Imprimer

Pouvons-nous éviter la re-marginalisation de la Guinée ?

Bakary Diakité  Lundi, 15 Juillet 2013 23:24

Facebook

 

DIAKITE_Bakary_01Après la signature de l’accord politique global à l’issue du dialogue inter-guinéen, le climat politique s’est apaisé. On serait tenté à première vue de penser que l’espoir est désormais permis pour une vraie sortie de crise.

Je viens d’effectuer un séjour très récent à Conakry, ce que j’ai vu et vécu est très alarmant. Conakry est devenue une véritable poudrière avec des zones de non-droit. L’axe Hamdallaye - Bambéto - Cosa est pratiquement interdit aux Malinkés. Désormais il y a des marchés pour les Malinkés et des marchés pour les Peuls !

Le constat est affligeant, aujourd’hui les partis politiques et leurs leaders ne peuvent se promouvoir que dans les limites étroites de leur ethnie, consacrant un régionalisme malsain et suicidaire pour l’unité nationale.

Ce qui est frappant, c’est l’absence de débat de fond sur notre passé et notre avenir communs, face à une situation aussi catastrophique que celle de notre pays.

Les Guinéens vivent désormais dans un tel climat de suspicion et de haine entre les différents groupes ethniques qu’il sera très difficile pour le système politique en place d’arrêter la violence et l’arbitraire. La division du pays est patente, le consensus social est rompu entre nos différentes communautés.

C’est dans ce contexte de division et de défiance que la question de la re-marginalisation de notre pays se pose désormais avec acuité et gravité. La déchirure du tissu social est totale et complète.

C’est triste, voire alarmant, de constater qu’il y a désormais une réelle rupture entre les communautés ethniques peul-malinké ! Ces communautés ont cohabité depuis de longs siècles sur cette terre guinéenne dans la paix et dans la concorde.

La Guinée n’a jamais été aussi divisée ; il y a un réel climat de haine entre ces deux ethnies. Le communautarisme est désormais à fleur de peau de tout Guinéen! Les Malinkés qui logent dans les quartiers peuls font tout pour aller se loger ailleurs et réciproquement.

Tant que cette situation perdurera, notre pays n’aura aucune chance de s’en sortir, la re-marginalisation de la Guinée deviendra inéluctable.

Il n’existe vraiment qu’une chance, d’éviter cette re-marginalisation de la Guinée en cette ère de transition, c’est la réunion d’une conférence nationale pour la réconciliation nationale, une refondation de l’Etat ; un partage du pouvoir, afin de briser l’isolement que notre pays subit depuis la période postcoloniale.

Si les élections législatives sont organisées le 24 septembre 2013 dans le calme, la sérénité, la transparence, l’opposition serait bien inspirée de garder une stratégie unitaire, à l’image de ce que l’opposition sénégalaise a réalisé face au pouvoir de Wade.

Ces élections du 24 septembre2013 serviront réellement notre pays à une seule condition, que la future Assemblée nationale convoque rapidement une conférence nationale pour la réconciliation. En tout état de cause, pour ces élections législatives, l’opposition républicaine devra rester unie.

C’est la dynamique unitaire et cohérente de l’opposition depuis plus de deux ans de lutte qui a abouti à la signature de cet accord. Nous devons penser à nos martyrs qui sont tombés sur le champ d’honneur de la lutte pour la Démocratie et l’Etat de droit ; pour ne pas tomber dans des calculs politiciens et électoralistes.

Sans cela, j’ai bien peur que l’espoir des Guinéens ne soit à nouveau déçu pour la simple raison, qu’aucune élection, aucun président de la République aussi brillant soit-il, aucun parti politique, aucune coalition partisane, aucune majorité parlementaire, ne pourra remettre le pays dans le droit chemin sans une vraie et sincère réconciliation.

Cette réconciliation est un préalable incontournable au processus de démocratisation de notre pays. Aucun redressement n’est possible dans la situation actuelle de la Guinée si toutes les couches sociales de tout notre pays ne se sentent pas impliquées : c’est-à-dire motivées, concernées, associées comme parties prenantes.

Le peuple guinéen humilié et réduit au silence par les régimes précédents, a rêvé d’un véritable changement après cette élection présidentielle.

Hélas la désillusion est totale, car le blocage institutionnel et la crise socio- économique sont à leur maximum.

La Guinée longtemps abandonnée à elle-même, complètement marginalisée et méprisée en Afrique et dans le monde avait espéré retrouver sa place dans le concert des nations après l’élection d’Alpha Condé à la magistrature suprême en 2010.

Malheureusement ce n’est pas encore le cas, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le système politique en place est caduc, incapable d’arrêter la violence et l’arbitraire, car les fondations l’Etat sont complètement gangrénées par le clanisme, la corruption, le clientélisme politique, le banditisme et l’insécurité généralisée, une extrême misère.

Cette crise socio-politique de notre pays est vaste et profonde, elle interpelle tous les patriotes et tous les démocrates guinéens ou amis de la Guinée.

La Guinée toute entière a besoin d’une complète remise en question sur sa gouvernance politique, économique, sur le rôle de certaines institutions telles que les coordinations régionales et la ligue islamique.

Pour éviter à la Guinée d’autres tragédies, et sous peine de se disqualifier à jamais, la classe politique (la mouvance et l’opposition), les cadres et les forces vives guinéennes doivent se mobiliser pour retrouver leur mémoire, découvrir la vérité historique, se réconcilier avec eux même.

« La société guinéenne est malade depuis des décennies, seule la conférence nationale souveraine peut nous unir à nouveau, après nous avoir réunis pour nous expliquer et discuter : oser nous regarder en face ; savoir enfin ce qui nous est arrivé ; promettre solennellement et collectivement que cela ne se reproduira plus jamais demander pardon aux familles et amis des victimes ; réparer moralement et se souvenir collectivement des crimes et des forfaits commis… C’est cela la saine réconciliation, et la preuve que l’inoubliable horreur pourrait tout de même se pardonner. Ce serait aussi la preuve que nous voulons nous corriger, nous ressaisir et promouvoir notre pays dans le respect de la justice et l’Etat de droit. » Pr Ais

Vive la Guinée

Vive la Paix


Dr Bakary Diakité


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook