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Assainissement et hygiène publique : un autre domaine où le changement se fait attendre (1ère partie)
Mamadou Cissé Vendredi, 20 Décembre 2013 10:40
Après l’installation de l’Assemblée nationale, l’on s’attend à ce qu’il y ait une détente dans le pays et que le gouvernement puisse se pencher sur des questions cruciales de développement pour le reste du mandat en cours. L’assainissement, la prise en compte de l’environnement et de l’hygiène publique dans les politiques gouvernementales font partie de ces sujets que beaucoup de citoyens aimeraient voir abordés par nos gouvernants.
A l’occasion de l’organisation de la 40e session de la conférence des ministres des Affaires étrangères de l’OCI en Guinée, il nous a été donné de constater que le gouvernement a lancé une campagne ponctuelle d’assainissement de la ville de Conakry. Selon plusieurs observateurs, il s’agit là d’une opération feu de paille et dès fin décembre, la ville retrouvera ses immondices habituelles. On se rappelle aussi qu’en début du mois de septembre 2013, la Fondation PROSMI (Promotion de la santé maternelle et infantile) de Mme Condé Hadja Djéné Kaba, avait organisé un forum sur la Mobilisation des ressources en faveur de l’assainissement et de l’hygiène publique dans la ville de Conakry, et celles de l’intérieur du pays, une sorte de coup de pouce de madame la première dame au gouvernement de son mari qui peine à faire du concret dans ce domaine. Alors la question qui vient à l’esprit est de savoir si le gouvernement actuel a une stratégie en la matière. C’est sur cette épineuse question que se penche la présente contribution.
Il ne fait pas de doute que l’élection à fin 2010 d’Alpha Condé, opposant historique et chantre du changement en Guinée, avait suscité chez beaucoup de Guinéens assez d’espoir pour un changement de leur quotidien dans plusieurs domaines. Bien que l’assainissement et la propreté de la capitale et des villes de l’intérieur n’aient pas figuré en gras italique sur le programme du nouvel élu, les populations étaient en droit de s’attendre à une amélioration dans ce domaine pour mettre fin aux éternelles épidémies de choléra que le pays connait depuis plus d’une décennie. A l’heure du bilan à 3/5 du mandat, force est de constater que dans ce secteur le gouvernement a fait du surplace et qu’aucun changement notable n’a été observé. Pourtant les choses avaient bien débuté pour le régime AC qui a hérité d’un projet promoteur dans ce domaine. En effet, dès janvier-février 2011, le ministère délégué à l’Environnement et aux Eaux et forêts, à travers la Direction nationale du cadre de vie, lançait un appel d’offres international pour « la collecte, le transfert et le traitement des déchets ménagers de la ville de Conakry », une sorte de pain béni pour le nouveau régime. Mais comme dans d’autres domaines, la gestion de la nouvelle équipe de ce projet d’assainissement et hygiène publique se révélera catastrophique, de sorte que les 50 camions poubelles de la coopération chinoise n’auront pas servi à grand-chose. Voyons un peu les faits avant d’aborder les propositions de solution pour une meilleure gestion de l’environnement dans notre capitale et les villes de l’intérieur.
1- Gestion du secteur de l’assainissement et de l’hygiène publique par la gouvernance AC
La prise en compte des questions environnementales est nouvelle en Afrique, donc pas assez professionnalisée pour le moment. Nous allons donc aborder la problématique essentiellement sous l’angle de l’assainissement et de l’hygiène publique. Dès sa prise de fonction, le nouveau gouvernement bénéficiera en 2011 d’un don chinois de 50 camions poubelles pour la propreté de la ville de Conakry (en plus des 100 bus qui seront affectés à la Soguitrans). Comme signalé plus haut, le gouvernement Condé a lancé au cours du 1er trimestre de 2011 un appel d’offres international pour la gestion des déchets ménagers de la ville de Conakry, avec 4 volets (collecte et transfert des ordures, exploitation et réhabilitation de la décharge, traitement de déchets par méthanisation, construction d’une nouvelle décharge à Kagbélen). A la suite du processus de passation des marchés, deux entreprises furent sélectionnées : la guinéenne IC Transports pour la collecte et la française HYCOS pour les 3 autres volets du programme. L’espoir né de ces passations de marché sera de courte durée. Et pour cause. L’entreprise IC Transport, qui n’avait jamais travaillé dans le domaine des ordures ménagères, n’a pas pu démarrer l’exécution de son contrat, cela beaucoup plus par incapacité organisationnelle que par manque de paiement de son avance. Et l’administration, accusée de favoritisme, s’est vue obligée de lui retirer courant 2012 ce juteux contrat annuel de plus de 60 milliards de Francs guinéens. Spécialisée dans la location d’engins aux sociétés minières, IC Transport a été aux côtés de la première dame lors des premières initiatives de cette dernière en matière d’assainissement dans la ville de Conakry, notamment Taouyah ; ce qui, selon certaines sources, aurait permis l’octroi du contrat de collecte et de transfert des ordures à une société qui n’en avait aucune expérience. Le Service public de transfert des déchets (SPTD), qui voyait d’un mauvais œil l’exécution de ce projet, a profité de l’incapacité d’IC Transport pour faire sa propre promotion auprès des nouvelles autorités ; cela avec l’appui du gouvernorat de la ville de Conakry. Résultat : l’Etat décide à nouveau de confier la collecte et le transfert des ordures à la SPTD sans qu’aucune lumière n’ait été faite sur le contrat d’IC Transport » (en pareil cas, il faut faire un solde de tout compte en toute impartialité sans léser l’Etat ou l’entreprise). Et depuis, on est retombé dans les mêmes habitudes et les montagnes d’ordures sont devenues plus fréquentes dans la ville (dont la production en déchets ne cesse d’augmenter) à l’exception de Kaloum qui connait un traitement spécial. L’épidémie de choléra reste ainsi colée à notre capitale.
Au même moment, les 3 autres composantes du projet, confiées à la société française HYCOS, n’ont vu aucun début d’exécution. Sans que l’on sache pourquoi, on apprend au cours du 1er semestre 2013 qu’un avis d’appel d’offres doit être lancé pour la sélection d’une firme internationale pouvant construire et exploiter la nouvelle décharge de Kagbélen dans le cadre d’un BOT (build, operate, transfer). On apprend aussi depuis 4 à 5 mois qu’une entreprise liée à l’ancien ministre des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire (Bic Togo) a été retenue pour l’aménagement de la nouvelle décharge à Kagbélen sans savoir s’il s’agit du résultat dudit appel d’offres. Des déguerpissements sont en cours. Au-delà de la transparence de la passation d’un tel contrat, la question de la collecte et du transfert des ordures à la décharge reste toujours posée. Le nouvel opérateur doit-il s’occuper de la collecte (pour obtenir sa matière première nécessaire à la production de l’énergie qui sera vendue à l’Etat) ou bien cette phase reste-t-elle encore l’apanage du SPTD ? Rien n’est encore clair.
Dans les villes de l’intérieur, il avait été prévu dans le budget de 2012 au compte du ministère de la Construction et de l’Urbanisme, des programmes ponctuels de ramassage des ordures et balayage des certaines artères. Les appels d’offres ont été lancés dans les journaux mais actuellement on n’a aucune idée du niveau de l’exécution de ces travaux. Pour l’embellissement de la capitale, l’aménagement de certains carrefours a démarré début 2013 mais les travaux ont du mal à atteindre la vitesse de croisière.
Ce bref rappel des faits montre à suffisance que la gouvernance AC a du mal à amorcer un nouveau départ dans le domaine de l’assainissement et de l’hygiène publique malgré un contexte favorable. Certains observateurs ont pointé du doigt les luttes de chapelle entre le ministère de l’Administration territoriale et celui de l’Environnement pour la gestion du projet suscité, les peaux de banane glissées par le gouvernorat et le SPTD (qui voyaient mal l’octroi d’un tel contrat à un opérateur privé), l’incapacité organisationnelle d’IC Transport à collecter les ordures et à les transférer à la décharge de la Minière (en attendant la construction d’une nouvelle à Kagbélen)… Le gouvernement, englué dans la politique (comment remporter les législatives), n’a donc pas pu proposer un plan stratégique d’assainissement et d’hygiène publique au niveau national. Pendant que beaucoup de pays africains font des progrès dans le domaine de l’environnement et de l’hygiène publique, notre pays fait du surplace et relègue cette question aux calendes grecques. On aurait pourtant aimé que le pays suive l’exemple du Rwanda ou du Ghana, 2 pays africains qui se sont distingués par les progrès qu’ils réalisent en matière d’Assainissement et de gestion de l’environnement. Dans le domaine des déchets industriels, la Guinée peut bien prendre l’exemple sur le Tchad qui vient d’arrêter les activités d’une société pétrolière chinoise (l’Etat accepte donc de perdre certaines recettes fiscales tant que l’entreprise chinoise ne prend pas de mesures correctives contre sa propre pollution). Que dire des emballages plastiques non biodégradables (dont notamment les sachets d’eau minérale) ou de la lutte contre la déforestation (en subventionnant des sources d’énergie autres que le charbon ou le bois de chauffe) ? Pourquoi la société civile guinéenne et le seul parti qui se disait écologique ne font-ils aucune pression sur le gouvernement pour l’amener à adopter une politique nationale d’assainissement, d’hygiène publique et de gestion de l’environnement ? Qu’attend le régime actuel pour faire entrer le pays dans l’économie verte et ses potentialités ? Le nouveau parlement initiera-t-il des lois dans ce domaine ou amènera-t-il le gouvernement à faire appliques celles qui existent ? Ces questions méritent une attention de la part des décideurs et de l’intelligentsia en vue d’une prise de conscience de notre retard et d’un début de solution à ces problèmes récurrents que nous connaissons depuis des décennies. Nous donnerons dans la deuxième partie de cette contribution, nos propositions de solutions concernant les problèmes soulevés dans ce texte, pour susciter le débat et pousser les autorités à prendre leurs responsabilités.
Mamadou Cissé
Depuis Conakry
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Commentaires
Avant tout ce que tu dis, il faut couper et remplacer les têtes de poisson et punir les contrevenants. Tout sera très facile et simple ensuite.
Au fait au temps colonial a Kaloum il y avait une pénalité financière a payer immédiatement en cas de déversement d'ordures sur la voie publique - ce n'est pas forcement un très bon exemple mais quand même on nous a appelé a cette époque la perle de l'AOF...
Il faut aujourd'hui, dire haut et fort que cet homme, est indigne, sinon comment peut-on expliquer qu'un homme qui a vécu 60 ans en France, et de façon continue soit incapable de promouvoir les choses élémentaires que sont l"hygiène publique et l'eau potable ?
Nous n'acceptons plus aucune excuse, surtout s'il continue à remettre tout sur le dos du régime précédent, "personne ne lui a obligé à se mettre où il est "( Gandhi ) . Il a raconté partout que c'est lui l'homme providentiel, qu'il nous montre ce dont il est capable .
On n'en veut plus des discours, nos oreilles en sont fatigués, qu'il arrête maintenant d'enrichir son clan et celui de son épouse, tous les marchés qu'il attribue, ne profitent qu'à ceux-ci . Surtout qu'il arrête de mentir, aucune promesse ne peut rendre les guinéens heureux, depuis des jours et des jours, on nous tympanise avec les 5 milliards d'investissements promis lors du forum du Dubai, tout homme conscient, sait que c'est du vent, en trois ans, nous n'avons que ces genres de promesses . Nous ne voulons que des actes, rien que des actes .
Je dis de lui qu'il a été le chantre du changement à cause de ce que nous avons tous vécus. Après avoir été un opposant de taille à Conté (il a failli être l’alternative en 1993), il a réuni en 2010 une partie de la classe politique autour de sa personne autour du slogan "Ensemble, changeons la Guinée" comme Wade et son Sopi au Sénégal dans le temps. Je n'ai nullement dit qu'il a été à la hauteur du changement promis.
Pour la question de l'assainissement, quand je dis que les choses avaient bien commencé pour son gouvernement, là aussi vous ne m'avez pas compris. Un régime qui vient trouver un projet bien ficelé et qui obtient parallèlement des moyens logistiques supplémentaires (les camions poubelles offerts par la Chine qui se sont ajoutées à une petite quantité offerte par Rio Tinto du temps du CNDD) ne pouvait espérer mieux pour prendre ce problème d'assainissement à bras le corps. Comme le dit le texte, les différents services techniques des départements techniques n'ont pas été à la hauteur et se sont marchés dessus, chacun visant l'argent. Ce qui fait c’est qu’apparemment ce n’est nullement une priorité et le projet est tombé dans les oubliettes sans qu’on ne sache à quoi ont servi les ressources qui devaient y être consacrées.
Mes propositions de solutions viendront dans la deuxième partie.
Bien à vous
La deuxième ne saura pas tarder. Pour ce qui est des responsabilités, je crois que le texte est clair là -dessus. Le Ministère de l'Environnement, en tant que Maitre d'Ouvrage, le MATD (avec le Gouvernorat et le SPTD) qui voulait coûte que coûte la tutelle dudit projet, l'entreprise qui a reçu une avanc mais n'a pas pu exécuter des prestations d'égale valeur, l'administration de passation du marché aussi. Telle est ma compréhension de la chose.
Merci
En Guinée et dans tous les domaines il faudra couper les têtes pourries avant de chercher a rendre les poissons comestibles...
Gandhi; l'administration Guinéenne est certes défraillante mais on ne peut tout balayer d'un coup.
C'était évidemment une boutade, mais elle marche toujours.
Quand j'entend les dirigeants actuels se féliciter que la Guinée serait revenue dans le concert des nations (comme si elle l'avait quitté), alors qu'elle n'est même pas capable de ramasser ses poubelles, j'enrage de voir ces incapables ne même pas se rendre compte du ridicule de leurs assertions.
La voie des urnes reste évidemment la meilleurs manière pour sanctionner un dirigeant, à condition que les dés ne soient pas pipés.
Vous dites que Alpha est opposant historique et le chantre du changement en Guinee. D,accord pour le qualificatif historique mais en quoi il est egalement le chantre du changement en Guinee.
Ensuite vous dites et pourtant les choses avaient bien demarre avec 50 poubelles camions offerts par les chinois. Vous vous trompe enormement. Les choses auraient pu bien demarrer si le gouvernement en avait fait sa ou l,une de ses priorites. Il y a un proverbe kpele qui dit : Kwalai ho bo ho te yele e me nye pele wulu bhe hwa ge. Litterralement : Le singe qui ne veut pas grimper, meme si vous mettez ses pattes a l,arbre, il ne grimpera pas. En politique, il y a ce qu,on appelle fenetre d,opportunites. Tant qu,elle n,est pas ouverte et saisie, un probleme politique ne peut etre resolu. Et pour qu,elle soit ouverte il faut la convergence des mouvances que sont celles des problemes, des acteurs et des solutions. En ce qui est de l,assainissement, le probleme devrait etre inscrit dans l,agenda des pouvoirs publics, qu,une solution soit trouvee et convienne au pouvoirs publics et enfin que les pouvoirs publics decident de la mettre en pratique. Pour le cas de l,assainissement, il y a eu une solution (don de camions chinois), mais l,assainissement n,etait pas inscrit dans les priorites gouvernementales, la facon de mettre la solution en pratique n,etait pas non plus appropriee.
Pour vous en convaincre, saisissez-vous du programme politique de Alpha (s,il y en a) et lisez la partie reservee a l,environnement, en particulier a l,assainissement ou alors convoquez le Ministre de l,environnement et le Gouverneur de la ville de Conakry a un debat televise interactif et confrontez-les avec les auditeurs. Vous verrez.
Bien a vous !
l'administration Guinéenne est certes défraillante mais on ne peut tout balayer d'un coup. Il faut aller avec un peu de tact. Comme dans beaucoup d'autres secteurs, AC brille par la continuité en matière de gestion des ordures. Aujourd'hui la production journalière dépasse les 1200 Tonnes, des unités industrielles se développent dans la zone de Kagbélen sans aucun plan de gestion environnementale, une dizaine de sociétés minérales existent dans le pays et les sachets sont jetés dans la nature, ... Dépuis 3 ans rien de concret pour un changement (de mentalité ou de méthode de gestion du secteur). C'est plus que décevant.
Mais comme il a été élu et que bientot 2015, je reste convaincu que la voie des urnes reste la meilleure pour sanctionner un président. Les Guinéens feront cet arbitrage au vu de son bilan global.
Pour paraphraser un écervelé qui disait que pour savoir manager une entreprise privée, il suffisait d'occuper la fonction, eh bien en voilà une belle illustration. Les salariés de SPTD occupent la fonction, parce qu'ils appartiennent à une société dite de ramassage des ordures, mais ne travaillent pas. Quand on est payé pour ne pas travailler, c'est dur de faire autrement.
Accessoirement, on peut aussi virer AC qui ne fait rien non plus, car ce problème devrait prendre moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Preuve supplémentaire qu'AC n'est pas là ni pour construire, ni même pour entretenir.








