30 juin 2013, une autre date pour les introuvables législatives

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DORE_Ansoumane_3_01C'est en effet cette date qui a été encore indiquée, cette fois par décret présidentiel, pour convoquer les électeurs guinéens pour les élections législatives pour lesquelles, ciel et terre de Guinée ont été remués en tout sens.

Question incongrue: pourquoi des élections législatives dans une République de Guinée où la gestion de la chose publique, n'a jamais fait bon ménage avec le droit de la part des présidents en exercice, jusqu’en cette année 2013 ? En outre, il existe à présent dans le pays, un tel éclatement du corps social de la nation qu'élections ou pas d'élections, il ne faut pas s'attendre dans l'immédiat à des changements notables, à moins qu'interviennent des évènements impondérables. Mais la langue de bois de bien des acteurs politiques qui occultent allègrement une question délicate, comme pour éloigner un mal dont- la simple évocation semble être un appel à une calamité sur le pays, ne laisse entrevoir dans ce pays que ce qui n'a toujours été que mensonges.

Je crains, en tout cas, que les élections législatives tant attendues par tous, comme si elles devaient annoncer une ère nouvelle en Guinée, ne ressemblent, en fin de compte, à ces fruits qui n'ont pas tenu la promesse des fleurs. Mais ça ne serait pas une surprise pour un grand nombre de nos compatriotes. Sans aller trop vite, la date du 30 juin 2013, sera-t-elle tenue, cette fois-ci ? Il n’y a rien de moins sûr, nous sommes en Guinée, où l'on a entendu et vu bien d'autres annonces. Sur cette question comme sur bien d'autres, il n’y a pas d'entente entre le pouvoir d'Alpha Condé et l'opposition politique guinéenne. La presse guinéenne (toutes catégories confondues) a abondamment rendu compte de la réaction de l'opposition face à la brusque décision de convoquer le corps électoral sans concertation, et en plein préparatif du dialogue entre le pouvoir et l'opposition. Il n'est donc pas nécessaire de revenir ici sur les éléments de la discorde.

De fait, il existe un tel océan de défiance entre le président Alpha Condé et l'ensemble des partis de l'opposition qu'on a l'impression que de sa part, c'est une fuite en avant, faite de petites tactiques et qui tient lieu d'armature politique, à Sékhoutouréya. On en est à un tel point de défiance qu'aucun des partis suivants n'a plus confiance ni dans les déclarations ni dans les entreprises du président. Les roublardises du président et ce que des membres de ses adversaires appellent son arrogance datent du temps de leur lutte commune contre le général Conté. Pour rappel de ces partis d'opposition d'aujourd'hui, même s'ils n'existaient pas tous du temps de Conté, il faut citer l'UFDG de Cellou Dalein Diallo, l'UFR de Sidya Touré, le PEDN de Lansana Kouyaté, l'UFC d'Aboubacar Sylla, le RDIG, de Jean Marc Telliano, le MPR de Cheick Tidjane Traoré, le BL de Faya L. Millimouno, les NFD de Mouctar Diallo, etc. Même l'UGP de Jean Marie Doré qui se réclame du centre, rejoint cette opposition sur la critique du comportement autocratique du président Condé.

Autocratique ? Oui ! Pour ce que je sais, Alpha Condé n'a jamais su ce qu'est un débat contradictoire. Sa réplique habituelle est que personne ne peut lui donner des leçons de démocratie et de militantisme politique. L'envie me vient de dire, en quoi ce militantisme de 40 ans a changé le cours des choses en Guinée? Tous les partis politiques guinéens légalisés sous la dictature militaire en 1992, mais surtout la pression internationale sur les chefs d'Etat africains ont participé à l'apparition du multipartisme politique (voir notamment Le Discours de La Baule , 1990**). Ce n'est donc pas le militantisme d'Alpha Condé, seul, qui a entraîné un quelconque changement dans notre pays. Ayons une pensée pieuse pour d'autres grands militants disparus, Ba Mamadou, Charles Diané, Siradiou Diallo et d'autres, paix à leur âme. Il ne faut pas les oublier.

L'apprentissage du métier politique d'Alpha Condé?... Il ne l'a mené qu'en milieu d’étudiants gauchistes maoïstes des années 1960, sans connexion avec les réalités et où l'attrait pour les formules à l'emporte-pièce tenait lieu de programmes des changements futurs du monde. Ce n’est qu'après 1992 qu'il le fera dans le RPG, en phase avec les réalités du terrain, encore qu'il était très souvent à l'étranger (en France, notamment), laissant les militants se débrouiller en Guinée. Mais, en gros, cette époque fut pour l'essentiel consacrée à l'apprentissage des méthodes de la manipulation, de l'intoxication et de l'obstruction.

Devenu président, sans le moindre passage de formation au b.a.-ba d’une administration ou d'un ministère, Alpha Condé a gardé les méthodes d'activisme de ses années d'apprentissage.

Les gros handicaps que des Guinéens ont pu observer dès sa prise de la présidence, se sont révélés par d'énormes cafouillages dans des signatures précipitées de contrats miniers. Ces handicaps étaient inscrits non seulement dans le parcours que je viens de signaler mais également dans le CV qu'il a présenté au peuple guinéen. Un handicap supplémentaire à son arrivée à la magistrature suprême a été son un âge (73-74 ans). Un âge où beaucoup d'hommes aspirent à une retraite professionnelle méritée. Mais dans son cas, nul ne peut dire avec précision, l'itinéraire professionnel dont il aurait pu clairement se prévaloir. On peut donc comprendre que la Guinée se sortira difficilement des inextricables difficultés dans lesquelles elle est toujours plongée. Ce, par une surestimation de soi, car disait-il dans une interview à Jeune Afrique, tout surveiller et tout contrôler personnellement. Cette irruption du personnage à ce niveau s'explique aussi par deux éléments: le niveau trop élevé dans le pays depuis la fondation de la République de ce qu'on peut appeler tout simplement la magouille. Découlant de ce premier élément, il y a toujours un niveau très faible de nombre de ceux qui s'intitulent gaillardement leaders politiques. On peut compter tout au plus une dizaine de leaders de niveau international, capables de contrer des marchands de rêves. Et encore.... Pour beaucoup d'autres l'alignement de mots sans signification, ne doit pas faire illusion.

Avec tout l'art dont il dispose, le président guinéen n'aurait pas eu accès à la magistrature des pays voisins comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Dans ces cas, les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara, arrivés récemment au pouvoir, plus jeunes que leur homologue guinéen, avaient derrière eux des expériences de premiers ministres et d'autres hautes fonctions les ayant familiarisés à la gestion publique. Ils savent ce que sont les relations dans le travail gouvernemental à l'intérieur et à l'extérieur. Celui qui s'est figé au niveau de sa formation théorique de contestataire et dans l'image qu'il se faisait du rôle des présidents autocrates africains des années 1960, et plombé en outre par le poids des ans, ne pouvait offrir que l'image affligeante d' une Guinée à terre que nous voyons, aujourd'hui. Le voyageur pressé ou même l'étranger résident ne perçoit pas toujours tout le côté misérable de ce pays. En dehors des apparences pour faire comme tous les Etats ; ce ne sont que des discours verbeux pleins de vacuité, face aux réalités terribles de régressions humaines ; ce ne sont que de tout petits tripatouillages pour demeurer au pouvoir. Que les quelques ministres et fonctionnaires de qualité qui émergent de ce panier de crabes guinéen, sachent qu'ils ne sont pas visés par ces observations.. C'est le président qui donne à ce pays l'image d'un malheureux panier à crabes. A mi-mandat, que de montagnes de déceptions qu'il n'est que temps de dénoncer!

Comment, en effet, comprendre que le président Alpha Condé ait torpillé le processus de facilitation du dialogue entre le pouvoir et l'opposition républicaine ? « Le 12 avril, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a signé une lettre annonçant au premier ministre guinéen la venue de la mission Djinnit. Le lendemain, Alpha Condé prenait son décret Â» de précipitation des élections (Christophe Boisbouvier, JA). C'est donc clairement qu'il manquait de sincérité dans sa déclaration de disponibilité à dialoguer avec l'opposition qui, depuis assez longtemps, connaissait les aspects retors du personnage. Les racines du mal guinéen actuel sont là. Elles résident en un homme très complexe. Un homme à l'égo surdimensionné, on ne sait sur quel substrat. Ce qui ne lui permet pas d’endosser l'habit d’homme d'Etat qu'il voudrait être. Mais il demeure comme un homme qui manque totalement de fiabilité et qui croit mener la Guinée à sa guise, en regroupant tous les autres partis politiques en satellites autour de son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). A l'instar du Parti démocratique de Guinée (PDG) des années 1954-1958, pour aboutir au système de parti-Etat qui avait conduit le peuple de Guinée dans la vallée de la misère.

La brusque convocation du corps électoral pour le 30 juin cache mal, sauf pour son initiateur, la tactique éprouvée et déjà arrêtée de tripatouiller les résultats des législatives. Mais l'intervention de l'ONU dans le processus du dialogue pour la préparation de ces élections était, pour lui, un risque à ne pas prendre. En brusquant la date du 30 juin, le Pouvoir d'Alpha Condé sait pouvoir compter sur les instruments de l'Etat guinéen sous son contrôle : fonctionnaires civils, militaires, police, gendarmerie, finances publiques, quelques notables régionaux stipendiés. Dans cette optique, le rêve d’obtenir une majorité de 90 députés à l'Assemblée nationale ne sera qu'un jeu d'enfant.

Pourquoi une majorité à tout prix ? On pourrait répondre que c'est comme cela dans les pays à démocratie avancée. Mais dans une nation encore en formation comme la Guinée avec autant d'impedimenta qui l'empêchent de décoller, de vrais hommes d'Etat auraient à souci de rassembler toutes les forces vives (pas forcément dans un parti unique), pour la bataille du développement. Dans des pays à démocratie avancée, le parti ou la coalition de partis politiques ayant remporté les élections, gouvernent le pays jusqu'aux prochaines élections. Dans un pays comme la Guinée, devrait être trouvée une formule où le président de la République ne devrait pas tout mettre en œuvre, y compris la fraude avec l'usage de toutes les données de l'Etat, comme je l'ai rappelé, ci-dessus, pour gagner des élections. C'est cette pratique dictatoriale qu'Alpha Condé a tant dénoncée sous la présidence du Général Lansana Conté (1984-2008). Celui-ci s'était ingénié avec son parti, le PUP, à avoir une majorité écrasante à l'Assemblée, constituée de députés budgétivores, qui n'ont, de mémoire de Guinéens éclairés, absolument rien apporté à la législation guinéenne. C'est ce type de système que le président guinéen veut mettre en place pour conserver le pouvoir, tout le pouvoir à sa dévotion. Mais qu'il se souvienne de ses deux principaux prédécesseurs (Sékou Touré et Lansana Conté) qui ont toujours eu une Assemblée pléthorique à leur dévotion. Qu'en ont-ils fait pour la Guinée ? Des courtisans, sinon, rien.

Ce qu'il faudrait pour la Guinée aux tensions sociales élevées à l'heure actuelle, c'est un partage du pouvoir qui associerait tout le monde à la construction nationale. C'est là, une voie incontournable de recherche de réconciliation et d'apaisement social, nécessaires au développement. La concentration de tous les pouvoirs dans les mêmes mains est contre-productive. Il faut qu'enfin on comprenne cela en Guinée. Quand la Guinée aura atteint un certain degré d'organisation démocratique, alors le ou les partis vainqueurs pourront penser à exercer à eux (seuls) le pouvoir (et encore!).

Pour l'opposition dans toutes ses composantes, y compris le centre, je sais, vous le savez, Alpha Condé vous livre un harcèlement, que dis-je, une guerre permanente qui consiste à bafouer vos qualités de leaders reconnus, vos droits élémentaires de citoyens à travers vos réunions, vos manifestations pacifiques contre l'iniquité et le piétinement des lois de la République. Je sais, nous savons, vous savez que c'est un combat de pots de terre contre des pots de fer. Mais le vent nouveau qui souffle sur votre détermination collective, est porteur d'espoir collectif. Vous avez en face un homme qui dit et fait dire dans sa mouvance que les élections législatives sont incontournables pour débloquer l'enveloppe de 175 millions d'euros de l'Union européenne, ou pour attirer aux portillons de la Guinée, un flux d'investisseurs. Il ne s'agit là que de hochets pour faire croire que ces élections lui tiennent à cœur. Alors, pourquoi les avoir annoncées à plusieurs reprises de juin 2011 à juin 2013, sans passer à leur réalisation ? La vérité doit se situer ailleurs et elle doit être simple. A mon avis je crois qu'il a trouvé plus confortable de gouverner par décrets que par la présence d'une Assemblée nationale dont la couleur ne lui paraissait pas acquise d'avance. Et de cette manière, le premier quinquennat peut se passer sans anicroches, tout en se fourbissant de diverses variétés de batteries de tactiques, tirées des biens collectifs, pour lever un second mandat. Enfin, le lecteur peut légitimement me demander, je suppose, ce que je pressens de la convocation du 30 juin. Je ne suis pas l'Oracle de Delphes, mais je prends le risque, compte tenu du degré d'impréparation à cette date du 24 avril, de dire que les élections législatives n'auront encore pas lieu à la fin du mois de juin prochain ou que si elles ont lieu à cette date, il s'agira des élections les plus décriées en ce début du XXIe siècle, non seulement en Guinée mais ailleurs dans les pays démocratiques et dans les organisations internationales.

Mais nous sommes tombés tellement bas, que l'image de la Guinée dans le monde est devenu le cadet des soucis des dirigeants du pays en exercice.


Ansoumane Doré
Dijon, France

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Commentaires  

 
+3 #20 Paul Théa 01-05-2013 07:11

Tous ces récits me fendent le cœur ; il y a ceux qui glorifient et ceux qui nient tout en bloc sur ces régimes sanguinaire de notre pays
Je l’ai exprimé dans un article, je ne me suis pas levé un matin avec l’envie de raconter l’histoire de le Guinée ; je faisais des émissions radio sur la culture ; des artistes invités, racontaient leurs parcours et les difficultés pour faire un album.
Ensuite, vint l’idée de l’élargir aux écrivains ; ainsi de suite.
Voilà comment j’ai interviewé les Doyens : Ansoumane Doré, James Soumah, Kapet de Bana etc. C’est toujours quelqu’un qui me conseillait de contacter un tel.
C’est James Soumah qui me donna l’idée de faire une vidéo avec Kapet de Bana voilà l’origine de mon documentaire sur la Guinée. Bref
Après mon interview de Mme Telli, quelqu’un me suggéra de rencontrer Mme Touré aussi ; je suis donc allé me présenter pour un rendez-vous.
Mohamed Touré svint, en voyant ma carte de visite ; je lui parle de mon projet ; il me promet de passer le message et de donner la suite.
Je m’apprête à partir, visiblement Mr Touré lis mes articles ; alors il décide de me raconter sa version des faits en vrac.
« Le complot des enseignants contenait un autre complot ; celui de Fodéba qui a maté fort pour mettre la responsabilité sur son père ; comment Mamadou Boiro fut jeté de l’avion ; etc.. et le Clou le camp Boiro était une prison insignifiante mais les gens en ont fait un grand truc et son expression « on parle de 50 000 morts, ou nous étions nous ? »
C’est le même qui vient de déclarer à Paris que son père n’a jamais prononcé le complot peulh ; il a seulement dénoncé l’ethnocentrisme dans une communauté.
Moi je dis que pays a besoin de connaître toutes les vérités sous tous les régimes pour que ce genre de négationnistes cessent de nuire en remuant les couteaux dans les plaies.
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+1 #19 Gandhi 29-04-2013 23:26

Citation en provenance du commentaire précédent de Ansoumane Doré:
Des Guinéens (même apparemment jeunes) se sont fossilisés dans l'adoration d'un passé honni Le fait d'avoir refusé d'aller subir le sort tragique de vaillants fils de Guinée que cite Madina ne dit rien à ces compatriotes dénués de sentiments humains.

Ces incultes feraient bien de lire Hannah Arendt (si tant est qu'ils sachent lire), pour comprendre que leur inhumanité est lié à leur absence de cerveau (ils ne pensent pas par eux-mêmes), et plus ils sont médiocres ou insignifiants, plus ils se réfugient dans la soif de reconnaissance, que procure le fait d'appartenir à un système répressif, dont ils sont l'un des rouages. En temps normal, ils n'existeraient pas socialement ou professionnellement. Resco par exemple est l'archétype du Mister Nobody, dont on connait à l'avance le mode de raisonnement pour se disculper de ses crimes, qu'il ne comprend même pas... puisqu'il exécute des ordres !!!
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+3 #18 Ansoumane Doré 29-04-2013 19:00

Je remercie tous ceux qui ont pris la peine de lire ce texte.A plusieurs reprises, j'ai déjà écrit que je ne venais pas sur ce site pour me faire une clientèle ni pour chercher des congratulations. Je n'en ai pas besoin. Je ne viens pas non plus pour endoctriner qui que ce soit.Je suis Guinéen et je dis tout simplement ce que je pense du présent et de l'avenir de ce pays.D'autres peuvent penser autrement, c'est leur affaire.
Des Guinéens (même apparemment jeunes) se sont fossilisés dans l'adoration d'un passé honni Le fait d'avoir refusé d'aller subir le sort tragique de vaillants fils de Guinée que cite Madina ne dit rien à ces compatriotes dénués de sentiments humains.C'est ce qui explique que la dictature semble avoir encore de beaux jours devant elle.
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+1 #17 madina 29-04-2013 12:28

"Dans la nuit du 26 au 27 mars 1971, vers une heure du matin, alors que notre salle est plongée dans un profond silence, la porte s'ouvre ; le docteur Maréga Bokar est appelé, chargé habituellement de prodiguer des soins aux nombreux détenus, il considère, comme tout le monde d'ailleurs, qu'il s'agit d'un appel de routine.
Quelques instants après, ses gémissements nous parviennent, on se précipite à la porte. On l'aperçoit déjà déshabillé ; des geôliers s'affairent à le ligoter et, d'un pas rapide, deux d'entre eux se détachent du groupe et viennent vers nous ; le groupuscule réuni à la porte se volatilise en un clin d'oeil.
Ils appellent ensuite successivement
Amadou Tidjane Diop
Aguibou Barry
Hamidou Dramé
La porte se referme sur nous. Nous continuons à les apercevoir par les trous de la porte ; nos amis sont déjà en sueur, demi nus, les coudes ligotés dans le dos, de même que les chevilles. Accroupis, ils se tordent de douleur.
Mon désarroi est profond : je suis le dernier sur la liste officielle publiée par Horoya *****. Je me crois susceptible d'étre appelé d'un instant à l'autre pour connaître le même sort. Je suis confus, bouleversé, muet. Je transpire à grosses gouttes et ne sais que faire...
L'attente s'éternise mais le ronflement d'un véhicule qui se range devant le pénitencier nous parvient. Encadrés de geôliers fortement armés, nos amis, par petits bonds, se dirigent vers le portail et le sinistre véhicule démarre quelques instants après pour s'enfoncer dans la nuit noire.
La chambrée, dans un silence déprimant, passe une de ses plus longues nuits.
Au lever du jour, on observe avec un profond chagrin les menus effets laissés par nos malheureux compagnons. On n'a pas le coeur à les profaner !
Que de projets n'avons-nous pas dressés ensemble pour le moment où nous sortirions de cet enfer !
M. Maréga n'avait jamais cessé de parler de son épouse bien-aimée. En début d'hivernage, quand les éclairs « labourent » le ciel, il pense avec émotion à Mme Maréga, qui ne les supporte pas... Diop, lui, parlait de sa belle Arabiou et de ses enfants...
Nous ne les reverrons donc plus jamais ces amis intimes ! Oh, cruel destin des hommes !
Paix à vos âmes et que Dieu vous accorde sa Miséricorde et son Paradis. Amen !"
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+1 #16 madina 29-04-2013 11:24

"On procédera autrement encore pour l'arrestation de Karim Bangoura, ancien ambassadeur de Guinée à Washington, ancien ministre. On commencera par confondre à la radio son nom avec celui de Karim Fofana 13. A plusieurs reprises, on dira : « Le traître Karim Bangoura [ ... ] » puis on donnera un rectificatif : « Une erreur s'est glissée dans notre dernier bulletin. Il s'agit bien évidemment du traître Karim Fofana et non pas du secrétaire d'Etat Karim Bangoura [ ... ] »
Le père de Karim, ancien chef de canton, inquiet de ces « erreurs » et des bruits qui courent au sujet de son fils, décide de voir le chef de l'Etat. Ce dernier le reçoit en compagnie de Karim. Il les met à l'aise, faisant ressortir ce que Karim a apporté et apporte comme contribution à la révolution. C'est l'un de ses meilleurs cadres et ce sont les ennemis de la révolution qui font courir « les fausses rumeurs de son arrestation ». Il n'est pas question de l'arrêter.
Quelques jours plus tard, Kalagban Camara, de l'entourage du président 14, passe, « tout à fait fortuitement », au bureau de Karim. Il bavarde avec ce dernier de façon « amicale » et lui confie, « seul à seul », « tout » le bien que le président dit souvent de lui et « toute » la confiance qu'il a en lui. Puis, fait exceptionnel, Karim est chargé de l'inauguration de l'usine de céramique que les Coréens viennent de réaliser à Matoto, proche banlieue de Conakry (à 20 km).
On le met à l'aise et, au moment où il ne s'attend plus à rien, on le dénonce à la radio et le « peuple », c'est-à-dire les responsables de son comité, l'appréhendent chez lui et le conduisent au camp Boiro. Le président a tenu parole : il n'a pas arrêté Karim, c'est le peuple qui l'a arrêté. Il n'y peut rien. Karim connaîtra une fin tragique : ligoté, les mains au dos, les pieds joints, il sera jeté dans le fleuve Fatala"
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+4 #15 Mamadou Saliou Bah 29-04-2013 01:45

Lansana Bangoura ! ( que d'emprunts ! )
Vous avez du perdre " vos grosses tétines " . ( depuis qu' il vous a demande de laisser votre adresse , Mr Gandhi ) . Retrouvez les , et on suivra vos " conseils "
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-2 #14 Jean Paul Kourouma 29-04-2013 01:45

Citation en provenance du commentaire précédent de Lansana Bangoura:
(...) Même si le Doyen Ansoumane Doré a passé toute sa vie à servir les colons blancs, faut-il l'en vouloir. Laissons les gens avec leur conscience.

Vous allez trop loin mon cher ami. Je crois qu'il est temps de mettre de l'ordre dans le désordre. Et respect pour le bonheur de tous et de chacun les chers doyens qui partagent au moins leurs idées. Nous ne sommes pas des bébés avec des tétines pour crier à chaque fois qu'ils nous demandent un minimum de respect. À bon entendeur, salut!
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+1 #13 Lansana Bangoura 28-04-2013 20:57

@ Boubacar,
Qu'est-ce que vous essayiez d'insunuer dans la phrase ci-dessous. Vous voulez nous dire que les personnes que nous applaudissions ne sont pas représentatives puisqu'elles n'ont pas servi la Guinée. Je dois vous rappeler que travailler pour son pays ne veut pas obligatoirement dire être dans la Guinée profonde. Même si le Doyen Ansoumane Doré a passé toute sa vie à servir les colons blancs, faut-il l'en vouloir. Je pense que non! Laissons les gens avec leur conscience. C'est aussi simple non!
Citation en provenance du commentaire précédent de Boubacar Barry:
Ah la Guinée des dithyrambiques. .... plusieurs de nos compatriotes que nous applaudissions aujoud'hui n'ont pas foulé le sol de la Guinée depuis belle lurette.
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+1 #12 Le voyant 28-04-2013 16:38

Errata: construction ups....
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-1 #11 Boubacar Barry 28-04-2013 15:40

Citation en provenance du commentaire précédent de Le voyant:
J’ai hâte qu’Alfa débarrasse le plancher pour que les doyens mettent leur talents au service de leur pays…….

Ah la Guinée des dithyrambiques. Voyant, je partage exactement cette opinion. Seulement, ce ne sera pas du tout facile puisque plusieurs de nos compatriotes que nous applaudissons aujoud'hui n'ont pas fouler le sol de la Guinée depuis belle lurette. Mon oeil, la Guinée tourne sens dessous-dessus ou quoi? Les grand-mères ne vous diront pas le contraires!
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+3 #10 Le voyant 28-04-2013 04:18

J’ai hâte qu’Alfa débarrasse le plancher pour que les doyens mettent leur talents au service de leur pays……. Je n’ai pas trop de commentaires à faire par peur de dénaturer le débat et généralement quand ca me conviens j’évite d’intervenir après lecture. Doyen «Oustandig» comme toujours…. Que Dieu vous garde parmi nous encore très longtemps pour que vous puissiez contribuer a la contribution de la maison Guinée, le chantier est certes très vaste (un défit colossal voir gargantuesque a surmonter….) mais avec les valeureux fils de la Guinée comme vous rien ne sera impossible….
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+12 #9 Mamadou Saliou Bah 27-04-2013 12:42

" C'TROP , faites les liaisons ... "
Lier des COULEURS TROPICALES dans La Savane guinéenne n' a jamais fait avancer le schlimi .
Certains pensent que ARC en CIEL veut dire Couleur Tropical . On les laisse dans leurs illusions . Un Arc en Ciel n' a jamais empêche le Soleil de briller .
Safiatou , j' ose espérer que vous n' avez pas " bu " votre POULAR ( avec toute honte ) et que vous vous souvenez que Arc en Ciel veut dire " Yarowol Ndian " ( buveur de pluie ) et que c' est si éphémère : le temps d' une pluie tropicale .
Vive la COULEUR TROPICALE et loin , très loin de " L essence " de la politique .
Assurément , C' TROP !
Bien a vous SAFI !
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+3 #8 AOT Diallo 26-04-2013 21:57

Merci encore une fois Doyen - une analyse juste et claire, sans aucune passion. De nombreux "contributeurs" de ce site devraient y trouver une leçon sur comment débattre de manière polie et civilisée.
Je pense comme vous et Tut que le choix du 30 juin n'a rien a voir avec une date probable des législatives, cette date n’étant absolument pas tenable vu les lacunes actuelles.
Je pense en fait que malin et pervers comme il l'est, le PPAC a tout juste voulu éviter l'erreur de Gbagbo qui l'a menée a la CPI : si les NU avaient mis leur nez dans le dialogue, la phase suivante aurait été sa présence comme superviseur et garant des élections et ensuite fini la triche pour les élections : soit il dégage, soit il fait la guerre avec ses conséquences.
Bref il n'y aura jamais rien a faire de positif avec ce bonhomme machiavélique - il faut s'en débarrasser car il ne jouera jamais selon des règles transparentes et justes.
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+2 #7 Mountaga 26-04-2013 14:48

Voici un des rares guineens qui se met au dessus de la melee ethnique et ecrit avec objectivite. Les problemes de la guinee sont la` et nous les connaissons tous. Nous vivons en occident et nous savons qu'est ce qu'un etat de droit et le developpement. On ne peut faire avancer la guinee sans l'esprit patriotique. Qui parle de patriotisme, parle de consensus, le partage des responsabilites et l'accountabilte mais fort malhereusement depuis son independance, la guinee a toujours ete gouverne dans l'arrogance, la haine, l'exclusion et la demagogie et consequence pas d'eau, pas d'electricite, pas d'infrastructures ; c'est donc la mamaya du temps et le mensonge par example: le PDG-RDA, le PUP, le CNDD et maintenant le RPG what's next?
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+4 #6 TUT 26-04-2013 09:04

Je ne pense pas qu’il y’aura une élection le 30 juin. Le décret était de nous faire oublier la visite de Dadis a n’Nzérékoré. Alpha est très malin et ca l’aide à survivre, en fin communiste, il sait bien que s’il ordonne tout un peuple d’aller se jeter a la mer le 30 juin, il fera la révolution !
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+2 #5 Abdoulaye Diallo, Rotterdam 26-04-2013 08:53

Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
L'ennui c'est que son logiciel le lui interdit, et qu'aucune SSII ne pourra changer quoi que ce soit. Dès lors la seule solution est de l'enlever là où il est nuisible.

Après la lecture de cette analyse du doyen Doré, je ne penses pas qu'il y a une solution plus appropriée que celle préconisée ci-dessus par Gandhi car AC ne changera d'un iota sa façon de faire et avec lui aucun dialogue n'est possible. La raison est très simple: "Alpha Condé n'a jamais su ce qu'est un débat contradictoire. Sa réplique habituelle est que personne ne peut lui donner des leçons de démocratie et de militantisme politique."
Merci doyen Doré pour cette autre analyse.
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+2 #4 Paul Théa 26-04-2013 05:01

Voilà mon tonton à moi tout seul lol
Plus sérieusement, le vari professeur a parlé et l’étudiant Paul Théa jubile.
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+3 #3 Gandhi 25-04-2013 21:04

Citation en provenance du commentaire précédent de Alhousseny:
En Guinee, on ne demande meme pas a AC de former un gouvernement d'union nationale, mais qu'il laisse simplement les guineens choisir eux-memes leur depute et leur maire.

L'ennui c'est que son logiciel le lui interdit, et qu'aucune SSII ne pourra changer quoi que ce soit. Dès lors la seule solution est de l'enlever là où il est nuisible.
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+9 #2 Alhousseny 25-04-2013 20:35

C'est toujours un vrai plaisir de lire les articles de M. Dore. Ce que je prefere, c'est qu'il va droit au but et appelle les choses par leur nom, ce qui est si rare dans notre pays aujourd'hui.
Je partage chaque point de cet article, en particulier le passage qui dit que ce dont la Guinee a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'un partage du pouvoir public qui permet a toutes les forces du pays de tirer dans la meme direction. Ceci me parait si evident, mais c'est peut-etre parce que j'ai passe de nombreuses annees en Suisse ou la collegialite est le mode de gouvernance a tous les echelons, du gouvernement federal a la commune. La plupart des gens croit que si les capitaux affluent vers la suisse du monde entier, c'est a cause du seul secret bancaire. C'est une lecture tres partielle des atouts de ce petit pays. Le plus important que la suisse offre, en plus du secret bancaire et du savoir-faire des suisses, c'est la STABILITE. Quand une entreprise s'etablit en Suisse, elle est certaine qu'aucun changement politique brutal ne va venir tout mettre sens dessu dessous parce que le pouvoir est toujours partage a tous les niveaux. Il n'y a que les hommes qui changent; les partis politiques formant le gouvernement restent les memes. L'equilibre politique ne change que tres marginalement. C'est cela qui rassure, et meme des pays comme la France ou les USA n'offrent pas une telle stabilite. Et s'il y a une seule chose que les suisses partagent, de quelque bord politique qu'ils soient, c'est l'interet superieur de la Suisse, en particulier face au reste du monde. C'est a cette forme de gouvernance que je reve pour la Guinee.
En Guinee, on ne demande meme pas a AC de former un gouvernement d'union nationale, mais qu'il laisse simplement les guineens choisir eux-memes leur depute et leur maire. Le plus grops du pouvoir restera toujours entre ses mains, mais cela aura l'avantage de stabiliser le pays, de rassurer les investisseurs guineens et etrangers, et surtout de laisser libre court a l'esprit d'entreprise des guineens.
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-16 #1 D.DIABY 25-04-2013 19:51

Mr.Ansoumane Doré,merci pour votre article mais nous connaissons et nous avions déjà entendu ce que vous êtes entrain de nous dire ici.Mais malgré tout ça il faut qu'on aille aux urnes.Il n y a aucune démocratie qui attend que les cent pour cent de ses classes politiques soient prêtes pour convoquer une élection.
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