Alpha-Malal Barry Lundi, 11 Février 2013 19:13
Actuellement en Guinée à la cour d’assises se tient un « procès » qui n'est pas seulement une diversion et une honte pour la Guinée. C'est un test peut-être fondateur d'une nouvelle dictature dans notre pays.
Nous assistons impassibles, sans doute sidérés, n’en croyant pas nos yeux, à ce « complot » fabriqué et monté maladroitement de toutes pièces par une mafia à Conakry, dont le premier responsable est Alpha Condé.
Ce procès nous rappelle, en effet, les heures les plus sombres, que nous pensions révolues, que les Guinéens ont vécues dans les années 70, avec en responsable de la voyoucratie le sanguinaire Sékou Touré. Et nous pensions donc que l’expérience de ces années de « complot permanent », dont les grosses ficelles sont désormais connues de tous, aurait dû nous mettre à l’abri de cette méthode de gouvernement. Mais hélas !
Aujourd’hui, nous assistons tous à la répétition de cette même tragédie : des arrestations arbitraires, des prévenus qui sont torturés et qui, malgré tout, plaident avec courage leur innocence. De plus, nous voyons un « tribunal » dont le procureur montre par ses déclarations qu’il est indigne d’être seulement un employé de l’Etat du fait de sa partialité avérée. Ne nous y trompons pas cependant; quand Alpha avait promis de « reprendre la Guinée là où Sékou l'avait laissée », il ne faisait certainement pas seulement allusion aux folkloriques « vive la Révolution » ou au ronflant « Responsable suprême de la Révolution », devenu le « Professeur-président ». Il pensait ramener les Guinéens à l'état moral dans lequel ils se trouvaient, fait d'asservissement et de soumission. C'est dans cette logique que s'inscrit ce « procès ». La fonction qui lui est assignée est simple; il s'agit de formuler un message clair : « C'est le règne de l'arbitraire, et personne n'est à l'abri ; alors tenez-vous tranquilles ». Peu importe, alors, qu'il soit mal ficelé ; l'essentiel est ailleurs : tester l'état d'esprit des Guinéens, et les intimider par la même occasion.
Et que faisons-nous face à cette machine de guerre qui avance masquée ? Que fait l’opposition, qui doit être la locomotive, contre ce « complot » ?
Je crois donc, contrairement à beaucoup de nos compatriotes, que le problème fondamental que l’opposition doit résoudre c’est de se battre pour que la justice et la vérité puissent éclore de ce « complot » et que tous les vrais fautifs soient traduits devant un vrai tribunal.
Comment, en effet, pouvons-nous accepter que des personnes soient arbitrairement arrêtées, torturées, pour certaines tuées, des familles détruites à jamais et que les commanditaires qui sont connus, ne payent pas leur forfaiture ? Pourquoi allons-nous accepter de « payer » pour quelque chose que nous n’avons pas fait ? Les organisateurs de ces faux complots vont-ils continuer à détruire des vies, des familles, créer des tensions inutiles dans le pays et eux, vivre et mourir tranquillement ?
L’opposition doit comprendre que ce « complot » a été fabriqué pour pouvoir décapiter ses principaux leaders et, Bah Oury n’est qu’un exemple qui risque de les toucher tous s’ils n’y prennent garde. L’opposition doit se dresser contre ce « complot ». Nous tenons là une occasion de mettre en œuvre ce travail d’introspection et de prise de conscience que, à longueur de débats, nous appelons de nos vœux : conjurer les fantômes du passé et un nouvel état d’esprit à notre peuple.
Pour mémoire, nous pouvons nous rappeler que le sanguinaire Sékou Touré a procédé de la même façon dans les années de son pouvoir : après chaque faux complots, ceux qui n’étaient pas au camp Boiro pensaient que ceux qui y étaient, étaient fautifs ; et le jour où ils étaient arrêtés et jetés en prison au camp Boiro, alors là, ils réalisaient leur bêtise et comprenaient que tous ces complots étaient le fait du sanguinaire Sékou Touré.
La plus grande cause pour laquelle l’opposition doit se battre aujourd’hui, c’est de faire des marches pour faire libérer de prison tous les accusés de ce « complot » monté de toutes pièces.
Elle doit comprendre que les élections législatives sont importantes certes, mais il y a quelque chose de plus important encore : la liberté. La démocratie ne se résume pas à des gesticulations électorales, souvent truquées. C'est aussi un état d'esprit ; on ne doit donc pas accepter, si nous voulons avancer dans la bonne direction, que des Guinéens soient arrêtés arbitrairement, torturés et accusés à tort.
L’opposition doit prendre ses responsabilités, car l’histoire du sanguinaire Sékou Touré doit nous servir de leçon et nous conduire à montrer que c'est le peuple qui est souverain.
Alpha-Malal Barry
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