La Guinée, le Liban ou… l’Albanie de l’Afrique

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CAMARA_Lamine2_2_01Selon la constitution, la Guinée est un Etat souverain, une République unitaire, indivisible et laïque.

Depuis l’élection d’Alpha Condé à la tête de l’Etat, la pratique républicaine est bafouée et le pays s’enfonce dans un communautarisme suicidaire. La résurgence actuelle des revendications et recommandations à fondement ethno-régionaliste fait craindre une dangereuse balkanisation du pays.

Les coordinations ethniques ou régionales ainsi que les confessions religieuses se sont substituées aux partis politiques avec la complicité du pouvoir politique.

Les composantes de la classe politique guinéenne sont étroitement liées aux idéologies ethnocentristes qui profitent de la porosité du pays. Ces dirigeants politiques sont issus des écoles de la dictature et de la corruption des régimes du PDG, du PUP, du CNDD et autres du trotskisme affairiste et tribal de Paris qui règnent sur la scène politique nationale, et qui tiennent plus à leurs alliances ethnico-affairistes qu'à leurs positionnements programmatiques. La division ethnico-régionaliste est avant tout celle des élites engagées dans une lutte effrénée pour le pouvoir et les avantages qu'il procure.

La Guinée est-elle sur le chemin de devenir le Liban de l’Afrique ?

Le Liban est une république parlementaire confessionnelle, régie de manière constitutionnelle. Le Président est obligatoirement chrétien maronite, le Premier ministre est musulman sunnite, le président de l'Assemblée nationale est musulman chiite. Les sièges du Parlement sont répartis entre les principales communautés : maronites, chiites et sunnites et ensuite les Druzes, les Grecs orthodoxes, les Grecs catholiques, etc. au total, dix-sept communautés.

Les dirigeants politiques de ce pays ne sont pas capables du consensus. Chaque crise politique majeure se termine par une guerre civile. Le danger qui guette ce pays est celui d’une partition qui serait le reflet de la tribalisation Ã  outrance des institutions de ce qu’on appelle encore la République libanaise.

En Guinée le président Alpha Condé s’emploie à instaurer un régime dictatorial à caractère régionaliste, ethniciste ou communautariste. Exactement comme au Liban et aussi en s’appuyant sur les coordinations régionales, mais ici sans celle de la Moyenne Guinée. En clair isoler cette partie du pays.

Déjà au lendemain de la proclamation des résultats du premier tour des présidentielles de 2010, les idéologues malinkés créent le concept de « trois Manding Â» : le Mandén tan, le Mandén fou et le Mandén pou. Le Mandén tan (dix) pour les Malinkés, le Mandén fou (dix) pour les Soussous et le Mandén pou (dix) pour les Forestiers.

Le score d’Alpha Condé au premier tour est minable, 18% contre les 44% de Cellou Dalein Diallo et il faut empêcher la victoire de Cellou, il faut surtout empêcher qu’un Peuhl devienne président du pays. A la tête de la transition, il y a deux individus, Sékouba Konaté et Jean Marie Doré qui ont été séduits par ce nouveau concept ethnique dont Alpha Condé est le principal architecte. Quatre mois après le premier tour, le tour est joué : Alpha Condé est « Ã©lu Â» président. Dans l’une de ses premières déclarations, il piétine sa promesse de former un gouvernement d’union nationale avec l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, promesse faite par les deux candidats entre les deux tours. Le président « démocratiquement élu Â» va former un gouvernement dont les membres sont issus de l’aile dure de son parti le RPG et de ceux qui sont sponsorisés par les coordinations régionales de la Haute Guinée, de la Basse Côte et de la Guinée Forestière. La coordination de la Moyenne Guinée sera exclue et plus tard les cadres de cette région seront progressivement exclus de l’administration publique.

Le médiateur de la république Facinet Touré ira jusqu'à dire que les Peuhls doivent être écartés du pouvoir politique, parce qu’ils détiendraient le pouvoir économique.

Aujourd’hui les coordinations régionales se balkanisent ou plutôt se libanisent. Pour la Haute Guinée, des coordinations d’Oulada, du Wassoulou, de Sankaran, du Konia, etc. se constituent en groupe intra-ethnique ou en lobby intra-manding, dans le seul but de s’accaparer encore plus des avantages liés à la situation politique actuelle.

Des leaders ressortissants de la Guinée Forestière montent au créneau parce qu’on refuse à l’église chrétienne une certaine salle du Palais du peuple, allez voir !

L’inculpation du colonel Claude Pivi, accusé de crime contre l’humanité lors des massacres du 28 septembre 2009, fait s’élever des voix de la coordination de la Guinée Forestière. Le maire de Nzérékoré, capitale de la Guinée Forestière : « Pivi est un digne fils, qui a rendu d'énormes services à la nation. Si on touche à ses cheveux, il y aura des réactions, des manifestations ici à N'Nzérékoré. Â»

En Basse Guinée, les Baguas menacent et pour cause, le Gl Mathurin Bangoura aurait tenté de faire …ouf …un coup d’Etat. « C’est notre fils et on ne le touche pas Â» selon le chef des Baguas.

Je devrais peut-être aussi élever le ton au nom de Camarala de Kankan pour qu’Alpha Condé mette fin a la terreur du RPG dans le Nabaya.

Mon ami de Dalein dans le Labé devrait faire peut-être aussi la même chose.

Un procès-show qui aligne à la barre nos compatriotes de Moyenne Guinée, dirigé par un procureur digne du procureur nazi Roland Freisler.

Dans ce Liban de l’Afrique où on tue des jeunes manifestants comme des lapins et où on s’attaque aux leaders de l’opposition pour un rien, vient de se terminer un dialogue pouvoir-opposition, sous la coupe de la communauté internationale pour l’organisation des élections législatives qui auraient dû se tenir depuis maintenant 2 ans.

Il faut certainement donner la chance au dialogue politique !

Mais Alpha Condé n’est pas un homme de dialogue, il ne connait pas le consensus. Il ne se meut que dans la confrontation et dans les tensions. Il ne respecte pas sa parole. Kassory Fofana, Lansana Kouyaté et beaucoup d’autres le savent.

Non, le dialogue pour Alpha Condé n’est que faire un petit pas en arrière et commencer à faire ce qu’il sait faire le mieux : la complotite, la tension et la confrontation.

Le résultat du dialogue est acceptable, le peuple de Guinée et la communauté internationale sont pris à témoin. A la différence que le peuple veut manger, s’il continue à avoir faim, il fera partir Alpha Condé avant que le pays ne devienne l’Albanie de l’Afrique… Suivez mon regard.


Lamine Camara
Frankfurt - Allemagne


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Commentaires  

 
+1 #8 Amenofils 07-07-2013 18:29

Un texte d'une vérité et d'un clarté sans commune mesure ! Il faut du cran pour écrire un tel texte. Bravo!
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+1 #7 Sow 06-07-2013 13:36

Bien dit mon frère, nous qui sommes dans ce gouvernement et qui ne sont pas des Malinkés du RPG nous e savons quelque chose.On ne nous donne que des miettes du pouvoir en nous réduisant enn vrais plantons!
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0 #6 AOT Diallo 06-07-2013 06:15

Un texte qui fait réfléchir, grand frère - merci! Si je pouvais te lire plus souvent...
Par ailleurs chapeau pour la meilleure définition mensuelle du PPAC : un trotskiste affairiste et tribal de Paris...
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0 #5 AOT Diallo 06-07-2013 01:39

" tôt ou tard l'armée entrera dans la danse pour d'abord néttoyer l'écurie politique et ensuite installer une "dictature éclairée "
Tu es vraiment comique mon frère : tu as vu le compte-rendu de comment le bataillon qui accompagnait Dadis le jour de sa trépanation est "entré dans la danse" ? Les jours suivants les enfants du camp ramassaient les bottes, armes et les tenues jetées sur la plage pour faciliter la nage vers Kassa...
Le ministre de la défense, commandant en chef de l’armée Guinéenne s'appelle Alpha Condé - tu peux en tirer tout seul les conséquences...
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+1 #4 Amara Lamine Bangoura 05-07-2013 23:29

L'interferance sans cesse croissante et la preponderance des coordinations regionales dans le debat politique ont transforme la Guinee en un no man's land et ,pire,risquent de briser a jamais l'equilibre vital de la nation.Face a la terrifiante demission des organisations de la societe civile,la nature ayant horreur du vide,de pretendus sages opportunistes,s'attelent regulierement a l'instrumentalisation des coordinations devenues de veritables fonds de commerce,une source constante de revenus indus.Au regard de l'exacerbation des tensions intercommunautaire sur fond de repli identitaire preoccupant,une redefinition claire des prerogatives et attributions des coordination aura le merite de circonscrire ce qui semble etre un conflit dangereux des roles.Par ailleurs,Koro Lamine! notre armee n'est plus qu'un foutoir,un machin de merde nauseabonde,un ramassis de criminels de grand chemin et autres delinquants endurcis...Decidement,s'abriter derriere son groupe ethnique d'origine afin de se mettre a l'abri de surprises desagreables,telle est la nouvelle strategie des politiciens verrreux et des officiers felons....La maison Guinee est a la croisee des chemins,il est imperatif d'accorder la primaute a la republique a travers l'emergence d' une conscience citoyenne operationnelle,s'inscrivant au dela des clivages socio-politiques,d'obedience ou de confession,a l'origine de la crise de confiance actuelle.Bien a tous!ALB-Birmingham,AL-USA>
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+5 #3 Gandhi 05-07-2013 23:01

Citation en provenance du commentaire précédent de alseny camara:
tôt ou tard l'armée entrera dans la danse pour d'abord néttoyer l'écurie politique et ensuite installer une "dictature éclairée" pour au moins 20 ans,

Vous avez vu des individus éclairés parmi les criminels en uniforme ? Si tirer sur des femmes et des enfants vous donne le qualificatif d'éclairé, tous les hommes en uniforme le seront... éclairés, mais comptez sur nous pour éteindre la lumière.
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+3 #2 Aliou Baldet 05-07-2013 20:24

@Alsény Camara : vous écrivez l’ « armée Guinéenne» n’acceptera jamais….Mais, je constate que vous vivez sur une autre planète. En Guinée depuis 1971, il n’y a plus d’armée en Guinée. Le sanguinaire Sékou Touré a mis en place une milice ethno-fasciste qui se fait appeler « armée ». De plus, même dans les pays limitrophes (côte d’Ivoire, Libéria, Sierra Léone) où, il y avait un semblant d’armée organisée, il a suffit de civils décidés pour mettre ces armées en fuite. M.Camara, il faut comprendre que l’on n’est pas militaire parce que l’on porte une tenue kaki accompagnée d’une kalachnikov mise en bandoulière. Sinon expliquez-nous comment un Dadis, simple capitaine à pris le pouvoir en Guinée et, en faisant arrêter tous les « généraux » c’est vrai de pacotille en Guinée ? Je vous rappelle que la base de l’armée c’est la discipline ; montrez que votre « armée » qui est je le rappelle une milice ethno-fasciste est disciplinée ? De plus, suivez-vous le procès du faux complot contre Alifa Koné ? Avez-vous vu comment un commissaire de police (un civil) Fabou Camara, a-t-il manipulé votre « armée » ? Depuis quand une armée digne de ce nom a-t-elle des relations avec des civils en dehors de leur Ministre qui est un homme politique ? Donc, il faut arrêter de rêver et vivez la réalité en face : cette milice ethno-fasciste n’est forte que devant des populations désarmées comme lorsqu’elle attaque les civils désarmés qui habitent l’axe de la liberté (Hamdallaye, Bambetto, Wanidara, cimenterie, Ratoma). Dans quelque mois, les groupes d’auto-défenses de l’axe de la liberté va renvoyer ton « armée » au Burkina avec Alifa Koné.
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-13 #1 alseny camara 05-07-2013 16:06

Dans tous les cas "l'armée guinéenne n'acceptera jamais les menaces de fragmentation ou de balkanization de la République de Guinée. Si les politiques ou si les civiles instaurent la mal-gouvernance, tôt ou tard l'armée entrera dans la danse pour d'abord néttoyer l'écurie politique et ensuite installer une "dictature éclairée" pour au moins 20 ans, comme au temps de Jerry Rolling au Ghana. Vive la République de Guinée
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