C’est avec un museau et un œil de Lynx, mais aussi la plume d’un vrai « gueulard » digne d’un Lamine Guirassy ou de tout autre professionnel de l’information et de la communication que Bah Mamadou Lamine a déniché et fait publié cette semaine la chose qui dérange tout le Fouta et le RPG aujourd’hui.
L’objet de ce papier est d’en faire une lecture analytique afin de montrer de notre point de vue les leçons, conséquences et vérités tirées du document de stratégie de la reconquête du Fouta par le RPG Arc-en-ciel.
Mais auparavant, voici un résumé du contenu du papier de Bah Mamadou Lamine du Lynx.
Le papier est un exposé de la nouvelle stratégie de reconquête du Fouta basée sur un traitement préférentiel et exclusif des villages artisans ‒ comme ils le disent ‒ alors qu’il s’agit bel et bien des villages dits acquis au Manden Djallon. Un recensement exhaustif des villages, des personnes ressources et des électeurs, un découpage électoral favorable et une marginalisation des villages peuls sont les fondements de la stratégie. Selon cette stratégie qui ne recense que 50% environ de la population totale de la région au sein de laquelle 75% sont des électeurs du Manden Djallon, ce dernier donne la possibilité au RPG Arc-en-ciel de s’offrir une victoire même au sein de la région du Fouta Djallon. Cette stratégie a été mise au point par l’administration et le RPG impliquant un gouverneur, des préfets et des hauts cadres de l’administration. Un budget d’environ 3,5 milliards de FG est requis pour la mise en œuvre de la stratégie visiblement discriminatoire en faveur d’un parti au pouvoir disposant des moyens de l’Etat.
Quelles sont les leçons apprises ?
De cette lecture, nous tirons les enseignements suivants :
- Le document est bien élaboré puisqu’il renferme les statistiques suffisantes pour justifier les actions et dépenses envisagées.
- L’administration de la base au sommet n’est pas neutre dans cette élection.
- Il y a bien un fossé entre ce que les gouvernants disent et font.
- La volonté de division des Foutankés (tous les habitants du Fouta Djallon sans exclusive) est établie.
- La situation est d’autant plus sérieuse que l’Administration du territoire, donc le palais Sékoutouréya, ne peuvent pas ne pas en être au courant.
- Il y a là une forte probabilité de violation de la Constitution et de la loi électorale. La neutralité n’y est plus garantie. Cf. la préface aliéna 2 et l’article 4 de la Constitution.
- Les opérateurs Waymark et Sabari semblent complices d’une situation que l’opposition dénonçait, ce qui lui donne raison de récuser leurs services techniques.
- Les statistiques fournies sont intéressantes et utiles aux deux parties.
- La volonté de faire fi des conséquences de ces actions est claire. La paix post électorale n’est pas un souci. On ne craint nullement les troubles post électoraux. Compte-t-on sur les Donzos et les FDS ?
- L’argent de l’Etat est apparemment mal utilisé par les gouvernants impliqués.
- Les bailleurs ont sans doute là une raison supplémentaire de ne pas financer la CENI.
- La malhonnêteté des dirigeants impliqués est établie. On tient un discours mobilisateur même, parfois, alors que derrière on prépare la division.
- Les ex-roundenkés ‒ prêtez-moi l’expression que j’utilise faute de mieux ‒ seront les gagnants financiers mais les perdants sociaux (stigmatisation ségrégationniste par le RPG même). Ces gens sont-ils naïfs au point de se laisser aller dans la voie de la division du Fouta ?
- L’importance et l’utilité de la presse libre sont prouvées.
- Ce document ouvre la boite magique du RPG et explique certains comportements inhabituels des « ex-roundenkés ». La méfiance envers des collègues et voisins et l’attitude belliqueuse (ces derniers temps) parfois envers des demandeurs de leurs services même payants.
- Le caractère discret et cynique du RPG est une évidence.
- Cependant le RPG manque de réalisme politique et s’est engagé sur une « dead end road», i-e voie sans issue.
- La moitié de la population du Fouta n’est pas électrice au vu de ces chiffres.
- Les responsables de l’UFDG savent maintenant qu’aller aux élections dans ces conditions avec cet opérateur est suicidaire.
- L’UFDG doit gérer ses acquis et non une victoire incertaine dans de telles conditions.
- Les autres alliés du RPG comme l’UPR et Hafia ne comptent plus sur l’échiquier politique de la région aux yeux de leur parrain. Ils se sont sacrifiés pour nouer des alliances avec les autres, pourquoi refusent-ils les mêmes sacrifices pour s’entendre avec l’UFDG au lieu de faire la fête à ces ségrégationnistes d’une autre époque ?
Quelles sont les conséquences à court, moyen et long terme ?
A court terme :
- Méfiance entre les Foutankés. Perte de confiance entre voisins, collègues et autres catégories.
- Les gouvernants incriminés ne peuvent plus lever la tête et tenir l’ancien discours.
- Leur départ volontaire serait plus rassurant donc envisageable pour le bénéfice de tous.
- Une possible mésentente voire des conflits entre voisins et collègues.
- La réévaluation de la situation s’impose. Sera-t-elle faite ? Par qui ? A quelles fins ?
A moyen terme :
- Elaboration de stratégies de réplique.
- Cohésion sociale entamée.
- Baisse de popularité du RPG et du PRG envisageable.
- Division au sein des « ex-roundenkés » entre pro et contre cette idéologie.
- De nouveaux rapports entre gouvernants et gouvernés comme corolaire de cette situation.
- Des rapports nouveaux de bon voisinage vont naître.
- La stratégie de tous pour un et un pour tous devient un must au sein de la région aussi.
A long terme :
- La cohésion sociale et la paix dans la sous région sont menacées. Une instabilité du Fouta signifie une asphyxie économique de la Haute Guinée et de la Guinée Forestière.
- Les investissements seront compromis par l’instabilité politique et l’insécurité.
- La nécessité de repousser les élections s’impose de facto.
- La disqualification des opérateurs techniques de la CENI devient incontournable.
- La médiation internationale entrera en jeu ou les militaires risquent malheureusement de s’inviter dans la danse (non souhaitable).
- La stratégie du RPG est-elle pareille dans les autres régions ? Si oui, alors le RPG se disqualifie en tant que parti politique devant gérer le pays.
Actions envisageables
- Mener une campagne de proximité auprès des ex-Roundenkés pour fustiger cette stratégie politicienne et cynique du RPG.
- Mettre en garde les Foutankés qui ont accepté de se prêter à cette idéologie de néo-apartheid.
- Exiger des excuses de la part des idéologues néo-colonialistes.
- Mener une campagne de réunification des fils et filles du Fouta en développant les concepts de Foutankés et de Haali Pular.
- Réécrire l’histoire du peuplement du Fouta et d’ailleurs, la vraie histoire pas celle du PDG.
- Mener des campagnes de sensibilisation par la radio et les banderoles ou par tous autres médias en faveur de l’unité du Fouta.
- Organiser et développer des projets communs impliquant toutes les communautés vivant au Fouta sans exclusive.
Quelques vérités qui inspirent
Il y a des faits et gestes qui ne datent pas de cette saison qui prouvent le contraire de cette idéologie de la division pratiquée par le RPG. Dans la section suivante, nous allons donner des exemples tirés de notre vie personnelle et de nos rapports avec ceux et celles que M. Man sourd Cas Bas et ses adeptes du RPG considèrent ENCORE comme des « esclaves » :
- Dans la tradition esclavagiste, je devrais hériter d’une jeune fille et de ses descendants. Qu’en ai-je fait ? Elle m’a été présentée par sa propre mère dès sa naissance. D’abord je lui ai donné le nom de ma mère ce qui devait exclure qu’on l’insulte ou la maltraite. Puis je l’ai eue avec moi. Je l’ai mise moi-même à l’école coranique. Elle a appris le coran jusqu'à la 67e sourate ce qui lui a valu la cérémonie du « duagol ». Parallèlement, je l’ai mise à l’école privée, non des moindres, d’abord à Timbi Madina, puis à Yacine Diallo à Labé avec un vélo pour aller à l’école. Arrivée en 6e année, elle a commencé à se cacher pendant des jours sans aucune raison valable. Je l’ai rendue à sa mère. Aujourd’hui elle vit à Banjul et est mère de 2 enfants dont la première fille porte le nom de ma nièce de son âge qui était en éducation chez moi en même temps qu’elle.
- En ma qualité de chef des programmes de Concern Universal, j’ai facilité le montage d’un projet d’appui à la femme rurale en collaboration avec Ballal Guinée, une ONG locale basée à Labé en 2005. Nous avons clôturé 15 villages (Kolla Samba, Kériwel, Thiehel, Doussou, Goumba, Rédou Fello, Loundou Roundé et Loundou Foulbhé, Horé Fello, Thiabédji, Sabéré Yali (Yembèring), Kourawel et Nguidou (Mali centre), Dara Pelli (Pilimini, Koubia) et Konkorin (Sannoun, Labé)) au grillage autour du Mont MBara (Yembèring), un village et une plantation à Mali, un village à Pilimini et un à Sannoun (Labé). De ces 19 exploitations, nous avons commencé par Loundou où nous avons réuni les villages de Loundou Roundé et Loundou Foulbhé dans le même enclos de 3000 mètres linéaires. J’y ai une demi-douzaine d’homonymes en signe de reconnaissance et le premier est venu de Loundou Roundé. C’est le lieu de remercier encore les ambassades de Grande Bretagne, d’Irlande, d’Australie (au Nigéria) et du Canada pour ce projet qui continue de faire la gloire des populations bénéficiaires.
- Pendant mon séjour au CRA de Bareng, mes travaux de recherches ont été menés en collaboration avec deux ingénieurs agronomes connus de tous et un bouvier qui ont reçu ma reconnaissance et ont fait partie de mes meilleurs amis encore au centre. A l’un d’eux j’ai légué une partie de ma bibliothèque en statistique en lui recommandant de faire former ses enfants en Anglais. Les services que lui aussi m’a rendus sont importants.
- Tous les artisans qui ont travaillé avec moi pendant plus de 20 ans sont des ex-Roundenkés avec lesquels j’ai fraternisé et pour lesquels je garde encore les meilleures recommandations.
- J’ai passé mon Ramadan en partageant le repas avec un jeune dont le grand-père fut un ex du mien. Ce jeune muet a partagé le repas avec moi en famille sans rien lui demander en retour.
- En ce moment cinq de mes voisins immédiats sont issus de villages ex-Roundés, c’est dire que vivre dans un roundé n’est pas une fatalité aujourd’hui et les problèmes fonciers d’hier ne sont plus à l’ordre du jour. Chacun peut vivre là où il veut il suffit d’avoir de l’argent.
Ces quelques exemples – heureusement ils sont légion – suffisent pour instruire le RPG et le Manden Djallon de la nature des rapports qu’il y a entre Foutankés aujourd’hui. Voilà ce qu’ils veulent détruire à cause de leur ambition du pouvoir. NON et NON ! Nous refusons et refuserons cela.
Conclusion
Cette idéologie sème le doute. Or, le doute crée la suspicion qui engendre la méfiance. Celle-ci conduit à la perte de confiance laquelle mène au manque de consensus. Sans consensus, la mésentente s’ensuit et génère le déficit de communication source de la confrontation verbale qui engendre à son tour la confrontation armée donc la guerre civile. Brisons ensemble cette chaîne pendant qu’il est temps.
Nous partageons le même espace géographique, le même air à respirer, la même eau à boire, le même marché, la même religion, les mêmes difficultés de la vie, les mêmes cérémonies, les mêmes écoles, les mêmes services de santé et administratifs, la même langue, la même culture et j’en passe. Les arrières grands- parents mandingues ont vendu les leurs et les nôtres les ont achetés, instruits, mariés, islamisés, leur ont donnés des terres, des bœufs et les ont reçus dans leurs familles. Ils veulent les ramener en arrière en les considérant encore des esclaves. NON, ils ne le sont plus et ne le seront plus puisque ne seront pas vendus par un Peul du Fouta. Qui est plus méchant entre nous ? Honte, honte à cette idéologie du RPG et de ses suppôts ! Plus jamais ça au Fouta.
Un Fouta uni et fort est plus utile à la nation guinéenne qu’un Fouta faible dont le tissu social est fragilisé par une telle idéologie ségrégationniste.
Labé le 24 aout 2013
Dr Mamadou Maladho Diallo
