Ansoumane Doré Jeudi, 12 Septembre 2013 20:21
C'est le titre d'une suggestion de discussion de Togba Zoumanigui sur le forum « Tousguineens ».
Ce n'est pas en termes de personne, x ou y, que je vais apporter ces quelques mots à la discussion. Tous les Guinéens parlent de construction du pays par une participation de tous et de toutes à cette construction, à l'image de la parabole du roi Ghezo (1818-1858), neuvième souverain d'Abomey (ex-Dahomey, devenu Bénin), qui disait : « Si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées boucher les trous de la jarre trouée, le pays serait sauvé ».
C'est en quelque sorte, sur cette leçon de l'histoire africaine que semblent « méditer » consciemment ou inconsciemment tous les Guinéens qui évoquent l'unité et la construction de leur pays. Mais s'il y a des pays aux comportements partisans poussés aux paroxysmes, la Guinée est aujourd'hui de ceux-là. Et il revient en tout premier lieu aux leaders politiques de corriger cette orientation.
De quelle façon réaliser une réorientation de ce qui est devenu comme une manière de vivre politiquement et socialement ?
La première démarche est que les leaders des grands partis politiques doivent mentalement se déconnecter de certains aspects des modèles de fonctionnement des institutions des vieilles démocraties. Ces modèles postulent par exemple qu'après des élections, le ou les partis vainqueurs gouverne(nt) seul(s) ou en coalition jusqu'aux prochaines élections. Reproduire cet aspect, en l'état actuel (politique et sociologique) de la Guinée, a très peu de chance de permettre de réussir les objectifs attendus par la population. Il faut que le dévouement à la cause nationale que des leaders annoncent prenne le pas sur leur appétence de pouvoir. Autrement dit, il faut que le démocrate de cœur et d'esprit accepte le partage du pouvoir. Cette posture n'est pas l'indice de faiblesse mais de patriotisme et de grandeur d'âme. L'une des raisons directes du passé pas éloigné de nombreux coups d'Etat intervenus dans les Etats africains est justement dans le défaut de partage et il faudrait être naïf pour croire que ces coups d'Etat ont été complètement éradiqués dans les esprits des casernes africaines.
La deuxième démarche mentale est de se mettre dans la peau du démocrate qu'on annonce urbi et orbi. Cela peut supposer dans notre cas guinéen, à veiller à l'organisation d'élections législatives transparentes de sorte à ne donner à personne la latitude de contestation. L'atmosphère sociale du pays est assez tendue comme cela depuis longtemps. Bien que le Président Alpha Condé se soit transformé en commis voyageur pour drainer d'éventuels investisseurs vers la Guinée, les résultats de ces pérégrinations ont été loin de donner satisfaction. Comme disent certains, il n'y a pas d'élections complètement parfaites en Afrique. Ce n'est pas une raison de s'en consoler. Dans le cas spécifique de la Guinée, il faudrait que plus jamais des élections législatives du modèle de feu Lansana Conté qui ont tant fait souffrir l'opposition de cette époque ne se reproduisent.
En troisième lieu, à la question de départ « Qui voudrait-on voir à l'Assemblée nationale ? », je ne répondrai pas par des noms précis, les partis savent quels noms d'hommes et de femmes ils ont alignés sur les listes de candidatures. Ce qui importe à mes yeux au final, c'est la composition de l'Assemblée nationale. Si elle n'est composée très majoritairement que de députés RPG-Arc-en-ciel, je considèrerai que la Guinée aura choisi la situation de l'Etat stationnaire qui peut supposer des phases de régression encore. Si d'aventure, c'est une Assemblée à craquer par des députés de l'opposition (toutes tendances confondues), cela ne constituera pas non plus une situation idéale. La mouvance présidentielle rejetée dans l'opposition, peut alors, si elle est organisée, adopter les méthodes de l'opposition d'aujourd'hui. Et le climat social du pays ne sera pas notablement modifié à moins que les résultats statistiques des législatives ne mettent tout le monde d'accord (?).
En ce qui concerne la situation personnelle du président, si l'Assemblée n'est pas de sa mouvance, la Constitution lui reconnaît de larges prérogatives. A ceux qui avancent l'idée qu'il serait paralysé par des députés qui lui sont hostiles, je réponds que depuis le mois de janvier 2011, il était plus qu'en situation d'une écrasante majorité à sa dévotion, puisqu'il gouvernait par décrets qui ne se discutent nulle part et dont il a la totale initiative.
A presque trois ans de gouvernement par cette voie et même compte tenu de la situation « d'Etat néant » qu'il a trouvée, où sont ses réalisations tangibles ? Dans un tel contexte, il eût été opportun de ne pas matraquer les gens de réalisations que tout le monde cherche. Alors ce n'est donc pas une majorité écrasante de députés de sa mouvance qui changera la donne.
Ansoumane Doré
Dijon, France
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