Abdoulaye Aziz Bah Samedi, 21 Décembre 2013 21:32
J’avoue que le but de cet article n’est point de contredire monsieur Barry qui est, sans se tromper, un homme cultivé qui maitrise parfaitement son domaine. Je ne suis pas non plus sociologue pour juger le fondement de son article. Dans son exposé, monsieur Barry censé connaitre l’impact que la colonisation a eu sur l’économie et surtout sur la vie sociale dans les colonies, n’a pas hésité de nommer la France comme étant le pays idéal pour résoudre les problèmes de la Guinée mentionnés dans son exposé.
Ceci dit, mon objectif ici est de démontrer que la France est loin d’être ce pays qui pourrait sauver la Guinée. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je veux attirer l’attention des lecteurs que je m’efforce d’écrire ce texte en français pour donner la chance à une plus grande audience d’interpréter mes arguments. Je me sens plus à l’aise en écrivant en anglais qu’en français. Vous m’excuserez alors si le style utilisé dans ce texte n’est pas à la hauteur des attentes !
Certes la France a des compétences que personne ne peut nier. D’ailleurs ma position est loin d’être contre les intérêts de la France. Je suis quand même persuadé que faire de la France un partenaire privilégié serait une faute lourde dans le contexte d’aujourd’hui. La France, qui n’est d’ailleurs une puissance économique que théoriquement, est responsable de tous les problèmes qui sévissent en Afrique. Evidement en tant qu’ancien maitre de ses colonies, la France est l’architecte du problème d’ethnocentrisme que nous vivons aujourd’hui en Afrique. Sans prétendre être historien ou sociologue, les réalités palpables dans les anciennes colonies françaises sont sans doute révélatrices du comportement néfaste de cette France sur ces colonies.
En tant que professionnel en Information Technologies, j’ai eu l’honneur de travailler pour une des plus grandes entreprises financières américaines. Ceci m’a donné l’occasion de voyager à travers le monde. Dans mes voyages de mission, j’ai visité pas mal de pays en voie de développement. Ce qui m’a plus marqué, est que les colonies françaises sont les plus en retard non seulement économiquement mais aussi et surtout socialement. Dans toutes les colonies françaises, les gens s’identifient soit par la religion, l’ethnie, ou la couleur de la peau. Cette catégorisation sociale autrement appelée à diviser pour régner, a été une méthode efficace utilisée par l’administration coloniale française dans toutes ses colonies.
Vous pensez que la Guinée a des problèmes ? Je vous conseille de jeter un coup d’œil chez les Togolais, Tchadiens, Congolais (Brazza et Kinshasa), Gabonais, Mauritaniens, Haïtiens, Algériens, nos frères ivoiriens sans oublier les Burkinabés. La liste est longue ! Dans ces pays qui ont la particularité d’êtres tous des colonies françaises, les populations locales vivent aujourd’hui les conséquences néfastes de cette catégorisation sociale. Par contre, les Anglais eux ont utilisé le statut social comme élément de catégorisation. Par exemple, dans beaucoup de colonies anglaises, le forgeron est classé en tant que forgeron, le cultivateur en tant que cultivateur, et le commerçant en tant que commerçant. L’avantage de ce système anglais est que si en tant que forgeron tu arrives à innover un produit qui bénéficie aux cultivateurs ou aux commerçants, tu seras supporté par le maitre colon pour promouvoir ce produit et tu seras rémunéré conséquemment. D’ailleurs c’est ce même système qui existait en Angleterre avant même le début de cette colonisation. Le système était tellement ancré dans la société anglaise elle-même, que les noms de famille des gens s’identifiaient à leur fonction sociale. On trouve aujourd’hui des noms de famille anglais comme Taylor, Barber, Butler, Stewart, Bush, Hunter. La liste est longue.
Ceci m’amène à parler de mon séjour en Inde pour la première fois au compte de l’entreprise financière qui m’employait à l’époque. Je rappelle que l’Inde est une colonie anglaise où le système de caste est toujours d’actualité. Si les colonies françaises n’ont subi en moyenne que 50 ans de colonisation, l’Inde, elle, a subi plus d’un siècle de domination anglaise. Ce pays riche en or et autres ressources était la convoitise de toutes les puissances européennes de l’époque. Aujourd’hui ce pays est devenu une vraie démocratie et socialement stable. Dans ce pays chacun respecte le statu social de l’autre. Alors qu’en Guinée, après 50 ans d’indépendance déclarée, des gens qui occupent des hautes fonctions de l’Etat, censés être le garant d’un équilibre social, utilisent l’ethnocentrisme hérité du colon pour conserver des avantages qu’ils ne méritent pas. Ils manipulent les jeunes fruits d’un enseignement de masse dans des universités non structurées et sous équipées.
Le Rwanda qui s’est un peu éloigné de la France, est cité en exemple de bonne gouvernance et croissance économique sur le continent. A vrai dire, la France avait un seul but : celui de se servir des richesses de ses colonies. On ne peut pas comparer les infrastructures réalisées dans les pays dominés par les Anglo-américains à celles dans les colonies françaises. L’exemple le plus frappant est Haïti et la République Dominicaine. J’ai visité ces deux pays limitrophes. La différence est indescriptible sur tous les plans.
Est-ce qu’on peut comparer la République Dominicaine à Haïti, ou la Corée du Sud à la Côte d’Ivoire, ou le Koweït au Congo Brazza, ou la République portoricaine à la Guadeloupe, ou la Guinée au Ghana ?
La Guinée n’a donc pas besoin de partenaire privilégié ! Même si elle en avait besoin, mon choix serait les Etats Unis. De toute façon la Guinée a plutôt besoin d’une vraie démocratie où le résultat des urnes serait respecté. Le fait d’avoir un régime présidentiel n’est pas le problème comme le prétend le professeur Barry. Le problème réel se situe au niveau du non-respect des lois déjà existantes. J’avoue que la violation répétée des lois et même de la constitution, est le noyau de tous nos problèmes. Le manque de justice est imputable à tout le monde. L’injustice est devenue une pratique courante. La classe politique et la société civile sont le fruit d’un système pourri hérité du maitre colon.
Pour terminer, je dirai que la Guinée a tout simplement besoin d’une vraie démocratie. Peu importe le type de régime instauré. Qu’il soit présidentiel ou parlementaire, l’essentiel est que la voix des urnes soit respectée. Pour le reste, laissons donc la mondialisation jouer son rôle. Les partenariats bilatéraux ne sont plus à l’ordre du jour dans le monde d’aujourd’hui. Donc il n’est pas question qu’on privilégie une entreprise française par rapport à une entreprise américaine, allemande ou chinoise. Le seul critère doit être la compétence des entreprises en compétition.
Abdoulaye Aziz Bah
MBA/MIS/PMP
Information Technologies Consultant
Chef d’entreprise
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