Naby Laye Camara Vendredi, 24 Mai 2013 14:56
Pour des raisons légales, l’opposition manifeste. Des élections législatives doivent se dérouler dans des conditions transparentes. De l’autre côté, le pouvoir d’Alpha Condé s’obstine. Il ne ménage aucun effort pour trouver une issue à la crise politique qui secoue la Guinée depuis bien longtemps. Il est plutôt prêt à en finir avec l’opposition. Pour ce faire, une police politique est soigneusement et ethniquement conçue pour réaliser ses vœux.
« Ce sont des nouveaux véhicules qui viennent d’être saccagés par les manifestants. Des véhicules que le président Alpha Condé nous a achetés. » Ce sont des déclarations d’un officier des unités d’intervention de la police, après les manifestations du 18 avril dernier. Le même officier, ce 23 mai, avance ceci : « ce sont les leaders eux-mêmes qui ont été attaqués et blessés par leurs propres militants. Ce sont nos hommes qui sont intervenus pour finalement assurer leur sécurité. Je suis très fier de mes hommes, les manifestants ont été neutralisés, et nous n’avons pas enregistré de véhicules brûlés, ni d’agents blessés. » Et presqu’en même temps, de l’autre côté, et dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement, Damantang Camara, confirme les propos de l’officier de police.
Le jugement « les leaders ont été attaqués et blessés par leurs propres militants » est-il en adéquation avec la réalité ? S’agit-il du fait des manifestants, ou des contre-manifestants guidés par la police ? La rapidité avec laquelle ce jugement a été conçu, et sans une enquête préalable, prouve que le pouvoir ment. Que la manœuvre est préfabriquée.
La police chargée du maintien d’ordre, est une milice qui est prête à défendre Alpha Condé par tous les moyens. Cette police est déjà endoctrinée. Son élite ne le cache pas, elle le dit ostensiblement, « Cellou Dalein Diallo exagère trop ; comment un petit peut-il empêcher le professeur faire son travail ? »
Les services de sécurité sont aux ordres du gouvernement, certes ! Mais lorsque son élite (la police) s’exprime comme des politiciens, la donne change. Le maintien de l’ordre devient un subterfuge pour perpétrer des crimes. Une police en connivence avec les contre-manifestants pour le maintien de l’ordre public, c’est un acte digne des régimes de dictature. C’est un peu une milice politique pour nous rappeler le régime de Sékou Touré.
Pourtant, l’armée, dans un communiqué du mercredi 22 mai, demandait à tout un chacun « le respect de la loi, le civisme et la retenue pour préserver la paix, la quiétude sociale, la sauvegarde des vies humaines, des biens publics et privés ». Le chef d’état-major de l’armée a aussi invité les unités de la gendarmerie et de la police, responsables des opérations de maintien de l’ordre, à agir avec « professionnalisme dans le strict respect de la loi ».
Un pur bluff, tout ça !
Le mieux dit, dans le strict respect des consignes venues d’en haut. Car en haut, déjà, les identités se ressemblent. Et la police, et la gendarmerie, et l’armée, toute une élite tribale et politique.
Le risque est grand quand la passion supplante la raison. La passion pour le triomphe d’un droit est vite maitrisable que celle pour le rayonnement d’une ethnie, destructrice et inhumaine.
Tout le montage politico-stratégique du pouvoir, destiné à affaiblir la force de l’opposition, est une peine perdue. Alpha Condé et son gouvernement gagnent peut-être des batailles, mais pas la guerre. La Guinée est déjà divisée en deux : c’est ça la réalité. Et cette réalité, Alpha Condé, bien qu’il soit « passé par la Sorbonne » (cela surprend toujours, ce n’est pas prouvé), ne mesure pas ses conséquences.
Il est dit que notre ennemi n’est pas celui qui nous déteste, mais celui que nous détestons. Pourquoi Alpha Condé déteste-t-il l’opposition ? Une opposition qui ne revendique que la chose qui fait de la démocratie une démocratie : la transparence.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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