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Appelons les choses par leur nom

Moussa Bella Barry  Jeudi, 09 Mai 2013 11:42

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BARRY_Moussa_Bella_01Au cours des manifestations de l’opposition guinéenne, plusieurs cas de meurtres ont été recensés à Conakry, c’était le cas aussi le jeudi 2 mai 2013.

Pourtant, à la veille de la manifestation du 2 mai, les forces publiques à travers la police nationale et la police militaire (gendarmerie) ont passé un communiqué radio- et télédiffusé en prenant la communauté nationale et internationale à témoins. Ledit communiqué certifiait que ni la police, ni la gendarmerie n’était armée d’armes à balles réelles ou d’armes de guerre, mais seulement d’armes conventionnelles appropriées pour encadrer la manifestation. Le communiqué ajoutait que tous les militaires seront cantonnés dans les casernes, toute personne portant une arme de guerre ou en tenue militaire appréhendée par la force publique serait punie par les lois de la République. Là-dessus rien à incriminer, c’était un communiqué très régalien !

Mais que voit-on dans les vidéos tournées à cette occasion ? On observe des hommes en tenues militaires, armes au poing, à la chasse des manifestants jusqu’à dans leurs concessions respectives. D’après les hôpitaux, il y a eu bel et bien des morts par des tirs à balles réelles. Alors, nous attendons des pouvoirs publics les investigations policières, pour retrouver les meurtriers au nom de l’Etat de droit, et contre l’impunité.

Dans notre monde moderne, tout pouvoir doit accepter que les temps des gouvernements autocrates et des hommes forts sont révolus à jamais. Le modèle de parti-Etat est périmé. Je sais, des supporters imperturbables argueront que tout ceci n’est que de la pure imagination des saboteurs du régime. Mais moi comme citoyen légaliste, je m’interroge pour savoir les mobiles du silence de nos institutions sur les questions ci-dessous.

Questions : 

Autant de questions fondamentales à élucider pour notre salut.

Il y a eu incontestablement des dérapages pendant et après les manifestations. J’invite tout patriote guinéen au-delà de ses convictions politiques d’engager sa responsabilité pour combattre ce phénomène d’impunité sous toutes ses facettes. Il y va de l’existence d’une Guinée unie. Ce combat est à mener sans compromission pour la sauvegarde de nos valeurs communes et du processus démocratique, afin de préserver les droits du citoyen et de la dignité humaine. En même temps l’objectif du combat est la cohésion nationale.

Selon moi, c’est une grande erreur de mésestimer le dramatique ethnicisme actuel dans nos relations. Lutter ouvertement contre l’ethnicisme dissimulé, et combattre la polarisation de la société est un devoir citoyen que chacun de nous devrait s’approprier par des actes concrets. L’impunité et la violence font que les citoyens pensent sérieusement à s’organiser en groupes d’autodéfense. Cela est un signe avant-coureur de conflits. Si nous laissons faire cette situation, les dérapages seront bientôt incontrôlables. Qu’Allah nous épargne cela, amen.

On nous rabâche la réconciliation nationale par de nombreux communiqués, et en de diverses manifestations, mais les experts se demandent vraiment, s’il y aura la réconciliation nationale tant qu’on n’œuvre pas pour la clarté du dialogue, on ne crée pas la confiance entre les acteurs du dialogue, et qu’on ne prend pas en compte les préoccupations de toutes les communautés nationales dans leur diversité. J’affirme qu’aussi longtemps qu’on ne trouve pas les voies et moyens pour qu’aucune communauté ne se sente marginalisée, parler de la réconciliation nationale en Guinée n’est qu’une farce.

Celui qui s’engage résolument en faveur du droit et de la justice là où il exerce ses responsabilités personnelles, celui-là peut s’engager aussi à défendre fermement les grandes valeurs et les aspirations des citoyens. Cependant en politique, le sentiment émotionnel est un mauvais conseiller.


Moussa Bella Barry


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