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Le sens de notre combat (partie 2)

Sadou Diallo  Jeudi, 12 Septembre 2013 17:01

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DIALLO_Sadou_Washington_01En mémoire de Bangoura Mohamed Kassory


Mon parcours politique

Dans la deuxième partie de ce document que je livre aux lecteurs, j’ai estimé qu’il fallait d’abord commencer par retracer mon parcours politique qui, à mon sens, permettra à ceux qui me lisent pour la première fois de comprendre la suite logique des faits et des évènements mentionnés, mais aussi des idées qui se dégagent du texte.

Mon militantisme pour la liberté et la démocratie en Guinée a commencé très tôt, en 1984, à Washington, dans ce qu’on peut appeler aujourd’hui la société civile. Effectivement, après la mort soudaine du dictateur Sékou Touré, les Guinéens de Washington éprouvèrent un besoin pressant de se retrouver et présenter l’image d’une communauté organisée, unie, forte et soucieuse du devenir de notre nation. Une réunion fut rapidement organisée dans les bureaux du frère Mamadi Diané où la décision fut prise de créer une organisation qui représenterait l’ensemble des Guinéens vivant en Amérique. Comme il y avait très peu de Guinéens vivant aux Etats-Unis à l’époque, nous n’avions aucun souci que cette nouvelle organisation pourrait jouer ce rôle d’encadrement de tous nos compatriotes. De nombreuses réunions eurent lieu et il y avait là M. Benjamin Edouard, M. Bah Abdoulaye, M. Nabi Soumah, Mme Hadiatou Barry, M. Youssouf Sylla, M. Ani Touré, feu Ali Kamano (paix à son âme) et bien d’autres. Je fus donc un des membres fondateurs de l’Organisation des Guinéens en Amérique (OGA), pratiquement la première organisation guinéenne aux Etats-Unis. Elle devait nous permettre de renforcer nos liens, favoriser l’entraide et surtout de discuter avec les nouvelles autorités du pays sur les défis à relever, tant sur le plan économique que social, et la lancinante question des nombreux exilés guinéens à travers le monde. Ce qui fut fait dans une large mesure puisque nous recevions toutes les missions qui venaient à Washington dans le cadre des consultations périodiques avec la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International ou d’autres institutions de la place.

En décembre 1988, je fus élu président de l’OGA lors d’une élection transparente et démocratique. J’assumai ce poste jusqu’en 1991 et tout au long de mon mandat, je reçus un soutien fort de la part de nos compatriotes, de nos amis, des fondateurs comme M. Nabi Soumah, Mme Hadiatou B., sans oublier mon frère et ami Abe Sylla.

Après mon départ, l’organisation connaitra trois autres présidents et à partir de l’année 1996, elle va progressivement entrer dans une longue hibernation vu que beaucoup d’entre nous avaient commencé à faire de la politique avec l’introduction du multipartisme intégral en Guinée. Ce n’est que vers 2006, sur l’insistance de l’ambassadeur Alpha Oumar Rafiou Barry, que les Guinéens de Washington se retrouvèrent à nouveau pour faire renaitre leur organisation de ses cendres. Mais il était clair que la donne avait changé et que l’OGA ne pourrait pas être ressuscitée. Il fallait donc créer une nouvelle structure qui prendrait la place de l’ancienne. C’était un travail difficile puisque la communauté s’était non seulement considérablement agrandie depuis 1990 mais qu’elle faisait face aussi à des divergences politiques et des contradictions de toutes sortes, bien sûr importées de Guinée. Malgré tout cela, je n’hesitai point lorsqu’on me fit appel comme président de la commission de travail pour élaborer de nouveaux statuts et organiser des élections pour mettre en place le bureau exécutif. Ce fut un travail couronné de succès puisqu’on réussira à créer une Association des Guinéens de Washington comprenant uniquement cette fois-ci, le District of Columbia, Maryland et Virginie (AGW/DMV), à amender et faire approuver les statuts, et aussi à organiser des élections transparentes et crédibles. Cela fut fait, il faut le reconnaitre, grâce à l’appui et à la collaboration de certains amis et compatriotes comme Faya Millimouno, le médecin des Nations-Unies Dr. Bangoura, Lamine Sununu Kaba, Cherif Haidara et bien d’autres. Je suis heureux de constater que l’AGW/DMV est toujours fonctionnelle et qu’elle continue à œuvrer pour le renforcement des liens entre tous les Guinéens afin qu’ils surmontent leurs divergences et les querelles qui jaillissent ici et là mais qui n’ont aucune raison d’être.

Mon entrée en politique s’est faite pratiquement à la naissance du multipartisme en Guinée. Au moment de la création des partis politiques, je prie le temps de consulter les statuts et les programmes des différentes formations politiques, tout en observant de près leurs leaders. Après une réflexion mure et approfondie, j’optai pour le Parti du Renouveau et du Progrès (PRP) avec lequel je partageais les mêmes idéaux, et les mêmes valeurs. En tant que militant de la première heure, cadre et responsable, je fus un proche collaborateur de feu Siradiou Diallo (paix à son âme) avec lequel j’eus une relation franche, sincère et loyale jusqu’au dernier jour.

Basé aux Etats-Unis, je montai rapidement la première section du PRP à Washington avec l’aide de quelques amis, avant d’aller à New York ou nous fîmes également la même chose. Tout cela grâce à des amis compatriotes comme Tidiane et Lamine Diallo, Ismaël Bangoura de Washington, Ibrahima Diogo Barry, Thierno Ibrahima Diallo, Amadou Sara, Baba Amadou de New York et tant d’autres.

Je fus aussi de ceux qui exercèrent une forte pression sur feu Ba Mamadou et feu Siradiou Diallo pour qu’ils acceptent de fusionner leurs deux partis, l’UNR et le PRP, étant donné qu’ils se partageaient le même électorat. Après la fusion, je fus désigné comme représentant de l’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR) en Amérique. Avec le soutien des amis et collaborateurs comme Alhassane Diop, Sokhoboli, Amadou Sara, et bien d’autres, on travailla d’arrache-pied pour faire de l’UPR, le parti guinéen le plus populaire en Amérique du Nord et certainement en Guinée au vu des résultats obtenus par notre candidat Ba Mamadou à l’élection présidentielle de 1998.

En 2009, après que plus de la moitié des membres du Bureau Exécutif de l’UPR eurent rejoint l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, je fis aussi de même en rejoignant ce parti qui est incontestablement la plus grande formation politique du pays. Aujourd’hui je suis membre du Bureau exécutif de l’UFDG.

Mais le travail ne s’arrêtera pas là ! Au courant des années 2000, la nécessité de créer une autre organisation s’est imposée à nous. Il y avait eu des évènements très graves en Guinée auxquels les partis politiques n’avaient apporté aucune esquisse de solution. Il y eut d’abord les agressions rebelles dont le pays fut victime le long de ses frontières. Un matin, très tôt, juste avant la prière de l’aube, les rebelles ont attaqué la ville de Gueckedou ; ils ont foncé à la mosquée où se trouvait un imam peul avec quelques fidèles. De source digne de foi, ils ont fait le tri et ont demandé à certains de rentrer à la maison. Ils ont égorgé l’imam peul et tous ceux qui lui ressemblaient. Une forte indication que c’étaient les membres de l’ethnie peule qui étaient visés. Une autre fois, un camion de transport en provenance de Yomou ou N’Zérékoré est tombé dans une embuscade ; là aussi, les rebelles ont fait descendre tout le monde avant de faire le tri. Ils ont fusillé tous les Peuls avant de remettre les autres dans le camion et lui intimer de continuer sa route. Des incidents de ce genre vont se multiplier et il était clair que la communauté peule était visée sans que personne ne comprenne pourquoi. Nous avons demandé des explications et des réactions, qui sont restées sans réponse ou tout au moins timides.

Quand on ajoute à cela, le fait que le Fouta Djallon est la région la plus délaissée en termes d’investissements, où aucune route n’avait été construite, ou aucun projet de développement n’a vu le jour depuis belle lurette, on s’est dit qu’il était temps de s’organiser pour demander justice, protéger les membres de notre communauté et aider au développement de la région. Surtout que les autres communautés étaient déjà très avancées sur cette question en créant par exemple l’organisation Nabaya. C’est ainsi que nous parviendrons à créer Pottal Fi Bhantal Fouta Djallon dont la vocation est le développement économique et culturel, la lutte contre l’impunité et la survie du Fouta. Cela nous prit 2 à 3 ans d’efforts et de sacrifices pour mettre en place cette organisation. Presque tous les week-ends, Lamine Diallo, Ourouro Bah et moi-même étions sur la route de New York ou de Philadelphie pour des réunions et des consultations avec nos amis tels que Abdourahmane Barry, Thierno Ibrahima, Alhassane Diop, et bien d’autres… Cette organisation a réussi à faire valider ses statuts, à élire ses responsables, à créer des antennes un peu partout dans le monde, et à s’attaquer à l’impunité, problème pressant de l’heure. Mais aujourd’hui, on entend quelques voix discordantes, des critiques mal fondées. A cela, je réponds en posant les questions suivantes : comment voulez-vous que Pottal Fi Bhantal n’existe pas lorsqu’on a violé des femmes en plein air au Stade du 28 septembre, liquidé de sang-froid plus de 150 personnes dans le même stade, et que le jugement tarde à venir, et que les victimes continuent à attendre que justice leur soit rendue ? Comment voulez-vous que Pottal Fi Bhantal n’existe pas, lorsque seuls les membres de notre communauté continuent à subir des violations de toutes sortes et la répression des forces de l’ordre au lendemain de chaque manifestation de l’opposition ? Et comment voulez-vous que Pottal Fi Bhantal ne fasse pas son travail lorsqu’un Cro-Magnon comme Mansour Kaba se permet d’insulter toute une communauté en sortant des idioties comme quoi l’esclavage existe toujours au Fouta Djallon ? Et sans la moindre réprobation d’une autorité compétente ? Je dis alors que l’heure n’est pas au doute ou à l’hésitation mais à un engagement solide pour la réussite de cette organisation.


Alpha Condé et moi

Au moment de mon entrée en politique, je dois reconnaitre que j’ai bien hésité entre le PRP et le RPG. J’avais eu le temps de lire les pamphlets que le professeur Alpha Condé distribuait au sein de la diaspora (et en Guinée) au nom du Mouvement National Démocratique (MND) qu’il transformera plus tard en parti politique. Le personnage m’intriguait et lorsque je le vis à l’œuvre plus tard, il me frappa tout de suite par son habileté politique. Je devinai aussi qu’il pouvait aller très loin.

Mais une différence fondamentale nous séparait : Alpha Condé prônait encore les thèses socialistes, fruit de son militantisme révolutionnaire des années 60. Alors que moi, j’étais viscéralement opposé à une telle doctrine qui n’avait apporté que misère et désolation au peuple de Guinée sous le régime révolutionnaire de Sékou Touré. Je ne pouvais donc pas me résoudre à militer dans un parti qui prône le retour aux thèses socialo-communistes vu que du plus profond de mon âme, je suis un fervent libéral. C’est naturellement donc que j’intégrai le PRP de Siradiou Diallo, que je trouvais plus en accord avec mes convictions politiques. Plus tard, je ne pus que sourire lorsque certains collaborateurs du professeur au sein du RPG avancèrent l’argument que notre soutien à M. Siradiou Diallo n’était dû qu’au fait qu’il était peul.

Il y a aussi le fait que ma première rencontre publique avec Alpha Condé ne s’était pas bien passée. C’était à la réunion d’information qu’il organisait à l’intention de la communauté guinéenne lors d’un passage à Washington, après sa fameuse escapade du stade de Coléah. Un peu déçu, je lui demandai pourquoi il ne s’était pas laisser arrêter au lieu de quitter les lieux d’une manière si peu élégante. Enervé, il me répondit avec un ton acerbe qu’il n’était pas entré en politique pour devenir un martyr. Il insinua aussi que je voulais sa mise à l’écart pour que mon parent (Siradiou Diallo ou Ba Mamadou) figure en première ligne. En fait, on ne s’était pas compris ! Alors que moi, j’étais très remonté contre la junte militaire qui régnait au pays et que je voyais une arrestation d’un quelconque leader politique comme une faute politique très grave qui aurait mis les feux des projecteurs sur la Guinée, et donc une pression énorme sur les autorités de Conakry, je fus assez troublé par sa réaction et sa façon d’analyser et d’interpréter ma question.

Ce n’est que plus tard, quelques mois après, que je compris les motivations derrière sa réaction. Un jour, je discutais au téléphone avec un membre du Bureau politique du RPG et je lui demandai innocemment : « Mais au fait, il y a une chose que je ne comprends pas ! A Paris, Alpha Condé ne marchait qu’avec les Peuls. Ce sont les jeunes et les femmes peuls qui distribuaient le journal du MND à Abidjan, Dakar et Washington. Moi-même, c’est une belle-sœur qui m’a parlé pour la première fois du professeur Condé et qui m’a demandé d’assister à sa première réunion ici à Washington. Pourquoi êtes-vous si méfiants vis-à-vis des Peuls ? ». Il me répondit : « Tu sais, lorsqu’Alpha Condé est revenu pour la première fois en Guinée, les Malinkés sont sortis en masse pour l’accueillir. A l’aéroport, il n’y avait que des Malinkés. Alpha a regardé autour de lui et puis il a demandé : tous ces gens-là, ce sont des Malinkés ? Oui lui a-t-on répondu. Eh bien alors, on fera le changement avec les Malinkés, les autres nous rejoindront après. » Puis mon ami de conclure : « Vous les Peuls et les Soussous, vous êtes au lit avec Conté ! Les plus grands supporters de Conté, ce sont les commerçants peuls ; quant aux Forestiers, ils sont toujours avec le pouvoir. »

En dépit des divergences qui existaient au sein de l’opposition, nous décidâmes tous de joindre nos efforts et de maintenir une unité d’action dans le combat qu’on menait contre la dictature et la clique des généraux qui avaient réussi à confisquer le pouvoir. C’est ainsi que chaque fois que le professeur Alpha Condé venait à Washington (et il venait souvent), on s’arrangeait pour le rencontrer et assister aux différentes réunions que son parti organisait pour l’occasion. Et à chaque fois, à la fin de la réunion, le professeur Alpha Condé retenait certains d’entre nous, généralement les représentants des différents partis et les leaders d’opinion, pour discuter en conclave avec lui. Il nous parlait souvent qu’il avait à cœur de faire revenir les cadres en Guinée, de l’importance qu’il accordait à l’agriculture, et du sentiment qu’il avait que dans les premiers temps, seul un gouvernement d’union nationale pouvait résoudre les multiples problèmes auxquels la Guinée faisait face. C’est au cours de l’un de ces conclaves que je lui posai la question sur laquelle je voulais tant qu’il me donne son point de vue : « M. le président, commençai-je, si vous arrivez un jour au pouvoir, accepterez-vous de réduire les pouvoirs du président de la République ? Vous savez que le chef de l’exécutif en Guinée a des pouvoirs exorbitants à tel point qu’il a pratiquement droit de vie et de mort sur les citoyens ; et ce sont ces pouvoirs conférés au président de la République qui le transforment rapidement en dictateur. » Alpha Condé me regarda avec un air surpris, avant de répondre : « Non, non tu te trompes ! Ce n’est pas tant la charge de président qu’il faut mettre en cause ici ; c’est celui qui l’exerce. Le problème de la Guinée c’est Lansana Conté… Et puis le poisson pourrit par la tête. Et n’oublie pas, la Guinée a un régime présidentiel fort. Ce n’est pas l’institution qui est en faute mais plutôt les hommes. » Avec cette réponse, je me suis senti si loin de lui. Je compris aussitôt que bien que nous combattions le même régime, et que nous désirions tous que les militaires retournent dans les casernes, nous n’avions pas les mêmes objectifs et nous n’avions pas la même vision de la Guinée future.

Ce sentiment sera renforcé en moi lorsque durant un autre conclave, je lui posai la question suivante : « M. le président, pensez-vous vraiment que la Guinée peut assurer son développement en retournant au socialisme ? C’est un système qui a échoué en Union Soviétique et partout ailleurs en Afrique. » Il me répondit : « Le socialisme a été mal appliqué en Guinée et d’où cet échec. Sékou Touré et ses compagnons s’y sont mal pris, sinon ils auraient réussi, sans aucun doute. » Je compris définitivement que je ne pourrai jamais militer au RPG, même si Alpha Condé était un tacticien politique hors-pair, tant nos divergences étaient profondes et nos philosophies politiques différentes. Je ne fus point surpris, lorsque le président Alpha Condé déclara, au lendemain de sa victoire à la présidentielle, qu’il allait « prendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ».

Mais tout ceci ne m’empêchera pas de m’engager activement pour sa libération après qu’il eut été arrêté le 16 décembre 1998, près de la frontière à Piné, en Guinée Forestière. Pour moi, aucune hésitation n’était possible et il fallait absolument le supporter parce que d’un, je jugeais cette arrestation purement arbitraire et illégale, de deux, Alpha Condé était un candidat présidentiel au scrutin qui venait juste de s’achever, et de trois, lors de notre première rencontre publique en 1991, je lui avais dit que le jour où la junte militaire oserait arrêter un leader de l’opposition, nous ne resterions pas les bras croisés. Et effectivement, nous ferons tout de notre côté ici, pour que le professeur Alpha Condé ne reste pas en prison. Avec le soutien de nos amis démocrates, des dizaines et des dizaines d’articles et de déclarations furent rédigées pour dénoncer le caractère arbitraire de cette détention, et des marches de protestations furent organisées. Nous fîmes aussi du lobbying en contactant les autorités américaines à tous les niveaux en leur présentant en même temps les pétitions signées de nos compatriotes et de tous les sympathisants. Je me rappelle qu’une fois lors d’une marche de protestation organisée en faveur de la libération d’Alpha Condé, ce furent plus de 16 autocars remplis de manifestants que nous fîmes venir de New York pour réclamer la libération de l’opposant guinéen. Je me rappellerai aussi toujours que ce jour-là, j’ai remonté la petite colline à pied, entre la Maison Blanche et le Congrès des Etats-Unis, en compagnie du représentant du RPG, sous un froid glacial, pour aller rencontrer les membres de la sous-commission chargée des affaires africaines à la Chambre des représentants pour parler de « l’affaire Alpha Condé ». Il n’y eut pas une institution politique, humanitaire ou de défense des droits de l’homme qui ne fut pas contactée par nous pour qu’une forte pression soit exercée sur les autorités de Conakry et permettre à Alpha Condé de recouvrer sa liberté. Des avocats furent retenus (dont l’un sera envoyé à Conakry au moment du procès) et de l’argent versé pour contribuer au fonds de défense de l’opposant guinéen. Je me rappelle aussi vivement, après l’une de nos marches, avoir reçu un appel de Mme Nantènin Chérif Konaté, actuelle coordinatrice nationale du RPG, de passage à New York, et qui m’a dit ceci : « Merci, mon frère pour tout ce que vous faites pour le professeur Alpha Condé… »

Tout au long, la mobilisation ne faiblira pas et au mois de mai 2001, le général Lansana Conté sous une forte pression, fera libérer le professeur Alpha Condé, avec la condition que ce dernier s’éloigne de toute activité politique.

Avons-nous des regrets aujourd’hui ? Non, tout simplement parce que nous l’avons fait au nom du respect des droits de l’homme, de la justice, de la démocratie et de la liberté. Plutôt, c’est au professeur Alpha Condé d’y réfléchir et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Je ne comprends seulement pas que quelqu’un qui a subi de telles épreuves puisse les infliger aujourd’hui à d’autres innocents, avec toutes ces arrestations arbitraires, la répression policière suivie de morts d’hommes, et l’indulgence dont bénéficient les coupables, les extrémistes de tous bords, les pyromanes et les incitateurs à la haine ethnique du type de Mansour Kaba.

Je ne terminerai pas cette deuxième partie de mon exposé sans rappeler ce que j’ai dit à mon ami et camarade de promotion, Ali Diallo, au lendemain de la libération d’Alpha Condé. Ali est ivoirien et nous avions fait le MBA ensemble à l’Université Howard. Il est le beau frère d’un pilote de feu le président Félix Houphouët-Boigny. Nous nous rencontrâmes non loin du siège de la Banque Mondiale en ce jour de mai 2001. Il me dit ceci, l’air tout joyeux : « Tu as appris la libération d’Alpha Condé ? Il a déjà pris l’avion ; il est parti vers la France, je crois ! Tu sais Sadou, Alpha Condé sera le prochain président de la Guinée ! Rien à faire ! » Et il me scruta du regard. Je lui répondis : « Ali, je suis content qu’il soit libre ! Crois-moi, nous nous sommes battus pour cela. Mais je vais te dire ! C’est possible qu’il soit président un jour, mais s’il reste toujours aussi autoritaire et s’il ne change pas ses méthodes, il aura de sérieux problèmes avec la jeunesse guinéenne. » Et je lui dis, sans lui laisser le temps de répliquer : « Au revoir Ali !»

A suivre…


Diallo Thierno
Sadou


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