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La Guinée à l’heure des changements
Abdoulaye Diallo Ghana Vendredi, 19 Août 2011 15:38

Avant-propos
Comme promis, voici l’article d’El Hadj Abdoulaye « Ghana » Diallo rédigé à l’aube de la restauration du multipartisme en Guinée et paru pour la première fois dans la revue Renaissance de mars-avril 1992. Il y a maintenant 20 ans que cet article a été écrit. Mais nous estimons que sous bien des aspects, il reste d’actualité, mieux que c’est un témoignage d’un des plus illustres fils de la Guinée et à ce titre, c’est aussi un message d’outre-tombe de notre père. Aussi, les lecteurs devront-ils avoir présent à l’esprit que cet article écrit il y a 20 ans le fut bien avant l’insurrection de janvier-février 2007, les évènements tragiques de septembre 2009 ou ceux de 2010.
Dixit Boubacar Doumba Diallo
El-hadj Abdoulaye Diallo, plus célèbre sous les noms de Diallo C.G.T. et Diallo Ghana, a bien voulu nous adresser cette « opinion libre sur le devenir de la Guinée à l’heure des changements et de la démocratie pluraliste ». Dixit Professeur Alfa Ibrahim Sow
Mon message s’adresse à tous les citoyens de la République de Guinée, sans distinction aucune ; à ceux résidant dans le territoire comme ceux de l’extérieur, à toutes les sensibilités politiques, sociales, culturelles et religieuses. Il s’adresse spécialement aux autorités et à l’élite politique de notre pays.
A ceux qui se poseraient la question de savoir en quelle qualité je délivre ce message, je répondrai que c’est d’abord en tant que citoyen libre qui, à l’instar de tant d’autres, aime son pays, la République de Guinée.
J’ai aussi eu la chance d’un bon nombre d’hommes de ma génération, d’avoir vécu ma jeunesse au village ; d’y avoir fréquenté l’école coranique ; gardé les bœufs et moutons ; observé les corvées et cultures obligatoires, et connu les lois et traditions de nos populations, avant de côtoyer nos concitoyens d’autres horizons à l’école primaire supérieure, puis à l’école normale de la fédération de l’ancienne AOF, et au sein de l’armée coloniale.
J’ai bénéficié de la chance et du privilège d’avoir participé à la lutte contre le système colonial de l’indigénat ; et d’avoir contribué activement à l’émergence et à la consolidation des mouvements et organisations des luttes des travailleurs pour la libération, la sécurité, la paix et le bien-être au Mali (ancien Soudan français), en Guinée, en Afrique, et dans le monde.
J’ai été secrétaire général de la conférence des peuples africains, regroupant les organisations politiques et patriotiques de toutes les régions du continent. J’ai siégé à la direction du Conseil mondial de la paix, et participé à l’organisation de la Tricontinentale des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Appartenant à la fois à des organisations gouvernementales et non gouvernementales du monde, et dans le cadre de leurs diverses luttes, j’ai eu l’occasion de visiter de nombreux pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique, m’enrichissant de leurs expériences, bénéficiant partout de l’immunité, et de la liberté de parole.
Nous le savons, de grands changements s’opèrent actuellement dans le monde. Un vent violent souffle dans tous les pays, porté par l’aspiration des peuples à la démocratie, leur désir ardent de paix et de sécurité, pour la cessation des confrontations plus ou moins violentes qui secouent différentes régions du globe. Partout l’on semble se rendre compte qu’il faudrait que la négociation prenne la place de la violence ; que la fraternité remplace la haine ; que la coopération bénéfique à tous se substitue à l’exploitation éhontée ; qu’une éthique plus humaine, basée sur le respect des Droits de l’homme, gouverne les rapports entre les hommes et les nations. Ces changements étaient, à mon avis, prévisibles, car ils sont le résultat de la lutte des peuples. Ce désir et cette volonté de paix et de développement, l’aspiration profonde à la démocratie véritable, sont incontournables. Ils concernent tous les pays, tous les peuples. Ils concernent ainsi le continent africain, et donc notre patrie, la république de Guinée.
A l’aube de l’indépendance, j’ai appartenu au gouvernement de la loi-cadre de l’ancien Soudan français, et aux gouvernements des républiques indépendantes du Ghana et de Guinée, dans le cadre desquels j’ai contribué à bâtir des structures de l’Organisation de l’Unité Africaine.
Aujourd’hui, à l’âge de 75 ans, je me réjouis d’une vie remplie de ces luttes auprès de toute la planète ; et je puis jouir d’une retraite paisible, au sein de ma famille, à Conakry, convaincu que les hommes de notre âge doivent maintenant céder le flambeau aux générations plus jeunes, encore plus valides et plus déterminées. A la demande de nombreux camarades et amis, je m’autorise donc d’exprimer ici une opinion libre sur des questions primordiales qui préoccupent tout citoyen guinéen, dans le souci d’apporter, partant de mon expérience, une modeste contribution aux réflexions et aux démarches de tous et de chacun, pour l’édification pacifique d’une Guinée libre, prospère et fraternelle, conforme à sa devise Travail-Justice-Solidarité.
Aujourd’hui, nous nous félicitons du progrès qui se réalise dans les démarches pour l’établissement de la paix au Moyen-Orient, et la résolution du douloureux conflit entre le peuple palestinien et Israël.
La démocratie est incompatible avec l’ethnocentrisme ou avec le chauvinisme
Nous avons salué les victoires accomplies dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud ; le tournant irréversible pour que s’y établisse un régime démocratique, selon le principe de « un homme une voix ». Nous devons alors poursuivre la lutte pour la suppression de l’apartheid qui existe dans d’autres parties du monde. Et nous devons poursuivre la lutte pour empêcher la naissance ou le développement de l’apartheid dans d’autres parties du monde, particulièrement en Guinée.
Lorsqu’on dit un homme une voix en Afrique du sud, il faudrait pouvoir dire aussi un homme une voix sur tout le continent, particulièrement en Guinée.
C'est-à -dire qu’il est essentiel que nous procédions à une reconversion de nos mentalités, chaque fois que cela s’avère nécessaire ; que nous nous libérions de nos préjugés de supériorité, d’infériorité et de race, d’ethnies, de famille ou de castes. Nous n’avons plus la possibilité de nous accrocher aux vieilles mentalités, aux vieux préjugés ; à vouloir revenir à un passé à jamais révolu. Nous devons, au contraire, avoir le courage de lever le voile par lequel nous avons caché nos faiblesses, afin de voir nous-mêmes notre ignorance et nos maladies ; et pouvoir ainsi les guérir, en tenant bien sur compte de l’héritage positif le plus précieux que nous tenons de nos ancêtres.
Nous aurons le courage de tirer des leçons de nos échecs et de nos succès, sans pour autant les attribuer, de façon systématique et erronée, à quelques hommes seulement de notre pays.
Pour établir la démocratie, nous serons des démocrates dans notre mentalité. Etre démocrate, nous la savons, ne consiste pas à dire, en petits groupes qui essaient d’imposer leur démocratie à partir de manœuvres plus ou moins camouflées, que là sont les chrétiens, et que c’est le problème des chrétiens ; là , les musulmans et c’est le problème des musulmans !
Etre démocrate, nous le savons, ne consiste pas à séparer les problèmes nationaux en problèmes ethniques ; là les Soussous, là les Malinkés, là les Kissiens, là les Peuls, etc.
Etre démocrate, c’est rassembler, réunir autour des causes communes, d’idéaux communs, d’objectifs communs dans l’acceptation des différences, des points de vue et des discussions.
La démocratie véritable exige la transparence et la loi, conçue et acceptée par tous. Dès lors qu’une certaine catégorie de la population se soustrait à la loi ; considère qu’elle est au-dessus ou en-dessous des lois établies, alors qu’aucune démocraties ne sera plus possible.
Dans les pays démocratiques, les partis politiques les plus divers coexistent, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les partis du centre, avec tous les courants et toutes les nuances que l’on peut imaginer. Ces partis politiques confrontent leurs points de vue dans les parlements ; ou se consultent, dans un cadre accepté par tous, et régi par la même loi pour tous, même lorsqu’elle semble ne pas entièrement convenir à telle ou telle catégorie, à tel ou tel parti politique. Seule la loi peut changer la loi. C’est là une règle essentielle de la démocratie.
Les Guinéens qui ont eu, eux aussi, l’expérience des organisations politiques et syndicales démocrates et pluralistes, tireront avantage de leur expérience et de l’exemple de ces pays. La démocratie se bâtit aussi avec le développement. Les progrès scientifiques et techniques, la radio, la télévision, le télex et le téléfax, tous les progrès dans le domaine des communications par satellite ont rendu le monde petit et interdépendant. Ces progrès scientifiques et techniques sont le patrimoine commun de toute l’humanité. Il faudrait que nous en tirions toutes les conséquences.
L’on se souvient qu’hier, on s’était battu, naïvement, par exemple, pour l’installation de l’Université. Certains la voulaient à Dalaba, d’autres à Kankan, d’autres encore à Faranah. Il a fallu la créer là où les meilleures conditions de son fonctionnement étaient réunies, à Conakry. Mais mieux, il faut accepter l’idée que même les universités se trouvant dans d’autres pays, à Dakar, à Bamako, à Lagos, à Abidjan, à Accra ou ailleurs, peuvent servir la cause du développement technique et scientifique de tout le continent, y compris celui de la Guinée.
Alors, lorsque des citoyens, originaires d’une région donnée s’opposent, par exemple, à l’installation d’une infrastructure énergétique ou d’une usine dans telle autre région, en se fondant uniquement sur des considérations d’ordre ethnique ou régionaliste, ils commettent une erreur grave, préjudiciable au développement et au bien-être de l’ensemble de la nation.
De même, lorsque l’on recourt aussi au blocage du développement d’un pays ou d’une région du globe pour en faire de simples clients consommateurs des produits d’autres pays et d’autres régions, on commet une erreur grave, préjudiciable à la paix entre les nations.
Il ne faut pas créer des partis seulement pour élire des chefs et se disputer le pouvoir
Ceux qui ont dit que la Guinée est une seule et même famille ont raison. La Guinée est effectivement une seule et même famille ; et c’est ainsi qu’il faut la concevoir, l’organiser et la développer. Il faut la concevoir comme notre propre corps, dont tous les membres sont interdépendants. Toutes les régions et toutes les localités sont interdépendantes, comme sont interdépendants la Guinée, le Mali, le Liberia, la Sierra Léone, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée-Bissau, et d’autres parties de l’Afrique, et d’autres parties du monde. Il faut nous libérer de nos ignorances ; et de la croyance qu’un pays peut se développer sans tenir compte des réalités d’autres pays, d’autres parties du monde.
Nous le répétons, l’unité nationale se construira sur la base de la loi. Et le développement se réalise lorsque les conditions démocratiques sont réunies.
Enfin, la démocratie s’instaurera dans un cadre donné des relations internationales. Les Etats les plus puissants et les institutions de coopération multinationale ne doivent pas imposer leur diktat aux jeunes nations. Ils ne doivent pas chercher à leur imposer telle forme de gouvernement ou tel type d’organisation ; telle ou telle forme d’établissement de la démocratie ; tel ou tel leader politique. Ils peuvent aider certes, à l’établissement de la démocratie ; mais c’est en aidant à financer des élections démocratiques, à financer des projets de développement en faveur des populations, susceptibles d’élever leur bien-être et leur niveau culturel.
Pour me résumer, je lance cet appel solennel à tous les Guinéens, de toutes les sensibilités et de toutes les positions sociales, et spécialement aux autorités et à l’élite politique. Mettons-nous donc d’accord sur un minimum de points communs !
La démocratie ; l’unité nationale ; la solidarité et la fraternité ne se réaliseront jamais sur la base des groupements ethniques, religieux ou régionalistes !
Le développement ne s’accomplira jamais sur des bases subjectives, régionalistes, ethnocentristes et irrationnelles !
La paix et la sécurité n’existeront jamais dans des conditions qui génèrent et alimentent les luttes fratricides, les querelles intestines, voire les guerres civiles !
La coopération internationale, profitable à chacun et à tous, ne signifie pas diktat d’une puissance quelconque en vue d’assoir un gouvernement ou des hommes qui n’auront pas été librement choisis par leurs peuples !
L’unité nationale et le développement se réalisent par la démocratie et le travail productif !
La démocratie, le développement, la paix, la sécurité et la coopération internationale exigent de nous courage et sincérité ; loyauté envers la nation, transparence et esprit de dialogue pour l’autorité ; une éthique commune aux hommes et aux citoyens de notre pays et du continent, fondée notamment sur les principes de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, à laquelle notre pays, en tant que membre des Nations-Unies, adhère pleinement. Je fais confiance au peuple de Guinée tout entier, pour qu’il se mobilise et fasse preuve de sagesse et de tolérance afin d’éviter les troubles et les souffrances qui ont jalonné les chemins de la liberté et de la démocratie dans certains pays !
Je suis convaincu que les sensibilités politiques guinéennes auront la sagesse et l’intelligence requise pour limiter, volontairement, le nombre de partis politiques au juste nécessaire pour l’exercice du jeu démocratique. Et que ces partis ne se créeront pas seulement pour élire des chefs et se disputer le pouvoir ; mais qu’ils œuvreront à un véritable programme de consolidation de la liberté, de la démocratie, de la justice sociale, du développement et de la solidarité.
Je fais confiance en la sagesse et le sens de l’Histoire des Guinéens, pour qu’ils se retrouvent autour d’idéaux et d’objectifs éthiquement valables, comme ils ont su le faire lors du choix historique du référendum du 28 septembre 1958.
Elhadj Abdoulaye Diallo Ghana
Lien vers l'hommage de Boubacar Doumba Diallo à Abdoulaye Diallo Ghana :
http://www.guineeactu.info/index.php?option=com_content&view=article&id=328:a-la-memoire-del-hadj-abdoulaye-l-ghana-r-diallo&catid=32:actualite&Itemid=12
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Commentaires
Comment douter des fléaux qui ont detruit et continuent à tuer la Guinée????.
Il y a eu des grands hommes dans notre pays mais nous avons fabrique un dictateur et lui avons laisse detruire nos elites sans rien faire.
Merci frere Doumba et voici des messages de paix a enseigner dans nos ecoles.
Franchement si je detaille ça je risque de me repeter tellement les mots me manquent pour etre plus explicite. Quant meme les mots clés sont:
injustice c'est l'autre, ethnie naturellement superieure, caste et sous developpement. Dsl pour les erreurs, je ne maitrisent pas bien la langue de moliere.
Bne lecture et bne fin de Ramadan
Elhadj Ghana fut un grand homme. j'y etais a ckry a son deces, j'ai signé le livre de condeleance pour mon pere. il fut mon voisin et mon pere fut son directeur de cabinet. tres humble, l'un des guineens les plus honnetes du temps PDG.Paix a son ame.
Citer
Je partage ce témoignage de A.S. Kaba en provenance de l'article que j(ai écrit à la mémoire de notre Papa à tous El Hadj Abdoulaye Ghana,un des rares hommes JUSTES et HONNETES du temps où le PDG règnait en maître.Qu'il repose en paix !
Bonne fin de Ramadan et que Allah nous accorde les bienfaits de la Nuit du Destin.
Mon indignation face au régime actuel en Guinée réside dans la passivité de l’instruction civique, la culture de la violence, la terreur comme moyen d’instaurer et d’assoir le pouvoir du Président qui demeure sa seule préoccupation pour l’heure, la carence dans les programmes de développement (Nourriture-Eaux-Electricité-Education-Santé-…), la dégradation des valeurs républicaines (Liberté-Justice –Solidarité), la fausseté des engagements du gouvernement, la perceptibilité du blocage du dialogue, le manque de confiance dans la gestion des affaires de l’état, l’impunité après dénonciation des Ministres et Hauts Responsables par le premier Magistrat,
, la présence des criminels par le Tribunal-Pénal-International (Tiégbro, Pivi,…) en fonction dans l’administration, la barbarie et l’asservissement des autorités (militaire, gendarme, policier) face à sa populations en bref, il faut approuver à tord et applaudir ce qui est condamner à échouer au risque de perdre un poste ou devenir une cible potentielle à éliminer, et cela au mépris de la liberté des droits et devoirs des citoyens. Non, nous n’accepterons plus ça en Guinée et même Feu Diallo Ghana nous inspire dans son texte pour le réveil de conscience contre l’indifférence et l’inertie de la fatalité pour plus de transparence dans la gestion de l’état.
Dans ce contexte actuel, la violence engendre la violence pour rétablir l’ordre. Soyez en rassurer. La peur n’évite pas le danger et, quand une branche pourri il faut la couper pour sauver l’arbre.
La jeunesse guinéenne n’acceptera plus aveuglement de cautionner les dérives et sceller son avenir dans la pauvreté, la mendicité, l’analphabétisme et l’inertie quelque soit la coloration ethnique, la laïcité et le pouvoir du régime dictatorial en place, elle représente par essence le moteur de tout développement
Nous ne voulons plus « dormir pour mourir » mais « dormir pour vivre », nous voulons « des opportunités pour vivre », « la Liberté implique responsabilité à assumer» c’est le credo de notre engagement.
La route des enfers est facile à suivre; on y va les yeux fermés.
Bion de Boristhène.
Rien n'est humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l'on échoue.
Flaubert (Gustave).
On ne peut rien ajouter à ce texte qui devrait être considéré comme le Coran et la Bible de la démocratie en Guinée et pour les Guinéens. Cer texte est d`autant plus intéressant qu`il est rédigé par un de nos frère/père guinéen.
SVP, faites parvenir ce texte à MM Alpha Condé, Alhassane Condé et Ousmane Kaba.
A cette période si critique de notre histoire nous aurions besoin d'homme de son acabit.
http://www.guineeactu.info/index.php?option=com_content&view=article&id=328:a-la-memoire-del-hadj-abdoulaye-l-ghana-r-diallo&catid=32:actualite&Itemid=12
Merci ! Votre serviteur Boubacar Diallo DOUMBA
Présentez nous Monsieur Ghana Diallo , s'il vous plait et merci pour la publication de ce document historique.








