Naby Laye Camara Dimanche, 28 Avril 2013 12:46
On dit, généralement, que lorsque les militaires assurent la transition politique et laissent le pouvoir aux civils dans un pays, il y a de fortes chances que la démocratie y trouve toute sa pureté et s’y stabilise. Logique : une armée républicaine a de l’influence et se fait respecter par le pouvoir civil.
Cependant, les faits peuvent se passer autrement. Une passation du pouvoir des militaires aux civils, peut aussi donner des résultats négatifs. Tel est le cas de notre pays, la Guinée.
La transition politique n’est pas encore achevée en Guinée. Toutes les institutions républicaines ne sont pas en place. Ce qui, en principe, signifie qu’une armée républicaine peut et doit agir pour défendre les intérêts de la nation. Pour défendre la Constitution. Et surtout, lorsque les actes du gouvernement politique ne répondent pas aux normes constitutionnelles.
L’action d’une armée républicaine responsable ne signifie pas nécessairement de renverser le gouvernement. Mais par sa présence ou son influence, elle peut obtenir que le gouvernement soit sérieux. Si une élite militaire responsable avait laissé le pouvoir à Alpha Condé, pensez-vous que notre fameux « professeur » aurait osé entamer ses démesures politiques ? Pensez-vous qu’il se serait permis de construire sa politique ethnocentriste ? Pensez-vous qu’il aurait opté pour autre chose que le respect strict de la Constitution ? Pensez-vous qu’il aurait menti et trompé ses propres militants ?
Cette élite militaire qui aurait pu jouer un rôle important dans la transition politique ‒ à l’instar de ce que font actuellement les élites politiques de l’opposition ‒ est dans une situation embarrassante. Elle a les mains sales. Les actes barbares du 28 septembre 2009 (plus de 100 personnes tuées) sont dans les mémoires. Les poursuites judiciaires internationales pourraient avoir effet à tout moment.
Et cette élite militaire, consciente que les changements ou des réformes peuvent affecter la position qu’elle occupe, tente de sauvegarder ses intérêts. La défense de ses intérêts va de pair avec la défense du régime qui la protège. Et cette protection, l’armée l’a trouvée auprès du président Condé.
Une sorte de pacte conditionnel. Tant qu’Alpha Condé est au pouvoir et possède la majorité absolue dans l’Assemblée nationale, ses protégés pourraient dormir tranquillement dans les casernes. Alpha fera ce qu’il veut de la constitution, et l’armée républicaine restera dans le mutisme total. Tant pis pour le destin démocratique de la Guinée.
Car le pouvoir dans les mains d’une élite civile réformiste, ne peut pas faire l’affaire de ce groupe de militaires aux mains sales. Une assemblée dominée par l’opposition ne fera aucun cadeau aux auteurs des massacres du 28 septembre 2009.
Précisons bien qu’il s’agit d’un petit groupe de militaires. Nous les connaissons tous. Il ne s’agit donc pas de toutes les élites des forces armées.
Résisteront-ils, Alpha Condé et ses complices, à confisquer le destin démocratique de la nation guinéenne ? La balle est dans le camp, non seulement de l’opposition démocratique, mais aussi de toutes les personnes qui constituent l’élite secondaire. A savoir les leaders syndicaux, les associations non-gouvernementales, les groupes d’intérêt, les autorités religieuses, les journalistes, les étudiants, les élèves, les académiciens politiquement influents et, une élite militaire responsable.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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