Tutankhamon Barry Vendredi, 08 Mars 2013 17:11
«La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême.» Boris Cyrulnik
A voir cette terreur paramilitaire qui sévit présentement dans Hamdalaye, Cosa, Bambéto et Wanindra, je me demande où est donc passé ce lien de solidarité et de tolérance qui nous lie depuis la nuit des temps ? Avez-vous dit « Travail, Justice, Solidarité » ? Qu’il soit de l’opposition ou de la mouvance présidentielle, Dieu sait que je ne reconnais plus le Guinéen ! Nous ne sommes plus comme des barbares, nous sommes des barbares ! Un humain qui tue un autre être humain, exactement comme Conan le Barbare. Autrement, pourquoi nos hommes et femmes doivent-ils vivre de représailles massives à chaque fois que le peuple veut se faire entendre ? La cause des marcheurs est une cause noble. Jésus Christ, Mohamed, Moses, Luther King et Mahatma Gandhi avaient tous, à un moment ou l’autre, participé à une marche contre l'injustice. Alors, même si les loubards du RPG, avec leurs méthodes de violence et de terreur, sont omniprésents même dans les chambres de leurs victimes, le peuple doit marcher en pensant à ceux et celles qui ont perdu leur vies dans le combat pour la démocratie, mais aussi à toutes les personnes qui ont triomphé en osant sortir de leur « entrée-couché » (S.N. Bokoum), pour exprimer leur colère contre la dictature, le parti-Etat, et la misère générale. AC reste le seul président au monde « élu démocratiquement » qui n’a pas une Assemblée nationale en place après presque trois ans au pouvoir. Et pourtant cela n'aboutit pas à une nette prise de conscience des problèmes du pays. Il est très facile de fabriquer des frustrés quand on veut jouer à la fois au joueur et à l’arbitre tout en traitant les autres de « chiens enragés ». Être frustré, c'est être déçu devant une trop grande attente. Trois ans vont s’écouler sans une Assemblée nationale, trop c’est trop !
Qu'inspire, pour nous, la notion de famille ?
Aujourd’hui, entre Guinéens, la cohabitation n’existe plus ! Nous vivons côte à côte comme des arbres dans une jungle touffue, exubérante et audacieuse, où pour les uns, c’est le paradis; et pour les autres l’enfer : un état de souffrance extrême ! Des magasins en fumée, des cadavres et des blessés graves se retrouvent partout dans les rues, tout simplement parce que nous refusons de vivre ensemble comme des êtres humains capables d’utiliser la raison et non l’émotion. A cause d’une compagnie opaque, déficitaire et socialement conflictuelle, dont la plupart des Guinéens ne savent même pas prononcer le nom, « Waymark», la solidarité est aujourd’hui fragmentée entre les Guinéens, qu’ils soient de l’opposition ou de la mouvance présidentielle. Pour AC et son gouvernement, Waymark est une agence fiable et pas trop chère, mais pour l’opposition c’est juste une machine à tricher, une « gigantesque tombola » dont les numéros gagnants sont connu d'avance. Eh bien, si le scénario du jeu est décevant, mieux vaut ne pas y participer ! L'important c'est de ne pas légitimer Waymark en participant dans son jeu. Avec AC, les Guinéens ne partagent plus les mêmes valeurs, la même tradition et les mêmes perspectives. Nous assistons à une fragmentation de notre culture à cause d’une tension constante entre des
mouvements du parti au pouvoir et de l’opposition. D’un côté, il y a des Guinéens qui tuent et qui sont récompensés pour leurs crimes, et de l’autre côté nous avons toujours les mêmes victimes. Nous ne parlons plus la même langue même si tout le monde veut se faire entendre.
Tutankhamon
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