien premier ministre Ahmed Tidiane Souaré. Perçu comme peul en matinée, il s’est servi des Peuls pour grimper. Arrivé au sommet en début de soirée, il les a piétinés en se revendiquant sarakollé.

Certains ethno-stratèges ont développé le concept des « trois Mandings » : Le Manding tan (Malinké), le Manding fou (soussou) et le Manding pou (forestiers). Je me demande si les leaders politiques peuls, par leur mollesse, n’ont pas fait du Fouta un Manding mou !

Maintenant, quelle solution ?

Dans le contexte actuel de « Tout sauf un Peul », un Peul ne peut pas accéder à la présidence de la République. Dans un vote mécanique ethniquement huilé, le premier tour verra toujours dans l’ordre un Peul , un Malinké, un Soussou, etc. Au second tour sans Soussou, la coalition anti-peule fera logiquement gagner le Malinké.

Donc, dans le système en place, le Fouta est dans une « prison de haute sécurité», le verrou étant jalousement conservé en Haute Guinée, les gardiens installés en Forêt et la clé détenue par la Guinée Maritime.

Je dis clairement ceci: dans une Guinée de crispations identitaires où les Malinkés sont à un sommet d’où ils ne veulent pas descendre (on les comprend !) et où les Peuls ne peuvent grimper (il faut également comprendre leurs frustrations !), les Soussous et les Forestiers sont en mesure de débloquer la situation. En ne voulant pas d’un Peul au sommet, ils contempleront ce sommet sans
l’atteindre. Les Peuls savent pertinemment qu’ils ne gouverneront pas seuls la Guinée mais quand est-ce que chacun comprendra qu’en les marginalisant, notre pays ne verra pas le bout du tunnel ?

Je viens d’indiquer une solution. Je préconise maintenant la solution : la violence pour chasser Condé qui ne comprend que ce langage. Certains se battront, par opportunisme, aux côtés des Peuls mais personne ne se battra à la place des Peuls. AC n’est pas fort, ce sont les Peuls qui ne se sont pas organisés, permettant aux autres de les juger à travers la mollesse collaborationniste de leaders accompagnateurs.

Je vous salue.


Ibrahima Kylé Diallo

Responsable du site www.guineeweb.net


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