Il faut lever l’équivoque et ne faisons pas l’abstraction facile

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CAMARA_Naby_Laye_3_01Ce sont les présidents Sékou Touré, Lansana Conté, Dadis Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé (depuis 2010), les seuls coupables du retard de la Guinée. Faire des abstractions pour des besoins électoraux aux dépens de la vérité, n’avancera jamais la Guinée. Dans l’abstrait, et sans faire référence à la réalité concrète, nous ne verrons ni la lueur du développement.

La réalité concrète. La Guinée, depuis son indépendance en 1958, a connu des régimes d’exception. J’appelle des régimes d’exception, des régimes qui ont eu une forme d’activités en dehors de ce qui est courant.

Le régime de Sékou Touré n’avait pas une définition exacte. Peut-être un régime à tendance socialiste ou communiste ? Mais sans conviction. Si l’ancienne puissance coloniale, la France, n’avait pas été exaspérée par le fameux « Non Â» du 28 septembre 1958, la Guinée de Sékou Touré aurait sûrement vu le socialisme de travers. Mais peu importe la tendance, par conviction ou non. Les Guinéens ont connu et vécu dans un régime à parti unique où seul régnaient Sékou Touré et sa famille. Les ministres étaient nommés essentiellement pour faire la propagande du parti. Ces ministres devaient agir ainsi sous peine d’être cloués à vie dans des prisons à mort. Ce qui ne doit pas étonner. Dans sa genèse, le régime à parti unique abolit la pluralité des idées. Seul compte une idée, celle du chef. De l’unique parti. Dans ces conditions, est-il normal d’accuser les ministres d’un quelconque retard dans la gestion du pays ? Le chef ayant tout le pouvoir en mains ?

Le régime de Lansana Conté qui se planta en 1984, avait une autre caractéristique. La Guinée venait de voir les militaires aux commandes de son destin. Un régime militaire et à sa tête, le général-paysan (comme il se définissait lui-même). Même si cet homme a réussi à établir une Constitution dans laquelle le multipartisme donnait une saveur de démocratie à la Guinée, le président Conté a toujours soutenu ‒ durant tout son long règne ‒ que son pouvoir était donné par la volonté de Dieu. Il était président parce que Dieu l’avait voulu. En conséquence, il n’hésitait pas à le mettre en pratique : tous ses ministres étaient ses subordonnés. Il les nommait, et il les révoquait lorsque ceux-ci commençaient à questionner l’état de subordination qui leur était imposé. Dans ces conditions, est-il normal d’accuser les ministres d’un quelconque retard dans la gestion du pays ? Le chef ayant tout le pouvoir en mains ? Arrêtons les abstractions !

Le temps de Dadis Camara à la tête de la Guinée fut très bref. Avec cet homme, il n’y a pas de doute, il incarnait l’anarchie totale. Disons qu’il n’y avait pas de ministres, mais un groupuscule de militaires indisciplinés prêts à faire régner la terreur. Dans ces conditions, comme il n’y avait pas de ministres, les choses étaient claires.

Sékouba Konaté à bien géré la transition parce qu’il n’avait pas d’autre alternative. Il devait le faire sous peine de suivre l’exemple de son prédécesseur (et ami), Dadis Camara. Mais, la particularité de cet homme, c’est qu’il sema une telle pagaille (avec ses amis militaires) dans la caisse de l’État, en si peu de temps, ce que Conté ne put faire pendant ses 24 ans de règne. Est-il normal de faire abstraction de ce président, aujourd’hui, hors du pays ?

Le régime d’Alpha Condé en place depuis 2010, à une belle caractéristique. C’est le premier régime civil élu démocratiquement ‒ même si cela semble peu rationnel. Mais, voilà, peu importe ! Alpha est au pouvoir.

Cet homme qui a longtemps combattu pour le pouvoir – et non pour la démocratie, comme j’ai pu le lire quelque part dans un article ‒, semble avoir des limites très inquiétantes. Des limites qu’un chef d’État ne doit pas avoir. Apparemment arrogant, mais au fond, il peut être une personnalité avec des embarras liés à un complexe d’infériorité. Un état d’esprit qu’il ne possédait pas lorsqu’il était opposant. Lansana Conté masquait un tel état d’esprit par la force et le bruit de ses armes. Alpha Condé n’étant pas militaire, il aurait pu le faire par la magnificence de son intelligence académique. Et comme tel n’est pas le cas, le danger (comme je le disais dans l’un de mes articles), c’est le cas d’un professeur qui n’a pas l’ascendant sur ses étudiants. Et si le professeur maîtrise moins sa matière que ses étudiants, et le président moins ses nerfs que ses ministres, la perspective d’un autre professeur est envisagée, comme celle d’un président. Dans une telle situation, et lorsque les choses se décomposent ou pourrissent, faut-il admettre que c’est la faute des ministres ?

Lorsque la Guinée aura su se démocratiser et consolider sa démocratie, autrement dit, lorsqu’il y aura l’indépendance totale entre les pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire, en ce moment-là, et seulement en ce moment-là, les responsabilités des ministres seraient prises en compte.

La démocratisation et la consolidation de la démocratie, tel est l’objectif principal de l’opposition radicale.

La coordinatrice du RPG-Arc-en-ciel, Hadja Nanténin Chérif, m’aurait bien compris. A aucun moment, l’opposition n’est à la base des contreperformances du pouvoir actuel. Par contre, l’ambition très électoraliste du président Condé y est pour beaucoup.


Naby Laye Camara
Bruxelles

 
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Commentaires  

 
+3 #6 mamadou saliou bah 04-04-2013 21:41

Mr CAMARA !
" LA LOI SUPREME de l'ETAT " !
C Q F D ! Merci et encore merci .
Fasse Que Les Guineens vous entendent! AMEN !
Bien a vous !
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+1 #5 Camara 04-04-2013 17:50

Justement 'Patriote', il ne s'agit pas de disculper les bourreaux, mais il est question d'établir une STRUCTURE LEGALE permettant de poursuivre et de sanctionner toute personne qui contourne la loi. Pensez-vous normal que le pays reste pendant deux ans sans une Assemblée nationale? Car, face aux députés, tous les ministres sont appélés à rendre des comptes. Tous les ministres sont appélés à s'expliquer. En procédant ainsi, il sera difficile pour un ministre de contourner les règlements sans être inquiété.
Le grand problème de la Guinée, cette STRUCTURE LEGALE et INDEPENDANTE n'a jamais fonctionné. Elle n'a pas fonctionné ( là se situerait la polémique entre vous et moi),parce que les chefs d'Etat guinéen n'ont jamais voulu qu'elle fonctionne. Ils ont toujours considéré le pouvoir comme une propriété privée.Ils ont toujours monopolisé le pouvoir. Et comme cette structure légale n'existe pas, les ministres sont responsables face au président, et non face à une institution légale, l'Assemblée nationale. Et là se trouve le point de ma logique: les seuls responsables sont les présidents.
Un exemple typique dans l'actualité, et comme pour materialiser mon raisonnement, c'est par rapport à Abdoulaye Keita, le coordinateur général d'Electricité de Guinée(EDG). Tout le monde sait que ce monsieur ne fait pas bien son travail. Alpha Condé le sait très bien, mais il ne réagit pas pour des raisons difficiles à comprendre. Est-il un parent proche du président? Est-ce un partisan clef pour la mouvance présidentielle? Difficile à saisir.
Mais, 'Patriote, pensez-vous, que s'il y avait une structure légale et indépendante comme l'Assemblée Nationale, que M.Abdoulaye Keita serait ce qu'il est aujourd'hui? Jamais. Il se serait expliqué devant les députés. Et les responsabilités seraient établies en toute légalité. Et ça, indépendamment du vouloir ou des désirs du président de la république.
Voilà une Guinée que nous voulons où le président, les ministres, tous les citoyens guinéens seraient coiffés par la Loi suprême de l'Etat.
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0 #4 Patriote 04-04-2013 14:40

Mr Camara,
Si Alpha dit que Conté n'est pour rien dans la mauvaise gestion du pays, il faut le comprendre. C'est parce que ce dernier n'est plus un danger pour lui. Comme vous le dites, c'est pour des fins purement électoralistes. Il cherche à conquérir les fans de ce dernier. Pensez-vous possible qu'Alpha prenne la Guinée en 1984 ? Qui parle aujourd'hui du temps de tel ou tel ministre, fut-il le premier ou le dernier ministre ? Ne parle-t-on pas du temps de Sékou Touré, de Conté, de Dadis et de Konaté ? À vrai dire, personne ne peut ou ne pourra être endormie par les propos de Alpha, seuls les faibles d'esprit.
Par contre, rejeter la charge de notre retard aux seuls anciens présidents, comme vous semblez le démontrer, ne me paraît pas juste. J'ai peur qu'on disculpe des bourreaux et voleurs qui ont aidé leurs chefs à tuer nos compatriotes et à piller nos ressources. Ces bourreaux et voleurs sont aujourd'hui avec Alpha et dans l'opposition ou dans la nature ou ne sont plus de ce monde. Ils ne sont pas que dans un seul camp. Ne me dites pas qui sont-ils. Seule une enquête indépendante et crédible pourrait les identifier. J'espère qu'on se comprend.
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+3 #3 Camara 04-04-2013 02:48

Bonjour le 'Patriote'. Je comprends votre inquiétude. Mais je ne pense pas être passé à côté de la plaque. De toute manière, je vous dois quelques détails ou explications.
Dans mon article, j'emploie le concept ABSTRACTION. Tout s'y trouve. L'abstraction est le fait de considérer à part dans son esprit une qualité indépendamment de l'objet qu'on perçoit ou imagine. Quand vous me demandez "qui es-tu?, et que je vous réponde " je suis africain", vous ne serez pas satisfait de ma réponse. Mais quand je vous répond " je suis Naby Laye Camara, guinéen, né dans telle ville.. et tel jour et telle année", la compréhension est grande. Et vous serez bien plus satisfait que dans ma première réponse.
Le 'Patriote', je pense que je me fais comprendre. Le régime du président Alpha Condé fait des abstractions pour des raisons électoralistes. Pour Alpha et son gouvernement, les mauvais gestionnaires de la Guinée ont un seul nom: les ministres ou les anciens ministres. C'est un bon piège. Le professeur Condé n'étant pas à la hauteur de la situation, il veut endormir les guinéens par une telle idée. Recemment, il disait que Conté n'y était pour rien dans la mauvaise gestion du pays. Ce qui est faux. Qu'il a trouvé la Guinée là où Sékou l'a laissée. Aussi faux. L'abstraction est forte.
En résumé, Alpha commence à avoir la conclusion en tête ( dans le sens négatif). Démain, quand il ne sera plus au pouvoir, personne ne l'accusera. On dira, tout simplement, les ministres ont foutu la Guinée dans la merde.
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+3 #2 AOT Diallo 03-04-2013 15:06

Encore une fois, chapeau mignan Naby pour cette bonne analyse succincte.
Tu as tout dit : lorsque le professeur devient la risée de tous ces élèves, à part la dernière rangée de la classe qui ne comprend même pas ce qu'il dit, ça devient le chaos total dans la salle de classe.
Pauvre PPAC : les projecteurs du pouvoir ont révélé toutes ses carences, même à ses fanas...
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-3 #1 Patriote 03-04-2013 14:35

Mon cher Camara,
Vous écrivez souvent bien, je dirais même très bien. Mais cette fois, vous êtes passé complètement à côté de la plaque. La responsabilité dans le retard de notre pays, ne revient pas qu'aux seuls chefs, elle est partagée entre tous ceux qui ont participé à sa gestion.
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