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Le non-changement en République de Guinée

Mamadi Dioubaté  Vendredi, 06 Septembre 2013 23:35

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DIOUBATE_Mamadi_01Dans quelques semaines la Guinée organisera des élections législatives qui auraient dû avoir lieu dès après les élections présidentielles.

Dans son intention de concentrer tous les pouvoirs dans ses mains notre président a mis en avant sa politique de débauchage et tribale, il s’agit de l’opportunisme politique des personnes débauchées en opposition à la pratique de la conviction.

C’est dans ce contexte qu’il s’est auto-flagellé en cassant l’Arc-en-ciel et en refusant de respecter les accords qu’il avait signés solennellement devant l’opinion guinéenne et internationale, et la presse nationale et internationale avec le Parti de l’espoir et du développement national (PEDN).

Cet acte est à la base de la crise que nous vivons actuellement, ajouté à cela le manque cruel de désir de rassemblement, en menant une politique de division à tous les niveaux.

L’Assemblée nationale a pour rôle principal de débattre, d’amender et de voter les lois. C’est une institution qui a aussi le pouvoir de renverser le gouvernement ce qui implique que celui-ci ne devrait pas être en désaccord avec elle.

Le futur député a pour rôle principal de représenter la nation tout entière, son travail s’exerce à la fois à l’Assemblée nationale et dans sa circonscription.

C’est pour cela qu’il faudrait bien voter afin d’éviter l’erreur commise aux élections présidentielles si nous ne voulons plus vivre un nouveau cauchemar.

Nous connaissons aujourd’hui les limites du professeur qui n’a aucune ligne directrice sauf la politique de division et de divertissement.

L’homme qui prétend avoir lutté tant d’années et qui n’a comme référence que la FEANF et les deux années de prison sous le règne de Lansana Conté, n’a rien à proposer à notre peuple. Alors le peuple doit le sanctionner en le privant de majorité afin d’éviter une nouvelle dictature qui pourrait être impitoyable et sanglante.

A sa prestation de serment le professeur avait promis de mettre les rails jusqu’à Bobo Dioulasso et quelques secondes après il ajouta quelques kilomètres de rallonge jusqu’à Ouagadougou.

Trois ans ont passés : il fut incapable malgré les différentes aides internationales d’offrir l’eau, l’électricité, un peu d’infrastructures routières au peuple qui lui a tant fait confiance.


Les trois ans de présidence de Alpha Condé

L’arrivée de Monsieur Condé Alpha à la tête de notre état suscita d’énormes espoirs d’autant plus que son adversaire ne fit aucune contestation afin d’éviter à notre pays une crise institutionnelle.

Contrairement aux autres pays de la région, la Guinée a toujours évité les conflits qui pourraient mettre en cause le vouloir vivre ensemble.

Le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée Bissau, le Mali et la Côte d’Ivoire ont connu de profondes crises qui ont failli mettre en cause leur existence.

Bénéficiant de cet espoir populaire et enthousiaste notre président n’a pu appliquer une politique digne de la réputation dont il jouissait sur le plan national et international.

Au lieu de mettre en place un programme quitte à échouer, il a opté pour une gestion néo patrimoniale de l’Etat fondée sur le clientélisme, le favoritisme, le clanisme, le népotisme et la jouissance, tout cela appuyé par le mensonge aux pays et le dénigrement quotidien de ses prédécesseurs et des anciens premiers ministres, sans apporter les preuves de ses allégations.

Cette attitude a engendré une corruption généralisée avec des détournements des deniers publics sans précédent dans notre pays.

Les actions du professeur ont engendré un déficit budgétaire entraînant une inflation et une non-croissance qui au cours de la période du premier ministre Lansana Kouyaté et en seize mois avait été maîtrisées.

Aussi les trois ans de celui qu’on appelle communément le professeur ont engendré l’émergence d’individus lugubres de tout acabit sans conviction s’accrochant à tous les pouvoirs et prêts à enflammer le pays au profit de celui qui sert leurs intérêts au détriment de ceux de la grande majorité de notre pays.

On a sacrifié les grands secteurs de souveraineté comme le trésor public, la douane, la société de l’électricité et de l’eau en les confiant aux personnes soucieuses de se sucrer plutôt que de donner au peuple le minimum leur permettant enfin de dire ouf ; quelle erreur historique !

Sur le plan politique le président a omis de construire et consolider l’appareil d’Etat national dans toutes ses composantes: administration centrale, armée, gendarmerie, police et les autres branches sécuritaires, religion et culture, etc...

Un véritable appareil d’Etat centralisé et décentralisé avec des pouvoirs et contre-pouvoirs, au lieu de s’y pencher le pouvoir actuel a plutôt cherché à construire comme nous l’avons tantôt dit un Etat néo-patrimonial caractérisé par une gestion familiale et clanique des affaires de l’Etat.

Socialisme dont il se réclame il aurait pu réviser les grands classiques de Mao dont il est toujours admirateur et disciple, fondateur de la Chine moderne qui a enrichi la théorie de la contradiction en distinguant la principale et la secondaire. Ce pouvoir a confondu les deux.

Sans oublier le général Giap dans la guerre de Vietnam qui alliait tactique et stratégie. C’est tout de même étonnant qu’un homme qui prétend être socialiste ait oublié cela.


L’ouverture de la campagne législative par le chef du RPG

La campagne des élections législatives fut ouverte par le chef de l’Etat, sortant de son rôle de président de la République pour porter les habits d’un clan et se mettant ainsi hors la loi pour mettre en exergue ce qu’il est réellement, c’est à dire le chef d’un groupe et non des Guinéens.

A Kankan, ville qui l’a soutenu durant ses années de disette, le président a tenu un discours d’une violence digne de cheftaine soixante-quinze.

«Regardez-vous dans le miroir, lorsque j’étais en prison, où vous étiez ? Regardez-vous dans le miroir, quelle est la personne qui a fait deux ans de prison ?» etc...

La présidence de la République a rendu le professeur amnésique c’est pour cela que nous allons essayer de lui rappeler un certain nombre de choses afin qu’il comprenne ce que cette ville martyre de Kankan a fait pour lui, mais aussi leur souffrance des périodes Sékou Touré et Conté.

Au début des années 1990 précisément en 1991, une réunion se tint chez le Soti Kèmö à Kankan, le pouvoir pensait qu’il s’agissait d’une réunion du RPG, alors il fit intervenir l’armée qui sans sommation tira sur le groupe et tua ainsi le vieux Soroti Bangali et il y eut plusieurs arrestations de Kankanais favorables au RPG et transférés au camp où ils subirent les pires exactions.

Des cadres de cette ville ont perdu leur emploi et se sont retrouvés à la rue.

Plusieurs personnes manifestèrent lors de l’arrestation du professeur à Pinè et certaines femmes ont subi le repassage au fer de leurs fesses.

Des notables de la ville emprisonnés au camp ont été fouettés de cinquante coups tous les matins ; c’est ce qu’ils appelaient le petit déjeuner.

Kankan ville martyre est la seule ville de notre pays ayant vu périr tout son bureau fédéral lors des évènements de 1970, une seule survivante Déjoua Dioubaté qui a fait un peu plus de sept ans au camp Boiro.

De l’indépendance à maintenant plusieurs fils de cette ville sont passés par le camp Boiro et certains y ont perdu la vie: Ismaël Nabet, Sidimé le fédéral, Gbéléa Djenè, Camara Lamine plusieurs fois, Amiata Mady Kaba, Kaba Laye fusillé, Cissé Emile, etc...

C’est cette ville qui vient de réserver un accueil au professeur en lui montrant qu’elle n’est pas contente et que les promesses n’ont pas été tenues.

Cet accueil restera mémorable au professeur jusqu’à la fin de son mandat.

Les Kankanaises et Kankanais lui ont réservé un accueil digne des grandes démocraties en lui montrant que cette ville n’est pas monolithique et que leur action se situe sur le terrain du combat qu’ils ont mené durant des années pour la démocratie, la liberté, la défense des droits humains et qu’ils ne veulent plus subir l’humiliation d’avril 1985 où ils virent certains de leurs enfants être humiliés et exécutés par les «tontons macoutes» du général Lansana Conté.


Pourquoi la Haute Guinée doit voter pour la liste conduite par Lansana Kouyaté

Le fait que les députés exercent à l’Assemblée nationale et dans leur circonscription rend ce scrutin un vote pour les personnes du terroir, les personnes qui saisissent les pulsions et impulsions des électeurs de leur circonscription.

Lansana Kouyaté est de chez nous, il est allé au champ avec nous, il a parcouru toutes les régions de la Haute Guinée, il parle comme nous et partage les mêmes valeurs que nous.

Lorsqu’il se regarde dans la glace il nous ressemble et il ne viendra jamais vous insulter ni avoir un langage inapproprié à votre égard car il est comme vous.

Natif de la Haute Guinée, Lansana Kouyaté est le seul à défendre vos intérêts, c’est l’original, choisirez-vous la photocopie ou l’original? C’est la question à laquelle nos compatriotes de la Haute Guinée doivent répondre au moment du vote car toute l’opposition guinéenne le soutiendra sur ses terres.

Ne commettez pas l’erreur historique de faire le choix de quelqu’un qui ne vous apportera rien sauf la détresse, quelqu’un qui, malgré votre dévouement pour lui et le vote massif que vous lui avez apporté lors des élections présidentielles, a mis trois ans pour venir vous voir et vous demande maintenant de voter pour son camp.

Lansana Conté dans son attitude diabolique a fait exécuter plusieurs enfants de Kouroussa et Kankan, les accusant d’un complot qui n’existait pas, le professeur qui déclarait à l’époque: «le Malinké qui voterait pour Lansana Conté est un bâtard» vient de demander pardon à ce dernier lors de son périple du Fouta, ce qui démontre que ce langage n’était pas sincère, c’était simplement pour vous tromper et vous amener à le suivre dans ses méthodes machiavéliques de division.

Trois ans de pouvoir, vous n’avez rien vu venir. Lansana Kouyaté majoritaire défendra vos intérêts car ce sont aussi les siens c’est lui le vrai natif de la région, son père fonctionnaire des Postes et Télécommunications à Kankan et en Basse Côte est connu dans la région. A Kankan il a tissé des liens de sang avec l’érudit Karamöko Taliba Kaba avec lequel il partagea le même Kabila. C’est son fils qui conduit notre liste afin de nous apporter un peu d’oxygène dans notre région, c’est lui l’original.

Lansana Kouyaté homme d’expérience, plusieurs fois ambassadeur : Egypte, Soudan, Turquie, Jordanie, Syrie, Liban, les Nations Unies...

Représentant spécial en Somalie, il fut aussi sous-secrétaire général des Nations Unies chargé des affaires politiques pour l’Asie de l’ouest et le Moyen Orient auprès du Conseil de sécurité.

En 1997 il devient secrétaire général exécutif de la CEDEAO, commandeur de la légion d’honneur de France, et commandeur de l’ordre du Mono, la plus haute distinction du Togo.

C’est cet homme, dont le père a servi à Kankan comme receveur des Postes et Télécommunications, qui a tissé un lien fort avec Karamöko Talibi Kaba, avec lequel il partagea le même «kabila», qui en se regardant dans la glace vous ressemble, qui demande que vous lui accordiez votre suffrage.

Il est vrai que nos parents dans leur mansuétude privaient leurs enfants de certaines choses au profit de ceux d’autrui mais ces élections concernent la défense de vos intérêts nos intérêts n’hésitez pas de lui accorder vos voix et vous ne regretterez pas car c’est aussi chez lui.

Notre pays a vécu une révolution qui fut un échec, la pauvreté généralisée, l’état de grande misère politique, économique et morale c’est un scandale de pauvreté.


Absence d’un gouvernement capable de relever le pays de ses ruines

Les élections présidentielles catastrophiques de 2010 amenant Alpha Condé au pouvoir a creusé un fossé entre les différentes communautés de notre pays car l’homme veut régner dans la division.

C’est pour cela qu’il inventa l’empoisonnement de ses militants par ceux de son adversaire ce qui déclencha un début de guerre civile au Fouta et en Haute Guinée.

L’invention d’un complot en 2011 digne de            «l’Aveu» avec l’excellent acteur français Yves Montant nous montra que ce président n’est pas élu pour servir les guinéens mais pour créer les conditions d’une guerre qui risquera de disloquer notre jeune pays.

Le gouvernement brille par son absence sur les grands dossiers et notre pays a encore perdu le peu de splendeur qui lui restait.

Silence il ne faut pas dire que nous manquons d’électricité, d’eau et que nous souffrons de mal-gouvernance, cela pourrait engendrer des insultes car il va falloir se regarder dans la glace et nous verrons que nous ne ressemblons qu’à Lansana Kouyaté, Sidya Touré, Cellou Dalein, Kassory Fofana, Jean Marie Doré, Telliano, etc...

Le président vous dira que ses prédécesseurs ont été incapables de construire un pont entre Mandiana et Siguiri cependant il ne dira pas que durant trois ans lui-même Alpha Condé n’a pas pensé à le faire.

Alors comme mes compatriotes de Kankan je dirai: pouvoir zéro, gouvernement zéro, DG et la SEG zéro, les préfets zéro, les gouverneurs zéro, alors votez pour les hommes d’expérience afin que notre Etat rentre dans la sphère des grandes nations de la sous-région.


Comment sortir notre pays de son état sans gouvernement et où se battre? A l’intérieur ou à l’extérieur?

Les dangers de la période des élections législatives

En donnant des cours à la fille d’un ami préparant son bac de français, je suis tombé sur le célèbre roman de Voltaire dénommé Zadig et sur le chapitre intitulé «le corridor de la tentation». Ce titre peut convenir pour caractériser la politique en Guinée surtout si nous mettons tentation au pluriel.

Il s’agissait de plusieurs candidats au poste de premier ministre d’un roi nommé Nabussan.

Serait choisi celui qui traverserait le corridor sans mettre la main sur la plus petite pépite des nombreuses pierres précieuses qui étaient laissées sans surveillance. La situation ne comportait qu’une seule tentation.

En Guinée, les tentations que peut générer son Etat sans gouvernement sont nombreuses.

Les plus saillantes actuelles:

1) Le maître des lieux, quoique déjà roi tout puissant dans les textes mais impuissant devant les problèmes à résoudre, peut décider de se faire décerner un mandat perpétuel, à vie, croyant que cela relèvera la Guinée.

2) Le peuple lassé et désespéré peut souscrire à cette fuite en avant. Consulté, il ne pourra que dire «oui», les élections étant ce qu’elles sont dans le pays.

3) Un homme fort peut silencieusement rêver de devenir le Moïse qu’attend la situation. C’est ce qui se produit plus d’une fois dans les pays où, malgré le chaos, il reste un peu de forces armées.

4) Les citoyens peuvent recourir à la résistance passive.

5) Le pouvoir impuissant peut faire des offres de collaboration à des adversaires qui n’ont pu organiser sa chute. C’est l’impuissance qui appelle une autre impuissance au secours. Ceci se produit plus souvent qu’on ne pense. Le pouvoir tend la main.

En réalité, c’est l’absence de pouvoir qui tend la main à l’absence d’opposition. Et ces tractations, ces réconciliations qui interviennent au terme de sombres négociations ne connaissent ni lune de miel, ni clair midi. «Difficile cohabitation, profondes divergences, impossible unité, impossibilité à gouverner ensemble», tel devient vite le nouveau langage de part et d’autre, après «la main tendue».

Tout ça s’est produit chez nous, car nous avons cru sous le général Lansana Conté artisan de la destruction du tissu socioéconomique de notre pays amplifié par Condé Alpha que nous aurions pu réussir à mettre en place un consensus, quelle erreur!


Comment sortir notre pays de cette situation ?

L’opposition doit écarter toute collaboration avec Condé Alpha en arrêtant les rencontres informelles. Seuls les opposants et leur devoir de former une opposition digne de ce nom se situant dans l’histoire diront que nous ne livrerons pas notre pays à Condé Alpha, hypothéquant l’avenir de nos enfants de nos petits-enfants, en acceptant la condamnation de l’histoire.

En collaborant avec une dictature nous abandonnons les autres, or nous devons nous battre pour faire partir Condé Alpha qui ne pourra rien faire chez nous car il n’a ni capacité, ni force de sortir notre pays du marasme économique sauf diviser les communautés et même à l’intérieur des communautés comme son attitude sur les «rundés et les foulasses».

Quatre impératifs s’imposent: sursaut, connaissance, organisation, exécution.

Le sursaut: il s’agit, bien évidemment du sursaut sur le plan moral, il ne doit pas ressembler à une transe, cet état dans lequel entrent certaines personnes au cours de certaines cérémonies ou initiations. Le sursaut doit être commandé par l’esprit.

Le sursaut est celui qui se produira notamment au terme de cette question:           «Que puis-je faire, moi citoyen Dioubaté, Baldé, Ifono, Bangoura, Soumah, Touré, Diallo, Fofana,    Zégbélémou, etc. pour que mon pays sorte du chaos qui l’ensevelit tous les jours ?».

La connaissance : c’est l’analyse, de la connaissance objective de notre drame, de sa compréhension sur le plan intellectuel.

Il faudrait reconnaître que le système de la première République était stalinien et qu’il a englouti au nom d’une pseudo-révolution beaucoup de nos frères de toutes les régions.

Il faut l’expliquer et le faire comprendre à la grande majorité de nos concitoyens.

Aussi dire qu’aucune région ne fut pas plus touchée que les autres, c’est toute la Guinée qui a souffert de la folie idéologique.

Aussi expliquer que Lansana Conté non seulement a bradé notre économie mais a creusé un fossé entre les communautés soussous et malinkés en éliminant de manière arbitraire des officiers malinkés au nom d’un coup qui n’existait pas. Expliquer cela n’est pas un crime !

Il ne suffit pas d’avoir du remord, de regretter ce qui est arrivé, de confesser qu’on a péché, qu’on a suivi le diable trompeur, qu’on a fait une grande bêtise. Ce qu’il faudrait rechercher, c’est pourquoi on en est arrivé là. Le roi David, l’exemple du grand repentant, n’a pas simplement dit qu’il a fait une faute. Il a décrit le processus qui l’a conduit à la commettre.

Nous devons donc non seulement dire que nous avons jeté le pays dans le drame mais chercher à savoir pourquoi nous en sommes arrivés là, pourquoi nous avons mis Condé Alpha à la tête de notre pays, pourquoi certains de nos compatriotes ont un comportement tribal de la politique, pourquoi la corruption est généralisée dans notre pays ce qui rend impossible la réalisation de grands travaux.

Un ami originaire de Kankan m’interpellait un jour en me signifiant qu’il en a marre d’entendre certains compatriotes du Fouta lui dire «ambassade». Je lui ai dit : « s’ils te le disent alors tu leur réponds que Saïfoulaye, Béavogui, Diao Baldé et même Diallo Telli, avant son arrestation, étaient "Amgbassalé"».

Il n’y a pas, devant les tragédies, pire option ou solution que celle qui consiste à dire rapidement: «vite tournons la page, ne cherchons pas à comprendre, à savoir». Certes nos ancêtres en Afrique recommandaient parfois d’agir de la sorte, «an gan tö Alama», cependant on oublie qu’il y a une dualité en nous, c’est l’esprit et le corps, et que contrairement aux autres espèces Dieu nous l’a offerte pour que nous puissions devant les situations difficiles dialoguer avec sincérité pour trouver les bonnes solutions. Refuser d’en parler ramène le drame dont l’élection de Condé Alpha à la tête de la terre de nos ancêtres.

Le «ka To Alama» c’est-à-dire laissé à Dieu le Tout Puissant, n’est pas une solution applicable à toutes les fautes, notamment celles dont les dimensions et conséquences seraient incalculables car Condé Alpha est en train de mettre en place ses «tontons macoutes»: Abou Camara, Gabriel Tamba Diawara et tant d’autres.

Ce qui nous est arrivé en Guinée doit être analysé afin d’éviter à nos enfants de faire la même bêtise et à nous même de la recommencer. Voilà la double raison de l’obligation d’analyser, de connaître les drames, les tragédies qui pourraient survenir.

Cet effort, cette obligation de connaître ce qui est arrivé s’imposent à tous ceux qui, à un titre ou un autre, cherchent à vaincre un mal: guérisseur, médecin, sorcier et autres...

Qui souhaite faire sortir une nouvelle Guinée d’en-dessous des ruines qui le recouvrent depuis cinquante ans passés doit donc savoir comment elles sont tombées sur lui. L’établissement d’un état des lieux s’impose à lui comme une démarche incontournable.


Posons-nous la question de savoir pourquoi nous n’avons pas procédé en 1984, lors de la prise du pouvoir par l’armée, à l’examen de l’état des lieux

D’énormes erreurs furent commises à cette période et par les militaires à l’intérieur et par l’opposition à l’extérieur du pays.

Lopposition à la révolution de Sékou Touré n’a pas analysé politiquement la nouvelle donne en Guinée, elle s’est permis comme Alpha Condé de faire une analyse tribale de la situation.

Certains se sont permis d’imager cette réflexion en disant ceci: «Sékou Touré a fait de la Guinée un bœuf, donnant les os aux Peuls, la viande aux Malinkés et la peau aux Soussous pour en faire des tam-tams pour danser». Cela fut dit non seulement chez un ami français de feu Siradiou Diallo par le sieur James Soumah devant Eldj Ibrahima Diané (7 ans de camp Boiro avec exécution de son frère, Jean Faragué, Julien Condé, Siradiou Diallo et moi-même) et il récidivera une semaine après dans la salle de réunion de la porte de Choisy.

Cette attitude créa une méfiance entre les Guinéens qui jusque-là étaient unis contre la dictature qui sévissait dans notre pays.

Ajouté à cela le manque d’esprit critique envers le régime militaire accueilli avec trop d’enthousiasme, et d’ailleurs je fus chargé ce jour-là, c’était un dimanche, d’envoyer les télex de félicitations aux militaires des différents partis d’opposition malgré ma mise en garde contre toute précipitation. D’ailleurs N’fa Touré m’a dit : « Dioubaté, il ne faudrait pas emmerder les militaires ». Quelques années après nous avons vu ce qu’ils ont fait de notre pays.

Un an après leur prise du pouvoir un complot fut inventé suivi de l’arrestation de tous les cadres militaires et civils d’une même ethnie, c’est à dire les Malinkés qui furent exécutés sans jugement avec l’applaudissement de la population et exhibition de Diara Traoré en caleçon devant le monde entier, mettant en valeur la barbarie qui caractérise notre peuple depuis notre accession à l’indépendance.

A part quelques personnes et un poignant article du professeur Baba Kaké Ibrahim pour attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale, personne n’a défendu ces victimes innocentes de la barbarie du général Conté.

Diara Traoré fut premier ministre de notre pays. Méritait-il un tel sort ? Discutant tranquillement avec des visiteurs il fut surpris d’entendre sa voix à la radio et s’ensuivit un pogrom anti Malinkés à travers Conakry, sans précédent dans notre pays. Une personne hautement placée dans le pouvoir actuel a écrit qu’il s’agissait des extrémistes malinkés et soussous qui réglaient leur compte.

Comme d’habitude les Guinéens de l’extérieur et de l’intérieur ne se sont pas demandé comment des officiers supérieurs peuvent monter un coup d’Etat de cette nature et s’asseoir tranquillement chez eux, certains en regardant un film avec leur famille. C’est le cas de Bayo et d’autres gouverneurs se trouvant dans leur gouvernorat comme Idrissa et Bahourou Condé et tant d’autres.

Crime impuni ni par le peuple ni par l’opinion internationale, c’est pour cela que le général continua à massacrer les jeunes, deux cent sept morts lors des évènements de 2006-2007.

A la mort du tyran le capitaine fougueux Dadis Camara est venu ajouter aux nombreux morts victimes de la barbarie des différents pouvoirs de notre pays, le sien en faisant massacrer plus de cent personnes au stade du 28 septembre. Depuis l’accession d’Alpha Condé, à chaque manifestation son lot de morts. Pauvre peuple de Guinée, que faire ?

Eh oui si nous n’avons pas effectué l’état des lieux c’est parce que nous sommes victimes du subjectivisme tout simplement. Oui nous croyons que procéder à un état des lieux, c’est risquer de toucher à de très historiques personnalités et vénérables personnalités, c’est là une grosse erreur. Ceux qui procèdent à l’établissement d’un état des lieux ne doivent être guidés que par une chose: la recherche de la vérité, comme le font les huissiers.

Cependant ne nous cachons pas les difficultés de la tâche. Les huissiers ne vont-ils pas parfois chercher la vérité en soulevant les draps dans la chambre à coucher... quand ils veulent constater un adultère qui est en train ou vient de se commettre, quand ils veulent établir un flagrant délit ?

Des jeunes m’interpellèrent au cours d’une réunion : «pourquoi votre génération a-t-elle commis tant d’erreurs en laissant des cadres valables de notre pays dans les mains de ces différents tyrans ? »

Je leur ai donné la réponse suivante que j’ai tirée d’un compliment que m’a fait feu Belhadj Ibrahima Diané : «mon frère si nous avions fait ce que tu fais aujourd’hui nous n’aurions pas eu le camp Boiro ni les arrestations arbitraires de Sékou Touré...». Eldj Diané disait cela car il nous observait dans les réunions que nous tenions en plein marché et dans tous les quartiers de Conakry, ameutant le peuple à pousser le dictateur Conté Lansana à accepter le multipartisme. Nous avons refusé certaines lois ou obligations ancestrales pour donner la priorité aux lois nouvelles. La politique nous le savions est chose neuve dans nos sociétés africaines. Elle ne peut pas être totalement aux règles d’autrefois. L’âge ne doit plus empêcher un jeune de se lever, de s’avancer et de parler, pour reprendre ici les mots du philosophe grec Démocrite, sous prétexte que ce faisant, il offenserait des aînés. Les temps ne sont plus ceux où seul l’âge donnait, conférait science et sagesse, sinon le professeur soixante-seize ans n’aurait pas fait tirer sur des jeunes gens qui ne demandaient qu’une petite amélioration de leur condition de vie, il n’aurait pas en outre insulté les populations qui lui ont tant donné.

Aujourd’hui un jeune peut parler de tout sans l’avoir vu de ses yeux. Dans les temps actuels le futur interpelle plus les jeunes que les vieux par ce que ils en ont les clés sur le plan technique ; parce que les distances, les profondeurs ainsi que les songes qui parcourent ou éclairent les hommes de toutes les races et de tous les continents aujourd’hui leur parlent plus, à eux les diplômés, qu’aux anciens formés à l’école de la répétition du passé et de la réserve prudente face à ce qui n’était pas d’usage hier.

Cela ne veut pas dire jeunes faites la guerre aux anciens ou déclarez-vous plus connaisseurs qu’eux.

Mais partagez avec eux le monde d’aujourd’hui et son destin dans les domaines où la valeur n’attend point le nombre d’années.

Soyez complémentaires des vieux, des aînés. Levez-vous, avancez et parlez là où des aînés diraient, par exemple, que le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est, ou enseignant qu’un grain de maïs introduit dans une urne électorale y multiplie les bulletins de tel candidat et détruit ceux de tel autre. La voix qui parlerait ainsi doit mériter votre désapprobation.

Encore aux jeunes, permettez-moi d’insister pour vous dire que la politique est le domaine où historiquement parlant sur notre continent, vous devez prendre la responsabilité de faire valoir votre précoce maturité, où vous devez notamment vous souvenir de celui qui a dit qu’il ne faut pas mettre du vin nouveau dans des vieilles outres. Et il a précisé ce qui arrive quand on passe outre ce conseil: on perd tout.

Bien sûr avec la politique d’un autre âge mené actuellement par Alpha Condé, il existe d’autres servitudes plus écrasantes encore que l’âge: le tribalisme, le régionalisme, ces fléaux que l’on ne veut plus dénoncer tant ils sont répandus et devenus choses avec lesquelles «il faut faire si l’on veut être un Guinéen de son temps».

En regardant le visage de nos partis politiques: derrière leur appellation moderne, nationale, c’est la région, la tribu, le clan non pas endormi mais posté en vigilante sentinelle. On doit presque être du parti de sa région, être avec les frères de sa région...

Bref, la construction de l’opposition qu’exige l’état où se trouve la Guinée commande que certains barrages de type ancien soient surmontés au nom de certaines valeurs nouvelles ; elle doit être une entreprise dominée par l’esprit.

L’autre volet de l’obligation de connaître doit aussi s’entendre de la nécessité d’approfondir l’étude de la démocratie et affirmer la laïcité de la République. Une opposition qui négligerait cet aspect des choses, pécherait et vis à vis du passé et vis à vis du futur.

Une fois ces bases posées il faudrait se donner un nom au régime que l’on veut combattre, le qualifier clairement: une dictature. Ce qui signifie l’analyser profondément.

Il faut se donner un nom à soi-même: Forces nouvelles? Forces unies? Forces fédérées? Nouvelles forces de changement? Tc...

Enfin il faut se donner les moyens de son combat, la création d’un organe d’Analyse et d’Information. Une opposition sans journal est une opposition à ne se manifester que d’une seule façon: la pancarte, le défilé dans la rue. Ce n’est pas une mauvaise chose de dire dans la rue que Condé Alpha est un dictateur, mais c’est encore mieux de le démontrer à l’aide d’analyses paraissant dans un journal régulièrement tenu. Un journal a tellement d’autres avantages! Il permet d’approfondir les options, les stratégies de combat choisies, de les raffiner, de les faire évoluer.

L’adversaire peut le lire calmement dans son fauteuil alors qu’il évitera de se tenir sur le trottoir de la rue où se tient une manifestation.


Où se battre? A l’intérieur ou à l’extérieur ?

L’extérieur a souvent été le lieu de prédilection de l’opposition dans notre pays, le regard fixé sur l’extérieur comme si l’intérieur n’existait pas et n’était pas un lieu de lutte, un endroit où doit aussi souffler son esprit.

Du temps du monopartisme surtout de la révolution, l’intérieur sévèrement tenu, contrôlé par le dictateur, même le mari se méfiait de sa femme et la femme se méfiait du mari. A l’ère du multipartisme, les dictatures n’occupent plus seules le terrain, du moins théoriquement.

D’autres partis existent à côté du sien; les lois proclamant toutes les libertés fondamentales existent également.

Cependant le professeur excellant dans la division, a fait créer des partis fantoches s’appelant opposition constructive, comme s’il existait une opposition destructive, qui peut penser que le professeur aime plus la Guinée que Cellou, Sidya, Lansana, Kassory, Doré et bien d’autres... Justement le journal servira à démonter le discours du professeur et de ses sbires qui le soutiennent sachant bien qu’il nous amène dans le mur depuis trois ans.

L’intérieur en Guinée est un terrain qui a besoin d’être puissant soutenu de l’extérieur si nous voulons récupérer notre pays dans un bon état. L’intérieur lutte au milieu des flammes comme une salamandre.

Il a absolument besoin que de l’extérieur soufflent les vents qui les affaiblissent.

Au moment où nous écrivons ce texte, nous apprenons qu’un militant du PEDN a été agressé à Kankan par les tontons macoutes du pouvoir.

Nous lançons un appel solennel aux sages et aux intellectuels de Kankan d’intervenir auprès de Condé Alpha pour que les agressions sur les militants des autres partis cessent immédiatement. Un certain Konaté Lanciné est le bras armé du RPG à Kankan, il faudrait que le pouvoir lui dise d’arrêter car nous ne voulons pas que notre ville brûle pour un pouvoir qui est le plus nul de l’histoire de notre pays.

Aussi vous le savez tous, c’est Lansana Kouyaté qui est de chez nous et qui peut défendre notre région, c’est lui l’original. Vous avez connu son père et sa mère vous partagez le même clan alors voter pour lui serait naturellement plus bénéfique pour nous que de choisir celui dont vous ne savez rien sauf son nom, et en plus qui vous demande de vous regarder dans la glace.

La hiérarchie entre l’opposition intérieure et extérieure est provisoire en raison de la différence de leurs conditions de lutte. Au fur à mesure de l’affaiblissement de l’adversaire commun, la dictature de Condé Alpha, l’intérieur sera le terrain où tout se jouera. Il ne faudrait pas penser que nous tenons l’opposition intérieure pour négligeable, que nous ne voyons pas à sa juste valeur le combat qu’elle mène qui est un combat noble.

Il faudrait rendre hommage aux actes héroïques qu’elle accomplit dans notre pays surtout par son refus d’abandonner notre patrimoine à Alpha Condé.

Quelle belle aurore de voir en Haute Guinée et ailleurs, nos populations votant pour la liste du PEDN de Lansana Kouyaté. Cela sera la justice pour le vrai fils de la région.

Devant la pureté de ses rayons, l’hideuse situation couchée sur notre région depuis deux décennies frissonnera de honte car la région a pris son destin en main en acceptant son vrai fils. Dans leur douce clarté, chaque fille et fils du pays et de notre région sentira que la longue nuit s’en va.

Le chant, non pas de la victoire mais de la délivrance du mensonge, de la calomnie, qui montera des quatre coins de notre pays, appellera le peuple à revenir de la dispersion et à s’asseoir en paix en son centre.

Les grands problèmes du pays interdits de lumière reprendront leur place dans les débats des citoyens de tout âge et de toutes les régions.

La liberté, la responsabilité, l’intelligence, jamais la passion à la Alpha Condé, le parti-pris, encore l’aveuglement, présideront à nouveau à la prise des grandes décisions.

Un grand débat pourrait avoir lieu sur notre manque d’eau, d’électricité, on ne se précipitera pas pour faire des annonces fallacieuses comme «je vous donnerai l’électricité en 18 mois ou j’allongerai le chemin de fer jusqu’à Ouaga».

De partout dans notre pays nous entendrons ce cri de joie ressemblant à un autre cri, le jour de la prise du pouvoir en 1984 par les militaires : «nous revoilà libres, intelligents, frères et sœurs, Guinéennes, Guinéens...»

Cette magnifique aurore de demain viendra avec la liste de son excellence Lansana Kouyaté qui conduira notre liste, celle du PEDN.

En seize mois Lansana Kouyaté a refait l’aéroport, les grands carrefours de Conakry, la maîtrise de l’inflation.

Il a commencé la réforme de l’armée et c’est lui qui a mis en place le comité des audits dont Alpha Condé refuse de révéler au peuple, pour ne pas perdre son fonds de commerce, «ceux qui ont volé le peuple sont contre moi, Cellou premier investisseur au Sénégal...».

Alpha Condé sait que l’investissement français au Sénégal est très important et aussi que des centaines de Sénégalais sont non seulement plus riches que Cellou mais possèdent des entreprises dont le capital se chiffre en milliards de francs CFA. Auprès de ces personnes je crois que Cellou semble vraiment petit.

Sur le plan social, Lansana Kouyaté a permis aux ménagères, en faisant venir ce qu’on appelait à l’époque «Kouyaté gboïni» (une sorte de bol permettant aux vendeurs de riz de servir avec exactitude le nombre de kilos de riz demandé) de ne plus être trichées, la réforme de l’administration était au point et l’inflation était maîtrisée.

Enfin cette élection est importante parce qu’elle permettra de se ressaisir, de nous débarrasser de tout ce qui nous a paralysés, émiettés jusqu’ici; de mettre en commun nos lumières, nos énergies, notre espérance et de nous engager sur le beau chemin suivi par des peuples hier éplorés et aujourd’hui libérés.


Dioubaté Mamadi


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