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Le débat d’idée est une attitude positive dans la construction d’un État de droit

Naby Laye Camara  Jeudi, 04 Avril 2013 21:45

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CAMARA_Naby_Laye_2_01A mon article « La Guinée : les pilleurs ne sont pas les anciens ministres », il y a eu des réactions démocratiques. Dans une démocratie pluraliste, les idées sont nombreuses et variées. Les débats sont encouragés et fortifiés. Les interprétations sont souvent graves et intéressantes.

Les pilleurs ne sont pas les anciens ministres, mais les présidents du pays. Je soutiens cette affirmation dans une logique qui semble être mal comprise par certains lecteurs.

Dans un État de droit, il y a des structures légales et indépendantes qui définissent un pays démocratique. L’une de ces structures légales est l’Assemblée nationale. L’article 72 de la Constitution guinéenne mentionne : « Sous réserve de l’article 51, l’Assemblée nationale vote seule la loi et contrôle l’action gouvernementale ». Et l’article 88 d’annoncer que « Les ministres peuvent être entendus à tout moment par l’Assemblée nationale et par ses commissions. Ils ne peuvent se faire assister par des collaborateurs de leur choix ». Et dans l’article 89 : « Le gouvernement est tenu de fournir à l’Assemblée nationale toutes explications qui lui seront demandées sur sa gestion et sur ses activités ». La Constitution guinéenne est bien élaborée. Le seul problème, les régimes politiques ont toujours élaboré les choses à leurs manières.

A ce point, tombe ma logique. Les chefs d’Etat sont les seuls responsables du retard de la Guinée. Les articles sont très précis : tous les ministres sont responsables devant l’Assemblée nationale et non devant le président de la République. Mais depuis l’indépendance de la Guinée jusqu’à nos jours, aucun régime ne s’est plié aux obligations de la Constitution. L’indépendance entre les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires, n’a jamais été une réalité. Les présidents de la République ont toujours considéré le pouvoir comme une propriété privée. Ils ont toujours monopolisé les trois pouvoirs qui représentent l’ossature même d’un État de droit.

Dans une telle situation, et vu l’absence d’une structure légale et indépendante, on n’a pas besoin d’être politologue pour se rendre compte, que nos ministres ne peuvent être responsables que devant leur chef, le président de la République, chef du gouvernement. Tout simplement, parce qu’il n’y a pas une Assemblée nationale pour suivre et contrôler l’action des ministres. Ils ne rendent de comptes, « seulement », qu’au chef de l’exécutif.

Dans l’actualité guinéenne, et comme pour matérialiser mon raisonnement, mentionnons le cas d’Abdoulaye Keita. M. Keita est le coordinateur général d’Électricité de Guinée (EDG). Nous savons tous que cet homme ne fait pas bien son travail. Le président Condé le sait aussi. Mais il ne réagit pas pour des raisons difficiles à comprendre. M. Keita est-il un parent proche du président ? Serait-il un partisan incontournable du RPG-Arc-en-ciel ? Tant de questions…

Si la Guinée avait une Assemblée nationale libre et indépendante, M. Abdoulaye Keita serait-il ce qu’il est aujourd’hui ? Jamais. Les députés ne lui auraient laissé aucune chance. Et ce, indépendamment des intérêts et des désirs du président de la République. Ce n’est pas pour rien qu’Alpha Condé veut à tout prix avoir la majorité des députés. Il contrôlerait tout, et nous ne pourrions plus responsabiliser nos ministères, dans la « légalité constitutionnelle ».


Naby Laye Camara
Bruxelles


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