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Des idées «phares-felues» (partie 1)

Aissatou Barry  Samedi, 15 Juin 2013 21:47

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BARRY_Aissatou_Nene_Aye_3_01Suite à mon texte avant les élections, Excellence, vos cadeaux empoisonnés !, j'ai reçu des paroles triviales de la part d'un jeune qui ne pouvait être que mon fils : j'ai donc déserté les sites dans l'espoir de calmer les esprits surchauffés et repartir sur de nouvelles bases.

A défaut de conférence nationale pour remettre les choses en ordre et aller à une authentique réconciliation, nous qui sommes censés écrire devons-nous dire la vérité et la dire aux autres ? Car nous n’écrivons que pour nous-mêmes, par amour, passion, besoin d’évacuer ou nourrir l'esprit ... Nous écrivons aussi pour la diaspora. Pauvres de nous, position inconfortable, assis entre deux chaises, ni bien chez nous, ni bien chez les autres. Les nantis guinéens, si riches et imbus d'eux-même prennent nos articles pour des torchons et les « sans-voix » ne peuvent acheter ni journaux, ni lire faute d’électricité. Et les institutions internationales ?... lassées de nos intrigues. Par conséquent, quelle que soit donc la raison qui nous anime, il serait dommage d’arroser son esprit fertile de choses caustiques car tout corps scindé est appelé à s’affaiblir et mourir.

Et mon dernier article « A mes jeunes amis de Facebook » avait suscité quelques malentendus qui me semblent tout à fait justifiés. La parole est l'outil de communication le moins efficace car il est souvent sujet à interprétation et souvent mal compris : c’est la caractéristique de ce qu’on appelle réflexion à sens divers…

Pas plus que Spinoza que je cite dans mon texte, « je ne crois utile de dénoncer en versant dans la délation ». Un constat est bien mieux que la dénonciation qui est la morale des tristes. Le constat d'une situation pousse aux actions et bonnes disposition.

En quoi l’excellence est-elle en l'homme ? Aristote répondait que c'est ce qui le distingue des animaux, autrement dit, la raison qui implique : désir, éducation et mémoire. Désir qui anime à faire de notre héritage commun la Guinée, un havre de paix où il fait bon cohabiter.

Education reçue de par nos croyances en un Créateur. Mémoire qui rappelle les erreurs du passé, du présent à construire pour édifier le futur durable. Le déficit de ses éléments dans les manières d’être et d'agir déshumanise…l'humain.

Je fais donc appel à la mémoire de tous les soucieux de l’état de décrépitude de notre pays: suivez le fil de mon raisonnement sur le mal qui nous consume et s'il est faussé, je vous saurai gré de me rectifier.


1- Des attentes

Comme la drogue qui circule dans la veine du dépendant, le Guinéen se revigore toujours dans l'attente de la magie qui changera du tout au tout ; attente de l’indépendance, d'un nouveau gouvernement (nous en sommes au 50e peut-être…), d'un nouveau premier ministre (nous en sommes au quantième ???), d'un nouveau décret ministériel (la moitié des Guinéens ont été ministres), d'une nouvelle Constitution, d'une nouvelle Assemblée... La liste est longue.

Quand cette mer d'attente, souvent stérile et décevante, puisque construite sur un banc de sable, s’écroule aussi vite qu'elle est apparue, « Voilà palabre !!! » comme disent les Ivoiriens.

Les décrets reposent souvent sur des relations d’intérêt financier et ethnique (aucun régime n'y fait exception), son annulation entraîne une récupération ethnique puisque des intérêts sont touchés et s'en suivent:

-humiliations,

-frustrations,

... et leurs corollaires, les trois V : vol, viol, violence.

Méfiance et répugnance, source lointaine d'une supra-identification ; elle-même à l’origine d’exclusion. Le résultat serait logique car ceux qui s'adonnent à cette violence aujourd’hui, n'ont été, à aucun moment, associés à l’élaboration d’actions génératrices d'idées novatrices.


2- De la violence

Je fais encore appel à la mémoire (qui fait de nous humains) des soucieux de la situation et lance une question :

A qui profite la violence ?

Remarquez que nous n'avons fait que cela depuis des temps et voyez dans quel état se trouve la Guinée. Il est donc évident que quelque part, quelque chose nous a échappé. Quoi ? Si notre petite voix nous disait : « Attention ! Peut-être que tout ce qui te semble vrai est en fait faux ! »

Ce n'est pas moi qui l’ai inventé, c'est la logique du scientifique : lorsque son travail n'aboutit nulle part, le scientifique écarte toute les suppositions et recommence. Les grandes découvertes proviennent souvent d'une volonté et d'une grande capacité à reconnaître une erreur.

De mémoire de Guinéen, ce ne sont pas ces jeunes qui payent de leur vie le lourd tribut à ceux qui ont instauré le système, ce sont nous les aînés. Ce ne sont pas les jeunes qui ont creusé le fossé des iniquités sociales, ni établi la loi du plus fort. Ce n'est que quand nous restons sourds à leur cris de détresse, qu'ils pensent que la cause est perdue, puisqu'ils ne sont pas stupides mais désespérés, qu'ils adoptent la solution qu'ils pensent être la meilleure.

La différence entre ces jeunes et nous les aînés, c'est qu'ils font les choses ouvertement alors que nous les dissimulons, nous. Ils ont essayé de changer les choses, ils ont échoué, la seule possibilité qui reste est de nous imiter. Personne n'a le courage et la volonté de leur permettre d'analyser de façon critique ce que nous les aînés avons fait. Je rentre de Conakry, ceci n'est qu'un cas isolé : une femme du quartier a perdu un de ses enfants de 11 ans dans la foulée de la violence : volé, vendu, errant ? Elle n'a aucun moyen pour le chercher, elle vend la bouillie pour faire vivre les autres. Elle aimerait aller dans son village à Télimélé voir si sa parenté peut lui venir en aide par la vente d'un bétail mais elle n'a pas 300 000fg ‒ soit 30 euros ‒ pour y aller. Dites-moi à quelle institution politique ou étatique elle va s'adresser ? Elle va pleurer et mourir de chagrin, le monde des politiciens continuera de tourner dans leurs beaux costumes et cravates dans les hôtels luxueux de l'Occident.

Qu’est-ce qui différencie cet enfant des nôtres ? Parce que nous, nous avons eu la chance de faire bénéficier les nôtres des avantages sociaux d'un système équilibré fondé par les Occidentaux ? En attendant, combien sont coincés là-bas comme cette femme ? Ceci nous donne-t-il le droit d'encourager la violence ? Il n’y a que ceux qui ne me connaissent vraiment pas qui pensent que je vais adhérer à une telle cause.

Qui mieux que la femme a su faire l’expérience en suivant le rythme et le courant de la vie guinéenne et s’y fondre pour produire l'harmonie ? Que les insulteurs insultent, ce leur sera rendu au centuple.


Aissatou Barry


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