Naby Laye Camara Mercredi, 03 Avril 2013 09:11
Ce sont les présidents Sékou Touré, Lansana Conté, Dadis Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé (depuis 2010), les seuls coupables du retard de la Guinée. Faire des abstractions pour des besoins électoraux aux dépens de la vérité, n’avancera jamais la Guinée. Dans l’abstrait, et sans faire référence à la réalité concrète, nous ne verrons ni la lueur du développement.
La réalité concrète. La Guinée, depuis son indépendance en 1958, a connu des régimes d’exception. J’appelle des régimes d’exception, des régimes qui ont eu une forme d’activités en dehors de ce qui est courant.
Le régime de Sékou Touré n’avait pas une définition exacte. Peut-être un régime à tendance socialiste ou communiste ? Mais sans conviction. Si l’ancienne puissance coloniale, la France, n’avait pas été exaspérée par le fameux « Non » du 28 septembre 1958, la Guinée de Sékou Touré aurait sûrement vu le socialisme de travers. Mais peu importe la tendance, par conviction ou non. Les Guinéens ont connu et vécu dans un régime à parti unique où seul régnaient Sékou Touré et sa famille. Les ministres étaient nommés essentiellement pour faire la propagande du parti. Ces ministres devaient agir ainsi sous peine d’être cloués à vie dans des prisons à mort. Ce qui ne doit pas étonner. Dans sa genèse, le régime à parti unique abolit la pluralité des idées. Seul compte une idée, celle du chef. De l’unique parti. Dans ces conditions, est-il normal d’accuser les ministres d’un quelconque retard dans la gestion du pays ? Le chef ayant tout le pouvoir en mains ?
Le régime de Lansana Conté qui se planta en 1984, avait une autre caractéristique. La Guinée venait de voir les militaires aux commandes de son destin. Un régime militaire et à sa tête, le général-paysan (comme il se définissait lui-même). Même si cet homme a réussi à établir une Constitution dans laquelle le multipartisme donnait une saveur de démocratie à la Guinée, le président Conté a toujours soutenu ‒ durant tout son long règne ‒ que son pouvoir était donné par la volonté de Dieu. Il était président parce que Dieu l’avait voulu. En conséquence, il n’hésitait pas à le mettre en pratique : tous ses ministres étaient ses subordonnés. Il les nommait, et il les révoquait lorsque ceux-ci commençaient à questionner l’état de subordination qui leur était imposé. Dans ces conditions, est-il normal d’accuser les ministres d’un quelconque retard dans la gestion du pays ? Le chef ayant tout le pouvoir en mains ? Arrêtons les abstractions !
Le temps de Dadis Camara à la tête de la Guinée fut très bref. Avec cet homme, il n’y a pas de doute, il incarnait l’anarchie totale. Disons qu’il n’y avait pas de ministres, mais un groupuscule de militaires indisciplinés prêts à faire régner la terreur. Dans ces conditions, comme il n’y avait pas de ministres, les choses étaient claires.
Sékouba Konaté à bien géré la transition parce qu’il n’avait pas d’autre alternative. Il devait le faire sous peine de suivre l’exemple de son prédécesseur (et ami), Dadis Camara. Mais, la particularité de cet homme, c’est qu’il sema une telle pagaille (avec ses amis militaires) dans la caisse de l’État, en si peu de temps, ce que Conté ne put faire pendant ses 24 ans de règne. Est-il normal de faire abstraction de ce président, aujourd’hui, hors du pays ?
Le régime d’Alpha Condé en place depuis 2010, à une belle caractéristique. C’est le premier régime civil élu démocratiquement ‒ même si cela semble peu rationnel. Mais, voilà, peu importe ! Alpha est au pouvoir.
Cet homme qui a longtemps combattu pour le pouvoir – et non pour la démocratie, comme j’ai pu le lire quelque part dans un article ‒, semble avoir des limites très inquiétantes. Des limites qu’un chef d’État ne doit pas avoir. Apparemment arrogant, mais au fond, il peut être une personnalité avec des embarras liés à un complexe d’infériorité. Un état d’esprit qu’il ne possédait pas lorsqu’il était opposant. Lansana Conté masquait un tel état d’esprit par la force et le bruit de ses armes. Alpha Condé n’étant pas militaire, il aurait pu le faire par la magnificence de son intelligence académique. Et comme tel n’est pas le cas, le danger (comme je le disais dans l’un de mes articles), c’est le cas d’un professeur qui n’a pas l’ascendant sur ses étudiants. Et si le professeur maîtrise moins sa matière que ses étudiants, et le président moins ses nerfs que ses ministres, la perspective d’un autre professeur est envisagée, comme celle d’un président. Dans une telle situation, et lorsque les choses se décomposent ou pourrissent, faut-il admettre que c’est la faute des ministres ?
Lorsque la Guinée aura su se démocratiser et consolider sa démocratie, autrement dit, lorsqu’il y aura l’indépendance totale entre les pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire, en ce moment-là, et seulement en ce moment-là, les responsabilités des ministres seraient prises en compte.
La démocratisation et la consolidation de la démocratie, tel est l’objectif principal de l’opposition radicale.
La coordinatrice du RPG-Arc-en-ciel, Hadja Nanténin Chérif, m’aurait bien compris. A aucun moment, l’opposition n’est à la base des contreperformances du pouvoir actuel. Par contre, l’ambition très électoraliste du président Condé y est pour beaucoup.
Naby Laye Camara
Bruxelles
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