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Ismaël Bah : « Ici au Rwanda, le couple, Alpha Condé et Bernard Kouchner est persona non grata ! »

Ismaël Bah  Vendredi, 26 Avril 2013 17:09

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BAH_Ismael_2_01Lors d’un récent séjour à Kigali, j’ai eu l’occasion de rencontrer la communauté guinéenne du Rwanda, présidée par Monsieur Jean Claude Doualamou. Je vous   livre ici la teneur de mon exposé prononcé le samedi 20 avril lors d’une réunion au Serena Hôtel.


Je suis heureux de vous accueillir dans cette salle de ce prestigieux hôtel de Kigali. Je remercie Jean Paul Doualamou, président des associations des Guinéens du Rwanda d'avoir pris l'initiative de cette rencontre. Je remercie également notre frère Zoumanigui Togba du « Forum ».

J’ai constaté, lors de mes différents entretiens que notre président Alpha Condé et son ami Bernard Kouchner, ne sont pas très populaires et notamment ici ; ils ne sont pas les bienvenus dans ce pays.

J’ai dit au président Kagamé tout le respect que j'éprouve pour l'action qu'il conduit mais aussi toute l'admiration que je porte au développement, à l'ouverture de son pays. La réussite économique est évidente. C'est dire l'importance qu'il a aujourd'hui dans le monde.

Je reviendrai prochainement à Kigali afin de faire franchir une nouvelle étape à la relation entre nos deux pays. Je rappelle que nous n’avons pas d’ambassade ici, et l’ambassade du Rwanda au Sénégal représente les intérêts de ce pays en Guinée.

Je sais que le Rwanda met un programme impressionnant d'investissements en œuvre, notamment pour son éducation, la diversification de l'économie et également le développement de ses infrastructures.

Je veux maintenant évoquer notre pays. Les désastres sont multiples, d'importances diverses, mais on peut en citer quelques-uns, entre autres:

1. Désastre moral évidemment. Quand la parole politique, ou le mensonge a déconsidéré la parole d'un ministre qui dit avoir créé des emplois, que ce dernier est discrédité, tout est possible ; quand la confiance dans ceux qui gouvernent, dans les élites, dans les « sachants », s'effondre, le faible président Alpha, arrivé au pouvoir, se débarrasse de cadres peuls et de presque tous ceux qui l’ont aidé. Violences, viols, arrestations, pillages et autres abus dont les populations sont les victimes.

2. Désastre politique bien sûr : quand un président est incapable d’organiser de lui-même des élections législatives, c'est que la vision au sommet de l'Etat sur la direction politique que doit prendre la Guinée, s'est perdue dans le fracas des affaires de son neveu et son « fils ». L'ère du soupçon empoisonne déjà la vie collective ; et le mouchardage tient de plus en plus lieu de programme.

3. Désastre d'autorité aussi : l’insécurité avec son corollaire, le départ des entreprises étrangères, quand des ministres contestent tout haut la politique annoncée quelques jours avant par le Président. Manifestement, quelque chose ne fonctionne pas au sommet de l'Etat, où chacun est davantage préoccupé par sa réputation individuelle que par la cohérence collective.

5. Désastre économique sans lequel les désordres politiques auraient beaucoup moins de prise : le chômage augmente et touche toutes les familles, la croissance est absente, la dette est immense, les Guinéens sont inquiets, beaucoup ne mangent pas à leur faim. Comment ne pas comprendre l'exaspération de ceux qui ont peu, et qui ont tous les jours sous les yeux ceux qui ont beaucoup, notamment ceux dont la famille contrôle les mines ?

6. Désastre de la rhétorique tirée vers le bas : quand les deux principaux leaders (Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo) s'invectivent à coups d'accusations de triche ou de défaut de transparence sur les élections, cela laisse mal augurer des mois qui viennent et du niveau de déstabilisation politique auquel nous allons assister dans cette année électorale. J'observe cependant, avec tristesse, que la vie publique, empoisonnée par quelques affaires (EDG), s'est, au cours des derniers mois, singulièrement dramatisée et que la confiance des citoyens, ce ressort essentiel des grandes aventures collectives, fait trop défaut à ceux qui ont la charge d'agir au nom du peuple.

7. Désastre dans la hiérarchie des valeurs: quel est le bon critère pour juger d'un ministre ou d'un élu ? Le patrimoine, la compétence, la moralité ? Les Guinéens sont-ils à ce point en colère pour que la course à la pauvreté soit contagieuse ? Est-ce qu'à l'inverse il est supportable de voir ce président chargé de traquer les moindres dépenses, rechigner sur la morale quand il s'agit des siennes ? Est-ce que l'héritage égalitaire de 1789, additionné d'un fond de culture marxiste, et exacerbé par le double discours de ceux qui s’étaient battus pour la démocratie, et qui depuis lors ont laissé se multiplier l’ethnicisme, n'a pas créé chez les Guinéens un rejet absolu du pouvoir en place ?

8. Désastre dans l'unité nationale enfin, quand on vérifie scrutin après scrutin, crise après crise, que la Guinée est durablement fracturée entre les Malinkés et les autres, entre les Peuls et les autres, entre ceux qui ont accès à l'éducation et à la santé, à la culture et plus facilement demain à l'emploi, et ceux qui en seront à jamais exclus, parce qu’ils n’ont pas les moyens de se soigner à l’étranger ou d’envoyer leur enfant en France, aux USA ou en Allemagne.

Face à ces crises qui ébranlent, comme jamais depuis longtemps, la société guinéenne, on attendait, comme toujours, un président de tous les Guinéens et la réponse du chef.

La précipitation pour prendre des décisions ‒ et pourtant, il en faut ! ‒ est-elle bonne conseillère ? On continue à mettre des rustines sur une société fracturée par l’ethnocentrisme, sans prendre le temps de penser ces bouleversements, de les traduire en termes clairs et volontaires pour l'ensemble du pays.

Bref, quelle est la leçon que tire le Président de ces différents niveaux de crises, au-delà des dispositions d'urgence pour endiguer le scandale de l’insécurité et l’ethnocentrisme ? Quelle vision a-t-il de ce pays, de son état politique, social et moral, quelle analyse fait-il pour apporter les vraies réponses ? Il va falloir nommer les choses pour les rendre réelles.

Notre pays va mal, Condé Alpha avait une chance de faire quelque chose de bien, il l'a ratée. Condé Alpha pense qu’être président de la République, c’est un peu comme être président du RPG, mieux vaut plier les gaules comme on dit. Au bout de trois années il représente un échec terrible.

Le pays a besoin de sérénité pour résoudre les nombreux problèmes, mais il a besoin surtout d’artisans de la paix et de l’unité nationale, sur la base de la réconciliation, du pardon et de l’amour réciproque : il a donc besoin d’un choc salutaire : c’est nous, ma génération, qui doit le porter désormais !

Il y a deux ethnies en embuscade en Guinée, deux groupes sociaux face à face, mais il faut trouver un moyen de vivre ensemble. Il m'est apparu de façon très claire qu’un consensus est nécessaire.

Guinée Pour Tous (GPT), mon parti dont je suis vice-président, a exprimé au deuxième tour son soutien à la candidature d’Alpha Condé à la Présidence de la République. J'estimais que le temps d'une rupture était venu et qu'elle serait utile à notre pays et à la démocratie.

Je n'ai pas changé d'avis et ne regrette donc pas le choix que j'ai fait. Le changement que j'appelais de mes vœux est d'ailleurs plus que jamais nécessaire. La conjoncture nous l'impose, même, de façon accrue.

Plus aucun débat, plus aucun projet, plus aucune réforme, ne peuvent plus être abordés sans que l'opinion se fracture, sans que des factions s'affrontent avec une violence inquiétante, sans que les anathèmes fusent.

Les autres pays, notamment européens, nous regardent de leur balcon du Nord, ces gens qui grouillent ici en Afrique, ces pauvres qui ont le sida et vivent dans la misère crasse des bidonvilles. Les Etats-Unis observent l'Afrique de très près. Ils investissent massivement dans le pétrole au Tchad, en Guinée équatoriale, au Nigeria, en Angola... Ils ont des pays-relais sur le continent comme l'Afrique du Sud, l'Ouganda et même le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi... Aujourd'hui, les Africains attendent de plus en plus des Etats-Unis, ou en tout cas de l'Amérique du Nord. Ceux qui nourrissent des réserves idéologiques vis-à-vis des Etats-Unis se tournent en effet vers le Canada.

Nous Guinéens avons besoin de stratégie nationale, soutenue au niveau africain, pour tirer le meilleure parti possible de nos ressources humaines et de notre intelligence ; pour stimuler notre effort de recherche tant privé que public ; pour promouvoir un tissu de PME, et commencer à financer l’innovation.

Il faut perdre nos complexes, c’est ce que tous les grands pays ont fait. Par-dessus tout, il nous faut cultiver cette vertu, si mystérieuse, si fragile et si puissante à la fois : la confiance. Confiance en soi, confiance dans la société. C’est le souffle de la confiance que je voudrais rapporter avec moi, chez moi en Guinée. Je me sens guinéen de toutes mes fibres. J’ai conscience des atouts de la Guinée » et de ses capacités à mener sa barque dans le monde qui vient.

En Guinée nous sommes à un moment de basculement parce que nous avons un sujet obsédant pour l’économie mondiale, vous avez vu le fossé fabuleux entre l’offre et la demande, et la page blanche qui s’ouvre à nous est magnifique c’est que nous sommes les détenteurs de ce levier potentiellement économique considérable : les matières premières et l’énergie, une terre fertile, de l’eau, donc tout est possible aujourd’hui à condition que nous prenions véritablement notre destin en main. L’économie ne se construit pas par coups de baguette magique et à coups de subventions, elle se construit parce que des chefs d’entreprises viennent et créent des emplois, et créent des richesses, c’est comme ça qu’un pays grandit et devient compétitif sur le plan international

Je suis bien conscient que l’action menée avec courage et ténacité sur le terrain par les ONG, notamment celle que je préside actuellement GuinéeCodéveloppement FAGAF, et les associations, a ses limites Elle ne peut être que de petite envergure compte tenu des sommes qui y sont consacrées. Elle est néanmoins indispensable pour aider les plus démunis à créer une source de revenus, aussi minimale soit-elle. Car elle représente une issue salutaire pour beaucoup.

Les drames qui accable notre pays aujourd’hui sont surtout, et de plus en plus, le fait des Guinéens eux-mêmes. On ne peut indéfiniment porter sur notre pays un regard compassionnel alors qu’une partie de nos élites, parfois celle-là même qui naguère fut à l’avant-garde du combat pour le développement et la démocratie, saigne à blanc le pays et contraint à l’exil des milliers de femmes et d’hommes dans des voyages périlleux au bout de la nuit. La faillite de la Guinée en particulier, et cela d’ailleurs est valable pour toute l’Afrique, c’est aussi la faillite d’un certain leadership politique voire intellectuel.

Je sais que prendre le risque d’inviter la Guinée à une autocritique sans concession pour emprunter durablement le chemin du progrès vous expose parfois à des accusations de paternalisme. Sur la promotion de la démocratie, sans aucune concession possible, les Guinéens souhaitent certaines choses : la possibilité de donner son avis sur la façon dont on est gouverné ; la confiance en l’Etat de droit et une administration de la justice égale pour tous ; un gouvernement transparent qui ne vole pas son peuple ; la liberté de choisir son style de vie, font partie des intrinsèques droits de l’homme. La justice n'est pas la vengeance, ce n'est pas l'exaction, aucune souffrance ne peut justifier le pillage et l'exaction. Nous devons être exemplaires, nous sommes observés par la communauté internationale.

Monsieur Jean Marie Doré, ancien premier ministre, raconte qu’il veut se situer au centre de l’échiquier politique guinéen. Le centrisme, c’est le juste milieu. Or, s’il existe un espace où la vérité ne s’enracine jamais, c’est bien le milieu. L’entre deux. Entre le résistant et le SS, la vérité n’est pas au milieu. Entre le stalinien et l’anti-stalinien non plus. Simplement (cette remarque s’adresse à certains anciens qui ont été aux responsabilités) cette vérité, ou cette justesse, ne se situe pas toujours et systématiquement au même endroit. Dreyfus n’était pas à moitié innocent ou à moitié coupable. Elle est dans la définition d’un projet mobilisateur, d’une finalité, d’une cohérence, qui, par-delà les clivages obsolètes et les lignes de démarcations artificielles, appelle tous ceux qui se reconnaissent dans ce programme à participer à sa réalisation de cet objectif. D’où qu’ils viennent. Et c’est grâce à une confluence de ce type qu’on s’en sortira.

Impliquez-vous dans les partis politiques des pays dans lesquels vous vivez !

C’est ce qui a aidé Condé Alpha hier, c’est grâce à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, que j’arrive à décrocher des rendez-vous de très haut niveau, hier j’étais à Abidjan, Dakar, aujourd’hui au Rwanda, notre pays a besoin de vous !

Comment inciter la diaspora guinéenne, estimée aujourd’hui à plus de 3 millions de personnes dans le monde, à contribuer au développement de son pays ? C’est une réflexion que nous devons mener ensemble !

D’emblée, j’avoue que notre pays recèle des richesses et des compétences au niveau local mais aussi à l’étranger, malheureusement, « mal exploitées ». « Conscient que notre pays a besoin de ses compétences établies à l’étranger pour contribuer au développement et à l’émergence de l’économie guinéenne, à travers mes voyages, je tire parfaitement profit de ses relais réseaux pour mener à bien des actions, et des propositions. Je mesure les enjeux que représentent les relations publiques comme fonction importante dans le processus décisionnel », de nos jours. Le meilleur moyen qui peut convaincre notre diaspora d’apporter son savoir-faire dans notre patrie, est de faire focus sur trois points, à savoir, promouvoir, faciliter et fédérer les relations publiques chez nous. Nous ne disposons pas aujourd’hui d’une bonne stratégie de relations publiques, une chose que nous devons développer aussi vite que possible, c’est une chose très importante pour le futur. Ainsi, le développement des relations publiques, est, pour moi, « le meilleur gage de l’appropriation du savoir-faire de notre diaspora ». Néanmoins, ça reste un travail de longue haleine.

Il y aurait actuellement un ministère des Guinéens de l’étranger ! Vous avez entendu parler de ce ministère ? Pas moi !

Injustice de la politique, ingratitude des peuples : l’intelligence ni la probité ne suffisent à faire un grand président. Pour marquer les esprits et entrevoir la postérité, rouerie et force sont les seuls atouts, dont Condé Alpha n’est d’évidence pas assez pourvu. Faible, le Président l’est, d’abord, par le caractère. Le sien est marqué par la naïveté qui l’a incité à nommer autour de lui des anciens vautours et de n’avoir pas relancé les audits ; il est aussi dominé par la peur de l’autre.

Alpha Condé ne peut que laisser filer son destin au fil de l’eau sale de Boulbinet du moment. Trop de boue-« gnogué » et de bouillons dans ce torrent-là, trop de rapines et de rapides en cette navigation. Président trop faible pataugeant en ces crises trop fortes, jeté dans le grand collecteur des égouts de Conakry du moment pour le curer à mains nues, son quinquennat n’est-il pas déjà fini ?

Le gouvernement de notre pays doit apprendre les techniques de communication, si nous voulons que notre diaspora participe au développement de notre pays et d’apporter ainsi sa touche. Venez donc rallier les expatriés guinéens autour d’une autre vision de développement, celle qui relie l’excellence à l’humilité, et qui en même temps intègre nos valeurs socioculturelles dans le processus de développement de la Guinée. Car dans un monde caractérisé par l’irréversibilité de la mondialisation, le concours de la diaspora guinéenne est plus que nécessaire pour apporter des solutions concrètes aux multiples défis qui se posent en s’appuyant sur les expériences acquises, et les expertises exercées dans nos différents pays d’accueil. Pour atteindre ces objectifs, un changement fondamental s’impose dans la gestion des relations non seulement entre les tenants du pouvoir et leurs concitoyens vivant à l’extérieur, mais aussi au sein de la diaspora elle-même. L’une et l’autre partie doivent agir en partenaires du développement en travaillant sur des objectifs définis d’un commun accord, et dont l’échec ou la réussite dépendra en grande partie de leur engagement patriotique.

Pour ceux qui souhaitent faire de la politique dans notre pays, c’est en commençant par l’action quotidienne dans vos villages, dans vos communes, en privilégiant l’ancrage local. Agir pour améliorer les conditions de vie de vos territoires. Aide à l’agriculture, à la santé, à l’éducation, pour faire vivre une démocratie de proximité.

Il faut arrêter d’aller réclamer des postes à Conakry, entrez en Guinée avec vos projets !

Voilà le message que je souhaitais vous délivrer et vous avez le salut de vos compatriotes de la diaspora des Guinéens de France. Pour les nombreuses questions qui m’ont été posées, je répondrai à deux, compte tenu du temps qui nous est imparti. D’une part, le nombre d’associations des Guinéens en France, il y en a plusieurs. Vous avez l’ONG Guinée Codéveloppement et les autres, vous pouvez demander la liste à notre ambassade de Guinée en France. Je laisserai leurs coordonnées à votre président Monsieur Doualamou ! D’autre part, concernant le parti UPR, je suis triste pour mon frère Siradiou Diallo, paix à son âme, son parti est devenu « une unité de particules rachetées (UPR) ».

Vive la Guinée

Je vous remercie !


Ismaël Bah
Président de GuinéeCodéveloppement 


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