Alpha O Barry Mercredi, 22 Mai 2013 13:56
Le président Alpha Condé rejoue le scénario de l’entre 2 tours de la dernière présidentielle. Il agite le risque de chaos pour amener la communauté internationale à faire plier encore Sydia Touré et Cellou Dalein Diallo. Ces derniers se sont successivement inclinés, sous la pression de la communauté internationale, au premier et au second tour. Il vient d’engager un bras de fer avec son décret de convocation du corps électoral le 30 juin 2013. Il rallie par cet acte Jean Marie Doré, qui jusque-là hésitait, aux 3 autres anciens premier-ministres : Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré et Lansana Kouyaté.
L’impertinence de faire précéder les législatives d’une présidentielle bâclée sous l’égide d’une constitution rédigée et adoptée à la hâte, par décret, par l’intérim du chef de la junte du CNDD, les souvenirs des errements de Lansana Kouyaté et de Jean Marie Doré, l’actuel laxisme de Hadja Rabiatou Sérah Diallo et les allégations de corruption de ces 4 anciens premier-ministres, poussent à la tentation de faire table rase par une révolution, un coup d’État, voire une guerre de libération nationale en vue de balayer toute cette classe politique.
J’ai déjà exprimé ici ma préférence pour la forme négociée d’une transition démocratique contre le changement violent.
L’alternative pourrait être une unité sans faille de ces 4 anciens premiers ministres pour forcer la communauté internationale à obliger le président Alpha Condé à négocier. Ceci me semble être l’ultime chance de :
* * *
Ces 4 anciens premiers ministres peuvent dans un sursaut national, se constituer en rempart contre le chaos vers lequel semble nous conduire le président Alpha Condé. Dans une union sans faille, ils peuvent déjouer le piège communautaire dont celui-ci s’est souvent servi contre son principal adversaire.
Il accuse, par un jeu de miroir, Cellou Dalein et les Peulhs, d’une volonté hégémonique. Il a pourtant fait de la radicalisation des Malinkés, la prétendue cooptation de la Forêt et de la Basse Guinée, bref de la division des Guinéens, sa stratégie de conquête et d’exercice du pouvoir.
Le président Alpha Condé a refusé de partager le pouvoir avec ceux-là même qui l’ont aidé à y accéder. Il a refusé de consolider sa coalition Arc-en-ciel en respectant l’accord du 2e tour et en acceptant au lendemain de son investiture, la main tendue de Sydia Touré, en vue de s’offrir une majorité parlementaire dans les 6 mois légaux.
Il aurait peut-être pu accréditer ainsi, sa thèse de 3 régions contre une et circonscrire l’UFDG dans ses 43% de suffrages du premier tour.
Il refuse de soumettre sa mouvance au verdict populaire et voudrait passer en force les législatives et s’offrir un parlement aux ordres.
Il impose ainsi la confrontation à ses adversaires et confirme les doutes sur la légitimité de son mandat présidentiel.
Les 4 anciens premiers ministres peuvent s’appuyer sur ces faits relevant d’un manque d’ambition manifeste pour la Guinée pour mobiliser les guinéens et la communauté internationale.
L’interminable fin de règne du président Conté avec l’intermède Kouyaté, la transition chaotique du CNDD et la violence d’État instaurée par le président Alpha nous poussent à une extrême prudence vis-à-vis de toute cette vieille garde.
Mais ces échecs répétés nous confirment aussi la complexité du paradoxe guinéen. Le doyen Doré de Dijon nous avait très tôt mis en garde contre le syndrome haïtien.
Il est temps de se saisir de l’arrivée officielle de l’ONU à notre chevet, à travers son représentant Saïd Djinnit, pour réfléchir et mettre en œuvre un accord politique global guinéen devant baliser :
* * *
Je suis par principe contre la récupération politicienne de l’origine burkinabé du président Alpha Condé. Mais il est temps de rapprocher sa désinvolture vis-à-vis d’un éventuel chaos en Guinée de cette origine non assumée. Le comble serait qu’un Guinéen d’adoption, ayant forcé le destin pour devenir président de la République, réussisse à pousser ses compatriotes à s’entre-déchirer et à détruire leur pays. Les Guinéens de toutes les régions et de tout bord politique devraient s’unir pour empêcher cette éventualité.
Si le président Alpha persiste dans cette voie de violence et de chaos, les Guinéens devraient, sous le leadership de Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré, Lansana Kouyaté et Jean Marie Doré, usant de leur position de premier ou second leader dans chacune de nos 4 régions naturelles et communautés nationales et de l’appui de Saïd Djinnit et de l’ONU, préconiser son départ.
Ils ouvriraient ainsi, une 3e et espérons dernière phase, de la longue et chaotique transition entamée avec le capitaine Dadis Camara. Les Guinéens devraient pour ce faire, tirer les leçons de tous les errements depuis l’intermède Kouyaté, en passant par le laxisme de Hadja Rabiatou Sérah Diallo et de Jean Marie Doré.
Cellou Dalein Diallo et Sydia Touré, les grands perdants de toute cette mascarade passée, devraient dans une telle éventualité, sous réserve de se faire blanchir par l’audit de la cour des comptes, éviter un autre marché de dupes. Ils devraient se placer à l’avant-garde et constituer le noyau dur d’un « New Deal » guinéen permettant la rupture avec 54 ans de dictature et de mal gouvernance.
Puisse Allah faire prospérer une telle démarche et éviter le chaos à notre chère patrie la Guinée.
Alpha O Barry
![]()