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Le choix guinéen : chaos ou thérapie de son mal
Alpha O Barry Mercredi, 20 Mars 2013 14:51
Les violences consécutives à la marche du 27.02.2013 confirment les risques d’engrenage vers le chaos. La Guinée est en face d’un choix entre la radicalisation et la confrontation entre la mouvance et l’opposition, que le pouvoir transformera en guerre entre les communautés des deux (2) finalistes du 2e tour de la présidentielle de 2010, et engager une thérapie profonde du mal guinéen.
Le président Alpha Condé et tous ceux qui le poussent à la confrontation devraient savoir que le rapport de force actuel est trompeur. Une communauté acculée à la lutte pour sa survie puise l’énergie de sa résistance dans des ressorts jusque-là insoupçonnés. Et la sympathie des Guinéens, y compris beaucoup de Malinkés et de la communauté internationale, ira, en fin de compte, à ceux qui seront en position de légitime défense.
Le principe du cadre de concertation arrive donc à point nommé. Après deux (2) ans de retard sur le calendrier électoral, un représentant de la communauté internationale parmi les facilitateurs du dialogue est un atout. Ce dialogue devrait dans un premier temps se focaliser sur la question de la finalisation de la transition par des élections législatives crédibles et apaisées.
Mais le cadre devrait, pour garantir des élections apaisées, s’élargir, dès la résolution du contentieux électoral, à l’ensemble des forces vives guinéennes. Il entamerait ainsi, parallèlement au processus électoral, en conférence ou convention nationale, les débats fondamentaux sur le démantèlement de l’infrastructure d’accaparement de l’appareil d’État par un clan.
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Le plus grand contentieux électoral tourne autour du couple Waymark-Sabari Technology. Le renvoi pur et simple de cet opérateur apparaitrait comme une défaite politique pour le président Alpha Condé. Il y a investi beaucoup de son capital politique. Or les rapports du PNUD et de l’OIF démontrent des risques sérieux de manipulation du fichier et du processus électoral. Ces risques se situant au niveau de la révision du fichier électoral et de la centralisation des résultats, on pourrait envisager :
- une collaboration Sagem et Waymark sous la supervision des partis politiques et d’observateurs locaux et internationaux pour la révision du fichier électoral ;
- le dépouillement et décompte des votes au niveau des bureaux de vote, de l’affichage des résultats à chacun de ceux-ci ;
- le transfert et la centralisation des résultats aux chefs-lieux des CESPI (Commission électorale sous-préfectorale indépendante) ayant une couverture du réseau téléphonique et à chaque CECI (Commission électorale communale indépendante) ;
- ces CESPI et CECI seraient équipées de téléphones portables, d’ordinateurs, de clefs USB à connexion internet, de scanners, de groupes électrogènes et d’un personnel capable d’utiliser et gérer ce matériel ;
- ce personnel procéderait à la saisie des procès-verbaux venus des bureaux de vote en présence des représentants de chaque liste nationale et de chaque candidat uninominal, munis des copies des procès verbaux signés de leurs représentants aux bureaux de vote ;
- l’annonce des résultats en direct à ce niveau à travers le réseau des radios rurales couvrant tout le territoire national ;
- la tabulation par la CENI centrale de l’élection à la proportionnelle des listes nationales et à l’uninominal au fur et à mesure de l’annonce de ces résultats sous la surveillance du public et des partis en compétition.
Les deux (2) autres contentieux électoraux majeurs se situent au niveau du vote de la diaspora guinéenne et du mode de fonctionnement de la CENI. Le vote de la diaspora ne devrait poser aucun problème car il s’agit de respecter la constitution et le code électoral. Quant à la CENI on pourrait envisager :
- une acceptation par l’opposition de la CENI actuelle à condition que toutes les décisions importantes de l’institution se prennent en plénière au vote à bulletin secret à la majorité de ses 2/3 : 16.66 membres arrondis à 17/25 ;
- ou sa restructuration en vue d’assurer une parité mouvance/opposition.
Mais l’impasse politique que nous vivons est le symptôme d’un mal guinéen plus profond. Ceux qui envisagent une solution par le « simple départ du président Alpha » font une analyse superficielle de la situation. Un départ forcé et anticipé de celui-ci est en fait loin d’être simple. C’est un des moyens sûrs de conduire le pays au chaos.
Une infrastructure et une culture d’accaparement de l’appareil d’État au profit d’un clan se sont mises en place, comme partout en Afrique, depuis la première République. Cette situation est entretenue et se reproduit avec tous les régimes guinéens. Nous avons vu le système fonctionner en pilotage automatique pendant l’interminable fin de règne du président grabataire Conté.
Le cadre de concertation en gestation devrait, après le contentieux électoral, se muer en conférence ou convention nationale et se pencher sur les racines profondes de ce mal guinéen, ce système de corruption systématique de nos élites et de nos hommes de pouvoir. Les Guinéens devraient saisir l’opportunité de cette lutte épique entre le président Alpha et ses anciens concurrents pour mettre fin à l’État barbare. Ils devraient aider ces concurrents malheureux à corriger les conséquences de leur aveuglement dans la conquête du pouvoir au détriment de l’édification d’un État de droit. Ils mesurent aujourd’hui mieux que quiconque les dangers d’une lutte politique dans un État sans règles, voies de recours et contre-pouvoirs.
Les Guinéens devraient trouver en ce risque de chaos imminent, un stimulant pour revisiter leur longue histoire d’abus et de violations systématiques et répétées des droits de l’homme. Ils devraient aller à la racine de la défiance entre leurs communautés nationales, particulièrement, les « Hali Pular » et les « N’Ko ». Ils devraient engager une rupture avec plus d’un demi-siècle de mal-gouvernance et de dictature et refondre leur république :
- sur une acceptation du fait communautaire et la dévolution du pouvoir à leurs quatre (4) communautés nationales ;
- et une centralisation du pouvoir de ces communautés à travers un État national consensuel avec une représentation égalitaire de celles-ci au sein de l’administration centrale et des forces de défense et de sécurité.
Les Guinéens ne peuvent plus continuer à rêver à l’avènement d’un président, homme providentiel, père de la nation, protecteur de toutes les communautés nationales : 54 ans d’essais et d’échecs, ça suffit, passons à autre chose.
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L’autre moyen sûr de conduire aujourd’hui la Guinée au chaos est le passage en force des législatives qu’envisage le président Alpha Condé. Au crépuscule de sa vie, après 40 ans de lutte politique, il s’est inscrit, depuis l’entre deux (2) tours de la présidentielle de 2010, dans une logique de gagner à tout prix. Il pousse par cette attitude certains à envisager son départ anticipé comme lui en 2007 à l’égard du président Conté.
Les Guinéens et leurs forces vives, dont il était un des principaux leaders, avaient exprimé à l’époque leur volonté de changement. Ce changement est irréversible en Guinée et partout ailleurs en Afrique avec, sans ou contre leur président.
Le président Alpha Condé devrait éviter le piège du passage en force et renoncer à la logique de gagner à tout prix en soumettant sa mouvance au verdict populaire. Il s’agit en effet de rompre avec le système de pouvoir à légitimité douteuse s’imposant par la force et le non-droit.
La Guinée a besoin d’établir des bases légitimes à la députation en 2013 et d’un mandat présidentiel en 2015 ne souffrant d’aucune ambiguïté sur sa légitimité.
Le président Alpha Condé est face à son destin. Il éviterait le chaos à la Guinée en adoptant la dynamique du dialogue, du compromis et de la légitimité populaire. Il s’inscrirait positivement dans l’histoire du pays s’il présidait à la rupture avec plus d’un demi-siècle de mal-gouvernance et de dictature et à une refonte de la République.
Alpha O Barry
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Commentaires
La mouvance n'a pas confiance en la SAGEM.
En connaissez-vous les raisons ?
La mouvance n'a pas confiance en la SAGEM. Son contrat a d'ailleurs été rompu depuis longtemps. L'opposition de son côté n'a pas confiance en Waymark. La surveillance de l'un (Waymark) par l'autre (SAGEM)n'est pas envisageable. Alors autant trouver un opérateur consensuel en dehors de ces deux-là . Ne cherchons pas à plaire à telle partie ou à telle autre. Celui qui perd la face c'est qu'il a tort. Moi je n'ai aucun état d'âme pour cela. D'ailleurs, si on essayait le comptage manuel ?
Le mot collaboration n'est peut-etre pas heureux. L'idee est en fait de permettre a l'opposition d'empecher WYAMARK de manipuler le fichier mis en place par SAGEM, cet autre operateur jouant ici le role de gendarme.Cela permet de gagner en temps et c'est psychologiquement (donner a l'adversaire une issue pour sauver la face)important dans une negociation aux enjeux enormes.
Cherif,
Mon idee c'est d'empecher autant que possible le chaos, si necessaire en permettant au fauteur de trouble de saver la face, mais en restant ferme sur l'essentiel: empecher une manipulation du processus electoral par de mesures concretes et inteligentes.
Comme toujours, ça fait plaisir de te lire. Ton objectivité est incontestable. De ton écrit, je note avec toi que deux choses peuvent nous conduire inévitablement vers le chaos : (1) demander le départ de Alpha ou (2) faire passager en force les législatives. Il faut que nos compatriotes intègrent ça une fois pour toute.
Par ailleurs, envisager une collaboration SAGEM-WAYMARK me semble impossible. C'est l'un ou l'autre ou un troisième pris isolément. Et pour moi, la question est tranchée, il faut que Waymark parte et qu'on le remplace par un opérateur choisi en commun accord des deux parties.
Bien à toi.
Je rappelle qu’en Guinée, la cours suprême n’a jamais accepté d’examiner les recours introduits par le challenger de Monsieur Alpha Condé. Donc toutes vos préconisations sur les méthodes de décompte, de centralisation etc.. resteront inopérantes si, comme vous l’écrivez vous-même, « l’infrastructure d’accaparement de l’appareil d’État par un clan » à décidé d’exclure tout ce qui n’est pas du dit clan.
Nous tous guinéens, de quelque bord que nous soyons, savons comment Monsieur Alpha Condé a été « désigné » Président de la république de Guinée. Si vous voulez éviter le chaos, tout doit être mis en œuvre pour que les prochaines élections se passent dans la transparence. Ainsi Waymark et Sabari doivent dégager, les guinéens de l’extérieur doivent voter et la CENI doit organiser des élections libres, équitables et transparentes.
Si Monsieur Alpha Condé en tant que président de la République, n’est pas en mesure de comprendre cela, alors il doit rendre le tablier. Son long séjour en France et ses connaissances de la longue histoire de la construction des institutions de ce pays devraient l’aider à comprendre qu’il n’a pas le choix. Sur ce plan au moins, il lui sera impossible de ramener la Guinée « là où Sékou Touré l’a laissé »








