Thierno Fodé Sow Mercredi, 10 Août 2011 18:06
« Je ne veux pas que le peuple soit mêlé à ça, (…) nous allons faire en sorte qu’il n’y ait aucune manifestation populaire, ni de soutien, ni rien. C’est une simple péripétie. » Cette alerte d’Alpha Condé est visiblement tombée dans des oreilles de sourds. En effet, tous les jours que Dieu fait, on assiste à un ballet d’architectes de propagande, de despotisme ou de faiseurs de roi. Qui pour apporter soutien moral, qui pour tenter de trouver une faille conduisant à un poste, qui pour dire que le monde il est beau, il est tout gentil, etc.
Signe des temps, des déclarations dithyrambiques faites de diatribes contre des présumés assaillants, rivalisent avec des noix de colas et des engagements électoralistes. Sages, notabilités et ressortissants des régions naturelles multiplient leurs honteuses sorties pour plaire au Chef de l’Etat qui, peut-être par humilité ou approximative sérénité, a demandé à chacun de ranger flûte, balafon, cora et gongoma, afin que « chacun aille à son travail », car, avait-il dit « Moi-même, j’ai maintenu tous mes rendez-vous. » Ces faiseurs de rois, enivrés par leurs innombrables parades démagogiques devraient pourtant choisir un autre symbole moins affligeant pour aider la Guinée à entrer dans la démocratie. La vraie. Au lieu de se mettre à forger et à entretenir un despote en puissance dont l’incurie pourrait compromettre dangereusement les fragiles acquis démocratiques obtenus au prix de morts d’homme et de sang.
Le long silence d’hier – l’entre-deux-tours – suite aux déchaînements des passions de certains Guinéens contre d’autres, le tout provoqué par un supposé empoisonnement dont les résultats d’enquêtes ont été jetés sous les abysses de l’oubli, décrédibilise déjà la démarche de tous ces vieux sages et notables de la Guinée entière. Plus d’un demi-siècle après, "ces barbes blanches" ne sauraient prétendre aider la Guinée à s’extirper de sa nuit profonde en se contentant de recettes passe-partout, parfois simplistes. Comme s’il suffisait de venir apporter des soutiens à Alpha Condé pour que la Guinée, inexorablement divisée aujourd’hui, devienne un pays normal. Où étiez-vous lorsque vos enfants s’entredéchiraient du fait de la politique et des déclarations qui exacerbent les clivages ethniques ? Où étiez-vous, vieux pères lorsque "le garçon poli et courtois" et "l’homme arrogant et haineux" jetaient dans la vindicte des centaines de jeunes de leurs camps respectifs, des jeunes assoiffés de démocratie et de justice sociale ? Non, vieux pères ! Ne forgez plus d’autres despotes en Guinée. Vous savez, comme dirait l’artiste, « vous n’avez plus d’avenir, mais plutôt que des souvenirs. » On vous reconnaît donc les soutiens déjà apportés au Pr. qui, à son corps défendant, vous a tout de même accueillis.
La Côte d’Ivoire voisine est déjà en avance. On se réconcilie. On rentre d’exil. On parle de Justice. On parle de dédommagement. On s’attèle au travail et à la relance de l’économie pour assurer le mieux être des Ivoiriens. Pourtant les mouvements postélectoraux étaient plus marqués et regrettables là -bas. Chez nous, on préfère les emphases. Le mensonge et la démagogie. On laisse l’essentiel pour « prendre la Guinée où Sékou Touré l’a laissée ». Quand les Guinéens se réveilleront-ils ? La semaine des quatre jeudis ? Peut-être pas.
Thierno Fodé Sow
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