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Discours à Dakar d’Ismaël Bah, président de GuinéeCodéveloppement le vendredi 9 aout 2013

Ismaël Bah  Lundi, 12 Août 2013 10:13

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BAH_Ismael_2_01« Les dernières élections présidentielles m’ont hélas confirmé le fait que mon ethnie est détestée dans notre pays. Les autres ethnies de mon pays épousent volontiers nos sœurs. Lorsqu’il s’agit de travailler pour la Guinée, on a toujours besoin de nous, nous devenons même indispensables. Nous allons à l’Union, mais dès lors qu’il faut voter pour un Peulh à l’élection présidentielle, il y a une véritable réaction collective des autres ethnies qui se met en place pour dire non, TSP "Tout sauf un Peulh". »


Mesdames, Messieurs

Mes chers compatriotes,

La présidente de l’Association des victimes des évènements du 28 septembre (AVIPA) étant présente, je pense qu’il faut prendre comme point de départ le paroxysme de la violence politique : les massacres du 28 septembre 2009.

Le paroxysme de la violence politique a eu lieu le 28 septembre 2009 sous le feu de la répression sanglante des Bérets rouges et des hommes en armes. Les victimes sont des manifestants aux mains nues : plus de 200 morts, plus de 1200 blessés graves, des dizaines de disparus, des dizaines de femmes violées sauvagement dont une centaine a déjà témoigné et ce, au vu et au su de tous.

Cette barbarie a eu lieu en plein jour et à ciel ouvert, au vu et au su de tous dans un lieu public, le stade. Les témoignages, films, vidéos sont donc nombreux.

Sur ce point, je remercie le procureur de la République qui a eu le courage d’enregistrer cette plainte sur ces évènements car ce n’était pas aisé dans un tel contexte.

L’enjeu de l’alternance démocratique

Après ce traumatisme, l’idée a été de panser les plaies puis de trouver les voies et moyens d’obtenir une transition démocratique permettant d’aboutir à l’organisation d’une élection présidentielle libre, crédible et transparente. La Guinée avait besoin d’obtenir un président de la République légitime, issu des urnes et du consentement populaire, choisi pour ses compétences, sa capacité à être un homme d’Etat, sa probité morale et son dévouement à la cause du pays et porteur d’un projet rédempteur.

La Guinée a besoin d’autres types de gouvernement que ceux qu’elle a connus, d’un projet de société résolument nouvelle quant au contenu de la politique et des équipes au pouvoir entièrement rénovées qui se démarquent totalement des politiques du passé.

Aujourd’hui, la question fondamentale est de savoir comment sortir de la violence d’Etat pour pouvoir tourner les pages sombres de l’histoire politique de la Guinée et entrer de plain-pied dans le développement harmonieux et pacifique du pays.

L’espoir reste de mise mais aucune force démocratique, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ne doit baisser les bras. C’est peut-être la dernière chance pour la paix. Chaque acteur est appelé à tout faire pour que les élections législatives libres et transparentes puissent permettre à la Guinée de rompre avec la violence politique qui a traumatisé le pays depuis 53 ans.


Forces en présence

La diffusion de la date portant sur des élections législatives, convoquant sous la pression de la communauté internationale les électeurs guinéens aux urnes le 24 septembre 2013, a provoqué une sorte de déclic chez les partis politiques désireux d'aller aux élections. Ils se sont aussitôt mis à peaufiner des stratégies visant à réussir un parcours « sans faute » lors des joutes électorales qui s'annoncent serrées, à en juger par le niveau des candidats présents dans les « starting-blocks ».

Le RPG Arc-en-ciel, parti au pouvoir, aura face à lui l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, chef de file de l'opposition, et l'Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, arrivé troisième lors du premier tour de la présidentielle de 2010.

D'autres leaders politiques qui se sont affirmés sur la scène politique lors de cette même élection, dont l'ancien premier ministre Lansana Kouyaté du Parti de l'espoir pour le développement national (PEDN) et Ibrahima Kassory Fofana de Guinée pour tous (GPT), comptent bien marquer de leur présence ces élections législatives.

Dans cette course vers les législatives face à la mouvance présidentielle, l'opposition entend mettre en place des alliances politiques.

La Guinée recèle des gisements attrayants de fer, d’or, de diamants et de bauxite. Les sociétés se disent qu’elles ont une carte à y jouer, mais veulent être rassurées sur la stabilité du pays. » Principaux défis pour la Guinée :


D’abord la sécurité 

La sécurité est une question centrale pour tous les pays du monde, c’est un droit fondamental et l’une des conditions essentielles de l’exercice des libertés individuelles et collectives.

L’Etat a le devoir d’assurer la sécurité de l’ensemble du territoire, de veiller à la défense des institutions et des intérêts nationaux, au respect des lois, au maintien de la paix et de l’ordre public, à la protection des personnes et des biens.

La sûreté est pour l’édifice de la République le socle nécessaire à l’exercice de toutes les libertés C’est le premier droit du citoyen. C’est aussi, la mission première de l’Etat.

Ensuite, adopter un nouveau code minier (annoncé pour avril 2011) qui doit rééquilibrer les forces en faveur de l’État sans faire fuir les nouveaux investisseurs ; et réaliser des infrastructures portuaires et ferroviaires pour démarrer enfin l’exploitation des gisements de fer du massif du Simandou, qui doivent en faire du pays le troisième producteur.

Plus de trois ans après l'élection à la présidence de notre pays de « l’ancien opposant historique », selon la formule consacrée, plusieurs indicateurs, déjà menaçants, se sont aggravés : son comportement vis-à-vis des Peulhs, atteintes à la liberté d'expression, absence de dialogue avec l'opposition, tergiversations sur le calendrier électoral...C'est une déception même au-delà de nos frontières.

Or notre pays, après avoir concentré tant de malheurs, pourrait être à la pointe d'un certain renouveau politique en Afrique de l'Ouest.

Certes, cet homme de 73 ans qui a passé plus de temps en exil en France que dans notre propre pays, bénéficie de circonstances atténuantes. Il est arrivé au pouvoir dans un paysage politique chaotique, sur fond d'économie exsangue.

L'homme semble avoir perdu conscience des espoirs placés en lui. Le ton de sa campagne avait déjà inquiété : un discours ethniciste qui attisait chez les Malinkés, Soussous et autres Forestiers le sentiment anti-Peuls, en Guinée comme ailleurs, ces arguments-là peuvent être explosifs.

L'impéritie et la corruption de ses gouvernants successifs avant lui ont mis à genoux une Guinée qualifiée de « scandale géologique », tant son sous-sol regorge de richesses inexploitées. A Conakry, capitale verdoyante d'un pays qui est aussi le « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », l'eau courante est un luxe. Et l'électricité, intermittente.

Les dernières élections présidentielles m’ont hélas confirmé le fait que mon ethnie est détestée dans notre pays. Les autres ethnies de mon pays épousent volontiers nos sœurs. Lorsqu’il s’agit de travailler pour la Guinée, on a toujours besoin de nous, nous devenons même indispensables. Nous allons à l’Union, mais dès lors qu’il faut voter pour un Peulh à l’élection présidentielle, il y a une véritable réaction collective des autres ethnies qui se met en place pour dire non, TSP « Tout sauf un Peulh ».

Je hais l’ethnocentrisme, qui est une dégradation de l´âme, mais je dénonce l´angélisme qui le nourrit. » La communauté peulhe n´a pas vocation à ramper devant les autres. Au moment où notre région a plus que jamais besoin d´unité et de solidarité, certains parmi les meilleurs d´entre nous ne trouvent rien de mieux que de ne penser qu’à eux et à leur famille établie à l’étranger et poussent les enfants des autres dans la rue qui se font massacrer par la milice du pouvoir actuel selon Monsieur Lansana Kouyaté, président du parti PEDN.

Je mets en garde tous nos compatriotes, l’année 2015 sera une année déterminante pour ma génération. Ainsi si je devais être candidat aux élections présidentielles, et que j’obtenais 40% au premier tour, je ne donnerais pas l’occasion de mettre en place le dispositif Tout sauf un Peul (TSF), je mettrais dès que possible en place mon gouvernement, tous les Guinéens doivent le savoir aujourd’hui !C’est ce que j’ai dit aux autorités françaises, rwandaises, aujourd’hui aux autorités sénégalaises et demain aux autorités ivoiriennes, c’est ce que je dirai demain à … ! Nous sommes des Guinéens comme les autres, nous ne nous laisserons plus marcher sur les pieds et ne nous contenterons pas de strapontins !


Minée par le népotisme et la corruption, l’administration guinéenne aspire à une cure de jouvence et d’éthique

Cette administration a pris un sacré coup de vieux avec plusieurs révélations impliquant certains de ses hauts cadres dans des sombres affaires. Ces fautes commises par l’élite administrative l’ont laissée toute penaude. Il faut très rapidement embaucher des cadres de la diaspora pour être dorénavant prêts à l’emploi, pour ainsi dire opérationnels. En jurant de servir dans l’honneur et d’être au service de la loi. Cela signifie en clair en exécutant des missions régaliennes qui leur seront dévolues, qui devons, en toute circonstance de lieu et de temps, avoir l’honneur en bandoulière et être couvert d’un manteau de dignité». Le corps des hauts fonctionnaires étant souvent cité dans des cas de rackets, falsifications de dossiers et de procès-verbaux, il va falloir un nouveau type de haut fonctionnaires «disponible, ouvert, diplomate et rassembleur».


« Institution forte et ancrée dans les valeurs »

Il faut exiger que les fonctionnaires soient une institution forte, ancrée dans les valeurs cardinales qui caractérisent la Guinée. Nous devons nous engager à œuvrer pour faire toujours davantage de la fonction publique une institution forte comme elle n’aurait jamais dû cesser de l’être, respectée et ancrée dans ces valeurs cardinales qui symbolisent notre pays. Les fonctionnaires doivent être, de plus en plus, aptes à comprendre et gérer les besoins et préoccupations des concitoyens, en instaurant une véritable relation de confiance fondée sur l'application des lois et règlements. Il est vrai que, de manière spécifique, les problèmes de l’encadrement constituent un enjeu majeur de dimension nationale. Face à cette exigence de nos concitoyens de gagner le défi qui nous est lancé, nous devons pouvoir inciter à la formation, en adaptant les modules à des enjeux perpétuellement en mutation.


« L'école Guinéenne doit assumer les ruptures nécessaires »

L'école guinéenne doit assumer les ruptures nécessaires à l’avènement de « l'école du futur », afin de consolider la citoyenneté et les valeurs de la République. L’école du futur doit se présenter comme un espace de transmission et d'acquisition des valeurs morales, civiques, patriotiques de compétences professionnelles et sociales pour la jeunesse Guinéenne et les générations futures. Elle doit également être « le fer de lance de l'émergence de la Guinée ». Nous devons créer le prix du meilleur élève, des classes de terminale mais également le prix de la meilleure élève des classes de terminale.

Dans ces circonstances, l’unité nationale est indispensable, mais l’unité nationale ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme et le choc des idées, c’est aussi le sentiment d’appartenance à une communauté forgée dans l’histoire, apte à épouser son époque prête à la grande aventure du temps présent ou chacun d’entre nous peut choisir librement sa manière de vivre, les compagnons de sa vie à la condition suprême et décisive de savoir vivre ensemble.

Je forme les vœux que la Guinée retrouve un destin commun en sachant rompre avec l’ethnocentrisme, la corruption, qui sont des logiques de division et donc de destruction.

Merci à vous !

Vive la République

Que vive la Guinée


Ismaël Bah
Président de GuinéeCodéveloppement


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