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Union pour le progrès et le renouveau : l’histoire de la décadence d’une grande formation politique

Thierno Moussa Diallo  Mardi, 22 Octobre 2013 15:41

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Née en septembre 1998 (il y a de cela 15 ans) de la fusion du PRP (Parti du renouveau et du progrès de feu Siradio Diallo) et de l’UNR (Union pour la nouvelle République de feu Ba Mamadou), l’UPR (Union pour le progrès et le renouveau), impressionne, fascine et ratisse large dès ses premiers jours. Malgré les fraudes massives, Ba Mamadou, candidat de l’UPR aux élections présidentielles de décembre 1998, arrive deuxième avec 24,62 % des voix ; c’est dire la force de frappe de ce nouveau parti. La venue dans le paysage politique guinéen, de ce grand parti, était perçue par la majorité des Guinéens et par bon nombre d’observateurs politiques, comme une alternative certaine au régime de feu le général Lansana Conté ; car dans l’UPR on retrouvait à la fois le sérieux, le sens de la réflexion poussée et la sérénité en toute circonstance, valeurs insufflées par son président l’honorable Siradio Diallo (paix à son âme) d’une part et le courage, la détermination et la ténacité dans les revendications légitimes du peuple d’autre part, inspirés sans aucun doute par le grand combattant des libertés que fut le doyen Ba Mamadou, président d’honneur. Malgré la séparation d’avec le doyen Ba, en 2002, pour divergences profondes de stratégie, l’UPR a tenu bon ; l’aura naturelle du président Siradio aidant, les troupes sont restées soudées et combatives.

Puis vint cette douloureuse date du 14 mars 2004 : le maitre à penser, le sage, le rassembleur rendra l’âme ce jour, dans un hôpital parisien. La dépouille de Siradio sera ramenée en Guinée, exposée à l’Assemblée nationale avant d’être enterrée dans son Labé natal près des fondateurs de cette illustre cité du Fouta Djallon. Ses héritiers politiques prirent l’engagement de continuer le combat, de perpétuer l’œuvre des pères fondateurs ; ce qui explique d’ailleurs que pour la succession de Siradio, le problème a été réglé par les statuts du parti. Bah Ousmane, en sa qualité de vice-président, sera investi président par intérim, et cela malgré les vives protestations de certains membres du Bureau exécutif, qui étaient convaincus de son incapacité à diriger un parti. Cependant les statuts devaient être respectés. C’était la meilleure manière de rendre hommage à Siradio qui, de son vivant, a toujours su détacher le parti de sa propre personne.


Bah Ousmane, l’homme par qui l’UPR a perdu son âme 

Quelques dates repères :

- mars 2007 : une grande frange du Bureau exécutif, sous la direction de la vice-présidente, annonce la destitution de Bah Ousmane pour incapacité notoire à diriger le parti ;

- juillet 2008 : imposé par le ministère de l’Intérieur, un congrès se tiendra en catimini à Labé, qui l’investira à nouveau président de l’UPR ;

- septembre 2009 : toujours à la recherche de sous de quelque manière que ce soit, il se rapproche dangereusement du CNDD ; Ousmane Bah sera le seul leader à ne pas avoir condamné ouvertement les massacres du 28 septembre 2009 ;

- juin 2010 : l’UPR investit candidat du parti aux élections présidentielles, Ousmane Bah, qui aura à peine 0.5% des voix ; le parti n’avait plus de base ; tout tournait autour de sa personne et de son clan restreint du Bureau exécutif ;

- octobre 2010 : loin de toute considération idéologique et rationnelle, sans consultation réelle du peu de militants qui sont restés fidèles à Siradio, la direction de l’UPR sonnera le glas de ce parti, en s’alliant avec le RPG au second tour des présidentielles ;

- octobre 2011 : les fédérations d’Europe, élargies à celle du Canada, réunies en session extraordinaire à Bruxelles, tireront la sonnette d’alarme sur cette alliance contre nature et les dérives dictatoriales de Bah Ousmane, devenu entretemps ministre d’Etat des Transports ; encore une fois, ce sera une lettre morte.

- 26 février 2013 : les fédérations UPR de l’Europe et du Canada demandent son départ pour trahison des idéaux fondateurs de l’UPR ;

- 28 septembre 2013 : élections législatives ; associés au pouvoir en place, dans un ministère aussi visible que les Travaux publics, Ousmane Bah et sa direction nationale, n’ont pu décrocher aucune circonscription électorale ; et le comble de l’humiliation, c’est par la chance « des forts restes » que l’UPR obtient un député, sur sa liste nationale.

Voilà où ça mène, lorsqu’un président de parti est affairiste, nombriliste et sans vision d’avenir. Un parti si historique, modèle d’inspiration jadis, envié de tous et redouté de ses rivaux, aujourd’hui condamné à une mort certaine par la faute d’un petit groupe d’arrivistes, qui n’ont de Siradio Diallo et de Ba Mamadou, que le nom, animés par la seule ambition mesquine de se servir au lieu de servir… ayant à leur tête un certain : Elhadj Ousmane Bah.


Elhadj Thierno Moussa Diallo
Bruxelles –  Belgique


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