Abdoulaye Aziz Bah Vendredi, 03 Janvier 2014 11:14
Une année finit, une autre commence ! Du côté de Bambeto, on venait d’enterrer la 56e victime de l’ère Alpha Condé. Comme d’habitude, dans cette partie de la capitale, la vie dure continue dans une indifférence totale des acteurs politiques. Une absence totale de l’Etat. Aucun établissement scolaire ou sanitaire public. Pas de maison de jeunes, ni même des lieux de loisir. Les rares établissements privés, se trouvant dans des bâtiments non achevés, laissent à désirer. Ici, la seule route praticable par voiture est la route du Prince. J’y étais tout récemment lors de ma visite en Guinée en septembre 2013. A quelques blocs de là, un vaste domaine qui s’étend à perte de vue, nous rappelle les atrocités du régime militaire du général Conté. Nous sommes à Kaporo Rails !
Je vois déjà des gens se demander pourquoi Bambeto dans cet autre article d’Aziz ? Eh bien, dans mon précédent article, je disais que j’allais démontrer comment la classe politique, tous bords confondus, a raté de multiples occasions pour faire sortir la Guinée des ténèbres d’un tunnel sans fin. Ainsi, on ne peut parler de ces occasions sans parler plus particulièrement du tronçon Bambeto qui a été au cœur de tous les combats politiques depuis l’avènement du multipartisme en Guinée.
Mais hélas, après près d’un quart de siècle de lutte plusieurs fois sanglante, le visage de Bambeto ressemble toujours à celui d’un ghetto. Dans cette localité, vivent des jeunes désireux d’un avenir radiant, et qui rêvent d’une Guinée démocratique où chaque citoyen jouit pleinement de ses droits. D’ailleurs, c’est ce rêve, sans cesse ancré dans leur vie quotidienne, qui leur pousse à soutenir tout acteur politique se réclamant démocrate, sans tenir compte de l’appartenance ethnique de l’acteur en question. Ceci me rappelle l’accueil triomphal que cette même jeunesse avait réservé à un certain Lansana Kouyaté, alors nouvellement élu premier ministre de consensus, au lendemain des évènements meurtriers de 2007.
Le but donc de cet article est de démontrer comment les acteurs politiques, depuis l’ère Lansana Conté jusqu’aujourd’hui, ont utilisé les jeunes sans exception, et plus particulièrement les jeunes du tronçon Bambeto, pour satisfaire leurs ambitions politiques. Je ne parlerai pas de l’ère Sékou Touré car je ne la connais pratiquement pas. Mais avant tout, j’aimerais attirer l’attention des lecteurs que mon objectif dans cet article n’est point de m’attaquer à un acteur politique quelconque. L’objectif étant de démontrer comment les acteurs politiques guinéens, une fois au pouvoir, jettent leur projet de société dans des tiroirs verrouillés pour pratiquer exactement ce contre quoi ils luttaient.
Pour mieux entourer mes raisonnements, rappelons les faits suivants :
Nous sommes au début des années 90, une période marquée par de vives mutations politiques à travers l’Afrique, et plus particulièrement en Guinée. Après une lutte décisive menée à l’époque par les Ba Mamadou, Siradio Diallo, et Pr. Alfa Sow (paix à leur âme), le Pr. Alpha Condé et Jean Marie Doré, pour ne citer que ceux-là, le général Lansana Conté acceptait l’instauration d’un multipartisme pur en Guinée.
Ainsi donc, pour la première fois depuis l’indépendance en 1958, les Guinéens étaient appelés aux urnes pour voter leur constitution. Rappelons d’ailleurs que cette constitution était rédigée avec la contribution de toute la classe politique de l’époque. Ensuite, les Guinéens dans l’effervescence votaient chronologiquement pour leurs élus locaux, leur président et leurs députés. Il est important de noter ici que tout ce processus électoral était entaché de violations graves et répétées des lois électorales, et de la constitution nouvellement adoptée.
Nous sommes au milieu des années 90. Au fur et à mesure que le temps passait, l’espoir d’une Guinée démocratique devait un simple rêve. Le général Lansana Conté, qui se sentait affaibli très tôt dans ce processus, était déjà revenu à la charge. Conséquences : la démolition de Kaporo Rails fief de l’opposition. Des milliers de personnes déguerpies dans le sang. Le Doyen Ba Mamadou (paix à son âme) est arrêté et mis en prison. L’objectif du régime était d’humilier une certaine communauté. Disons, la communauté peule, pour être clair ! Les jours qui ont suivi donnaient lieu à une violence inhumaine des forces de l’ordre sur les populations de Bambéto et alentours. Pour mieux humilier cette communauté à laquelle je suis fier d’appartenir, le général Conté appointait un des leurs comme porte-parole pour justifier les errements du gouvernement. Il s’agissait d’un certain Alpha Ousmane Diallo, à l’époque simple ministre (exécutant ?). Sous la pression de la communauté internationale, le général Conté repliait. Le doyen Ba Mamadou était ainsi relâché. Mais le mal était déjà fait et l’objectif du général était atteint.
Nous tendons vers la fin des années 90. Le pays va du mauvais au pire. Les violations répétées des lois, l’insécurité, et la galère continuaient leur chemin. Malgré tout, ceci ne suffisait pas au général Conté et son clan. Ainsi, le Pr. Alpha Condé, candidat du RPG, fut arrêté au lendemain de l’élection présidentielle. Il sera donc humilié et emprisonné pendant deux ans avant d’être relâché plus tard. Comme d’habitude, là encore, le général utilisait quelqu’un qui était de la même communauté que le candidat Alpha Condé, pour justifier l’arrestation de ce dernier. Il s’agissait d’un certain Goureissy Condé, à l’époque simple ministre (exécutant ?).
Pour toujours satisfaire ses désirs politiques, le général Conté, avec le soutien de ses collaborateurs, modifiait la constitution à son avantage. Désormais, c’est la présidence à vie. Il est important de noter, que si nous connaissions déjà les acteurs principaux du côté de l’opposition, il faut rappeler qu’à côté du général Conté, on pouvait noter principalement, sans ordre d’importance, Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré, François Louncény Fall, Kassory Fofana, Kiridi Bangoura, Aboubacar Somparé, et le général Facinet Touré, pour ne citer que ceux-là. Pourquoi, de ces personnes, aucuns ne se posent la question ? Je répondrais c’est parce qu’ils sont toujours à l’avant-garde de l’actualité politique.
Nous sommes maintenant au début des années 2000. Une période de dégringolade en enfer pour les Guinéens. Un manque de leadership, une économie stagnante, et une corruption généralisée. Des centaines de milliers de réfugiés venus des pays voisins s’étaient établis dans le pays. En plus, les attaques récurrentes des rebelles rendaient la situation plus compliquée pour le général Conté. Conséquemment, l’armée devenait une priorité. Les autres secteurs socio-économiques étaient relégués au second plan. Les populations, toutes catégories confondues, ne pouvaient plus tenir.
Nous approchons de la fin des années 2000. Cette période est marquée par des grèves répétées dont notamment celle des étudiants en 2006, des syndicats des travailleurs (publics et privés) en 2007, et des policiers en 2008. Notons que malheureusement, toutes ces grèves ont été émaillées par des morts dont plus d’une centaine de jeunes en 2007. Je rappelle ici que parmi les gens qui ont marqué cette grève de 2007, on pouvait noter Rabiatou Sérah Diallo et le Dr. Ibrahima Fofana (paix à son âme). Par suite, on pouvait aussi noter Mamadou Sylla (homme d’affaire) et Lansana Kouyaté.
Nous sommes en 2008. Le général Conté (paix à son âme) est mort. Il est important de rappeler ici que 20 ans plus tôt, en 1988, la Guinée vivait pour la première fois l’ère de la démocratie avec les tractations qui ont suivi pour une alternance démocratique. Mais que constatons-nous 20 ans après, au lendemain de la mort du général Conté ? Le non-respect de la constitution qui voulait que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim en cas de vacance de pouvoir. A part le doyen Ba Mamadou qui était dans son lit d’hôpital, aucun des acteurs politiques, tous bords confondus, n’avait levé le doigt pour le respect de la constitution. Une première faute politique dont nous continuons à vivre les conséquences aujourd’hui.
Nous sommes maintenant en 2009. Le capitaine Dadis, malgré une violation grave de la constitution, avait été choisi comme président de la République par ses pairs, armes aux poing, avec le soutien de toute la classe politique. Alors que des pays comme le Ghana et la Sierra Leone étaient salués de par le monde entier pour leur posture démocratique, en Guinée on notait un retour en force de l’armée dans l’exécutif. Comme un perpétuel recommencement, nous assistions à une recomposition de la classe politique. Un retour en arrière de 20 ans car c’est exactement la même chose qui s’était passé en Guinée au début des années 90, que j’ai d’ailleurs adressé au début de cet article. Formation de partis politiques, adoption d’une nouvelle constitution, et plus navrant, les exactions répétées commises sur les populations. Rappelons ici les évènements répugnants du 28 septembre 2009 avec ses cortèges de morts, et les jours sanglants qui ont suivi.
Nous sommes maintenant en 2010, l’ère Dadis était passée. Sékouba Konaté était maintenant aux commandes. La transition forcée continuait son chemin. Notons ici que certains qui luttaient autrefois contre le général Conté, furent choisis comme les piliers de cette transition. Il faut nommer un certain Jean Marie Doré et une certaine Rabiatou Sérah. Je laisse le soin aux lecteurs de juger le rôle joué par ces deux personnalités durant cette transition. Une autre personne ressource de cette transition était Lousény Camara (CENI). Ce dernier était un acteur majeur lors des évènements de 2007 qui ont failli mettre fin au régime du général Conté.
Nous sommes à fin 2010. Pr. Alpha Condé, opposant historique, vainqueur d’un second tour non contesté par son challenger, est investi président de la République, après plus de 40 ans de lutte politique. Mais que constatons-nous après 3 ans d’exercice du pouvoir par monsieur Alpha Condé ? Une insécurité grandissante, une économie qui tarde à se relever, un régionalisme sans précédent, l’avantage accordé à une communauté particulière sur les autres dans le choix des hommes dans l’administration, les violations répétées des lois, et plus intriguant l’usage répété des anciennes méthodes des régimes précédents qu’il avait pourtant combattu toute sa vie.
Ainsi, comme vous le voyez, de ce qui précède, la classe politique ne pourrait jamais volontairement faire l’affaire de la Guinée. D’ailleurs, ce fait n’est pas que propre aux politiciens guinéens. Ceci est une particularité de l’homme politique. Pour moi, un politicien est celui qui sait saisir des opportunités pour assouvir ses ambitions politiques. Autrement, un politicien suit la direction du vent pourvue qu’il ne l’emporte.
Pour conclure, je dirai sans passion, que le problème réel de la Guinée n’est ni Alpha, ni Cellou, ni Sidya. Encore moins un problème entre Peuls et Malinkés. Le noyau du problème guinéen se situe ailleurs. Si Dieu le veut bien, dans mon prochain article, je démontrerai avec pertinence les contours de ce problème et une solution adéquate qui, sans doute, pourrait conduire la Guinée vers un avenir démocratique plus radieux.
D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Attention aux lecteurs! Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.
Abdoulaye Aziz Bah
MBA/ MIS/ PMP
Information Technologies Consultant
Chef d’entreprise