Alpha O Barry Lundi, 25 Mars 2013 17:48
En réponse à l’appel d’El Hadj Sidoux Barry suite à la marche du 16/03/2013 à Paris, je souhaiterais présenter ma lecture des différentes opinions exprimées ce jour et leur confrontation à mes propres idées, présentées ici à Guinée Actu, depuis mon premier appel d’août 2012 à Hadja Rabiatou Serah Diallo.
Le Président Alpha Condé à force d’intransigeance, de mépris à l’égard de ses anciens collègues des forces vives et de prolongation démesurée de la transition s’est rendu particulièrement vulnérable. Il ne peut pas, malgré les pantalonnades de son ministre Alhassane Condé, ignorer « l’inscription sur le mur ». Il doit négocier un compromis acceptable pour tout le monde dans l’organisation des prochaines législatives ou faire face à une insurrection, comme le général Conté en janvier 2007.
Certains voudraient pousser l’avantage et provoquer son départ comme jadis, avec le capitaine Dadis Camara. Je suis de ceux qui ne voudraient pas franchir cette ligne rouge. Dans le contexte de division exacerbée actuelle du pays, le chaos en sera la conclusion logique.
Les démocrates guinéens devraient saisir cette 3e occasion de rupture en tirant les leçons des échecs de janvier-février 2007 et de janvier 2010. Ils devraient pousser la classe politique guinéenne à un compromis rapide dans le cadre de concertation en gestation :
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Le contentieux électoral tourne autour :
La fiabilité du couple Waymark-Sabari Technology est remise en cause par les rapports du PNUD et de l’OIF. Leur mode de recrutement aussi pose problème car en violation du code des marchés publics.
Le renvoi pur et simple de cet opérateur et le recrutement d’un autre sur appel d’offres public est une solution parfaitement logique. Mais nous sommes en politique, l’art du possible dans la confrontation des egos, passions et ambitions. Je réitère ma proposition de compromis par une collaboration Sagem et Waymark sous la supervision des partis politiques et d’observateurs locaux et internationaux pour empêcher une manipulation du fichier électoral pendant sa révision. On peut aussi envisager une révision manuelle.
L’autre risque de manipulation du processus électoral se situe au niveau de la centralisation des résultats du vote, on pourrait envisager :
Le vote de la diaspora ne devrait poser aucun problème car il s’agit de respecter la constitution et le code électoral.
Mais l’impasse politique que nous vivons est le symptôme d’un mal guinéen plus profond. Une infrastructure et une culture d’accaparement de l’appareil d’État au profit d’un clan se sont mises en place, comme partout en Afrique, depuis la première République. Cette situation est entretenue et se reproduit avec tous les régimes guinéens. Nous avons vu le système fonctionner en pilotage automatique pendant l’interminable fin de règne du président grabataire Conté.
Le cadre de concertation en gestation devrait, après la liquidation du contentieux électoral, procéder au renvoi de Hadja Rabiatou Serah Diallo et des membres de l’actuel CNT, à leur remplacement par des représentants désignés par la mouvance et l’opposition ou par celles-ci et le centre.
Ce nouveau CNT s’attèlera d’abord à un réexamen de la loi organique sur la CENI en vue de la réaménager selon une parité mouvance-opposition ou un arbitrage de cette parité par un centre. Il veillera avec la CENI réaménagée à la transparence et à la crédibilité des élections couplées en législatives et locales.
Le CNT devra, parallèlement à la surveillance du processus électoral, engager une session extraordinaire en conférence ou convention nationale et se pencher sur les racines profondes du mal guinéen, le système de corruption systématique de nos élites et de nos hommes de pouvoir. Les conclusions de cette conférence/convention nationale devront servir de base au travail législatif du prochain parlement et d’un gouvernement d’union nationale à mettre en place sur la base des résultats des élections législatives. L’impossibilité pour aucun des partis en compétition d’obtenir une majorité dans des élections propres, la polarisation de notre société et les défis à relever dans une tâche de rupture font de cette formule un impératif. Ces parlement et gouvernement d’union nationale devront créer le cadre pour :
Les Guinéens ne peuvent plus continuer à rêver à l’avènement d’un président, homme providentiel, père de la nation, protecteur de toutes les communautés nationales : 54 ans d’essais et d’échecs, ça suffit, passons à autre chose.
Les ténors de l’opposition actuelle mesurent à juste titre les conséquences de leur aveuglement dans la conquête du pouvoir au détriment de l’édification d’un État de droit. Ils mesurent aujourd’hui mieux que quiconque les dangers d’une lutte politique dans un État sans règles, voies de recours et contre-pouvoirs. Ils seront tous d’accord d’investir dans la mise en place d’une nouvelle République, empêchant le président à élire en 2015, de disposer à sa guise de l’appareil d’État comme tous ses prédécesseurs.
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Les Guinéens et leurs forces vives, sont les précurseurs du printemps africain et arabe. Ils sont engagés depuis janvier-février 2007 dans une lutte contre l’État barbare africain.
Ils avaient exprimé à l’époque leur volonté de changement. Ce changement est irréversible en Guinée et partout ailleurs en Afrique avec, sans ou contre leur président.
Je crois profondément que les transitions démocratiques négociées ont de meilleures chances de succès : Afrique du Sud, Pologne, Hongrie, etc. Et celles par le chaos, le coup d’État, la révolution ou la guerre civile mènent souvent à l’impasse : Russie, Tunisie, Égypte, République Démocratique du Congo, etc., avec le corollaire d’une reconduction du vieux système par le nouveau pouvoir et une exacerbation des anciens maux.
Mais si le président Alpha Condé choisit d’écouter le pyromane Alhassane Condé au détriment de son Premier ministre, il faudra tirer les conséquences et le faire partir en même temps que le CNT et sa présidente. Les leaders de l’ADP, du Collectif et du CDR devront, dans ce cas de figure, désigner des personnalités consensuelles pour exécuter la feuille de route 2013-1015, ci-dessus.
Ils devront, dans leur choix, garder à l’esprit l’expérience des cinq (5) dernières années. Les meilleurs leaders d’un moment, en l’occurrence Hadja Rabiatou Serah Diallo et le président Alpha Condé, peuvent se révéler par la suite comme les pires fossoyeurs de la démocratie et de l’État de droit. De Lansana Kouyaté à ces deux (2) derniers, en passant par le capitaine Dadis Camara et son Premier ministre Kabiné Komara, le général Sékouba Konaté et le sien Jean Marie Doré, la déception était toujours au rendez-vous guinéen du destin manqué.
Alpha O Barry
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