Ce machin / silence qui continue de créer le malheur du typiquement guinéen

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BARRY_Moussa_Bella_01Le typiquement guinéen est une habitude guinéenne avec laquelle on peut exprimer énormément de choses que nous avons en commun. Mais je m’arrête ici à des termes liés au comportement du Guinéen, singulièrement les travers de son comportement vis-à-vis du silence, afin de schématiser son malheur. Le Guinéen se crée toujours une échappatoire, lorsqu’il est incapable de regrouper des choses diverses sous un terme commun.

L’échappatoire est un phénomène contradictoire répendu dans l’histoire de la Guinée au cours des dernières décennies. Les différents régimes guinéens ont toujours cherché à calmer les attentes populaires par une échappatoire, pour se soustraire ainsi de la responsabilité des actes qu’ils ont posés.

Actuellement en Guinée, le sabotage du changement est l’échappatoire en pratique dans le paysage politique. Avant, la justification était le complot permanent. Chez nous, le silence est toujours gardé sur ce qui est gênant pour le pouvoir. Les régents expliquent les catastrophes économico-sociétales et les carences politiques par un sabotage du système selon des mains invisibles.

Jusqu’à quand nous laisserons-nous nous complaire dans la légende de cette absurdité politique ? Jusqu’à quand consommerons-nous nonchalamment cette aberration tactique et fermerons-nous la gueule ? Combien de régimes dictatoriaux méritons-nous d’avoir et jusqu’à quand nous laisserons-nous nous faire abuser par nos élites pour leurs avantages égocentriques ?

Machiavel avait tort de dire que gouverner, c’est faire croire. Je soutiens plutôt que, gouverner c’est prévoir, savoir d’où l’on vient, ce que l’on est, et vers quoi l’on s’achemine. Lorsqu’on gouverne dans le chaos, on ne doit pas s’étonner si tout va de mal en pis

Le silence et la naïveté du typiquement guinéen ont entrainé la descente du pays en enfer, ce qui a donné suite aux différents malheurs/crimes imprescriptibles commis contre le peuple de Guinée par une bande d’oligarques arrogants et corrompus hypocrites.

L’arrêt de la Cour suprême guinéenne sur les législatives de septembre 2013 n’honore pas l’institution. Il n’y a rien de plus contagieux pour le citoyen que le non-droit. L’institution juridictionnelle du pays prouve finalement (comme beaucoup l’ont toujours cru), qu’elle est subordonnée à des intérêts partisans. Il n’est aucunement irrationnel d’affirmer : l’institution a défendu ses bienfaiteurs contre le droit !

Avons-nous le droit de garder le silence, quand les fondements de l’Etat (c'est-à-dire de ses principes, ceux qu'il satisfait en partant de besoins primaires de l'homme) sont en perdition ? Je plaide pour que, surtout, l’élite prenne individuellement au sérieux la dimension historique de son silence dans le contexte du processus démocratique en Guinée. Pour cela, thématisons un peu les vertus et les travers du silence, pour mieux interpréter d’où viennent nos malheurs.


a- Les vertus du secret du silence

Le silence évite les querelles, - le silence rend l'adversaire stupide, - le silence écarte toute sorte de condamnation, - le silence vous distingue, - le silence vous donne l'autorité et le pouvoir, - le silence vous conserve, - le typiquement guinéen pense même que le silence est divin, car Dieu aurait dit gardez silence et je combattrai pour vous. Attendez votre tour pour accéder à un hypothétique pouvoir, c’est Dieu qui l’a voulu ainsi (c’est dans le cas de figure de la construction de son propre malheur où le typiquement guinéen aurait dû garder silence, car c’est très grave d’attribuer à Dieu, une allégation qui n’est pas venue de lui). Le silence est l'ami de l'humilité, - le silence ferme l'accès au diable, - le silence donne raison, ....


b- Les travers du secret du silence

Je pense qu’après la spécification idéalisée des vertus du silence, il est nécessaire d’évoquer également ses travers. Le silence ne construit rien. Le silence peut rendre lâche. Le silence peut rendre coupable. Le silence peut vous soumettre et vous rendre opprimé. Le silence peut traumatiser celui-là qui le garde et non l’adversaire.

Même à celui à qui nous ne voulons pas répondre, il nous est conseillé de dire « Paix Â» et non de garder le silence. Toute rencontre entre deux êtres de la création de l’Eternel est rupture de silence. Le silence accompagne la mort et la désolation et non la vie et la joie.


Le régime et l’Etat

Je simplifie ici, la différence entre le régime et l’état :

  • le régime politique fait référence à la manière dont le pouvoir est organisé et exercé au sein d’une entité politique donnée ; les régimes politiques se distinguent en fonction de la pratique et l’exercice du pouvoir ;
  • l’Etat est une société organisée, dotée d’un gouvernement, vivant selon des lois ; il garantit l’égalité de traitement entre les citoyens.

Nous le voyons, les régimes sont différents de l’Etat. Les régimes passent, mais l’Etat reste. Le régime de Condé se fait plus puissant que l’Etat guinéen. Pour cause il ne consacre plus ses efforts à la restauration de l’Etat de droit, mais plutôt à la pérennisation de son régime, selon sa conception singulière du pouvoir. Toutefois les élections législatives ont prouvé, malgré toutes les confusions de la CENI, qu’il ne faut pas mésestimer la capacité du peuple de distinguer le faux du vrai !

El Hadj professeur nous martèle élégamment, à longueur de discours, des garanties démocratiques, des élections propres sous son régime ! Car étant opposant historique, il prétend avoir enduré l’oppression, les fraudes et les brimades de toutes sortes par les précédents régimes guinéens. Bien dit, mais ce qui est vrai n’est pas toujours juste en politique.

Il commence par la courtoisie et le respect des autres. Or les faits sont têtus, la réalité a prouvé que son discours n’était, pour lui, qu’une pommade d’histoire pour préparer le terrain pour les élections législatives. Il grossit son affirmation par : « moi, président de la République je m’opposerai, rigoureusement à tout vandalisme quel que soit son auteur, désormais les discussions se passeront à l’Assemblée nationale et, et....

Et, il enchaine l’air de rien, dans un journal sénégalais, que les anciens premiers ministres qui dénoncent actuellement les fraudes, lui ont fait subir la même chose lorsqu’il était opposant. Et paf, ça, c’est le suppositoire de piment qu’il glisse à ses opposants. Et, il reconnait par-là implicitement, en même temps, que les élections n’ont pas été propres.


Du courage civil

Le courage civil est un thème central dans l’enseignement et dans la recherche des sciences philosophiques et sociales. Honneur et courage aux démocrates de ce pays. On gagne toujours à taire ce qui n’est pas nécessaire à dire, mais le courage civil nous incite à dire tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas. La désobéissance civile est l’exploit des démocraties.

Je sais, les meilleures volontés ont des limites, mais selon moi, il faut que le peuple se révolte/s’indigne pour rompre son silence, pour exiger de nos princes décideurs de se consacrer à autre chose ! Telle que la lutte contre l’ethnocentrisme, le manque d’infrastructures et la corruption, contre le népotisme et l’incivisme, pour destiner leurs efforts à l’éducation, à la santé et à la justice, etc.

C’est les pervers du silence et le non-droit qui ont fait que l’Etat guinéen est dépourvu de tout sens de responsabilité et de crédibilité aux yeux du citoyen. Le silence général, l’impunité et le silence devant l’injustice sont des grands risques pour les autres institutions de l’Etat.


Moussa Bella Barry


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Commentaires  

 
+7 #1 Gandhi 23-11-2013 20:28

Une remarque dans le texte à mettre en évidence : les ex-PM qui dénoncent les fraudes, lui ont fait subir la même chose lorsqu’il était opposant (AC). Il reconnait donc implicitement qu'il leur a rendu la monnaie de leur pièce, autrement dit qu'il a fraudé. CQFD.
Un message subliminal : qui ne dit mot consent, c'est la manière dont la Communauté internationale justifie la présence de dictateurs à la tête des États (principalement africains francophones). Si les peuples n'en voulaient pas, ils réagiraient. Mais ce sont les mêmes qui prônent de rester calmes, lorsqu'on les prend au mot. Ce sont les Guinéens qui doivent prendre en mains leur destin.
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