Thierno Fodé Sow Samedi, 24 Août 2013 00:21
« Le peuple veut le changement ? Nous ferons le changement et je n’ai pas de sentiments. Je commencerai par ma famille. Ma femme c’est pour les affaires domestiques. Elle peut aussi s’occuper des affaires sociales. » Trois ans environ depuis cette déclaration faite dans des médias étrangers, Alpha Condé pourra-t-il tenir le même discours, eu égard à ce que les Guinéens voient et entendent quant à la gestion des affaires publiques, notamment les mines ?
La main sur le palpitant et avec tous les échos qui nous parviennent, le président guinéen ne peut plus tenir un tel langage, parce que pris dans un otage sans commune mesure. De quoi faire tanguer ‒ en pleine tempête ‒ le navire du changement. Alpha Condé lui, pense trouver ses ennuis au sein de ses opposants qui ont géré le pays bien avant lui. En attendant, en ce mi-mandat, on observe les yeux hagards, trois choses qui alimentent réellement la gouvernance d’Alpha Condé : l’imposture, le clan et les richesses du pays, notamment les mines. Ces ressources-là sont confisquées par un clan, une tribu, etc. L’imposture érigée en système de gouvernance fait en sorte que la population soit confinée à la résignation. Et pourtant, après son investiture, le président guinéen avait dit que s’il s’est battu, c’est pour servir le peuple (?), tout en étant conscient que « certains nous attendent au tournant. »
A notre avis, ce tournant-là est arrivé. Ce simple bétail électoral que constitue le peuple, semble en effet comprendre les visées inavouées et peu loyales des politiciens. Pour dire tout net, on est déboussolé, désabusé, etc., par la façon dont un clan jouit des délices des ressources publiques. Dans cette galaxie, on retrouve fils, épouse, amis, collègue, connaissances, copains, etc. Ce à quoi de nombreux Guinéens ne s’attendaient pas. Surtout quand le président Condé avait, à un moment donné, rappelé que : « Mon fils n’est pas un homme d’affaires, ni un entrepreneur en quoi que ce soit. Il a fait ses études aux USA, il a travaillé au Brésil, puis à Londres. Il est venu en Guinée pour m’aider, après le décès de mon frère Malick. Je parle mal anglais, aussi lui ai-je demandé de me servir de traducteur et de suivre pour moi les dossiers de la coopération avec l’Afrique du Sud de mon ami Zuma… »
Il n’en faut pas plus pour confirmer à bien des égards la gestion du pays par un clan. Sinon comment comprendre cette démarche d’Alpha Condé, alors qu’il a des conseillers autour de lui, des ministres que lui-même a nommés sans tenir compte de leurs aptitudes ou de leur passé ? De toute évidence, le numéro d’Africamining Intelligence paru le 15 novembre 2012 met à nu des manœuvres du clan Alpha Condé. Décryptage ! Mohamed Alpha Condé, fils du président, s’occupe de l’axe Brasilia-Conakry pour offrir des largesses à Vale, aujourd’hui sous d’autres cieux. Le fils lorgne aussi du côté de la CBG. Djenè Kaba Condé, l’épouse du président, est ambassadrice de China power investment corp. Cette ancienne étudiante de l’Université de Conakry « nourrit un vif intérêt pour les questions minières depuis la tenue du symposium sur les mines à Conakry, en mai 2011 ». Mamadi Kaba Guiter, le beau-frère, lui est actionnaire de la défunte Badam, il est le PDG d’une société de travaux publics et de terrassement. Il a un œil sur Aredor… La liste est bien longue.
C’est dire que les discours qui nous soûlent tranchent souvent avec la réalité du terrain. Pour l’instant, la population cherche désespérément le navire changement qui est parti du quai depuis des lustres mais qui est encore grippé en plein océan. Les autres bandes d’opportunistes, législatives aidant, n’ont qu’à continuer à « réaffirmer leur totale adhésion aux idéaux de changement, de paix et de réconciliation nationale ». Les yeux fermés. C’est ça la démocratie, me direz-vous ! C’est donc tant mieux.
Thierno Fodé Sow
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