Mamadou Barry Lundi, 06 Mai 2013 20:57
La Guinée a cela de particulier dans la manière toute singulière de faire face aux différents problèmes auxquels elle est souvent confrontée. Les plus âgés diront que le paradoxe guinéen date des bases faussées de la révolution :
Pour ne citer que ces cas précis, il y a largement de quoi se poser des questions sur cet état de faits.
Pourquoi personne ne veut prendre le temps de poser objectivement les vrais problèmes sur la place publique, afin de pousser la réflexion et d’y apporter ou du moins tenter d’y apporter des solutions de manière concrète, soutenue et durable ?
La dernière contradiction qui a bouleversé l’opinion tant nationale qu’internationale est sans aucun doute les chiffres du premier tour de la présidentielle de 2010 avec le premier des 24 candidats au premier tour qui récolte 44% contre le second qui en fait 18%. Il aura fallu être guinéen et en guinée pour que cette tendance soit inverser au second tour malgré la présence du « faiseur de roi » dans le camp du premier.
Mais il faut croire que même en Guinée, la loi de la majorité reste parfaitement de rigueur et les signes ne trompent pas. En effet, le constat est clair aujourd’hui parce que le paysage politique est en pleine mutation et la réalité des chiffres du premier tour de la présidentielle et surtout la constance, la vision et la rigueur du projet de société de l’UFDG sont en train de prendre le dessus au niveau de l’opinion tant nationale qu’internationale.
Depuis deux ans et demi, la Guinée est passée de l’espoir d’un véritable changement avec une réelle rupture avec les pratiques du passé dans la gestion des affaires publiques, à la guerre ethnique en passant par la tribalisation du débat et la politique de l’exclusion entraînant un mouvement du pouvoir de l’alliance Arc-en-ciel vers celle de Cellou Dalein président.
Par un non-respect des engagements pris et des promesses affichées, par une violation systématique et flagrante de tous les principes de gestion des affaires publiques et de l’Etat de droit et par une politique lamentable d’exclusion et de tribalisation de tout le débat politique et socio-économique dans le pays, Alpha Condé s’est simplement et définitivement isolé au fil de son mandat.
Les conséquences sont sans appel avec le départ de Lansana Kouyaté, de Jean Marc Telliano et de Kassory Fofana. Chacun pointe du doigt le mépris par lequel le président de la République, maintenant installé dans son fauteuil, considère les engagements pris et les promesses faites aux uns et aux autres à la veille du second tour de la présidentielle.
Dans le positionnement des forces pour l’amorce d’un processus de dialogue entre les acteurs politiques, un centre avait été créé pour éventuellement jouer un rôle de médiateur et de conciliateur des deux blocs pouvoir et opposition. Ce centre prétendait pouvoir être en mesure de mettre la Guinée au-dessus de tout pour rassembler les points de vue. Finalement, ce centre s’est retrouvé en deux blocs qui sont le Club des républicains (CDR) et le FDP.
Par la force des arguments de l’opposition, du contexte sociopolitique du moment et surtout par la gestion calamiteuse des affaires publiques par le clan Alpha Condé, le groupe constitué du CDR a rejoint l’opposition. Pendant un temps, Jean Marie Doré a pensé pouvoir ramener son ami de longue date Alpha Condé à la raison, mais en vain. Il a donc aussi décidé de rejoindre l’opposition même si cela ne s’est pas officiellement formalisé par un document comme cela fut le cas pour ses amis du CDR.
Dans la même logique, le président de l’UFD et de l’alliance FDP, Mamadou Bah Baadicko aussi a définitivement et officiellement quitté le centre pour rejoindre l’opposition, de manière formelle.
Cet élargissement de l’opposition est aujourd’hui effectif sur le terrain et l’opinion s’en rend compte. En effet, depuis quelques semaines, le pays est dans une situation quasi insurrectionnelle et sans réformes profondes et une totale remise en cause de la gestion actuelle du pouvoir de Alpha Condé, il sera difficile de résister à ce qu’il sera convenu d’appeler le « printemps guinéen ».
Mais comme je le disais, même en Guinée la loi de la majorité est valable. A ce propos, la majorité se trouve du côté de l’opposition et cela prend la forme suivante :
On se souvient du caractère ethnique du vote du premier tour de la présidentielle de 2010 que nul ne put occulter et restant dans la configuration de ces chiffres et de la représentation actuelle du paysage politique, l’opposition est ainsi constituée :
1. Pour le compte de
2. Pour le compte de
Lansana Kouyaté, diplomate de haut niveau, ayant représenté valablement la Guinée dans les instances internationales. Après avoir été ambassadeur de Guinée, il sera aux Nations Unies et à la Francophonie en passant par la CEDEAO avant de faire l’objet du choix du général Lansana Conté pour devenir le premier ministre après les évènements de janvier et février 2007. Il sera l’outsider d’Alpha Condé en Haute Guinée durant le premier tour de la présidentielle de 2010 avec un score remarquable pour une première participation. Il montrera qu’il va falloir compter avec lui aussi en Haute Guinée. Il sera un des piliers sinon le pilier de l’alliance Arc-en-ciel pour l’élection d’Alpha Condé à la magistrature suprême. il est le président du PEDN.
3. Pour le compte de
4. Pour le compte de
Voici le paysage politique actuel de la Guinée et il n’est pas du tout favorable à Alpha Condé et à son équipe. C’est dans un tel climat d’incertitude pour lui que le président de la République veut faire un forcing avec une obstination à vouloir faire démarrer un train avec ou sans les conducteurs, les techniciens et les mécaniciens de ce train. Dans sa volonté de forcer les choses, il convoque les électeurs pour les législatives le 30 juin dans une pagaille indescriptible. En effet, la CENI cherchant à se conformer à ce décret, ne se retrouve plus et cherche à repousser les dates d’échéance comme celui du dépôt des candidatures en bonne et due forme. Waymark se trouve dans la confusion la plus totale entre l’utilisation des ses propres machines et celles dela SAGEM avec un gros dilemme, recenser ou réviser.
Dans cette pagaille, Alpha Condé n’a plus la force, en tant que ministre dela Défense et commandant en chef des Forces armées, que de s’agripper par tous les moyens à son pouvoir qu’il perd un peu plus tous les jours.
Objectivement, lorsqu’on a des leaders qui ne représentent pas moins de 75% de l’électorat d’un côté et qui ont les mêmes revendications en face d’un pouvoir qui n’a aucune autre solution que la violence pour se maintenir, il est clair que les choses vont être de plus en plus compliquées, et ce, de jour en jour.
C’est justement cette complication que nous sommes en train de vivre actuellement à Conakry. L’isolement d’Alpha Condé est désormais perceptible à tous les niveaux et il n’est pas viable de gérer cette situation à moyen terme.
La toile de fond est sans équivoque : le peuple de Guinée est d’un côté et Alpha Condé de l’autre !
Jusqu’à quand le face à face durera-t-il ? Là est toute la question !
Mamadou Barry
Analyste financier
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