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Regard du monde globalisé
Moussa Bella Barry Dimanche, 05 Janvier 2014 19:21
Marcel Proust disait à peu près ce qui suit : « l’avenir n’est autre chose que le regard qui prévoit le monde ». Moi, je tourne mon regard sur la promotion du dogme de « laissez faire » les acteurs de marché. Mon regard sur le monde globalisé se focalise ici sur l’application du dogme du système de marché à la transaction des matières premières. J’essaie de souligner les causes du lien entre la croissance des revenus miniers et l’amoral accroissement du dénuement des populations. Il est utile de ressouvenir dans un tel contexte que, le bienêtre est dans la bonne gouvernance. Raisonnablement, l’avenir d’un pays dérive de la capacité, ou de l’inaptitude, de ses institutions d’apprendre.
Economie de marché ou marché de dupes
Mon but n’est pas de célébrer ou de supplicier l’économie de marché, mais je me pose plutôt des simples questions sur l’application du système sur les matières premières de l’Afrique :
Que gagne l’Afrique en ouvrant son marché au système de libres échanges sans contrepartie ? Et quelles sont les conséquences pour la population ? Quel impact a l’exportation des matières brutes sur l’avenir du développement dans les pays africains ?
On nous enseigne dans les écoles d’économie, que dans le système de marché (idéalisé) les agents économiques (entreprises et individus) ont la liberté d’acheter des biens, des services et des capitaux. Chacun agit selon ses intérêts. On positive ici le profit comme étant une prime au risque. Alors que si l’économie de marché n’est pas ajustée par des restrictions, ou des balises imposées par l’état, elle devient l’économie de marché de dupes. La crise financière internationale a reconnu aux Etats la nécessité d’imposer un encadrement du système de l’économie de marché.
Discours de circonstance sur l’Afrique
Il ne fait pas longtemps que le regard sur l’Afrique semblait faire une marche arrière vers le dogme anthropologique et les ennuyeuses tranchées du 20e siècle, non du 19e. Bizarrement, comment est l’évolution rapide des choses. Chinois et occidentaux élèvent au premier plan leur focus sur l’Afrique, tout en ayant en arrière-plan les matières premières et le partage de ses marchés locaux. Autrefois des esprits mal orientés qualifiaient l’Afrique comme l’incarnation de la famine et de misère, de la guerre et de pauvreté. L’Afrique était considérée comme perdue, elle ne subsistait que comme un collectif pour les organisations caritatives et les agences d’aide au développement. Récemment l’Afrique est subitement objet d’une toute autre réévaluation : le nouveau discours affirme que l’Afrique sème tous les autres continents en termes de croissance économique, le continent est vu comme un géant aux matières premières incommensurables qui se réveil, le produit intérieur brut augment continuellement, on parle de l’émergence d’une classe moyenne africaine, ce dynamisme est la condition préalable au développent et au moderne...
Conséquences de marché de dupes
L’ouverture à l’économie de marché des matières premières d’Afrique est-elle une chance, ou une malchance ? Est-il nécessaire d’encadrer l’ouverture de l’économie de marché ?
Les conséquences fatales de l’application de cette politique du système de marché, non encadrée, peuvent être immenses pour l’Afrique, puisque l’Europe et la Chine désirent reconquérir l’Afrique par la pénétration de son marché. Or l’ouverture incontrôlée et à sens unique de l’économie de marché est en défaveur du continent. L’insuffisance d’infrastructures pour transformer les matières premières sur place accroit leur exportation à l’état brut. Et, cette exportation augmente certes la croissance du produit intérieur brut des pays, mais elle pénalise aussi le développement économique de l’Afrique.
L’orthodoxie du système de marché soutient que ce « laisser-faire » de l’économie de marché favorise la croissance. En effet beaucoup de pays africains ont profité du boom des prix des matières premières ces dernières années. Les recettes à l’exportation ont plus que doublé. Le produit intérieur brut a augmenté ces dernières années en Afrique sub-saharienne, en moyenne, de l’ordre de 5 à 10% voir 23% en Angola. Mais cette croissance a-t-elle profité à la population ? Les structures politiques archaïques et la mentalité de malversation de l’élite empêchent la redistribution des recettes minières à la population. C’est pourquoi même à l’instant où le produit intérieur brut croit, la population devient encore plus démunie.
L’obstacle au développement économique en Afrique sub-saharienne est dû au fait que, l’exportation se base exclusivement sur des matières premières brutes dont la transformation se fait hors d’Afrique, cette exportation crée du travail essentiellement ailleurs qu’en Afrique. Le secteur agricole n’a pas profité du boom de croissance de ces dernières années, la production industrielle est partout en recul. Nulle part en Afrique les rentes minières n’ont conduit à une croissance économique durable. L’affaissement des économies africaines s’est notamment accéléré, par l’incapacité de l’élite politique de diversifier les structures de l’économie. L’économie des pays africains ne se développera jamais avec la politique actuelle du secteur des mines.
Nous observons au nom de la soi-disant économie de marché, que la Chine envahit l’Afrique avec des produits bons marché et que l’Europe inonde l’Afrique des produits agricoles subventionnés, sans contrepartie. Tous deux détruisent ainsi les marchés locaux avec leurs produits, tous deux créent de la pauvreté et poussent sans cesse à l’émigration, et tous deux continuent de fabriquer de nouveaux exilés économiques. Mais qu’on ne soit pas surpris par les résultats de cette politique voulue et soutenue. Rien ne pourra empêcher l’assaut et l’affranchissement de la forteresse européenne par ces exilés venus du sud.
Beaucoup pensent que la misère organisée dans les Etats africains, par l’économie de marché indompté, augmente le risque de guerre civile et l’effondrement des Etats. Les guerres en Afrique proviennent de la malédiction des matières premières. Partout où il y a la guerre en Afrique, c’est à cause de ses matières premières, ou en raison de la répartition illicite des rentes minières entre l’élite.
Atténué les dérives de l’économie de marché en Afrique?
Donc les réfugiés économiques vont continuer à venir en Europe, malgré Schengen et autres politique de protection des frontières, surtout à cause de la situation sociopolitique intenable dans les pays du Sud. A court terme il n’y a pas d’alternative à cela. A long terme cette misère ne pourra s’atténuer que dans une coopération gagnant-gagnant entre l’Afrique et ses partenaires commerciaux. Il faut se débarrasser en conséquence de l’actuel obsolète contour de l’aide/coopération au développement. La forme actuelle de l’aide au développement est d’un caractère paternaliste qui maintient l’Afrique sous la dépendance, au lieu de la faciliter la voie pour sortir de la misère et de la pauvreté. Supprimer la forme actuelle de l’aide au développement est plus important que n’importe quelle aide financière. L’aide financière encourage d’ailleurs très souvent la corruption.
Il faut mettre fin à cette politique funeste qui consiste à inonder les marchés africains de produits agricoles subventionnés, il faut faciliter l’exportation des produits agricoles africains vers l’Europe en supprimant les barrières douanières, créer des joint-ventures, des coentreprises entre des entrepreneurs européens et africains. Je sais, mon plaidoyer n’est qu’utopique. Car l’Europe, contrairement à l’Afrique, sait protéger ses intérêts fondamentaux. Elle n’a nullement le moindre intérêt à changer l’orientation de sa politique. Mais c’est aux Africains d’agir pour la protection de leurs intérêts vitaux.
Moussa Bella Barry
Commentaires
Se,
Je suis tout à fait d'accord avec vous que celui qui détient la science domine le monde. Nous n'avons qu'à avoir les meilleurs gestionnaires du monde, si nous ne maîtrisons pas la science et la technologie, les autres nous domineront toujours. A titre d'exemple, au 18ème siècle, l'Angleterre a dominé le monde grâce à sa supériorité scientifique. L'Amérique l'a surclassée par la science. Le Japon l'a rejoint par la science également. La Chine se bat sur le même plan. Par ailleurs, dans l'histoire des civilisations, on nous dit que l'Égypte est le berceau de l'humanité avec ses grandes découvertes notamment en mathématiques, que les noirs avaient découvert le fer avant l'arrivée des blancs, mais leur supériorité scientifique a fait qu'ils nous ont dominés.
Si nous voulons nous émanciper, instruisons-nous dans les grandes universités occidentales, faisons suffisamment d'ingénieurs, de médecins, de mathématiciens, de physiciens, de chimistes, d'agronomes et autres hommes de science et un peu moins de politiciens bavards et démagogues et créons les conditions de retour de ces hommes de science dans nos pays respectifs pour éviter la fuite des cerveaux. Si nous connaissons la science et la technologie, les capitaux viendront pour construire nos usines et en ce moment le vrai développement suivra. Pour le moment on fait du sur-place et on se contente de miettes. A science égale, force égale. Un point c'est tout. A kpè (c'est fini en bon kpèlèwo).
Absolument Patriote1, si vous regardez aujourd'hui les gens qui gagnent les prix nobel dans les différentes matieres académique, ils viennent tous de quelque pays qui sont les USA (a la majorité), Angleterre, Allemagne, France, Japon, Chine. Ces pays sont aussi comme par hazard les pays les plus riches et les plus developés. Les meilleurs universités du monde sont aux USA, et ce pays est aussi le plus riche et le plus developé du monde. La chine a compris cela, cest pourquoi tous les Chinois qui sont aux USA étudient les matieres comme la Chimie, Physique, medecine, Ingénierie et après ils rentrent chez eux pour contribuer. Moi je pense que l'Etat doit créer meme si c'est une université en Guinée pour les plus intelligents fils et filles du pays. Cette université se spécializera seulement dans les sciences dure et sera dotée de tous les moyens pour réussir. L'éducation doit etre prioritaire si on veut se rattraper ou diminuer l'écart entre nous et les autre peuples car tous nos problemes aujourd'hui sont liés a notre manque de savoir.
Je suis tout à fait d'accord avec vous que celui qui détient la science domine le monde. Nous n'avons qu'à avoir les meilleurs gestionnaires du monde, si nous ne maîtrisons pas la science et la technologie, les autres nous domineront toujours. A titre d'exemple, au 18ème siècle, l'Angleterre a dominé le monde grâce à sa supériorité scientifique. L'Amérique l'a surclassée par la science. Le Japon l'a rejoint par la science également. La Chine se bat sur le même plan. Par ailleurs, dans l'histoire des civilisations, on nous dit que l'Égypte est le berceau de l'humanité avec ses grandes découvertes notamment en mathématiques, que les noirs avaient découvert le fer avant l'arrivée des blancs, mais leur supériorité scientifique a fait qu'ils nous ont dominés.
Si nous voulons nous émanciper, instruisons-nous dans les grandes universités occidentales, faisons suffisamment d'ingénieurs, de médecins, de mathématiciens, de physiciens, de chimistes, d'agronomes et autres hommes de science et un peu moins de politiciens bavards et démagogues et créons les conditions de retour de ces hommes de science dans nos pays respectifs pour éviter la fuite des cerveaux. Si nous connaissons la science et la technologie, les capitaux viendront pour construire nos usines et en ce moment le vrai développement suivra. Pour le moment on fait du sur-place et on se contente de miettes. A science égale, force égale. Un point c'est tout. A kpè (c'est fini en bon kpèlèwo).
- Il est illusoire aujourd'hui de penser a l’évolution de l'Afrique en dehors des règles de jeu de la mondialisation. A nous de savoir plutôt l'utiliser a notre bénéfice car nous avons les cadres bien formés pour le faire, comme dans les exemples de SFD.
- Idem pour l'aide au développement : il ne faut pas en faire la 1e responsable de tous nos problemes. Bien negotiee et gérée elle a une utilité qu'il faut savoir contrôler avant de s'en passer totalement.
- Malgré vos exemples il y a plus de 10 pays africains qui sont vraiment aujourd'hui sur la pente ascendante du développement. Pourquoi ? parce qu'ils ont a leur tête des Khama pere et fils, Paul Kagame, Jonhson Sirleaf, Koroma, ADO, Issoufou, Nana Akufu....ect. Et de nouveaux viennent rapidement derrière : Macky Sall, IBK...
Sont-ils parfaits ? bien-sur que Non mais ils sont des cadres bien formés et ils apprennent avec l’expérience et le contrôle de toutes leurs institutions de plus en plus indépendantes.
Cessons de penser que la communaute internationale est responsable de tous les corniauds qui nous gouvernent. Qu'ils en profitent - oui, comme nous le ferions a leur place.
Prenons nos responsabilités et mettons en place des exécutifs compétents et patriotes et surtout des institutions fortes et indépendantes pour les contrôler - nous n'aurons aucune barrière de la CI contre cela, juste peut-être de quelques opportunistes comme Kouchner ou Blair qui ne sont des dangers que pour des pays en faillite comme le notre...
Nous n'avons même pas une langue scientifique. Qui peut vous enseigner les maths (intégrales, suites, fonctions, racines carrées, fraction), la chimie, la physique, etc... dans une langue maternelle? Personne.
Ces lacunes expliquent aussi en grande partie notre dépendance intellectuelle et donc, existencielle...
Evidemment, car nos langues (et meme d'ailleurs notre civilization entiere) n'est qu'une reflection de notre capacité mentale. les deux étant positivement corrélé de sorte que la complexité de nos langues (civilization) est élevée si notre capacité mentale l'est aussi.
Monsieur Moussa Bella Barry
Nous devrions plutôt dire que l’économie de marché a des propriétés vertueuses et des propriétés néfastes et qu’elle a besoin de l’Etat pour exploiter ses propriétés vertueuses et corriger ses imperfections. Pour beaucoup d’économistes, l’économie du marché, comme forme d’organisation, a montré sa supériorité au plan.
Elle est encore trop jeune par rapport à un cycle économique pour se rendre compte de son efficacité.
Les chinois ont peut être un modèle économique efficace, non ?...
Moi je pense que l'intelligence,sans quoi rien n'est possible, nous manque. C'est pourkoi on est DERNIER dans les sciences, les mathématiques, l'ingénierie, l'économie, bref dans tout ce qu'il faut pour developer un pays.
Nous n'avons même pas une langue scientifique. Qui peut vous enseigner les maths (intégrales, suites, fonctions, racines carrées, fraction), la chimie, la physique, etc... dans une langue maternelle? Personne.
Ces lacunes expliquent aussi en grande partie notre dépendance intellectuelle et donc, existencielle...
Nous devrions plutôt dire que l’économie de marché a des propriétés vertueuses et des propriétés néfastes et qu’elle a besoin de l’Etat pour exploiter ses propriétés vertueuses et corriger ses imperfections. Pour beaucoup d’économistes, l’économie du marché, comme forme d’organisation, a montré sa supériorité au plan.
En revenant, sur votre dernier paragraphe, je dirai que votre plaidoyer n’est pas utopique, mais je trouve que vous ne rendez-pas une justice aux efforts récents fournis par les « négociateurs africains à l’OMC » dans la promotion de leurs intérêts offensifs et défensifs :
- C’est au nom des vertus du libre-échange qu’un mandat a été obtenu à Hong Kong (Conférence Ministérielle de l’OMC, décembre 2005), puis réaffirmé à Bali (Conférence Ministérielle de l’OMC, décembre 2013) pour la suppression des subventions à l’exportation sur les produits agricoles, qui peuvent par exemple inonder les marchés africains comme vous le dites (voir : https://docs.wto.org/dol2fe/Pages/SS/directdoc.aspx?filename=r:/WT/MIN13/40.pdf)
- C’est au nom des vertus du libre-échange que le groupe africain a publié une déclaration en octobre 2013 en insistant dans le paragraphe 10 sur l'urgence et la nécessité de traiter les barrières douanières dans le domaine de l'agriculture, notamment les crêtes tarifaires et la progressivité des droits (voir page 3, paragraphe 10 du document : https://mc9.wto.org/fr/system/files/documents/7_0.pdf).
- C’est au nom des vertus du libre-échange que le C4 (Benin, Mali, Burkina Faso, Tchad) a introduit et poussé le dossier Coton jusqu’à la décision de Bali du 7 décembre 2013 sur le Coton (voir : https://docs.wto.org/dol2fe/Pages/SS/directdoc.aspx?filename=r:/WT/MIN13/41.pdf)
- L’économie de marché ne prescrit pas une interdiction de création des joint-ventures ou co-entreprises. Les entrepreneurs africains et européens peuvent former librement une joint-venture. Si un Etat africain estime que dans certains secteurs, l’entrée étrangère au marché national doit se faire uniquement sous forme de joint-venture ou co-entreprise, rien ne l’empêche, sauf s’il a peut-être pris des engagements internationaux contraignants. Travaillant sur ces questions, je peux affirmer que les pays africains ont pris très peu d’engagements multilatéraux de libéralisation dans le secteur des services (vous pouvez comparer les engagements des pays d’Afrique par rapport au reste du monde dans le graphique inclus en page 3 de cette présentation . http://ictsd.org/downloads/2013/10/session-iii_-doumbouya_reflexions-sur-les-preferences-possibles.pdf








