Sékou Oumar Camara Samedi, 21 Septembre 2013 13:31
La Guinée est un pays singulier. Dans un accord conclu au mois de juillet 2013 entre le pouvoir, l’opposition et la CENI, sous les auspices de la communauté internationale, le pouvoir a « accordé » à l’opposition ce que la loi confère à tout Guinéen en âge de voter à savoir : le droit de vote des Guinéens de l’étranger. En échange, l’opposition a accepté le maintien du couple Waymark-Sabari, pourtant illégalement recruté et violemment combattu par cette même opposition durant plusieurs mois auparavant. Quant à la CENI, elle s’engageait à respecter désormais la loi, à commencer par son propre règlement intérieur ! En lisant ce document, l’esprit raisonnable est frappé par la hardiesse (ou la naïveté) de ceux qui l’ont signé : les Guinéens osent non seulement violer les lois de la République mais – cerise sur le gâteau – ils osent le reconnaître sur papier et s’accorder à demeurer des hors-la-loi. Dieu sait combien j’aurais aimé être dans la tête de Saïd Djinit pour savoir ce qu’il pense de ce spectacle affligeant.
A quelques jours du scrutin annoncé du 24 septembre 2013, il semble bien que même le contrat de juillet 2013 n’a pas été convenablement exécuté. Contrairement à ses engagements, la CENI n’aurait pas enrôlé convenablement les nouveaux électeurs ; elle n’aurait pas épuré la liste des nombreuses anomalies qu’elle comporte ; etc. Pire, il est même apparu qu’elle a fait une répartition des bureaux de vote pour le moins irrationnelle pour ne pas dire plus. Deux articles particulièrement documentés rendent parfaitement bien compte de ce regrettable constat : http://guineeactu.info/debats-discussions/points-de-vue/3609-elections-legislatives-guineennes-des-erreurs-inacceptables-.html; http://guineeactu.info/debats-discussions/analyse/3599-analyse-de-la-variation-du-nombre-de-bureaux-de-vote-lopposition-a-t-elle-raison-de-sinquieter-.html.
Pourtant, dans le Jeune Afrique du 8 au 14 septembre 2013, le pouvoir s’est déjà félicité d’avoir organisé des « élections libres, transparentes et crédibles ». L’opposition quant à elle a battu campagne tout en – paradoxe guinéen – proférant des menaces de manifestations mais pas de boycott ! Quant à la CENI, elle maintient qu’elle est prête à organiser le scrutin et que les anomalies constatées seraient tout à fait insignifiantes. Comme ils jouent bien, nos acteurs électoraux ! Alors, comme pour faire durer le suspense, ils seraient en train de se tirailler sur la date à laquelle il faudra tenir le scrutin. L’opposition veut un report mais ne semble pas proposer de date exacte tandis que le pouvoir tient coûte que coûte à la date du 24 septembre. Peut-être pour ne pas faire mentir Jeune Afrique.
Puisqu’au moment où cet article est en train d’être rédigé, nos acteurs électoraux sont en conclave, on peut toujours se permettre de leur rappeler ce que dit la loi en cas de report de la date du scrutin. Ils s’en foutent mais il ne coûte rien à l’auteur de faire la piqure de rappel. Ainsi donc, selon l’article 63 du Code électoral, les électeurs sont convoqués 70 jours avant le scrutin pour les élections législatives. En d’autres termes, s’il n’y a pas vote le 24 septembre 2013, il ne peut pas y avoir de vote avant le 4 décembre 2013. Toute autre date qui pourrait sortir par magie des discussions en cours et serait antérieure à la date du 4 décembre 2013 serait illégale.
Cela étant, que faut-il faire ? Résolument, il faut reporter le scrutin d’au moins 3 mois afin de corriger un maximum d’anomalies. Aller au vote le 24 septembre 2013, c’est courir le risque d’un conflit soit avant, soit pendant, soit après le vote. Reporter le vote de quelques jours, c’est déplacer le problème et surtout violer à nouveau la loi. La meilleure chose à faire pour le bien commun c’est de se donner au moins trois mois avant d’aller aux urnes.
Sékou Oumar Camara
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