Le ridicule de la contradiction guinéenne!

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La Guinée a cela de particulier dans la manière toute singulière de faire face aux différents problèmes auxquels elle est souvent confrontée. Les plus âgés diront que le paradoxe guinéen date des bases faussées de la révolution :

  • château d’eau de l’Afrique de l’Ouest et pas d’eau ni électricité dans les foyers ;
  • les cadres les plus performants dans les institutions internationales et pas d’administration publique locale ;
  • fierté affirmée de la souveraineté nationale et on vit aux dépens de l’étranger ;
  • les meilleurs textes de lois dont les plus beaux se trouvent dans les tiroirs ;
  • la richesse potentielle affichée et une pauvreté des populations mondialement reconnue.

Pour ne citer que ces cas précis, il y a largement de quoi se poser des questions sur cet état de faits.


Pourquoi personne ne veut prendre le temps de poser objectivement les vrais problèmes sur la place publique, afin de pousser la réflexion et d’y apporter ou du moins tenter d’y apporter des solutions de manière concrète, soutenue et durable ?


La dernière contradiction qui a bouleversé l’opinion tant nationale qu’internationale est sans aucun doute les chiffres du premier tour de la présidentielle de 2010 avec le premier des 24 candidats au premier tour qui récolte 44% contre le second qui en fait 18%. Il aura fallu être guinéen et en guinée pour que cette tendance soit inverser au second tour malgré la présence du « faiseur de roi » dans le camp du premier.

Mais il faut croire que même en Guinée, la loi de la majorité reste parfaitement de rigueur et les signes ne trompent pas. En effet, le constat est clair aujourd’hui parce que le paysage politique est en pleine mutation et la réalité des chiffres du premier tour de la présidentielle et surtout la constance, la vision et la rigueur du projet de société de l’UFDG sont en train de prendre le dessus au niveau de l’opinion tant nationale qu’internationale.

Depuis deux ans et demi, la Guinée est passée de l’espoir d’un véritable changement avec une réelle rupture avec les pratiques du passé dans la gestion des affaires publiques, à la guerre ethnique en passant par la tribalisation du débat et la politique de l’exclusion entraînant un mouvement du pouvoir de l’alliance Arc-en-ciel vers celle de Cellou Dalein président.

Par un non-respect des engagements pris et des promesses affichées, par une violation systématique et flagrante de tous les principes de gestion des affaires publiques et de l’Etat de droit et par une politique lamentable d’exclusion et de tribalisation de tout le débat politique et socio-économique dans le pays, Alpha Condé s’est simplement et définitivement isolé au fil de son mandat.

Les conséquences sont sans appel avec le départ de Lansana Kouyaté, de Jean Marc Telliano et de Kassory Fofana. Chacun pointe du doigt le mépris par lequel le président de la République, maintenant installé dans son fauteuil, considère les engagements pris et les promesses faites aux uns et aux autres à la veille du second tour de la présidentielle.

Dans le positionnement des forces pour l’amorce d’un processus de dialogue entre les acteurs politiques, un centre avait été créé pour éventuellement jouer un rôle de médiateur et de conciliateur des deux blocs pouvoir et opposition. Ce centre prétendait pouvoir être en mesure de mettre la Guinée au-dessus de tout pour rassembler les points de vue. Finalement, ce centre s’est retrouvé en deux blocs qui sont le Club des républicains (CDR) et le FDP.

Par la force des arguments de l’opposition, du contexte sociopolitique du moment et surtout par la gestion calamiteuse des affaires publiques par le clan Alpha Condé, le groupe constitué du CDR a rejoint l’opposition. Pendant un temps, Jean Marie Doré a pensé pouvoir ramener son ami de longue date Alpha Condé à la raison, mais en vain. Il a donc aussi décidé de rejoindre l’opposition même si cela ne s’est pas officiellement formalisé par un document comme cela fut le cas pour ses amis du CDR.

Dans la même logique, le président de l’UFD et de l’alliance FDP, Mamadou Bah Baadicko aussi a définitivement et officiellement quitté le centre pour rejoindre l’opposition, de manière formelle.

Cet élargissement de l’opposition est aujourd’hui effectif sur le terrain et l’opinion s’en rend compte. En effet, depuis quelques semaines, le pays est dans une situation quasi insurrectionnelle et sans réformes profondes et une totale remise en cause de la gestion actuelle du pouvoir de Alpha Condé, il sera difficile de résister à ce qu’il sera convenu d’appeler le « printemps guinéen ».

Mais comme je le disais, même en Guinée la loi de la majorité est valable. A ce propos, la majorité se trouve du côté de l’opposition et cela prend la forme suivante :

On se souvient du caractère ethnique du vote du premier tour de la présidentielle de 2010 que nul ne put occulter et restant dans la configuration de ces chiffres et de la représentation actuelle du paysage politique, l’opposition est ainsi constituée :

1. Pour le compte de la Guinée Forestière :

  1. Jean Marie Doré, figure emblématique et doyen de la politique guinéenne, ancien député à la première et à la seconde législature et ancien premier ministre de la Transition, est membre fondateur du centre et du Club des républicains (CDR) et fondateur et président de l’UPG ;
  2. Jean Marc Telliano, grande figure à travers un score plus qu’honorable lors du premier tour de la présidentielle, ancien allié au second tour et ministre de l’Agriculture d’Alpha Condé, enfant chéri de Guéckédou où il a fait son meilleur score et surtout enfant terrible de la politique guinéenne par ses déclarations et attaques contre le pouvoir du professeur. Il est le président du RDIG ;
  3. Charles Pascal Tolno, doyen des leaders de l’ADP et du Collectif, ancien ministre de l’Enseignement supérieur de Lansana Conté et leader dans la décision et la gestion de l’acte de solidarité de l’opposition envers les victimes des exactions de Guéckédou. Il est le président du PPG ;
  4. Faya Millimouno, jeune loup de la politique guinéenne et symbole affirmé de la nouvelle génération montante de leaders politiques qui envisagent une réelle rupture avec les pratiques du passé. Il était à la NGR d’Abé Sylla comme directeur de campagne. il est aujourd’hui, le président du BL.


2. Pour le compte de la Haute Guinée :

Lansana Kouyaté, diplomate de haut niveau, ayant représenté valablement la Guinée dans les instances internationales. Après avoir été ambassadeur de Guinée, il sera aux Nations Unies et à la Francophonie en passant par la CEDEAO avant de faire l’objet du choix du général Lansana Conté pour devenir le premier ministre après les évènements de janvier et février 2007. Il sera l’outsider d’Alpha Condé en Haute Guinée durant le premier tour de la présidentielle de 2010 avec un score remarquable pour une première participation. Il montrera qu’il va falloir compter avec lui aussi en Haute Guinée. Il sera un des piliers sinon le pilier de l’alliance Arc-en-ciel pour l’élection d’Alpha Condé à la magistrature suprême. il est le président du PEDN.


3. Pour le compte de la Basse Guinée :

  1. Sidya Touré, technocrate de renom qui a fait ses preuves dans l’administration ivoirienne, proche collaborateur d’Alassane Dramane Ouattara et il fut le premier premier ministre de l’ère du multipartisme intégral sous Conté. Il a montré en l’espace de quelques mois que la misère guinéenne n’était pas une fatalité. Le gouvernement qu’il a eu à diriger a le mérite d’avoir été certainement le meilleur de toute l’histoire de la Guinée « Faiseur de roi » lors du second tour de la présidentielle de 2010, il fera le choix de Cellou Dalein. Il est le président de l’UFR ;
  2. Ibrahima Abé Sylla, homme d’affaire basé aux Etats-Unis et nouvelle figure de la politique guinéenne qui aura le mérite de dénicher Faya Millimouno pour faire de lui son directeur de campagne. Avec un bon score au premier tour pour une première tentative, il fera le choix de Cellou Dalein. Il est le président de la NGR ;
  3. Ibrahima Kassory Fofana, ancien homme fort de l’ère Conté et bouillant ministre de l’Economie et des Finances, il aura été candidat à la présidentielle de 2010. Il sera d’un grand soutien à Alpha Condé dans l’alliance Arc-En-Ciel pour l’élection de ce dernier à la magistrature suprême au second tour. Membre fondateur du centre et du Club des républicains (CDR), Kassory sera un grand déçu du pouvoir d’Alpha Condé. Aujourd’hui, il met le turbo dans les revendications de l’opposition en général. il est le président de GPT ;
  4. Fodé Mohamed Soumah, membre de l’alliance Cellou Dalein président dès après la fin du premier tour où il a été candidat à la présidentielle, le jeune bouillant de la politique guinéenne est dans la force de la conviction. Il défend des valeurs de liberté et se préoccupe du sort des jeunes. Il est le président de la GéCi.


4. Pour le compte de la Moyenne Guinée :

  1. Cellou Dalein Diallo, premier candidat à obtenir 44% parmi 24 candidats au premier tour de la présidentielle de 2010, ancien ministre pendant 10 ans de Conté et premier ministre pendant près d’un an du général. Arrivé en politique en 2007 comme leader de parti, l’enfant de Dalein représentera rapidement une alternative crédible en Guinée. Il fédère toutes les sensibilités autour de lui, ce qui le met ainsi au rang de leader de l’opposition guinéenne. Il est le président de l’UFDG ;
  2. Boubacar Barry, ancien homme fort du CNDD et grand ami du capitaine Moussa Dadis Camara, ce jeune loup et initiateur du « Big-Up » a eu le mérite de ridiculiser Bah Ousmane et son UPR au premier tour de la présidentielle. Membre fondateur du centre, Bouba Barry sera à la création du CDR qui a rejoint l’opposition. Il est le président de l’UNR ;
  3. Bah Mamadou Baadicko, membre de cette équipe de jeunes politiciens et cadres de la diaspora au début des années 90 et membre fondateur de l’UFD avec d’autres jeunes de l’époque, il s’est retrouvé aussi au centre un moment et créera une alliance qui porte le nom de FDP avant de se retrouver aussi dans l’opposition de manière formelle dans le but de mener le combat commun. Il est le président de l’UFD ;
  4. Mouctar Diallo, figure de proue de la jeunesse dynamique et consciente des évènements de janvier 2007, grande implication dans la société civile à l’époque et grande participation en tant que jeune leader dans les négociations au sein des forces vives de la nation avec le CNDD. Ancien ministre du gouvernement de Transition, Mouctar fait partie des jeunes loups de la politique guinéenne. Il est le président des NFD

Voici le paysage politique actuel de la Guinée et il n’est pas du tout favorable à Alpha Condé et à son équipe. C’est dans un tel climat d’incertitude pour lui que le président de la République veut faire un forcing avec une obstination à vouloir faire démarrer un train avec ou sans les conducteurs, les techniciens et les mécaniciens de ce train. Dans sa volonté de forcer les choses, il convoque les électeurs pour les législatives le 30 juin dans une pagaille indescriptible. En effet, la CENI cherchant à se conformer à ce décret, ne se retrouve plus et cherche à repousser les dates d’échéance comme celui du dépôt des candidatures en bonne et due forme. Waymark se trouve dans la confusion la plus totale entre l’utilisation des ses propres machines et celles dela SAGEM avec un gros dilemme, recenser ou réviser.

Dans cette pagaille, Alpha Condé n’a plus la force, en tant que ministre dela Défense et commandant en chef des Forces armées, que de s’agripper par tous les moyens à son pouvoir qu’il perd un peu plus tous les jours.

Objectivement, lorsqu’on a des leaders qui ne représentent pas moins de 75% de l’électorat d’un côté et qui ont les mêmes revendications en face d’un pouvoir qui n’a aucune autre solution que la violence pour se maintenir, il est clair que les choses vont être de plus en plus compliquées, et ce, de jour en jour.

C’est justement cette complication que nous sommes en train de vivre actuellement à Conakry. L’isolement d’Alpha Condé est désormais perceptible à tous les niveaux et il n’est pas viable de gérer cette situation à moyen terme.

La toile de fond est sans équivoque : le peuple de Guinée est d’un côté et Alpha Condé de l’autre !

Jusqu’à quand le face à face durera-t-il ? Là est toute la question !


Mamadou Barry
Analyste financier


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Commentaires  

 
+4 #4 Gandhi 07-05-2013 14:17

Manoh si vous êtes servile, cela vous regarde. Acceptez que d'autres n'aient pas le même état d'esprit. Encore une fois, vous ne regardez pas ce que fait le gouvernement, mais uniquement la réaction de l'opposition à laquelle vous n'attribuez aucune circonstance atténuante, mais l'affublez de tous les maux. Elle se moque de votre façon de voir les choses, puisqu'elle ne regarde pas de la même façon.
Qui utilise réellement la violence ? Combien de morts du côté du pouvoir ? Où voyez-vous des émeutes ? Peut-être que cela viendra, mais nous n'en sommes pas là pour le moment.
A vous entendre, il n'y a rien à revendiquer puisque le gouvernement fait le job (celui de vous payer sans doute !!!). L'opposition réclame un opérateur sincère (et ne cherche pas à gagner un électorat qu'elle possède déjà), mais vous êtes trop limité pour en comprendre les fondements, sans doute parce que vous êtes habitué à la triche, au mensonge et que cela ne vous choque plus. Le jour où vous en subirez les conséquences, vous courberez l'échine, parce que c'est là votre destin ?
Enfin dialoguer avec un compte à rebours qui défile, avec comme corollaire que les absents ont toujours tort, c'est prendre les gens pour des imbéciles. De toute façon, les initiatives collectives doivent toujours venir du haut.
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-6 #3 MOÏSEMANOH 07-05-2013 13:22

La situation politique de la Guinée s'empire....!
La classe politique que j'ose qualifier de "jeune" n'est pas dans une position de dialogue avec l'autorité. les débats et interviews prononcés devant la classe sociale engagent les jeunes à affronter sans aucune raison les autorités gouvernementales.
La restructuration politique de nos leaders est une nécessité impérieuse, d'autant bien que leur raisonnement n'est pas pour un début la sauvegarde de la population. Conduire l'avenir d'une nation dans l'implantation de la violence n'est guère une solution pour cette nation. La démarche serai d'autant mieux salutaire que si elle se focalise sur la préservation de la quiétude sociale.
L'un des malheurs pour les Guinéens est que tous les leaders qui se sont présentés sont de la même classe de par leur passé. Aujourd'hui, ils se déchaînent contre le pouvoir en place pour faire des émeutes en faisant les meutes.
Construire cette belle cité n'est pas dénaturé les acquis naturels du patrimoine. S'il est salutaire pour certains de voir du jour au jour des troubles politiques qui déstabilisent la vie socioéconomique dans une capitale censée être stable, il faudrait Guinéens que nous sommes, réfléchir mieux avant de se placer devant les mouvements de revendication,et de prononcer des discours qui incitent la population à se soulever contre les autorités locales. Le vrais problème des Guinéens vient de ces soi-disant politicien ou leaders, oubliant leur passé dans le même gouvernement qu'ils ont pour tant servit, et voyant les tenants et les aboutissants, comprendrez qu'ils ne sont pas à la hauteur de gérer une simple entité contrairement à leur ambition politique. Oui, on comprend bien l'adage qui stipule "L'argent est la clé du monde" et cela d'ailleurs se concrétise par les ambitions politiques de nos pauvres leaders. Que les jeunes comprennent les revendications politiques doivent être correctement orientées pas pour faire des dégâts qui remettront le peuple dans la souffrance mais plus tôt l'aideront à vaincre une situation, mais pas l’empyrée. Il est vrais que nous sommes vers la période de la tenue des élections. Et c'est là ou tout entre en jeu avec l'opposition qui ne cherche qu'une seule chose "Gagner l'électorat, à défaut saboter sa tenue"
si l'opposition gagne, elle oubliera toutes les méthodes faucheuses utilisées. Et si le contraire se produit, elle chantera voir vendra l'image du pays aux autres. que faire dans ce cas. aller pour débloquer les situations économiques ou rester et mourir dans la misère ?
Nous avons dit non aux blancs sachant bien que nos esprits n'étaient pas en mesure de tenir toutes les conséquences présentes, oui. mais comprenaient que nous avons ouvert une autre forme d’esclavagisme moderne en passant par nous même. D'autant bien que chaque instant nous tenons nos rêves à profils des blancs. (.........). L'appel à tous les dirigeants politiques est le retour sur la table de dialogue dans un esprit d'être vraiment patriote et de voir et comprendre chacun en ce qui lui concerne ses faibles et qualités. Aucun miracle de Dieu ne pourra se faire si nos cœurs ne sont pas disposés à prôner la paix. Si vraiment nos leaders aiment ce pays alors qu'ils nous mettent dans la sécurité en paix.
Voyez combien de fois les leaders religieux se sont impliqués dans la résolution des problèmes guinéens ces temps si et jusque là d'aucuns s'en tête pour forcer les gens à faire des casses. Jusque quand cela prendra t-il fin ?
Les observateurs nationaux et internationaux ont leurs intérêts à suivre de prêt ces événements pour une prise de décision sur notre sort. Comme ainsi nous voulons.
Mais attention ! AUCUN DE CES LEADERS NE RESTERA QUAND IL AURA PROBLÈME EN GUINÉE. ET TOI OU IRAS-TU ?
Donc réfléchit avant d'agir..........!
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0 #2 Amenofils 07-05-2013 00:22

Belle analyse bien structurée et très explicite du paysage politique guinéen actuel.
Alpha doit rendre le tablier pour sauver du moins son honneur au moins éviter la guerre civile en Guinée.
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+5 #1 madina 06-05-2013 21:33

"La toile de fond est sans équivoque : le peuple de Guinée est d’un côté et Alpha Condé de l’autre !
Jusqu’à quand le face à face durera-t-il ? Là est toute la question !"
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