Amadou Diouldé Diallo Lundi, 09 Septembre 2013 18:06
Décidément le président de la République tient coûte que coûte à avoir la 4e roue de sa charrette mandingue. Pour compléter le Manden pou, le Manden tan et le Manden fou correspondant dans cet ordre aux 3 autres régions naturelles de la Guinée. C'est pourquoi il a fait créer en Moyenne Guinée le Manden Djallon, une perte de temps au regard de la sociologie de la région.
Tout porte à croire qu'Alpha Condé est arrivé au pouvoir avec le triste dessein d'étouffer les Peuls. Et pour atteindre cet objectif, il utilise tous les moyens. Et sa dernière trouvaille, c'est la destruction du Fouta dans ses fondements par la création et émission de cartes de membres et sièges du Manden Djallon, dans les locaux des bâtiments publics de cette association qui recrute dans les Roundés (villages des anciens esclaves). Pour mieux comprendre le phénomène, interrogeons plutôt l'histoire.
Les Peuls musulmans qui ont conquis le Fouta au 17e siècle n'avaient que le Coran et leurs bœufs. Ils n'avaient pas d'esclaves et ont dû mener de nombreux djihads (guerres saintes) pour convertir les païens dont la plupart étaient des Diallonkés. C'est après plusieurs années de prières, de jeune et de recueillement que leurs marabouts, au nombre de 9, déclenchèrent la première guerre sainte à Talansan en 1734 et fondèrent le royaume théocratique du Fouta Djallon avec pour capitale Timbo, le siège du parlement à Bhouria et la Cour suprême à Fougoumba. Le seydiyanké Alpha Ibrahima Sambégou Barry dit Karamoko Alpha mo timbo en devint le premier almamy et la constitution stipula que les almamys ne seront issus que de sa famille. L'aristocratie et les nobles habitèrent les missidés et les Diallonkés reconvertis dans les roundés, villages de proximité dont les travaux champêtres et autres revenaient à ses habitants.
Ainsi chaque famille aristocratique possédait ses Roundés avec, il est vrai, un droit de soumission comme cela s'est passé dans l'histoire de plusieurs sociétés et peuples. C'est par la suite que l'almamy Samory Touré, résistant à la pénétration coloniale dans le Manding, envoya des esclaves aux chefs du Foutah en échange de bœufs pour nourrir son armée. De même qu'il en fit pour les armes, avec les chefs de la Sierra Léone voisine. Et la précision est importante, tous les invendus, c'est-à-dire tous ceux que les chefs peuls n'achetaient pas, étaient exécutés par Samory qui justifiait cette opération par son incapacité à nourrir tout ce monde inutile. C'est dire que Samory avait lui-même fait esclaves tous ceux qu'il avait islamisés et vendus quand cela s'avérait nécessaire. Ce sont ces esclaves que vous retrouvez au Fouta et qui portent des noms mandingues.
Alors monsieur le professeur, où est la faute des Peuls ? Au contraire, la plupart de ces esclaves ont été ennoblis, et ont, par les liens de mariage, produit des alliances et des métissages qui font que le Fouta a longtemps tourné la page de ces considérations renforcées par la suppression de la chefferie traditionnelle par le président Ahmed Sékou Touré, une décision qui visait, tout aussi, l'affaiblissement du Fouta au moment où dans les autres pays ces chefferies sont actuelles et ses dignitaires sont consultés et invités à toutes les cérémonies officielles.
Monsieur le professeur, le Fouta d'aujourd'hui a largement dépassé ces clivages pour être un, en ne prenant en compte que le taux d'utilité sociale de ses fils, même si, avouons-le, il y a des petites poches de résistance tant au niveau des Missidés que des Roundés. Mais cela ne touche pas les nouvelles générations qui se marient entre elles sans tenir compte du statut du partenaire.
Je parlais de métissage ; professeur savez-vous que le Roundé dont est issue Nen Diariou la mère de l'almamy Bocar Biro Barry, est princier à Timbo et à Sokotoro, que les Sebhés de Ngabou en Guinée Bissau dont est originaire Koumanthio Waly Sané, la mère du roi Alpha Yaya, a jusqu'à nos jours tous les honneurs chez l'aristocratie Kaldouyanké régnante du Labé.
Je reviens à moi-même pour illustrer ce métissage qui constitue la sève nourricière du Fouta d'aujourd'hui. Je suis de père et de mère Dialloyanké, la famille régnante de Timbi Madina Ninguelandé Donghol Telimele, Pounthioun, Bombi Bourou, Kankalabé, Bhouria, Poredaka, Sankarela et Kourou Niagara. Ma grand-mère paternelle, Mariama Djida Séo Camara est du roundé de Labhawel dans Timbi Madina, celle maternelle Aye Diely Kouyaté est de Koba Télimelé et sa sœur ainée Kadiatou Kouyaté a été mariée au Gawlo Farba Oumar Niang dont l'unique fille Néne Aissata eut pour époux l'emblématique Farba Kendo Sow, conseiller écouté du chef de canton de Kinsi Koté le généreux et tolérant Elhadj Alpha Ousmane Kakony, le père de Alpha Ibrahima Mongo et du Commandant Barou.
Mon exemple est celui de la plupart des fils du Fouta, ce qui revient à dire que vous perdez votre temps à vouloir déstabiliser les Peuls et leur région par cette nouvelle recette de Manden Djallon en vous mettant à l'écoute de personnes dépassées et complexées. (…)
Professeur Alpha Condé retenez ces deux vérités d’Amadou Hampaté Bâ, je cite : « le Peul ne dit jamais non, c'est au visiteur de déchiffrer son oui » ; « on ne sait jamais si le Peul dort ou s'il a l'œil fermé ». J'espère que ces deux vérités vous serviront dans votre apprentissage de la connaissance de la sociologie du Fouta, voire de la Guinée, car vous semblez ne pas bien la connaitre.
Heureusement si vous le voulez, il reste encore une perche, une seule, et celle-ci a 97 ans. Elle s'appelle Elhadj Abdourahmane Bah, l'unique fils vivant du grand Waliou Thierno Aliou Bhoubha Ndiyan. Saisissez-la maintenant. Demain ce sera trop tard.
A bon entendeur, salut !
Amadou Diouldé Diallo
Journaliste historien
Conakry
Source : guineeinformation.fr