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Le syndrome birman ou l’interminable transition guinéenne

Alpha O Barry  Lundi, 03 Juin 2013 21:50

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BARRY_Alpha_O_01La présente crise multidimensionnelle guinéenne démontre la complexité de l’interminable transition guinéenne entamée au lendemain de l’insurrection de janvier-février 2007. Elle met en exergue la capacité de reproduction et d’auto-préservation de l’appareil clanique et tyrannique mis en place par le PDG au lendemain de l’indépendance. Gwynne Dyer, un journaliste indépendant basé à Londres disait à propos de la transition démocratique birmane :

« La transition d’une longue tyrannie à une démocratie est particulièrement difficile dans des pays ethniquement compliqués, et il y a deux (2) exemples récents pouvant servir de guide.

Un était la fin du régime communiste en Yougoslavie en 1991, quand l’élite communiste serbe, sous le leadership de Slobodan Milosevic, garda son pouvoir en jouant sur les ressentiments des Serbes contre les autres nationalités yougoslaves. Il y avait une décennie de guerre et l’ancienne fédération yougoslave se désintégra en sept (7) nouveaux États.

L’autre était l’Afrique du sud, un bouillon ethnique encore plus compliqué. Là-bas, la minorité blanche céda volontairement le pouvoir, et le Congrès national africain de Nelson Mandela ne s’engagea pas dans une politique de revanche. Le résultat est un pays démocratique, encore uni et en paix. »

Le président Alpha Condé, les nostalgiques du parti-État, PDG-PUP, et autres ethno-fascistes du Mandé, ont repris à leur compte la stratégie de la terre brûlée de Slobodan Milosevic et de l’élite communiste serbe. Les décrets des 13/04/ et 29/05/2013 pris en réaction, le premier à la nomination de Saïd Djinnit et le second au communiqué du Quai d’Orsay, relatif à un audit indépendant du processus électoral, démontrent leur détermination à s’assurer un parlement sur mesure ou provoquer le chaos.

Les patriotes guinéens devraient se saisir de l’arrivée officielle de l’ONU au chevet de leur pays, à travers son représentant Saïd Djinnit, de la volonté de la France et de la Francophonie de s’impliquer, et mettre en œuvre un accord politique global guinéen :


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L’impératif de législatives acceptées de tous et d’un gouvernement d’union nationale : l
e président Alpha Condé, parlant des élections pendant le régime Conté, disait à Matam, à l’occasion du lancement des travaux de voirie dans cette commune ceci :

« Nene Koiya, vous m’aviez trop volé à l’époque. Mais, je n’ai jamais revendiqué, car j’ai confiance en Dieu. Mais, le tout puissant paye toujours les patients et aujourd’hui on est ensemble ».

Pourtant, il n’a jamais accepté des résultats électoraux pendant cette période. Il voudrait user de cette pseudo-analogie et justifier la fraude électorale pendant les prochaines législatives.

Les différents régimes tyranniques guinéens ont instauré une culture « du fait du chef » que « l’opposant historique » semble bien reprendre à son compte.

Le projet de se tailler une assemblée nationale sur mesure pour sa mouvance d’une part, le refus de l’ensemble de l’autre composante de la classe politique (centre et opposition) de se plier à ce dictat d’autre part, ramène la Guinée à la situation insurrectionnelle de janvier-février 2007.

L’ironie de la situation, malgré les multiples tragédies sous-jacentes, vient de l’intransigeance d’Alpha Condé quand il demandait le départ de Lansana Conté pendant cette insurrection de janvier-février 2007. Par ailleurs, les stratèges de la rétention du pouvoir par le président Conté à l’époque, à travers l’état d’urgence d’abord et le phagocytage des prérogatives de Lansana Kouyaté, par la suite, sont pour la plupart, autour du président Alpha Condé aujourd’hui.

L’opposition a trouvé un beau nom : l’opposition républicaine. Elle devrait formaliser celle-ci en fusionnant en elle, le Collectif, l’ADP, le CDR et le FDP. Cette opposition républicaine devrait s’élargir à Jean Marie Doré et ses compagnons. C’est un homme trouble, mais il s’est inscrit dans une logique de dénonciation systématique ; il disait dans de récentes interviews à RFI:

« Tout compromis qui renforce la fraude n’est pas un compromis. … Waymark est une entreprise que l’on engage pour faire gagner le gouvernement en place. … Donc qu’est-ce que nous demandons ? Il faut un nouvel opérateur de saisie. C’est aussi simple que cela ! Mais le président Alpha veut avoir 90 députés sur 114. Où Il va ramasser ça ? … Entretemps, on a pu savoir ce que Waymark a fait comme révision de fichier. Ce fichier a révélé des choses inouïes. Depuis l’élection présidentielle: il n’y a eu que 2 500 nouveaux électeurs dans la plus grande circonscription électorale de Conakry, il n’y a eu que 11 000 nouveaux électeurs dans tout le Fouta, en Haute Guinée, il y a eu 400 000 nouveaux électeurs »,

et à Africaguinée : « Si on dit qu’on donne à tel ou tel, tel nombre de députés, ce n’est pas normal. Si moi on me dit qu’on donne à mon parti 90 députés sur 114, je ne vais pas accepter parce qu’on ne peut pas avoir 90 députés sur 114. Je l’affirme catégoriquement. Ni Cellou Dalein Diallo, ni Lansana Kouyaté, ni Saloum Cissé ne peut avoir cela. »

Les décrets cités ci-dessus procèdent d’une volonté de monter les enchères sur la question de Waymark, lors des prochaines négociations, et de faire entériner son choix par la communauté internationale en proposant un système de contrôle de son travail par un autre opérateur contre le vote des guinéens de l’étranger. L’opposition fera face à une pression énorme pour accepter ce « compromis ». Le président Alpha Condé voudrait à défaut, avec l’appui de ses puissants amis, s’engager dans une fuite en avant en raison des rapports de force militaires sur le terrain.

L’opposition républicaine devrait s’ouvrir aux propositions des experts électoraux de l’ONU. L’OIF a démontré son impartialité avec son dernier rapport. Le PNUD était le premier à signaler les failles du système Waymark. Mais elle devrait avoir ses propres experts en informatique et des questions électorales. C’est le meilleur moyen de contrer les manœuvres de l’expert engagé par Bakary Fofana et le pouvoir afin d’invalider les conclusions des rapports du PNUD et de l’OIF.

L’idée d’une opposition républicaine englobant tous les partis en dehors de la mouvance présidentielle, les quatre (4) anciens premier-ministres notamment, est de renforcer son caractère national.

Une telle opposition se donnerait les moyens de résister à l’énorme pression des puissants amis du président Alpha Condé au sein de la communauté internationale. Mais il s’agit surtout d’établir avec cette communauté internationale le principe d’une résolution du présent conflit politique guinéen par des élections législatives acceptées de tous. Ce conflit est en effet le résultat direct de la dernière présidentielle bâclée. Celle-ci était censée corriger toutes les fautes accumulées pendant l’interminable transition entamée en 2007. Il y a là une obligation d’inventaire et de bilan afin d’amorcer un processus de réconciliation et de construction d’une paix durable par une refonte de la République.


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La Nouvelle République :
l’élite postcoloniale guinéenne, à l’instar de ses homologues africaines, avec les exceptions notables, dans une certaine mesure, du Sénégal, le Botswana et l’Ile Maurice, n’a pas pu édifier un État national. Toutes ces élites ont privilégié l’édification d’un système de Parti-État, devenu par la force des choses, dans le contexte des États multiethniques postcoloniaux artificiels, un système clanique de self service et d’auto-préservation par la répression et le clientélisme. Le conflit guinéen actuel, au-delà de ses causes immédiates évoquées ci-dessus prend racine sur ce fait historique. Il n’est pas spécifique à la Guinée.

Le chaos somalien, le génocide rwandais, la partition du Soudan, les irrédentismes nord-maliens et casamançais, les conflits postélectoraux ivoirien, kényan, zimbabwéen, bissau-guinéen, les guerres civiles congolaises, angolaise, mozambicaine, libérienne, sierra-léonaise…, viennent toutes de là.

Les élites postcoloniales africaines refusent d’affronter courageusement cette réalité et élaborer des modèles d’édification d’États nationaux viables à l’épanouissement de Nations démocratiques. Elles s’embourbent souvent dans des stratégies à court terme de conquête et de conservation du pouvoir.

Cet état de fait a donné à l’appareil tyrannique guinéen, mis en place par la première République, une capacité d’adaptation et d’auto-préservation inouïe. Il s’est adapté à tous les régimes. Le comble est que le président Alpha Condé, élu comme opposant historique à cet appareil, en est aujourd’hui le plus fervent apôtre. Il a proclamé sa volonté de ramener la Guinée là où le président Sékou Touré l’avait laissée. Ceci est une de ses rares promesses tenue.

J’ai initié le 2 août 2012, par une lettre ouverte à Hadja Rabiatou Sérah Diallo, publiée sur GuineeActu, une série d’appels en vue d’un accord politique global guinéen.

La pensée fondamentale sous-tendant ces appels est de mettre fin à l’interminable transition en engageant une rupture avec notre demi-siècle de dictature par une refonte de l’État guinéen sur la base:

Les prochaines négociations à propos des législatives sous l’égide de l’ONU, devraient s’inscrire dans cette stratégie de refonte de la République, afin d’asseoir les bases d’une paix durable au sein d’une nouvelle République unie, forte et prospère. Cette refonte pourrait s’engager avec un gouvernement d’union nationale à l’issue des prochaines législatives dont les résultats devraient être acceptés de tous et serviraient de base à sa formation. Ce gouvernement d’union nationale et la nouvelle Assemblée, fonctionnant en constituante, l’initieraient par l’élaboration d’une nouvelle constitution devant intégrer les éléments ci-dessus.

Le clientélisme de l’appareil tyrannique guinéen s’appuie, entre autres, sur les nominations par décret du président de la République. L’équilibre régional envisagé ci-dessus pourrait être renforcé par le système américain de censure et de confirmation des nominations présidentielles par le sénat.

L’élection du Président au suffrage direct à deux (2) tours, dans un pays où le vote est largement communautaire, exacerbe les tensions ethniques. La nouvelle constitution devrait promouvoir l’élection indirecte du Président par l’Assemblée et le Sénat. Cette nouvelle constitution serait soumise à référendum en prélude d’élections générales et une élection du Président dans la foulée en 2015.

Quand l’existence de la Guinée est menacée dans ses fondements d’État national, la classe politique et l’élite guinéennes devraient transcender les petits calculs de positionnement et appréhender la crise politique guinéenne dans sa globalité et dans sa profondeur historique. Les patriotes guinéens et les quatre (4) anciens Premier ministres peuvent, dans un sursaut national, se constituer en rempart contre le chaos vers lequel semble nous conduire le président Alpha Condé.

Ces anciens Premier ministres devraient mutualiser leurs ressources pour s’assurer une victoire aux prochaines législatives. Ils devraient avoir un pacte de positionnement, selon leur score électoral respectif, dans le gouvernement d’union nationale et le parlement. Le parti avec le plus grand nombre de députés désignerait le Président de l’Assemblée, le second le Premierministre, les deux (2) autres héritant de ministères d’État de souveraineté. Ils pourraient, en raison des défis de la réconciliation nationale, nés de l’exacerbation des divisons par le présent régime, reconduire leur pacte au-delà de 2015, si un d’eux gagnait la présidentielle. Ils seraient, selon le score électoral de chacun et l’ordre protocolaire, Président de la République, du Sénat, de l’Assemblée ou Premier ministre.


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La communauté peuhle de Guinée devrait adhérer, autant que possible, à ce programme de refonte de la République. Mais elle ne doit pas continuer à donner 90% des martyrs à l’édification d’un État de droit. Elle se doit une réflexion autonome sur les moyens de sa sécurité et de sa survie en Guinée.

La Guinée est en face d’intérêts internationaux, poussant l’opposition à capituler en agitant le spectre d’une guerre civile type libéro-sierra-léonais.

Ces intérêts voudraient s’assurer de contrats miniers léonins avec un parlement croupion ou pousser au chaos et investir dans la vente d’armes aux belligérants et dans toutes sortes de trafiques illicites assorties d’une main basse sur les mines.

Les patriotes guinéens de l’opposition, mais surtout de la mouvance, doivent dans un sursaut national offrir un choix sans équivoque au président Alpha Condé :

La refonte de la République de Guinée, ci-dessus, pourrait réhabiliter le vote du 28 septembre 1958, terni par la déviance dictatoriale cinquantenaire et l’hécatombe du 28 septembre 2009, en s’inscrivant dans une stratégie continentale d’édification d’une Confédération Africaine.


Alpha O Barry


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