Les racines du mal

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BARRY_Tibou_01« Après moi, le déluge ! Â». Cette prophétie luciférienne ne pouvait trouver meilleure illustration qu’en République bananière de Guinée où, à chaque fois qu’il y a eu « alternance au pouvoir Â», le tyran en fonction a hérité de son prédécesseur d’un pays en proie à la douleur, à l’amertume et au désespoir. Jugez de l’état des lieux de notre trajectoire collective de notre Indépendance jusqu’à nos jours : économie de rentes minières en ruine, secteur privé anémié, terreur comme mode de gestion de l’Etat, valeurs sociales brouillées, mensonge comme socle sur lequel repose la République, marasme social endémique, justice instrumentalisée, jeunesse désÅ“uvrée et en manque de repères, etc. N’en jetez plus, la cour est pleine.

Le dénominateur commun de tous les « pères de la nation Â» qui ont géré les affaires de notre pays, c’est d’une part d’avoir dilapidé de manière cynique et graduelle tout le précieux capital d’espoir et de sympathie, qu’ont suscité leurs « brillantes élections Â», et d’autre part d’avoir été incapables de mettre en place un cadre de quiétude institutionnelle et d’épanouissement social. Résultat des courses, la Guinée d’aujourd’hui ressemble fort bien à un navire perdu au milieu de l’océan, dont le commandant a sauté pieds joints par-dessus bord, et qui n’arrive toujours pas après plus d’un demi-siècle à s’amarrer aux quais du bonheur. Le pire demeure moins dans les impacts d’une économie naufragée que dans les conséquences intellectuelles, culturelles et morales. En effet, les élites politiques et religieuses ont épuisé leur vigueur à distiller pendant une décennie la mauvaise idéologie d’un possible bonheur utopique sans retrousser ses manches, ni mouiller le maillot. Ainsi, la banalisation de l’arbitraire, le commerce de la paresse, le culte du cirage des pompes et des courbettes, la promotion du clientélisme et ses droits afférents sont élevés au rang de normes sociales.

Ces pratiques abjectes et habitudes contreproductives qui ont laissé tout un peuple en rade et qui sont la preuve que la médiocrité est l’exclusivité de notre pays, trouvent leurs racines profondes dans les limbes de l’appareil politico-clanique du PDG. En effet, le diable Sékou Touré, dans le but de pérenniser les sensations fortes de l’ivresse du pouvoir absolu et de vider au passage toute velléité d’affranchissement du peuple, avait infiltré, comme un cheval de Troie, dans la société guinéenne un produit originel qui ne se fait plus ailleurs que chez nous : L’homme nouveau.

Cet homme qui a germé dans le cerveau malade du tyran, doué d’une capacité d’adaptation et de mutation phénoménales a réussit la prouesse de traverser sans anicroches le désert social de notre calamiteuse histoire pour s’investir et encombrer comme des métastases la quasi-totalité de l’appareil d’Etat. L’homme nouveau c’est ce politicien de circonstances, sans convictions politiques, ou ce leader de parti « cabine téléphonique Â» avec des militants-salariés qui a largué casaque et arbore pour devenir le vassal du tyran en exercice. C’est aussi ce magistrat vendu à l’ennemi, ce fonctionnaire qui continue à entonner le blues permanent du renoncement et de la résignation, ce simple d’esprit écorché vif et persuadé que la misère qui l’étouffe est une fatalité, ce religieux proxénète, ce syndicaliste qui a baissé pavillon sur ses revendications élémentaires, ce diplomate rançonneur, cette soldatesque enragée et coupe-gorges, ce griot qui s’égosille à vanter l’épopée imaginaire de cruels roitelets negres arracheurs de baobabs à mains nues. C’est aussi et surtout cet homme qui a un manque ahurissant de perspectives, de vertu, de probité morale et qui toute honte bue troque sa dignité et sa lucidité contre un strapontin administratif ou au plus un maroquin ministériel. J’en oublie certainement d’autres,

Quant au bougre Condé Alpha, analphabète de son état, professeur en duplicité, usurpation de titres et manipulations ethniques, de par ses ancrages PDGistes, ses coteries et pérégrinations politiques, il est sans nul doute la quintessence, le prototype amélioré de l’homme nouveau. Entouré de courtisans qui ne se privent pas d’emprunter une échelle pour venir lui souffler à l’oreille que s’il n’est pas dieu, il doit certainement être son neveu, le fugitif de Piné travaille rageusement à donner un nouveau souffle à des pratiques politiques ignominieuses déjà combattues. Qu’on ne se trompe pas, Condé Alpha avec ses accointances douteuses, sa mentalité de loubard en chef, et surtout ses écarts de langage dans un français approximatif se révèle finalement être beaucoup plus proche d’un « bandit saleté Â» que d’un homme d’Etat. Par conséquent, dans l’univers de son RPG Arc-en-ciel, avatar du Parti-Etat, aucun délit ne frappe l’exercice de l’ethnocentrisme comme stratégie politique encore moins le raclage des deniers publics et les jacqueries urbaines synchronisées. Les deux années de son règne de « président démocratiquement élu Â» ressemblent à s’y méprendre à l’histoire de l’écureuil qui a avalé la part du lion et qui a un tantinet l’audace de se plaindre d’indigestion !

Chers compatriotes, dans ce monde de vitesse et d’exigence, notre pays est à la croisée des chemins. Celui du refus collectif de prendre notre destin en main tout en continuant à parier sur des forces célestes et des incantations divines pour améliorer notre sort, ou celui d’une volonté de rupture totale avec des pratiques rétrogrades profondément incapacitantes et improductives d’infantilisation de la population. De ce fait, une volonté politique d’embrasser les vertus du courage, du devoir et de la justice pour recadrer notre tumultueuse histoire pavée de vilaines des chefs, d’affabulations et de médisances s’impose comme étant une condition sine qua non pour freiner notre marche à reculons vers le livre du grand destin. Alors, l’éléphant blanc qui somnole dans le placard de notre histoire, que tout un chacun feint de ne pas voir, doit être mis sur la place publique afin de couper l’herbe aux esprits rétrécis qui s’acharnent à nous faire ingurgiter la purée amnistie-amnésie et surtout qui s’obstinent désespérément à faire porter une responsabilité collective des crimes abominables du PDG et de ses émules militaires.

Rendre les honneurs aux victimes et disparus, réconforter les veuves et orphelins, concerter les exilés, indemniser les ayant-droits, interroger et punir les bourreaux qui continuent toujours de nous narguer, voilà un canevas d’exercice de responsabilité, d’honneur et d’humilité que nous continuons naïvement de nous soustraire ou du moins retarder les échéances. Mais aussi longtemps que l’appareil d’Etat sera infesté et sous l’emprise de cette caste d’hommes nouveaux, nous continuerons toujours de boire jusqu’à la lie le calice d’une cruelle désillusion. C’est à dire une succession de leaders minables, incompétents et incapables de relayer les espoirs légitimes des citoyens, leurs interpellations et réclamations publiques. En d’autres termes, la Guinée restera toujours une grosse poche de misère avec son corollaire de violences étatiques, d’engagements reniés, de promesses non tenues, d’egos démesurés et de haines inavouées. Bref une grosse poche de misère très, très, très… difficile à aimer.


Tibou Barry
Atlanta, Georgia, USA


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Commentaires  

 
0 #8 Amara Lamine Bangoura 27-03-2013 04:01

Excellent papier decrivant avec perspicacite la maison Guinee.Justement Mr Barry,seule une revolution en profondeur des mentalites,a travers un eveil des consciences des masses determinees a etablir un modele de societe plus juste au sein de laquelle l'homme nouveau sera condamne a l'exercise d'activites de second rang.,pour ne pas dire subalternes..Bien a tous!ALB-Birmingham,AL-USA>
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-1 #7 `Taado Barry 26-03-2013 19:45

Les verites sur notre cher pays que nous revellent sans cesse Les ecrits de notre redoutable TIBOU BARRY font peur .A mon humble. Avis , tant qu`il y aura assez de munitions aux mains de nos dits militaires , nous nous limlterons a ces verites .ET SI SEULEMENT les ecrits pouvaient servir d' armes, je vous assure que notre TIBOU est un FAISEUR D' OBUS...
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+2 #6 Diallo abdoulaye 20-03-2013 14:47

Bien re'flechi et bien narre'. Je n'ai rien a' ajoute'
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+3 #5 BAH ABDOURAHAMANE 20-03-2013 13:19

Bonjour koto TIBOU.
I still waiting.....
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+2 #4 BAH ABDOURAHAMANE 20-03-2013 13:16

Brillante intervention Mme BARRY.
NOTRE SALUT VIENDRA DE NOUS MÊME...
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+3 #3 boubacar doumba diallo 20-03-2013 12:20

Bonjour Madina!
Comme tout cela est très bien dit !
JJe n'ai rien à ajouter.
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+6 #2 madina 20-03-2013 07:52

"Ainsi la banalisation de l'arbitraire,le commerce de la paresse,le culte du cirage des pompes et des courbettes,la promotion du clientélisme et ses droits afférents sont élevés au rang de normes sociales"-
Les incantations divines,ont certes une capacité de changer les choses,mais Dieu,dans le Coran a defini les conditions d'un tel resultat:"Certes Allah ne changera point la situation d'un peuple,tant que ce peuple ne changera pas son comportement."(INNAL LAAHA,laayoukhayyirou maabiqhawmin,hattaa youkhayyirou maa bi-anfoucjhim).
Nous avons prié Dieu de nous donner un homme qui est bien pour notre pays,Il entend et Il ne repond pas.Pendant ce temps nous obtenons chaque fois l'homme non pas de nos prières,mais celui de nos comportements!
Je reste convaincue qu'aucun bonheur n'est possible dans ce pays,tant que le dernier paragraphe de ce beau texte n'est pas mis en application.
La lutte continue et elle aboutira avec l'affinement et la purification de nos comportements.Peut-on obtenir de l'eau potable versée dans un recipient sale?
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+2 #1 Mme Barry Madina 19-03-2013 21:30

Ah Tibou je n'arrête pas de rire de cette affaire d'esprits rétrécits. Cela me rappelle certains propos du Québec.
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