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Elections législatives en Guinée : le RPG a l’air piégé !
Ibrahima Kylé Diallo Mercredi, 16 Octobre 2013 14:57
J’aurais bien voulu attendre la proclamation officielle des résultats du scrutin du 28 septembre 2013 avant de donner mon point de vue sur cette mascarade. Il est vrai qu’en vertu de l'article 164 du code électoral, « le président de la CENI proclame les résultats provisoires dans un délai maximum de 72 heures ». Mais comme on se conduit sans code en Guinée, tout le monde attend fébrilement le moment où AC va dévoiler le nombre de ses députés à l’Assemblée « nationale ». Pour l’instant chaque camp crie victoire. Une habitude bien répandue, pas seulement en Guinée.
Je ne m’étends pas sur les conditions inacceptables dans lesquelles les législatives ont été organisées : maintien de l’opérateur sud-africain Waymark (incompétent techniquement et surtout partial moralement), CENI qui n’a jamais mérité le « I » qu’elle comporte, fichier faussé dès le départ (on y a supprimé considérablement de vrais électeurs dans les fiefs dits de l’opposition et on y a ajouté massivement des électeurs fictifs pour favoriser le pouvoir), etc.
Entre AC (Alpha Condé), ses BV (bureaux de vote) et les PV (procès-verbaux), il n’est pas facile de voir clair ! Pour l’instant, je me contente d’un constat s’articulant autour de 5 points :
1) AC a été désavoué
Légalement, AC est le président de la République puisqu’il avait été proclamé vainqueur en 2010 par la Cour suprême. Le problème, c’est qu’on ne peut même pas dire qu’il a perdu toute légitimité car il n’en a jamais eue. On a vu des leaders portés au pouvoir dans des conditions discutables mais qui ont acquis, au cours de leur mandat, une reconnaissance et un respect de la part de leurs concitoyens. Ce n’est pas le cas d’AC, présent en Guinée mais distant des Guinéens.
Ce président du pays et du RPG, dispose de l’administration, des finances, des forces de défense et de sécurité et des médias d’Etat. S’il n’a pas, avec tous ses atouts, un score de type soviétique, c’est qu’il est tout à fait rejeté par la grande majorité des Guinéens.
2) L’opérateur Waymark s’est montré techniquement incompétent
Que n’a-t-on pas dit sur les qualités supposées de cet opérateur ? Il vient de prouver son incapacité à sortir les résultats voulus par le pouvoir pour lequel il travaille. Aurait-il avalé des données trop indigestes ? Ses kits seraient-ils des kystes ? Il y a manifestement tromperie sur la marchandise et AC devrait dire : « remboursez ! ».
3) La CENI est désorientée
Cette institution, inféodée à AC, avait pour objectif, non pas d’organiser des élections libres et transparentes mais de faire gagner le RPG. C’est un échec qui coûtera cher à son président Bakary car le dictateur Condé n’a pas la réputation de faire de cadeau à ceux qui le trahissent, même involontairement. La CENI a beau tourner et retourner la situation dans tous les sens, elle n’a que le tournis car elle ne peut plus « tricher en rond ». Elle s’est discréditée au point de se réduire à un simple Comité Electoraliste Nuisible et Indigne.
4) L’opération « Manden Djallon » a échoué
Ce concept empoisonnant a été fabriqué de toutes pièces par le « Klan Condé » en vue de diviser le Fouta Djallon en mini Bantoustans, d’y semer la panique pour régler ce qu’il appelle le « problème peul ». La mayonnaise, ou plutôt le soumbara, n’a pas pris ! Les « roundés » (villages ancestraux) ont infligé à AC un bon coup dès le premier round car ils ont vite compris qu’on leur vendait du « Manden Djanfa ».
5) L’opposition ne peut se prévaloir d’une victoire
Ce point n’est pas en contradiction avec le premier. En réalité, ce n’est parce que le pouvoir a été désavoué que l’opposition a nécessairement gagné. L’arithmétique politique est beaucoup plus subtile.
L’opposition semble avoir limité les dégâts. C’était son objectif secret et elle l’a atteint. Elle est largement majoritaire dans le pays mais elle n’a jamais su rentabiliser ses atouts. Lorsque l’unité n’est que de façade elle ne tient pas longtemps car chacun ne pense qu’à ses intérêts personnels.
- El hadj Fodé Soumah, dépité de ne pouvoir être député, a déjà pris ses distances en projetant quelques postillons sur le visage de ses camarades d’hier.
- Lansana Kouyaté, incapable de marquer son territoire et lésé dans son propre fief de Haute Guinée par un pique-assiette insatiable qui ne tolère aucun autre caïman dans son marigot, aura bien du mal à se caser dans la nouvelle configuration politique.
- Sidya Touré, hier capitaine sans troupes, vient de renaître, non pas de ses cendres mais de l’effacement négocié de ses associés et serait en passe d’être l’interlocuteur privilégié d’AC dans le dialogue pouvoir/opposition.
- Cellou Dalein Diallo n’a pas su maximiser tout le potentiel de l’UFDG qui pourrait ainsi n’être que le groupe majoritaire d’une coalition minoritaire. Tout dépendra du résultat de Matoto. Maigre consolation ! L’opposition étant devenue nettement bipolaire avec la renaissance de Sidya (ce qui n’est pas non souhaitable), le Pr AC, spécialiste de la zizanie, va bien lui donner des devoirs pénibles pour l’occuper à la maison. Lorsque des dirigeants se rencontrent pour discuter, ils ne se regardent pas les orteils mais dans les yeux. Face à AC, il ne faut jamais baisser la tête.
Dans ces conditions, que devrait faire l’opposition ?
D’abord, être cohérente avec elle-même. Comment peut-elle dire qu’elle est victorieuse et demander en même temps l’annulation pure et simple du scrutin ? Si elle rejette le scrutin, pourquoi suit-elle à la loupe le décompte de certains bureaux de vote ?
Ensuite, utiliser tous les atouts dont elle dispose en se battant avant tout sur le terrain du droit. Je suis étonné de constater la mollesse de l’opposition sur ce plan. AC viole en permanence la Constitution guinéenne mais l’opposition ne prend aucune des armes disponibles pour le combattre. Les droits de l’homme sont bafoués à longueur de journée mais l’opposition se complait dans sa léthargie alors que la Guinée et la CEDEAO sont « juridiquement surarmées ».
Enfin, que l’opposition arrête de faire des cadeaux à AC qui ne dispose même plus de place pour les stocker. Chaque fois qu’AC est en difficulté, c’est l’opposition qui l’aide à s’en sortir. Il était au bout du rouleau avec Waymark mais l’opposition a capitulé à la dernière minute, au grand soulagement de la communauté internationale qui aurait dû trouver un autre opérateur à imposer aux deux parties puisque c’est elle qui finance les élections.
Nos opposants semblent souffrir de cécité en matière de tactique et de stratégie. A la faveur de leur mollesse, AC a bien géré son agenda. Il sait très bien qu’il n’a pas été élu démocratiquement mais il termine cyniquement un mandat indu car il a réussi à focaliser l’attention de l’opposition sur des législatives qui n’impactent que modérément un régime de type présidentiel. Nos opposants ont peut-être des montres en or mais AC sait mieux lire l’heure. Il pense déjà à l’élection présidentielle de 2015 qu’il compte gagner dès le premier tour alors que nos chers opposants dissertent sur des alliances hypothétiques d’un second tour !
Quand nos opposants comprendront-ils qu’AC n’organisera jamais des élections transparentes ? Si, pour les législatives, il a été désavoué, il conserve encore toutes ses capacités de nuisances. A force de magouilles, le RPG s’est lui-même piégé. Mais ce n’est pas parce que le coq qui constitue son emblème apparait momentanément comme un oiseau exhibitionniste à la crête saignante et au plumage rare qu’il faut vite l’enterrer. Avec le loup Condé, il ne faut jamais jouer au mouton, surtout le jour de la Tabaski.
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo
Responsable du site www.guineeweb.net
Commentaires
Espérons que la nouvelle AN fera tout pour résoudre ce problème d'opérateur et de Céni. Ce serait mieux pour le pays que de continuer dans un bras de fer inutile qui nous fait perdre des années. A mon avis une Céni technique de 10 membres au maximum et un nouvel appel d'offres pour recruter un opérateur électoral peuvent être mis en route d'ici 2015.
Il est préférable pour les électeurs de constater la mauvaise foi de certains ou leur volonté manifeste de tricher, que d'avoir un logiciel pré-programmé pour la victoire du RPG et contre lequel on ne pourrait pas grand chose.
C'est bien ce problème de logiciel pré-programmé qui rend le cas Cisko plus que désespérant. Je salue de passage l'effort (pédagogique) fourni a` chacune de vos interventions pour rendre les choses plus accessible et facile a` intégrer (pour ceux qui veulent). Certains ont compris, mais d' autres (dont le sport favori est de nier l' évidence) ne comprendrons jamais...
Les explications de Gandhi sont clairs cette fois-ci en attendant l'interprétation que fera la CS de cet article controversé.
Mais je vois que Patriote n'a pas compris mes explications. Personne n'essaie de justifier le retard, selon ce que j'ai écris. A part les manoeuvres du RPG concernant Matoto, soyons honnêtes pour dire les vraies raisons du retard. D'abord c'est ce manque de confiance qui a conduit à opter pour le comptage manuel en oubliant de doubler les CACV dans les grandes communes (Matoto, Ratoma et N'Zérékoré). Chaque parti a fait ses calculs sur la base des résultats qui lui sont remontés directement des BV. Alors qu'il y a la centralisation au niveau des préfectures et communes avant d'être acheminés vers la Céni. Un journaliste a expliqué une fois comment on a perdu 2 heures sur un PV litigieux à Ratoma (les uns voulaient qu'on annule, les autres pas et le président après 2 h de perdues a été obligé d'annoter quelque chose pour la Céni et la CS). En plus de l'état de nos routes, les retards sont dus à notre système de comptage manuel et la suspicion généralisée entre les parties.
Remonte un peu plus mignan pour trouver la cause primaire des manque de confiance et retards : le fichier truqué de Waymark et pour ça il n'y a qu'un seul responsable - il est a la base et a la conclusion de tout ce processus ridicule et moyenâgeux qui n'honore pas notre pays...
En plus de l'état de nos routes, les retards sont dus à notre système de comptage manuel et la suspicion généralisée entre les parties.
Il est préférable pour les électeurs de constater la mauvaise foi de certains ou leur volonté manifeste de tricher, que d'avoir un logiciel pré-programmé pour la victoire du RPG et contre lequel on ne pourrait pas grand chose. Le jour où la confiance existera entre les partis (et c'est très facile d'y parvenir), on évitera de perdre du temps sur ces aspects.
Mais je vois que Patriote n'a pas compris mes explications. Personne n'essaie de justifier le retard, selon ce que j'ai écris. A part les manoeuvres du RPG concernant Matoto, soyons honnêtes pour dire les vraies raisons du retard. D'abord c'est ce manque de confiance qui a conduit à opter pour le comptage manuel en oubliant de doubler les CACV dans les grandes communes (Matoto, Ratoma et N'Zérékoré). Chaque parti a fait ses calculs sur la base des résultats qui lui sont remontés directement des BV. Alors qu'il y a la centralisation au niveau des préfectures et communes avant d'être acheminés vers la Céni. Un journaliste a expliqué une fois comment on a perdu 2 heures sur un PV litigieux à Ratoma (les uns voulaient qu'on annule, les autres pas et le président après 2 h de perdues a été obligé d'annoter quelque chose pour la Céni et la CS). En plus de l'état de nos routes, les retards sont dus à notre système de comptage manuel et la suspicion généralisée entre les parties.
@ Gandhi : Ton commentaire prouve que tu ne raisonnes plus en tant que juriste. Tu n'as tout de même pas besoin d'évoquer Kankan en me répondant puisque je ne suis pas ressortissant de cette ville. Restons sur les fondamentaux pour un débat sain.
J'ai au contraire répondu en tant que juriste. L'évocation de Kankan n'est qu'une boutade pour illustrer l'imbécillité de certains juristes et leur incompétence (cela n'a rien à voir avec toi). Imagine qu'un simple PV n'arrive jamais (parce que volé ou détruit), il faudrait refaire les élections ?
Par ailleurs être docteur en droit international (surtout en Guinée) n'est pas une garantie de compétence en droit constitutionnel. Je m'empêche de faire des commentaires désagréables parfois, lorsque je vois des juristes guinéens - ou considérés comme tels - s'exprimer, en proférant des inepties indignes. Je comprend dès lors qu'un criminel (Fernandez) puisse devenir procureur. Lorsque la constitution est violée, j'en conclus non seulement que c'est la volonté d'AC pour faire ce qu'il veut (il se comporte en pacha), mais aussi sans doute parce qu'on est dirigé par des nuls, raison de plus pour les dégager vite fait, avant qu'ils ne nous signent des contrats léonins avec les miniers (on en avait déjà eu un aperçu avec le deal de Rio Tinto, le Code minier, etc...).
Enfin on ne fait pas recours au droit comparé (pourquoi les pratiques néo-zélandaises, azeri ou slovaques devraient nous inspirer ?), mais c'est la CS qui doit interpréter le droit (parce que c'est son rôle), y compris grâce à une coutume ancestrale (si elle existe), mais d'abord à travers les discussions parlementaires préalables à la rédaction de l'article de droit en question (il existait peut-être différentes théories qui s'affrontaient, l'article final n'étant que le compromis entre celles-ci, etc...). Ce qu'on appelle jurisprudence est constitué de l'ensemble des décisions de justice (notamment celles qui émanent des plus hautes juridictions), mais également d'une décision ponctuelle relative à une question de droit précise (on aurait pu demander à la CS d'interpréter la signification du délai de 72 heures). Sa décision aurait résolu le problème ponctuel, mais également celui des autres élections futures. On voit que cela n'arrange pas le pouvoir.
Enfin lorsque tu dis que le RPG n'avait rien à gagner à retarder l'annonce des résultats à Matoto, c'est que tu n'as rien compris. Plus le temps passe, plus la tension est censée retomber (concernant les manifestations de l'opposition), plus cela permet de négocier sans déclencher le délai de 5 jours pour contester devant la CS, plus cela permet de magouiller en volant des PV (je rappelle qu'en 2010, plus de 100 000 voix avaient disparu entre les 1er et 2ème tour à Matoto), ou en les substituant à d'autres.
C'est encore plus honteux sinon scandaleux que des soi-disant juristes tentent de justifier les deux semaines de retard. A-t-on vraiment besoin d'aller à l'école encore moins d'être juriste pour dire non ?Heureusement qu'il y a des gens comme Gandhi pour mettre les choses à l'endroit - même si parfois on ne partage pas les mêmes points de vue.
@ Gandhi : Ton commentaire prouve que tu ne raisonnes plus en tant que juriste. Tu n'as tout de même pas besoin d'évoquer Kankan en me répondant puisque je ne suis pas ressortissant de cette ville. Restons sur les fondamentaux pour un débat sain.
Doyen pour l'article 164 concernant le délai de 72 heures, le débat des spécialistes ne nous donne aucune visibilité.
La loi est au contraire très claire. 72 heures = 3 jours. Pourquoi ne pas attendre que le coq chante sur la mosquée de Kankan pendant qu'on y est ? Il faut vraiment être de mauvaise foi pour imaginer qu'il faille la réception d'un PV qui pourrait ne jamais arriver pour agir. En outre de nombreux BV ont été annulés, ce n'est pas ! un modeste PV qui peut bloquer le vote de 3 200 000 Guinéens. C'est 72 heures après la fermeture du dernier BV, et comme les bureaux sont censés fermer à la même heure...
Bonne ou mauvaise interprétation de la loi, pensez-vous honnêtement le délai de 18 jours jours (28 septembre 17 octobre) justifié ?
Moi je pense qu'il faut que les guinéens ou plus précisément les hommes politiques guinéens fassent du sérieux. Regardez, nous avons mis 4 mois entre deux tours d'une élection présidentielle. Nous avons mis aussi 33 mois (soit 2 ans 9 mois) pour faire une élection législative contre 6 initialement prévus. Comme si cela ne suffisait pas, on met plus de deux semaines pour proclamer les résultats provisoires d'une élection au lieu de 72 heures. A vrai dire, si c'était un concours international, nous serions bons derniers.
A ce rythme, j'attends de voir comment vont se dérouler les sessions parlementaires.
Pauvre Guinée !
Doyen pour l'article 164 concernant le délai de 72 heures, le débat des spécialistes ne nous donne aucune visibilité. En étant d'accord que la loi n'a pas été très clair, certains disent que c'est à compter de la fermeture du dernier bureau de vote, d'autres parlent de la réception par la Céni du dernier PV de centralisation. Quelqu'un m'a dit qu'en pareil cas, deux choses priment : le droit comparé et un arrêt antérieur de la cour suprême Guinéenne concernant cet article. Les spécialistes du droit constitutionnel doivent nous éclairer sur cet article.
Number 4, le plus triste pour ces administrateurs du sommet a la base et tous ces "cadeautés" par le RPG c'est qu'ils sont conscients qu'ils hypothèquent leur avenir et celui de leurs enfants et parents tant que la Guinée sera dans ce régime. Pourquoi ne font-ils pas tout simplement du Lip Service et votent avant tout pour leur propre bonheur?
Même sans triche il est triste de constater que certains compatriotes mettent leur ethnie et leurs petits intérêts du jour devant tout autre chose.
Serait-il vrai que de nombreux guineens sont maudits et méritent leur sort ??
Quand comprendront-ils qu'ils sont au service du pays et non au service d'un homme et ce, même au pris de leur vie !
Le porte parole du gouverement est soudain devenu le porte parole du RPG !
Comment peut-on arriver a la neutralité du gouvernement et de ses demembrements dans l'administration publique, dans les prefectures et sous prefectures ?
Comment securiser le vote des citoyens avant le vote, pendant le vote et apres le vote pour 2015 sachant que les cadres de l'Etat travaillent pour le RPG ?
Un internaute disait qu'en afrique on ne crie pas au fraudes, on doit l'empecher et on ne denonce pas les fraudes mais on doit le prouver! Mais comment faire quand personne ne vous laissera filmer, photocopier ou meme afficher les resultats ? Comment faire quand l'armée est partisane ? Nous l'avons vu sous Lansana conté et rebelote avec Alfa condé !
A quand le changement ?
Elle dit qu'elle est victorieuse, parce que tout le monde sait (vous également) qu'elle a gagné les élections, mais elle veut annuler le scrutin parce qu'au final le RPG dira qu'il a gagné.








