La nécessité d’une nouvelle approche de la gouvernance des organisations communautaires africaines

Facebook Imprimer    

 

BAH_Thierno_Aliou_4_01La possibilité concrète de souveraineté nationale se voit compromise lorsque les lois internes d’un État et les droits fondamentaux du peuple sont bafoués. Dans ce contexte, ce sont les traités ou les conventions internationales qui doivent normalement primer. Dès lors, les leaders des organisations africaines à assise communautaire doivent avoir le courage politique de mettre le bien-être des populations africaines au-dessus des intérêts de leurs amis gouvernants ; ce qui devrait avoir des retombées positives sur l’exécution des programmes d'aide au développement.

Ce point de vue personnel ne remet pas cependant en cause l’importance de l’assistance internationale dans le processus de développement du continent. Au contraire, par sa vertu humanitaire, l’aide publique stratégique au développement est le moteur essentiel du décollage d’un grand nombre de pays pauvres. Par contre, si certains pays ont pu transcender les clivages ethniques et les tiraillements politiques internes induits par la volonté de sortir de l’ornière, d’autres, comme la Guinée, s’engouffrent dans les mauvais choix politiques qui freinent la croissance économique. Dans une telle situation, et à défaut d’une assemblée nationale qui doit servir de rempart contre les abus de l’État, il faut reconnaître la primauté des conventions internationales sur les normes machiavéliques locales.

Cette nécessité souligne la pertinence de l’objectif partagé par les Africains épris de paix et de justice de créer un espace politique garantissant les intérêts de nos patries, par opposition aux intérêts des gouvernants. C’est dans ce sens que les organisations communautaires africaines doivent abonder pour faire de l’Afrique un continent de droit. Mais le jeu politique qui consiste à relever au perchoir certains leaders africains au passé douteux et aux méthodes peu glorieuses, avec des velléités tendancieuses de s’éterniser au pouvoir, ou à faire la sourde oreille face à leurs abus politiques, ne fait que renforcer la conviction des populations africaines d’un leadership communautaire africain en déphasage avec les réalités du monde d’aujourd’hui.

Il semble donc impérieux de prendre des initiatives courageuses visant à sortir le continent de sa « léthargie Â» politique en adoptant un discours plus ferme à l’endroit des « fauteurs de troubles Â». Cette vision dénote à la fois une prise de conscience, une grande responsabilité, et une envie glorieuse de faire bouger les choses en Afrique. Pour cela, les « organisations africaines Â» doivent adopter des lois visant à recadrer le discours sur la bonne gouvernance (transparence électorale, bonne gestion politique et administrative, limitation de mandats présidentiels, respect des droits fondamentaux, etc.) comme facteur de stabilité politique et moteur essentiel de la croissance économique. Le respect de ces initiatives doit être un prélude non seulement au maintien en place du pouvoir exécutif mais aussi à tout programme d’aide publique au développement ou d’intégration d’un État dans la sphère communautaire. Ceci devrait susciter en temps normal une prise de conscience au niveau continental de la nécessité de léguer des institutions crédibles aux générations futures. À défaut, personne ne pourra renier au peuple son droit imprédictible à l’indignation face à la dictature et à l’atteinte aux droits et aux libertés fondamentaux.

Pour résumer, les leaders africains doivent apprendre à gérer les affaires de l’État dans un sens qui soit favorable au bien-être collectif et renouer avec la vision d’une Afrique capable de se hisser dans la sphère des pays émergents. C’est dans ce sens que la mobilisation communautaire doit être dorénavant conçue pour « démocratiser et rationaliser les institutions Â» africaines. Il faut remettre de l’ordre dans la maison !


Thierno Aliou Bah


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
+1 #8 Thierno Bah 31-03-2013 16:15

M. Mamadou Saliou Diallo, permettez-moi de résumer votre commentaire en 4 mots: l'Afrique perd ses valeurs. La valeur suprême que nous devons d'abord rechercher, c'est notre conscience. Bonne fin de semaine et merci pour votre style courtois, une autre valeur que nous perdons !
Citer
 
 
+1 #7 Gandhi 31-03-2013 12:57

Il ne faut pas oublier le plus important. Au-delà de l'origine des fonds (APD, investissements privés ou publics), il faut des hommes pour gérer ces fonds.
Exemple concret : un fonctionnaire lettré va t-il donner des fonds à un travailleur illettré, ce dernier pouvant être un chef d'entreprise informelle ou un agriculteur ?
La réponse à la question en dira plus long que toutes les déclarations stériles sur l'investissement privé.
Citer
 
 
+2 #6 Mamadou S. Diallo 31-03-2013 04:31

Toola, Thierno bah: Merci pour la précision. Effectivement mon commentaire est très spécifique en adressant une 'communauté' particulière et semble être en tangente a l’idée de cet article. Cependant il faudra qu'on se rappelle que c'est un grand ensemble des ses singularités 'communautaires' qui constituent l'audience dont parle Thierno Aliou Bah dans son article.
Je suis d'accord avec Thierno Aliou Bah sur L’idée central de sa contribution. Je suis cependant de l'avis qu'il y'a un grand fosse entre les espoirs et ambitions pour l'Afrique que nous exprimons de manière très cohérente souvent académique et l’aptitude de nos communautés de mettre en place des organisations qui en pratique fonctionnent réellement selon l'approche exprimée dans cette contribution.
Le problème principal a mon avis est que ceux réclament le respect du droit des individus et des institutions, sont souvent ceux la même les premiers a compromettre le droit des individus et les regèles de fonctionnement des institutions.
Ma simple vision de la solution est la suivante: Pour qu'il y'ai une approche de gouvernance qui marche, il faut que la masse des gouvernes qui souhaite vivre selon ce système dépasse un seuil critique. Je met le comportement de l'individu comme entité élémentaire de la communauté au centre de mes préoccupations. Il faut qu'il se développe chez l'individu une appréhension parfaite de son droit et son devoir par rapport a la communauté et une volonté délibérée de promouvoir le respect de ce droit et ce devoir.
Les idées pour la solution de nos problèmes, il y'en a en abondance. C'est absolument rares et difficile a trouver ces sont des hommes et femmes capables de mettre en ouvres ses solutions. Pour développer ses aptitudes il faut commencer au niveau élémentaire de la famille, du village, de la communauté ainsi de suite en remontant la pyramide jusqu’aux institutions gouvernementales et organisations régionales.
Pour que l’idée de bonne gouvernance, l'espoir de démocratie, et respect des droits de l'homme deviennent réalité quotidienne chez nous, il faut qu'on s'efforce a consolider la base de la pyramide en épousant l’idée du "bottom-up model of social development".
En somme a mon avis s'il ya un dysfonctionnement au sommet, c'est qu'il une lacune au niveau de la base. C'est pourquoi j'ai mention de l'exemple très spécifique de la communauté Peulh. Si vous répliquez le même de leadership au sommet vous nous n'aurez certainement pas meilleur que ce nous offre Alpha Conde en ce moment.
Citer
 
 
0 #5 Thierno Bah 30-03-2013 19:07

Citation en provenance du commentaire précédent de AOT Diallo:
" Ce point de vue personnel ne remet pas cependant en cause l’importance de l’assistance internationale dans le processus de développement du continent. Au contraire, par sa vertu humanitaire, l’aide publique stratégique au développement est le moteur essentiel du décollage d’un grand nombre de pays pauvres."
Cher TAB je vois une contradiction majeure entre cette affirmation et tes propositions : penses-tu vraiment que les pays donateurs de l'aide publique internationale s'en foutent vraiment de la démocratie dans nos pays ?
Les 1e pays du tiers-monde a avoir compris cela constituent les BRICS aujourd'hui...

M. Diallo, permettez-moi d’élaborer un peu mes propositions. Les aides publiques stratégiques au développement (ADP), c’est-à-dire celles qui font l’objet de conditionnalité ‘‘démocratique’’ et qui renforcent l’assistance technique et financière au secteur privé sont porteuses de croissance. En dépit du fait que la corrélation entre l’APD et les indicateurs sociaux de développement ne soit pas toujours positive (et ce, pour de multiple de raisons), face aux contraintes économiques et sociales de l’Afrique l’heure n’est plus à s’interroger sur l’impact global de l’APD sur le développement.
A l’instar des pays émergents de l’Asie, si en Afrique sub-saharienne les fonds publics sont mis au service des investissements orientés vers les axes stratégiques, c’est-à-dire en mettant en place des centres intégrés de compétitivité avec la mise à disposition des communautés et des entreprises d’infrastructures, d’équipements généraux, et de connaissances techniques (soubassement du décollage économique), la pauvreté de masse sera sans aucun doute moindre.
Dans cette optique, et sans aucune prétention de ma part de suggérer la diminution du montant de l’APD en faveur de l’Afrique dans un contexte de mondialisation et de rude concurrence internationale, il convient de savoir si l’impact potentiel d’un renforcement de l’assistance technique et financière au secteur privé, vecteur principal de la croissance et de la création d’emplois en Asie, sur le pouvoir d’achat des ménages ne serait pas plus important que celui de l’aide budgétaire permanente se heurtant à la mauvaise gestion financière historique desdits fonds (pour cause de corruption et de mal-gouvernance). La mauvaise gestion des finances publiques (GFP) en Afrique contribue en effet aux résultats miteux de nos économies pour cause de déficit de transparence et d’obligation de rendre compte au peuple de l’action publique. L’aide ponctuelle au secteur privé pourrait en revanche contribuer à conforter le rôle stratégique que celui-ci joue dans la lutte contre les préjudices sociaux. L’appui au secteur privé doit donc figurer parmi les axes essentiels de la stratégie d’aide publique au développement car elle est une condition nécessaire à son (le secteur privé) émergence économique.
Comment mettre tout ça en œuvre et en même temps aider nos États? Il faut renforcer la conditionnalité démocratique (ou plutôt de ‘‘liberté’’, pour abonder dans votre sens puisque la « démocratie » en Afrique reste une notion assez subjective) en matière d’aide budgétaire. Pour ce faire, il faut commencer par mettre de l’ordre dans la gouvernance des instances communautaires africaines qui ont tendance à fermer l’œil sur les atteintes aux libertés fondamentales dans le continent. Donc, sans être rentré dans les détails, voilà un peu l’idée que je voulais véhiculer dans ce petit écrit. J’espère que la contradiction, si vous estimez qu’il y en avait une, est levée. Merci, et bien à vous.
Citer
 
 
+2 #4 AOT Diallo 30-03-2013 17:06

" Ce point de vue personnel ne remet pas cependant en cause l’importance de l’assistance internationale dans le processus de développement du continent. Au contraire, par sa vertu humanitaire, l’aide publique stratégique au développement est le moteur essentiel du décollage d’un grand nombre de pays pauvres."
Cher TAB je vois une contradiction majeure entre cette affirmation et tes propositions : penses-tu vraiment que les pays donateurs de l'aide publique internationale s'en foutent vraiment de la démocratie dans nos pays ?
Les 1e pays du tiers-monde a avoir compris cela constituent les BRICS aujourd'hui...
Citer
 
 
+2 #3 Thierno Bah 30-03-2013 12:36

Citation en provenance du commentaire précédent de TOOLA:
M. Diallo,
il me semble que l'auteur traite de l’efficacité des organisations internationales régionales tels l'UEMOA ou la CEDEAO et non d'organisations communautaires socio-culturelles comme pottal, nabaya, etc...
Bien à vous.

M. Diallo, merci pour la precision. Effectivement je traite des instances communautaires africaines et non des associations caritatives ou organisations culturelles.
Citer
 
 
+2 #2 TOOLA 30-03-2013 09:17

Citation en provenance du commentaire précédent de Mamadou S. Diallo:
J'ai eu l’expérience avec les organisations communautaires Peuls. Le plus grand handicap de fonctionnement c'est le droit d’aînesse. Il faut se défaire de ces pratiques et promouvoir la primauté de l’excellence et mérite au niveau de position de leadership.

M. Diallo,
il me semble que l'auteur traite de l’efficacité des organisations internationales régionales tels l'UEMOA ou la CEDEAO et non d'organisations communautaires socio-culturelles comme pottal, nabaya, etc...
Bien à vous.
Citer
 
 
+3 #1 Mamadou S. Diallo 30-03-2013 05:35

J'ai eu l’expérience avec les organisations communautaires Peuls. Le plus grand handicap de fonctionnement c'est le droit d’aînesse. Il faut se défaire de ces pratiques et promouvoir la primauté de l’excellence et mérite au niveau de position de leadership.
Citer