Naby Laye Camara Lundi, 08 Juillet 2013 17:18
L’actualité du moment est en Egypte. Un président élu démocratiquement est déposé par l’armée. Des critiques fusent par-ci, par-là.
Pourtant, notre pays, la Guinée, s’il vivait la même situation aujourd’hui qu’en Egypte, la surprise ne serait pas permise.
Etre élu démocratiquement n’est pas une fin en soi. Etre élu légalement n’est pas le seul but de la démocratie, ou d’un Etat de droit. Quand on est élu président de la République, c’est dans un cadre constitutionnel bien défini. Et lorsqu’on doit exercer cette présidence, il faut le faire aussi dans un cadre constitutionnel bien défini. Si tel n’est pas le cas, on n’a plus la chance de mériter le poste de la magistrature suprême. En matière de droit, la légalité peut défier la légalité.
Par exemple, dans les pays où le port d’armes est permis, il y a des règlements. Tout citoyen peut s’acheter une arme dans un commerce à condition qu’il respecte les normes en vigueur. Parmi ces normes, il y a surtout l’âge, et la capacité mentale de l’acquéreur. Le citoyen qui remplit ces conditions peut s’acheter une arme.
Cependant, comme nous le remarquons d’ailleurs souvent aux Etats-Unis, il y a des citoyens qui avaient acheté des armes légalement, respectant toutes les conditions, mais qui finalement furent dépossédés de leurs armes par les autorités compétentes. La raison évoquée par ces autorités, ces personnes n’avaient plus la capacité mentale qu’elles avaient au moment de l’acquisition de leurs armes. Elles ne sont plus maîtresses d’elles-mêmes. Et comme tel est le cas, elles ne sont plus en mesure de garder les armes qu’elles avaient achetées. Les laisser continuer à garder les armes, ce serait un danger pour la population.
Le président égyptien déposé n’avait plus la capacité mentale et intellectuelle de diriger son pays. Par conséquent, il n’évoluait plus dans le cadre constitutionnel qui lui a permis d’être président. Donc, l’armée a agi dans la légalité.
Dans la même logique, le président Alpha Condé, aujourd’hui, n’a aucune capacité mentale et intellectuelle de diriger la Guinée. Et comme tel est le cas, une intervention de l’armée à l’égyptienne ne serait pas contrevenante.
Dans mon article du 28 avril dernier, Le conflit guinéen : la complicité de l’armée, j’avais noté que l’action d’une armée républicaine responsable ne signifie pas de renverser le gouvernement. Mais par sa présence ou son influence, elle peut obtenir que le gouvernement ou le pouvoir soit sérieux.
En Egypte, le souci de l’armée n’était pas de renverser le pouvoir. Il était question de mettre la pression pour une sortie de crise. Mais le président démocratiquement élu voyait autrement.
En Guinée, le même scénario est toujours possible bien que le pouvoir et l’opposition soient arrivés à signer des accords satisfaisants. Car, le président Alpha Condé a montré et démontré qu’il veut le pouvoir et non l’établissement d’une démocratie réelle en Guinée.
Attendons voir le respect des accords dans la pratique.
Naby Laye Camara
Bruxelles
![]()