Proposition de feuille de route 2013-2015

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BARRY_Alpha_O_01En réponse à l’appel d’El Hadj Sidoux Barry suite à la marche du 16/03/2013 à Paris, je souhaiterais présenter ma lecture des différentes opinions exprimées ce jour et leur confrontation à mes propres idées, présentées ici à Guinée Actu, depuis mon premier appel d’août 2012 à Hadja Rabiatou Serah Diallo.

Le Président Alpha Condé à force d’intransigeance, de mépris à l’égard de ses anciens collègues des forces vives et de prolongation démesurée de la transition s’est rendu particulièrement vulnérable. Il ne peut pas, malgré les pantalonnades de son ministre Alhassane Condé, ignorer « l’inscription sur le mur Â». Il doit négocier un compromis acceptable pour tout le monde dans l’organisation des prochaines législatives ou faire face à une insurrection, comme le général Conté en janvier 2007.

Certains voudraient pousser l’avantage et provoquer son départ comme jadis, avec le capitaine Dadis Camara. Je suis de ceux qui ne voudraient pas franchir cette ligne rouge. Dans le contexte de division exacerbée actuelle du pays, le chaos en sera la conclusion logique.

Les démocrates guinéens devraient saisir cette 3e occasion de rupture en tirant les leçons des échecs de janvier-février 2007 et de janvier 2010. Ils devraient pousser la classe politique guinéenne à un compromis rapide dans le cadre de concertation en gestation :

  • pour aller vite aux élections législatives couplées aux communales,
  • ensuite à une restructuration du Conseil national de transition CNT, qui initiera en son sein une conférence/convention nationale pour accompagner le processus électoral et engager les débats fondamentaux en vue d’un accord politique global et une feuille de route 2013-2015 sur:
    1. la réconciliation nationale ;
    2. la rupture et le démantèlement de l’infrastructure d’accaparement de l’appareil d’État par un clan dans le cadre d’une nouvelle République.


***


Le contentieux électoral tourne autour :

  • de la fiabilité du couple Waymark-Sabari Technology ;
  • du vote de la diaspora guinéenne ;
  • et de l’inféodation de la Commission électorale nationale indépendante CENI au pouvoir.

La fiabilité du couple Waymark-Sabari Technology est remise en cause par les rapports du PNUD et de l’OIF. Leur mode de recrutement aussi pose problème car en violation du code des marchés publics.

Le renvoi pur et simple de cet opérateur et le recrutement d’un autre sur appel d’offres public est une solution parfaitement logique. Mais nous sommes en politique, l’art du possible dans la confrontation des egos, passions et ambitions. Je réitère ma proposition de compromis par une collaboration Sagem et Waymark sous la supervision des partis politiques et d’observateurs locaux et internationaux pour empêcher une manipulation du fichier électoral pendant sa révision. On peut aussi envisager une révision manuelle.

L’autre risque de manipulation du processus électoral se situe au niveau de la centralisation des résultats du vote, on pourrait envisager :

  • le dépouillement et décompte des votes au niveau des bureaux de vote, de l’affichage des résultats à chacun de ceux-ci ;
  • le transfert et la centralisation des résultats aux chefs-lieux des CESPI (Commission électorale sous-préfectorale indépendante) ayant une couverture du réseau téléphonique et à chaque CECI (Commission électorale communale indépendante),
  • ces CESPI et CECI seraient équipées de téléphones portables, d’ordinateurs, de clefs USB à connexion internet, de scanners, de groupes électrogènes et d’un personnel capable d’utiliser et gérer ce matériel,
  • ce personnel procéderait à la saisie des procès-verbaux venus des bureaux de vote en présence des représentants des listes et des candidats à la députation et aux communales, munis des copies des procès verbaux signés de leurs représentants aux bureaux de vote,
  • l’annonce des résultats en direct à ce niveau à travers le réseau des radios rurales couvrant tout le territoire national,
  • la tabulation par la CENI centrale de l’élection à la proportionnelle des listes nationales, à l’uninominal et aux communales au fur et à mesure de l’annonce de ces résultats sous la surveillance du public et des partis en compétition.

Le vote de la diaspora ne devrait poser aucun problème car il s’agit de respecter la constitution et le code électoral.

Mais l’impasse politique que nous vivons est le symptôme d’un mal guinéen plus profond. Une infrastructure et une culture d’accaparement de l’appareil d’État au profit d’un clan se sont mises en place, comme partout en Afrique, depuis la première République. Cette situation est entretenue et se reproduit avec tous les régimes guinéens. Nous avons vu le système fonctionner en pilotage automatique pendant l’interminable fin de règne du président grabataire Conté.

Le cadre de concertation en gestation devrait, après la liquidation du contentieux électoral, procéder au renvoi de Hadja Rabiatou Serah Diallo et des membres de l’actuel CNT, à leur remplacement par des représentants désignés par la mouvance et l’opposition ou par celles-ci et le centre.

Ce nouveau CNT s’attèlera d’abord à un réexamen de la loi organique sur la CENI en vue de la réaménager selon une parité mouvance-opposition ou un arbitrage de cette parité par un centre. Il veillera avec la CENI réaménagée à la transparence et à la crédibilité des élections couplées en législatives et locales.

Le CNT devra, parallèlement à la surveillance du processus électoral, engager une session extraordinaire en conférence ou convention nationale et se pencher sur les racines profondes du mal guinéen, le système de corruption systématique de nos élites et de nos hommes de pouvoir. Les conclusions de cette conférence/convention nationale devront servir de base au travail législatif du prochain parlement et d’un gouvernement d’union nationale à mettre en place sur la base des résultats des élections législatives. L’impossibilité pour aucun des partis en compétition d’obtenir une majorité dans des élections propres, la polarisation de notre société et les défis à relever dans une tâche de rupture font de cette formule un impératif. Ces parlement et gouvernement d’union nationale devront créer le cadre pour :

  • engager une rupture avec plus d’un demi-siècle de dictature par un processus thérapeutique vérité, justice et réconciliation ;
  • mettre fin à la mal-gouvernance et la gabegie dans la gestion des ressources minières et des finances publiques ;
  • refondre la République sur une acceptation du fait communautaire et à une dévolution de pouvoir à nos quatre (4) communautés nationales ;
  • et centraliser ce pouvoir de ces communautés à travers un État national consensuel avec une représentation égalitaire de celles-ci au sein de l’administration centrale et des forces de défense et de sécurité.

Les Guinéens ne peuvent plus continuer à rêver à l’avènement d’un président, homme providentiel, père de la nation, protecteur de toutes les communautés nationales : 54 ans d’essais et d’échecs, ça suffit, passons à autre chose.

Les ténors de l’opposition actuelle mesurent à juste titre les conséquences de leur aveuglement dans la conquête du pouvoir au détriment de l’édification d’un État de droit. Ils mesurent aujourd’hui mieux que quiconque les dangers d’une lutte politique dans un État sans règles, voies de recours et contre-pouvoirs. Ils seront tous d’accord d’investir dans la mise en place d’une nouvelle République, empêchant le président à élire en 2015, de disposer à sa guise de l’appareil d’État comme tous ses prédécesseurs.


***


Les Guinéens et leurs forces vives, sont les précurseurs du printemps africain et arabe. Ils sont engagés depuis janvier-février 2007 dans une lutte contre l’État barbare africain.

Ils avaient exprimé à l’époque leur volonté de changement. Ce changement est irréversible en Guinée et partout ailleurs en Afrique avec, sans ou contre leur président.

Je crois profondément que les transitions démocratiques négociées ont de meilleures chances de succès : Afrique du Sud, Pologne, Hongrie, etc. Et celles par le chaos, le coup d’État, la révolution ou la guerre civile mènent souvent à l’impasse : Russie, Tunisie, Égypte, République Démocratique du Congo, etc., avec le corollaire d’une reconduction du vieux système par le nouveau pouvoir et une exacerbation des anciens maux.

Mais si le président Alpha Condé choisit d’écouter le pyromane Alhassane Condé au détriment de son Premier ministre, il faudra tirer les conséquences et le faire partir en même temps que le CNT et sa présidente. Les leaders de l’ADP, du Collectif et du CDR devront, dans ce cas de figure, désigner des personnalités consensuelles pour exécuter la feuille de route 2013-1015, ci-dessus.

Ils devront, dans leur choix, garder à l’esprit l’expérience des cinq (5) dernières années. Les meilleurs leaders d’un moment, en l’occurrence Hadja Rabiatou Serah Diallo et le président Alpha Condé, peuvent se révéler par la suite comme les pires fossoyeurs de la démocratie et de l’État de droit. De Lansana Kouyaté à ces deux (2) derniers, en passant par le capitaine Dadis Camara et son Premier ministre Kabiné Komara, le général Sékouba Konaté et le sien Jean Marie Doré, la déception était toujours au rendez-vous guinéen du destin manqué.


Alpha O Barry


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Commentaires  

 
-1 #7 Alpha O Barry 27-03-2013 08:24

Alhousseiny
C'est Alpha Ousmane Barry. Je suis parfaitement conscient de l'animosite potentielle entre SAGEM et WAYMARK. Et c'est celle-la la garantie que SAMEM fera tout pour empecher une manipulation du fichier qu'elle a mis en place par WAYMARK. Les 2 societes n'ont besoin de rien echanger, chacune aura son systeme et mode operatoire. Le fichier SAGEM qui est apparement deja transfere par un expert belge dans le systeme WAYMARK, fera l'objet d'un audit, SAGEM par reconciliation avec son fichier original s'assurera de son integrite. Chacune des 2 societes saisira les nouvelles donnees de la revision, et procedera a une revision parallele chacune, sans qu'il n'y ait quelque echange d'information ou de secrets dans leur mode operatoire. Au finish, une reconciliation des 2 resultats, permettra de detecter les anomalies et de les corriger. Ceci me semble une garantie contre toute manipulation du fichier.
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-1 #6 Patriote 27-03-2013 05:41

Mon cher Alpha O Barry,
Pour le moment, ce sont les législatives qui nous préoccupent. Ne dispersons pas nos efforts. Une fois les législatives terminées, on pourra parler d'autres choses telle que la réconciliation nationale. De même que je t'ai déjà dit que la collaboration Sagem/Waymark était techniquement impossible.
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+4 #5 Alhousseny 26-03-2013 21:54

Alpha Oumar,
Je suis d'accord avec tout ce que vous avez dit dans ce commentaire sauf avec cette histoire collaboration sagem/waymark. D'abord je ne vois pas comment l'une ou l'autre de ces societes accepterait de livrer ses "secrets industrielles" a un concurrent. Operationnellement, c'est une proposition potentiellement pas viable. Mais le plus important, c'est que waymark est officiellement reconnue comme une organisation pas fiable. Alors, il n'y a pas a s'en accommoder. Il faut juste qu'elle degage. Votre proposition consisteraitt simplement a maintenir le statu quo en sauvant juste la face de l'opposition comme ce fut le cas de la recomposition de la CENI.
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+3 #4 Alpha O Barry 26-03-2013 18:09

Le chaos a certainement des degrés, mais je préfère de loin celui que nous vivons actuellement à celui de la Syrie. Et la polarisation de notre société et l’absence d’un leader accepté de tout le monde au sein de l’opposition conduirait rapidement à ce niveau. Moi je garde aussi en mémoire que nous avons fait partir Dadis en 2009 pour nous retrouver en 2013 à la case de départ.
Je suis d’accord qu’un compromis se fait à 2. Et en l’occurrence, si Alpha Condé privilégie la confrontation préconisée par Alassane Condé au détriment du compromis que Said Fofana semblait réussir, il faudra tirer les conséquences et lui servir ce qu’il demande. Il faut aussi signaler que la véritable négociation se passe avec la communauté internationale, l’UA, l’UE, les Nations Unies, mais plus particulièrement, la CEDEAO, la France et les USA. Alpha ne pourra qu’obtempérer face aux exigences de ces 3 derniers.
La recomposition du CNT s’inspirerait du précédent de la CENI (à parfaire, car la parité n’était pas respectée) moitié mouvance, moitié opposition avec la possibilité de quelques sièges pour le centre et/ou la société civile.
Ma conception de la réconciliation nationale : le jour que les enfants des illustres disparus sous la dictature de Sékou Toure seront en face des survivants parmi les bourreaux de leurs parents, qu’ils apprendront par le menu le calvaire de ceux-ci, récupéreront leurs sépultures un grand pas sera franchi. Quand Mohamed Toure et sa sœur Aminata Toure, Bangaly Traore, le fils de Diarra Traore, ses frères et sœurs, sa mère, sa belle-mère Yaye Tebou et les autres multiples victimes de violations terribles des droits de l’homme, notamment de 2006 à 2013, en passant par 2007 et l’hécatombe du 28 septembre 2009, nous raconteront par le menu leur calvaire, nous verrons tous que personne n’est à l’abri, les bourreaux d’hier ou leurs parents deviennent les victimes du lendemain. Un exemple très récent, à l’entre 2 tours de la présidentielle, De Gaulle, le garde-corps de Sékouba Konaté a failli tuer le colonel Aliou Barry, frère de El Hadj Sidoux Barry. Il est aujourd’hui inculpé dans l’affaire du 19 juillet 2011. Il a failli se faire tuer par la garde présidentielle. Si nous trouvons le cadre approprié pour amener toutes ses personnes à témoigner, nous nous rendrons compte de la nécessité d’identifier les ressorts de cette machine qui a brisé tant de vies et qui n’épargne personne pour la démonter.
Le démantèlement de la nomenklatura procèdera par la même méthode. Une conférence nationale identifiera aisément les responsables, les méthodes et le système conduisant à des violations récurrentes des droits de l’homme et d’une gabegie dans la gestion des ressources minières et des finances publiques. Elle pourra faire des recommandations sur le type de constitution, de système de gouvernement, les garde-fous et le profil de candidats à certains postes. Le reste prendra du temps, car il s’agit de donner les moyens de vivre aux gens, de promouvoir une classe moyenne capable d’exiger certains standards de gouvernance et de respect des libertés fondamentales : la jeunesse du pays constitue déjà une avant-garde car aspirant à un minimum de qualité de vie et de respect.
Mon idée de collaboration SGEM/WAYMARK se présente comme suit : le fichier était mis en place par SAGEM. L’opposition pense que se fichier est entrain d’être manipulé par WAYMARK. SAGEM peut rétablir l’intégrité du fichier et vérifier au fur et à mesure de la révision cette intégrité par des recoupements avec un travail parallèle.
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+2 #3 Bashir 26-03-2013 13:09

Dans cet interview, le doyen James Soumah dit ceci:
"Alpha Condé veut une guerre civile en Guinée pour régler le compte des peuls, mais ce sont les peuls qui vont régler son compte"
Source: http://www.leguepard.net/show/10763
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+3 #2 Gandhi 25-03-2013 23:53

AC n'est pas capable de compromis, son parcours l'illustrant à suffisance. Aujourd'hui il n'y a plus de compromis possible pour Waymark (à vrai dire il n'y en a jamais eu vraiment). Quant au chaos, tout est relatif, comment doit-on qualifier la mort d'environ 25 manifestants, sans compter les assassinats de paysans en forêt, les morts gratuites (taximan, automobiliste, cambiste), sans compter les agressions de boutiques forcément ciblées ?
AC n'a aucune perspectives et ses chimères (compter sur les autres) a fait long feu, Rio Tinto ayant gelé ses investissements. Allons-nous attendre encore pendant 2 ans que le mandat finisse, alors qu'il n'existe aucun projet mobilisateur pour TOUS.
Pour faire un compromis, il faut être deux et avoir la volonté de servir l'intérêt général, au détriment de l'orgueil mal placé personnel. Le rêve de toute une vie ne se brade pas selon AC, dans une négociation où il devrait se retirer.
Relativement aux propositions du texte, la restructuration du CNT s'effectue comment ? Un exemple, l'UFDG qui représente 44% du corps électoral possédait (il a démissionné) 1 conseiller sur 150 (au lieu de 66 pour tenir compte de sa représentativité).
Les nominations d'un futur CNT se feraient comment, par qui et selon quelles proportions ?
La restructuration de la CENI selon quels critères (suppression des représentants de l'État, 5 membres obligatoirement juristes).
Réconciliation nationale, concept très vague.
Démantèlement de la nomenklatura, qui ? en combien de temps ?
Collaboration Sagem Waymark n'est pas possible, on choisit un outil informatique uniforme et seul le premier est inviolable (il ne faut pas confondre un outil informatique avec le travail de la CENI). La révision ne posait de problème que dans le contenu, mais quelle qu'elle soit, il faut ensuite en vérifier le résultat.
Concernant la centralisation, elle doit être manuelle.
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+4 #1 Patriote 25-03-2013 18:17

Mon cher Alpha O Barry,
Tu as parfaitement raison de dénoncer la pyromanie de Alhassane Condé. Si on fait une synthèse de ses actes, on est en droit de conclure que c'est le ministre le plus nuisible du gouvernement. C'est lui qui bloque tout. C'est aussi lui qui fait couler le sang en Guinée. Prenez les tueries nocturnes de Zogota en août dernier, c'est lui qui a dirigé la délégation qui a ordonné ces massacres pendant qu'il dormait paisible à l'Hôtel Nimba de N'Zérékoré. Prenez ses prises de position quant à l'étouffement des manifestations de l'opposition. À vrai dire ce type nuit gravement à Alpha et à la Guinée. Quand est-ce que Alpha le saura ? En tout cas, le plus tôt serait le mieux.
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