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Elections législatives guinéennes : des erreurs inacceptables

Mamadou Maladho Diallo  Mercredi, 18 Septembre 2013 22:32

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DIALLO_Mamadou_Maladho_3_01La Commission électorale non indépendante (CENI) ou mieux, si vous préférez, la Commission électorale nationale dépendante (CEND) a beaucoup travaillé avec des sommes faramineuses du contribuable pour produire un processus électoral aux erreurs inacceptables par la majorité des Guinéens et par tous ceux qui défendent la démocratie ou simplement la vérité.

Dans cet article, je vous propose un condensé d’erreurs grossières constatées dans ce processus, qui montrent la mauvaise foi et / ou l’incompétence de notre Commission électorale nationale dépendante assistée de ses opérateurs techniques Sabari et Waymark.

La première et plus significative des erreurs est certainement la mauvaise gestion du temps, bien que celui-ci soit une ressource comme les ressources humaines et les finances. Acceptons l’enseignement de La Fontaine qui dit « qu’en toute chose il faut considérer la fin ». Nous y sommes.

Notre CEND a bataillé à cors et à larmes pour utiliser les services de Sabari Technologies et de Waymark au grand dam de l’opposition. Maintenant l’on comprend mieux pourquoi puisque des faits concrets, non pas des accusations sans fondements, existent pour convaincre le plus réticent.

Examinons certaines réalités que même Toto peut comprendre.


1- Le nombre de bureaux de vote (BV)

Le nombre global des BV a significativement augmenté ce qui est normal puisque le nombre de nouveaux électeurs a augmenté. Mais l’augmentation montre une distribution géographique tellement biaisée qu’il est impossible de ne pas la caractériser de « politique ». Pour s’en convaincre, il suffit de relire les articles de GuineeActu, « Analyse de la variation du nombre de bureaux de vote : l’opposition a-t-elle raison de s’inquiéter ? » et de Guinéenews, « …des révélations qui embarrasseront la CENI ». Des préfectures fiefs de l’opposition ont perdu des BV tels Dinguiraye et Koundara. D’autres comme Koubia et Lélouma ont eu un seul BV de plus. Kankan a eu 100% d’augmentation contre 0.05% pour Labé.

Normalement, pour fixer le nombre de bureau de vote, on devrait se servir au moins de deux paramètres importants : (1) le nombre de personnes pouvant y voter sans difficulté et (2) l’accès et la distance du BV par rapport aux électeurs y inscrits. Pour le premier cas, il aurait fallu se baser sur les données antérieures pour fixer sans complaisance le temps qu’il faut à un électeur pour exercer son droit de vote. Les statistiques des scrutins antérieurs pouvaient aider à le faire et à défaut des nôtres, la moyenne de la sous-région devrait être connue de la CENI. En interrogeant des militants à Labé nous avons fixé ce temps à 5 minutes et puisque c’est une file d’attente mathématique, nous avons réduit celui-ci à 2 minutes incompressibles car nous avons un électorat à majorité analphabète et les agents des BV ont eux-mêmes besoin du temps pour être performants au top. Ceci donne 30 électeurs à l’heure et pour les onze (11) heures légales (07:00 à 18:00) de durée du scrutin cela donnerait 330 (=11x30) électeurs pour un BV. Poussons ce chiffre à 350 électeurs malgré que nous ayons deux votes par électeur à savoir l’uninominal et la proportionnelle. Résumons-nous en disant qu’un BV ne devrait pas dépasser 350 électeurs partout en Guinée. En avoir moins n’est mauvais que sur le plan économique.

Or, de Labé et ailleurs, je vous livre ces chiffres qui représentent le nombre d’électeurs dans un BV connu de cette localité. Ces chiffres vous diront plus que mes mots.

Companya 865, Labico 875, Fadi 814, Moloko 831, Noucy 831, Lansana Conté 801, Dombi 873, Sombily 1677, Gaya Dara Labé 848, Dar es salam Kalan 832, Horé Fello centre Momali 808, Lycée Wouro 705, EP Thiaghé 749, EP. Dombi 737, EP. Sannyabhè Popodara 733, Enclos Kogna Popodara 769, Enclos Hamdallaye Sannou 733, EP. Founden 713, EP. Founden II 708, EP Tountouroun 710, Fello Bantan 702, Tallema Kouramangui 734 et Laafou Yalagué Kouramangui 12 (douze). Soit une moyenne de 820 électeurs sans celui de 12. Considérant le nombre d’observations (n=22) et la moyenne admise de 350, la différence (820-350=470) est trop grande pour être acceptable quel que soit le test statistique utilisé. Combien de nos BV sont au dessus de 350 dans le pays ? Combien disons-nous ?

Dans les conditions normales et selon notre analyse précédente, Sombily devrait avoir 5 BV et tous ces sites de plus de 700 électeurs devraient avoir 3 BV chacun. Ce qui donnerait au moins (21x3) +5+1=60 BV au total pour ces sites en gardant sans comprendre pourquoi celui de douze électeurs.


2- Les disparus de la liste électorale 

Il y a beaucoup de Guinéens omis sur la liste électorale l’on ne sait pourquoi. Prenons le cas de Labé. En 2010 il y avait 134,900 électeurs. Les deux révisions calamiteuses de la CEND ont produit 51,000 nouveaux électeurs. Soit un total de 185,900 électeurs potentiels pour la préfecture. Or, sur la nouvelle liste d’émargement, on retrouve 164,900 électeurs, soit 21,000 disparus de la liste dont des doublons et des triplons sur lesquels nous reviendrons. Si on en soustrait les doublons et triplons, Labé risque de perdre ses 51,000 électeurs supplémentaires. Comme pour rappeler que +51-51 = 0.


3- Les non recensés :

Il est évident que des milliers de Guinéens se sont vus refuser d’être recensés. Ils sont des Guinéens de l’extérieur dont au moins deux millions au Sénégal, un million en Côte d’Ivoire, en Sierra Léone et au Libéria ; et combien ailleurs ? Ils sont des Guinéens du Fouta surtout par défaut de compétence, de qualité des appareils et de bonne foi des opérateurs. Ils sont des Guinéens de la Guinée Forestière que les massacres ont traumatisés et qui ne pouvaient pas se recenser pendant qu’on les agressait. Ils sont des Guinéens de la Haute Guinée et de la Basse Guinée qu’une raison ou une autre a normalement empêché de se faire recenser pour n’avoir pas été suffisamment sensibilisés. Pourtant, ils en ont le droit. Pourtant ils sont un manque à gagner de l’économie nationale.


4- Les nouveaux venus, les doublons, les triplons et les décuplons de la liste électorale :

Ils sont aussi nombreux les irréguliers venus gonfler la liste soit parce qu’ils ont moins de 18 ans, soit parce qu’ils sont des doublons et des triplons, voire plus. A Labé, il y a des jeunes d’un vieux parti politique proche du pouvoir qui se sont recensés aussi bien à Daka, Ley Saré et Dow Saré et qui ont ces cartes. A Kankan, il semble qu’il y a des jeunes qui n’ont pas moins de 5 cartes d’électeurs. On parle même de dix cartes pour un seul électeur (!!!). Ceci pose la question de la fiabilité technique des logiciels de Waymark et de son associé Sabari. Le logiciel de la pyramide des âges aurait pu éliminer les moins de 18 ans et les doublons et triplons devraient simplement être supprimés.


5- Les erreurs voulues ou non sur les cartes et les listes électorales :

Ceci n’est pas de la blague à l’heure de l’informatique. Tout le monde sait que la différence d’une lettre peut engendrer la non-traçabilité d’un nom donc son omission sur la liste. Or, il y a beaucoup de fautes sur les cartes. Celles que j’ai vues comportent des fautes de frappe, des omissions de lettres (mon cas voyez la photo), de changement de lieu de naissance, si ce n’est pas simplement un changement de lieu de vote. Des gens de Tougué qui se retrouvent dans une préfecture voisine.

Examinez mes trois cartes sur la photo. La carte de 2010 est normale. J’ai changé de lieu de résidence. Ce n’est pas grave puisque Dombi et Maléah sont voisins. Mon nom a perdu la lettre « O » à la fin alors que sur le récépissé au milieu le nom est correctement écrit. Faute d’attention ou volonté de ne pas me faire voter, qui sait ? Je signale en passant que lors de l’affichage, je n’avais pas mon nom. Si le président du BV est indulgent je pourrai voter sinon, je dois attendre la correction qui certainement ne se fera pas dans les délais de la CENI. Il reste 6 jours d’ici la date du scrutin pour des cartes faites en Afrique du Sud. J’ai une nièce née à Koundara qui se retrouve née à Labé.

DIALLO_Mamadou_Maladho_cartes_electeur_04


6- Le non-respect des délais du code électoral et de la constitution :

La révision des listes, l’affichage et les corrections n’ont pas eu lieu dans les délais règlementaires inscrits dans le code électoral et il y a eu visiblement violation de l’article 8 de la Constitution qui interdit le favoritisme et la discrimination sur des bases ethnique, de sexe, de religion, d’origine et politique.


Conclusion :

Les nombreuses erreurs inacceptables commises sur les listes et les cartes électorales, le non-respect des délais inscrits dans le code électoral, la violation de la Constitution en son article 8, le besoin de transparence, de justice et de paix postélectorale, interdisent à la communauté internationale de donner le feu vert d’aller aux urnes le 24 septembre. La paix sociale en Guinée en dépendra. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. La CENI ou CEND devra faire en sorte qu’il n’y ait pas un BV de plus de 350 personnes pour ce scrutin, que tous les Guinéens qui le souhaitent soient enrôlés (si possible) et que tous les doublons et triplons (voire décuplons) soient supprimés sur l’ensemble du territoire national sans discrimination d’aucune sorte. Notre CEND a très mal travaillé avec tout l’argent mis à sa disposition. Cela lui vaut deux bons cartons jaunes.

La présente salade électorale de la CEND - RPG Arc-en-ciel est un poison que nul ne devra avaler ; même ses militants les plus zélés. Une soupe aux légumes provenant de tout le pays et faite pour tous les Guinéens vaudra mieux que cette salade qui manque de tous les ingrédients indispensables.

Revoyons ensemble depuis le menu et salut à tous.


Labé, le 18 septembre 2013

Dr Mamadou Maladho Diallo


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