Politiquement et techniquement, le sort de l’élection présidentielle de 2015 est déjà scellé avec une victoire possible de monsieur Alpha Condé. Avant de justifier mes arguments, j’aimerais attirer l’attention des lecteurs qu’officiellement je ne suis d’aucune formation politique même si je suis contre le modèle de gouvernance que monsieur Alpha Condé a choisi depuis qu’il est devenu président de la République. De même, je suis contre les perpétuelles fautes politiques commises par l’opposition qui n’a cessé de montrer son immaturité politique à chaque grande occasion durant cette transition qui n’avait que trop duré.
Ceci étant, rappelons tout de même que monsieur Alpha Condé, malgré ses lacunes en communication, est un fin politicien qui dit tout ce qu’il fait même s’il ne fait pas tout ce qu’il dit.
Ainsi, pour mieux cerner mes arguments, rappelons les faits suivants par ordre chronologique :
- Dès la publication des résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle de juin 2010, monsieur Alpha Condé après avoir négocié l’arrivée de Waymark pour le second tour, usa de son carnet d’adresses et du soutien des poids lourds de la politique africaine pour faire pression non seulement sur les autorités de la transition, mais aussi et surtout sur les représentants de la communauté internationale. Il commença par s’attaquer à la CENI et exigea la correction de certaines anomalies constatées lors du premier tour. Notons que ces anomalies, qui étaient pourtant signalées avant même l’élection du premier tour, avaient été acceptées comme telles par tous les candidats à cette élection. Mais à la surprise générale, le favori du deuxième tour, peut-être surexcité par l’écart de voix, accepta volontiers cette proposition de correction sans se soucier de l’impact que ceci pourrait avoir sur la suite du deuxième tour. C’était la première faute politique de monsieur Cellou Dalein.
- Ensuite, se sentant en position de force, monsieur Alpha Condé qui n’avait pas encore la certitude de remporter le deuxième tour, exigea un report de la date initialement prévue pour le deuxième tour. Encore monsieur Cellou Dalein et ses alliés montrèrent une immaturité politique en acceptant un report injustifié. C’était la deuxième faute politique de Cellou Dalein.
- Par contre, malgré la gravité des événements de Siguiri qui voulaient qu’on reporte la date du deuxième tour pour au moins permettre aux déplacés de voter, Cellou, qui n’a pas obtenu gain de cause pour un report, accepta d’aller aux élections sous la pression de la communauté internationale dirait on. En plus, Cellou accepta l’arbitre du match choisi par son adversaire. C’était la troisième faute de Cellou. Cette faute commise dans sa propre surface de réparation était de facto un pénalty que l’adversaire ne tarda pas à marquer. Donc, Cellou, malgré des supporteurs engagés durant tout le match, perdait ainsi la présidentielle au deuxième tour.
- Alors que la fin de la transition devait être sanctionnée par l’organisation des élections législatives sous l’égide de la communauté internationale déjà fortement impliquée dans le processus, Alpha Condé en bon politicien mit fin à la transition dès après la proclamation des résultats définitifs du deuxième tour. Ainsi, son premier acte fut de faire dégager les acteurs de la communauté internationale pourtant garants de la transition. L’alliance Cellou accepta le départ de la communauté internationale sans se soucier des conséquences que ceci pourrait avoir sur la suite de la transition. Donc, le mot transition n’était plus que théorique dès lors que les garants de celle-ci avaient quitté. Une quatrième faute de l’opposition. Notons ici que de toutes les fautes commises par l’opposition, celle-ci était la plus grave. D’ailleurs tous les problèmes rencontrés plus tard durant ce processus de transition sont les conséquences de ce départ.
Puisqu’on ne change pas une stratégie qui s’est montrée efficace, monsieur Alpha Condé s’est engagé, dès la proclamation des résultats définitifs du deuxième tour de l’élection de 2010, à perfectionner cette même stratégie pour l’élection présidentielle de 2015. S’il a pu obtenir une victoire en 2010 en seulement trois mois de manigance, pour 2015, il s’est donné 3 ans pour le faire. D’ailleurs dès le lendemain de sa victoire, monsieur Condé déclarait sans hésitation sur une chaine de TV qu’il a besoin d’au moins deux mandats pour consolider son programme de développement de la Guinée. Après son intronisation, lors de sa toute première rencontre avec les populations, il déclarait ainsi à Dixinn qu’il n’organiserait jamais des élections pour les perdre. Ainsi dit, ainsi fait. Il a organisé les législatives et il est sorti non seulement victorieux, mais aussi et surtout le RPG est devenu la première force politique du pays selon les résultats définitifs des législatives de septembre 2013. Résultats d’ailleurs acceptés par toute la classe politique sans exception (pardon, à part le PEDN de monsieur Kouyaté).
En se basant sur les résultats de ces législatives, on peut conclure sans se tromper que la victoire du RPG est logiquement assurée en 2015 avec une possibilité dès le premier tour. Voici comment et pourquoi :
Sur le plan national ou interne
- Une CENI favorable à la mouvance
- Un parlement favorable à la mouvance
- Un fichier d’électeurs favorable à la mouvance
- Des moyens financiers favorables à la mouvance
- Un opérateur technique favorable à la mouvance. Logiquement rien n’empêcherait l’opérateur technique Waymark d’être choisi pour l’échéance de 2015. D’ailleurs, selon l’accord ridicule conclu avec l’opposition pour leur participation aux législatives, c’est le Parlement nouvellement élu qui décidera du sort de l’opérateur à choisir pour l’élection présidentielle de 2015.
Sur le plan international ou externe
- Malgré sa mainmise sur le plan national, monsieur Alpha Condé a vite compris qu’avec un carnet d’adresses bien garni, il peut se tirer d’affaire quel que soit son comportement lors des échéances de 2015. Ainsi, il a tissé des amitiés avec les multinationales et les vieux loups de la politique africaine. Il sait pertinemment qu’à part le Nigeria, ses pairs de la CEDEAO ne sont que des exécutants d’ordres venant d’Elysée ou du Quai d’Orsay. Donc il n’a aucun regard pour eux.
- Connaissant bien la politique extérieure de la France (son frère jumeau tenait ce portefeuille), il a choisi les pays où la France a plus d’intérêts, pour tisser des amitiés avec les dirigeants de ces pays. C’est le cas du Congo Brazza, du Gabon, de l’Angola, de l’Afrique du Sud et du Maroc. En dehors du continent, il a aussi tissé des relations avec des pays forts du Moyen Orient et de l’Asie du Sud-Est. La France et les USA ont des intérêts énormes dans ces pays qui pourront, le moment venu, faire pression en faveur de leur protégé monsieur Alpha Condé.
De ce qui précède, à moins qu’on ne soit un aveugle en politique, un second mandat de monsieur Alpha Condé est logiquement inévitable en 2015. Sauf vacance de pouvoir, l’ordre du jour ne doit plus être l’échéance de 2015 mais plutôt celle de 2020. Ceci n’est qu’un constat personnel vu les fautes perpétuelles des leaders de l’opposition.
Je dirai qu’Alpha Condé a commencé les entraînements pour le match retour de 2015 depuis le lendemain de sa victoire à l’aller de 2010. Connaissant bien la composition de l’équipe adverse, il s’est non seulement préparé conséquemment mais aussi et surtout il ferait le choix des arbitres et du stade avec la bénédiction de ses adversaires.
Mais avant de clore ce débat, je dirai qu’il peut bien y avoir une surprise et une défaite possible de monsieur Condé si, et seulement si, l’équipe adverse est reconstituée avec des nouveaux joueurs plus déterminants et clairvoyants. Les récentes sorties des sieurs Diallo Sadakaadji (homme d’affaires) et Tibou Camara (homme fort et arbitre de la transition), et le refus de Kouyaté de siéger au Parlement sont-ils des signes annonciateurs d’une recomposition de l’opposition ? Une grande question qui j’espère aura une réponse dans les jours ou mois à venir.
Dans mon prochain article, je démontrerai comment la classe politique actuelle, tous bords confondus, de par son égoïsme et arrogance, a raté l’occasion de faire sortir la Guinée du tunnel.
Attention aux lecteurs! Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.
Bonne et heureuse année à toutes et tous !
Abdoulaye Aziz Bah
MBA/ MIS/ PMP
Information Technologies Consultant
Chef d’Entreprise
