Lamine Camara Vendredi, 05 Juillet 2013 14:57
Selon la constitution, la Guinée est un Etat souverain, une République unitaire, indivisible et laïque.
Depuis l’élection d’Alpha Condé à la tête de l’Etat, la pratique républicaine est bafouée et le pays s’enfonce dans un communautarisme suicidaire. La résurgence actuelle des revendications et recommandations à fondement ethno-régionaliste fait craindre une dangereuse balkanisation du pays.
Les coordinations ethniques ou régionales ainsi que les confessions religieuses se sont substituées aux partis politiques avec la complicité du pouvoir politique.
Les composantes de la classe politique guinéenne sont étroitement liées aux idéologies ethnocentristes qui profitent de la porosité du pays. Ces dirigeants politiques sont issus des écoles de la dictature et de la corruption des régimes du PDG, du PUP, du CNDD et autres du trotskisme affairiste et tribal de Paris qui règnent sur la scène politique nationale, et qui tiennent plus à leurs alliances ethnico-affairistes qu'à leurs positionnements programmatiques. La division ethnico-régionaliste est avant tout celle des élites engagées dans une lutte effrénée pour le pouvoir et les avantages qu'il procure.
La Guinée est-elle sur le chemin de devenir le Liban de l’Afrique ?
Le Liban est une république parlementaire confessionnelle, régie de manière constitutionnelle. Le Président est obligatoirement chrétien maronite, le Premier ministre est musulman sunnite, le président de l'Assemblée nationale est musulman chiite. Les sièges du Parlement sont répartis entre les principales communautés : maronites, chiites et sunnites et ensuite les Druzes, les Grecs orthodoxes, les Grecs catholiques, etc. au total, dix-sept communautés.
Les dirigeants politiques de ce pays ne sont pas capables du consensus. Chaque crise politique majeure se termine par une guerre civile. Le danger qui guette ce pays est celui d’une partition qui serait le reflet de la tribalisation à outrance des institutions de ce qu’on appelle encore la République libanaise.
En Guinée le président Alpha Condé s’emploie à instaurer un régime dictatorial à caractère régionaliste, ethniciste ou communautariste. Exactement comme au Liban et aussi en s’appuyant sur les coordinations régionales, mais ici sans celle de la Moyenne Guinée. En clair isoler cette partie du pays.
Déjà au lendemain de la proclamation des résultats du premier tour des présidentielles de 2010, les idéologues malinkés créent le concept de « trois Manding » : le Mandén tan, le Mandén fou et le Mandén pou. Le Mandén tan (dix) pour les Malinkés, le Mandén fou (dix) pour les Soussous et le Mandén pou (dix) pour les Forestiers.
Le score d’Alpha Condé au premier tour est minable, 18% contre les 44% de Cellou Dalein Diallo et il faut empêcher la victoire de Cellou, il faut surtout empêcher qu’un Peuhl devienne président du pays. A la tête de la transition, il y a deux individus, Sékouba Konaté et Jean Marie Doré qui ont été séduits par ce nouveau concept ethnique dont Alpha Condé est le principal architecte. Quatre mois après le premier tour, le tour est joué : Alpha Condé est « élu » président. Dans l’une de ses premières déclarations, il piétine sa promesse de former un gouvernement d’union nationale avec l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, promesse faite par les deux candidats entre les deux tours. Le président « démocratiquement élu » va former un gouvernement dont les membres sont issus de l’aile dure de son parti le RPG et de ceux qui sont sponsorisés par les coordinations régionales de la Haute Guinée, de la Basse Côte et de la Guinée Forestière. La coordination de la Moyenne Guinée sera exclue et plus tard les cadres de cette région seront progressivement exclus de l’administration publique.
Le médiateur de la république Facinet Touré ira jusqu'à dire que les Peuhls doivent être écartés du pouvoir politique, parce qu’ils détiendraient le pouvoir économique.
Aujourd’hui les coordinations régionales se balkanisent ou plutôt se libanisent. Pour la Haute Guinée, des coordinations d’Oulada, du Wassoulou, de Sankaran, du Konia, etc. se constituent en groupe intra-ethnique ou en lobby intra-manding, dans le seul but de s’accaparer encore plus des avantages liés à la situation politique actuelle.
Des leaders ressortissants de la Guinée Forestière montent au créneau parce qu’on refuse à l’église chrétienne une certaine salle du Palais du peuple, allez voir !
L’inculpation du colonel Claude Pivi, accusé de crime contre l’humanité lors des massacres du 28 septembre 2009, fait s’élever des voix de la coordination de la Guinée Forestière. Le maire de Nzérékoré, capitale de la Guinée Forestière : « Pivi est un digne fils, qui a rendu d'énormes services à la nation. Si on touche à ses cheveux, il y aura des réactions, des manifestations ici à N'Nzérékoré. »
En Basse Guinée, les Baguas menacent et pour cause, le Gl Mathurin Bangoura aurait tenté de faire …ouf …un coup d’Etat. « C’est notre fils et on ne le touche pas » selon le chef des Baguas.
Je devrais peut-être aussi élever le ton au nom de Camarala de Kankan pour qu’Alpha Condé mette fin a la terreur du RPG dans le Nabaya.
Mon ami de Dalein dans le Labé devrait faire peut-être aussi la même chose.
Un procès-show qui aligne à la barre nos compatriotes de Moyenne Guinée, dirigé par un procureur digne du procureur nazi Roland Freisler.
Dans ce Liban de l’Afrique où on tue des jeunes manifestants comme des lapins et où on s’attaque aux leaders de l’opposition pour un rien, vient de se terminer un dialogue pouvoir-opposition, sous la coupe de la communauté internationale pour l’organisation des élections législatives qui auraient dû se tenir depuis maintenant 2 ans.
Il faut certainement donner la chance au dialogue politique !
Mais Alpha Condé n’est pas un homme de dialogue, il ne connait pas le consensus. Il ne se meut que dans la confrontation et dans les tensions. Il ne respecte pas sa parole. Kassory Fofana, Lansana Kouyaté et beaucoup d’autres le savent.
Non, le dialogue pour Alpha Condé n’est que faire un petit pas en arrière et commencer à faire ce qu’il sait faire le mieux : la complotite, la tension et la confrontation.
Le résultat du dialogue est acceptable, le peuple de Guinée et la communauté internationale sont pris à témoin. A la différence que le peuple veut manger, s’il continue à avoir faim, il fera partir Alpha Condé avant que le pays ne devienne l’Albanie de l’Afrique… Suivez mon regard.
Lamine Camara
Frankfurt - Allemagne
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