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Ma vision face à la situation générale en Guinée ces derniers temps
Amadou Saikou Diallo Vendredi, 18 Janvier 2013 22:37
Il faut d’abord dire que la situation générale de la Guinée est inquiétante. Plus de cinquante ans après l’accession du pays à l’indépendance, et deux ans après les élections présidentielles, on a l’impression que la Guinée sort d’une guerre qui a duré des décennies: un tissu social divisé (une réconciliation nationale ratée), une situation précaire des fonctionnaires, des industries en voie de fermeture, des projets miniers en cours de blocage, une Assemblée nationale inexistante, une transition inachevée, un gouvernement qui ne fonctionne pas correctement, un président de la République et son gouvernement qui ne communiquent pas (fait et constat reconnus par le président de la République), des violations de droit et des lois, des contrats négociés à la marge des représentants du citoyen guinéen, une insécurité et une injustice notoire, des discours d’exclusion, de l'ethno-stratégie, ...j'en passe!
Et pourtant, le principe de la démocratie est simple, le pouvoir d'un dirigeant ne serait qu'un pouvoir délégué par le peuple souverain, dans ce sens, le pouvoir devrait prendre l'apparence d'un pouvoir sans domination et sans écrasement du peuple souverain.
Le respect de la reconnaissance du peuple souverain est un des fondements des libertés du peuple. Le pouvoir perd ainsi son autonomie et dépend du peuple. En finalité, l'avantage de la démocratie permet une compétition démocratique et honnête, dont il sortira de l'émulation (vote) due au peuple souverain, le moins mauvais qui assurera la destinée nationale
Le problème fondamental de notre pays, c'est vrai, est et demeure surtout économique. En effet, sans perdre de vue l’importance des autres aspects de la vie du pays comme le politique, le social, le culturel, etc. Je pense que l’origine des conflits potentiels et apparents que nous observons est surtout un manque de volonté politique de la part des autorités actuelles, qui ne profite à personne ; d'où la nécessité pour tous les Guinéens de travailler à l'unification et au développement économique du pays.
Il y a des conditions de base à remplir pour ce développement économique. Entre autres, nous pouvons citer le minimum de cohésion sociale, une mise en place d’institutions solides et crédibles, le minimum de stabilité macroéconomique en termes d'inflation, de solde budgétaire et de solde extérieur, l’environnement juridique favorable, la restructuration financière par l'élaboration et la mise en œuvre d'une politique monétaire avec une banque centrale capable de gérer la monnaie et de réguler l'économie, et les conditions minimales d'allocation efficace de ressources.
Tout Guinéen soucieux de l’avenir de la Guinée devrait travailler aujourd’hui à attirer l'attention sur une vraie réconciliation nationale et/ou générer les ressources financières dont l’économie a besoin. Ces ressources sont des capitaux privés nationaux, privés étrangers et publics. Une fois investis, ces capitaux sont susceptibles d’accroître la production des biens et services dans le pays.
Les économistes, eux, nous enseignent que deux facteurs principaux influencent la croissance: les investissements et les exportations.
Comment investir?
Il faut bien entendu investir de façon efficiente, c’est-à -dire que les investissements doivent se traduire en terme réel par une augmentation du produit intérieur brut (PIB). Il faut donc éviter des investissements de spéculation ou de prestige sans impact sur la croissance.
Où investir ?
Dans des secteurs d’activités productives et dans les ressources humaines. L’Etat et le secteur privé doivent investir dans les ressources humaines, c’est-à -dire la santé et l’éducation. Les investissements dans les ressources humaines font partie des investissements productifs, car ce sont des hommes et femmes en bonne santé et bien formés qui créent les richesses. Notre système éducatif et de gouvernance ont besoin de réformes sérieuses.
La Guinée ne manque pas d’enseignants et d'autres cadres compétents. La Guinée manque de volonté politique et de gouvernance efficace pouvant permettre de mettre les enseignants et autres fonctionnaires de l'Etat dans les conditions minimales de travail.
Par ailleurs, on a beau chanter nos ressources naturelles comme nous l’avons toujours fait depuis l’indépendance, elles ne nous seront pas d’une grande utilité si nous ne nous dotons pas d’énergie suffisante pour leur transformation. Nous avons raté de grandes opportunités durant ces dernières années quand on mobilisait les Guinéens pour les différents projets en demandant des cotisations. Ce fut un échec parce qu’on a plutôt fait appel au cœur des Guinéens qu’à leur tête. On ne demande pas la charité d’une population pour produire un bien commercialisable. Il aurait fallu mettre à la disposition des Guinéens, de tous les Guinéens, y compris ceux de l’étranger, des produits financiers (bons, actions ou obligations, appelons-les comme on veut) dans lesquels ils auraient investi leur épargne avec l’espoir de récolter au bout quelques fruits pour eux-mêmes ou pour leurs enfants et petits-enfants. Plus important encore, leur épargne aurait ainsi été utilisée pour doter le pays d’une ressource indispensable à son développement. On peut le faire dans tous les secteurs importants de notre économie (l’eau, les infrastructures de communication, etc.). Nos gouvernants actuels pouvaient en faire autant.
Mais cela présuppose la mise en place d’un cadre juridique, institutionnel et réglementaire garantissant la propriété privée, favorisant l’activité économique et attirant des capitaux privés étrangers et nationaux.
Le secteur privé doit investir dans les secteurs industriel (notamment la production manufacturière), agro-industriel (produits agro-industriels alimentaires et vivriers) et minier (produits miniers élaborés à haute valeur ajoutée). Ces investissements doivent viser à stimuler les exportations qui doivent rester le pilier de la croissance. Ils doivent se traduire par un accroissement de l’emploi et le progrès social, qui sont intimement liés au développement du secteur privé autant qu’à l’amélioration du fonctionnement de l’Etat. L’accroissement de l’emploi réduira le chômage et permettra aux Guinéens de disposer des revenus, ce qui relancera la consommation intérieure.
Après cinquante ans et plus, d’efforts plus ou moins infructueux d’attirer les aides et les dettes extérieures pour construire notre pays sans que celles-ci n’aient laissé une trace perceptible, le temps est venu de faire face, avec esprit de responsabilité, aux défis de notre développement.
Albert Einstein ne disait-il pas que « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ». Si nous n’excluons pas les efforts d’attirer les aides provenant d’autres cieux, nous devons attendre désormais plus de nous-mêmes, de notre rejet de la médiocrité, de notre standard élevé d’intégrité et d’accomplissement, et d’un encouragement de notre part de la culture d’efforts personnels et de progrès.
Un dernier point non moins important que je voulais souligner, est l’indispensable nécessité pour nous les Guinéens, tous les Guinéens, d’avoir le courage de s’attaquer à la racine d’un des maux dont souffre notre pays : la tyrannie du pouvoir exécutif, « l’inutilité » apparente des pouvoirs législatif et judiciaire, et la centralisation à outrance du pouvoir. Il faut s’attaquer à la refonte totale de la constitution et des lois organiques en vue de permettre l’équilibre réel entre les trois pouvoirs et, par la mise en place d’un système de « check and balance », d’empêcher la tyrannie d’un pouvoir et l’inutilité des autres, comme c’est le cas jusqu'à maintenant.
Dans la même lancée, il convient aussi et surtout de donner l’initiative et la responsabilité aux structures décentralisées du pays.
« Plus les contributions publiques s'éloignent de leur source, plus elles sont onéreuses » disait Rousseau. Ce n'est donc pas à partir de la quantité des impositions qu'il faut mesurer la charge des particuliers, mais à partir de la distance que devront faire les contributions pour retourner dans les mains dont elles sont sorties. Si la circulation est prompte et bien établie, qu'on paye peu ou beaucoup en taxes ou en impôts, il n'importe ; l’économie est capable de tourner. Au contraire, quelque peu que les populations donnent, si ce peu ne leur revient plus, sous une forme ou une autre, en donnant toujours, elles finissent par s'épuiser. Il ressort de cette analyse que plus la distance du peuple au gouvernement augmente, et plus les tributs deviennent onéreux. Or c'est dans un contexte de décentralisation réelle que cette distance peut être écourtée. Qu'est-ce que le Haut-commissariat pour la modernisation de l'Etat nous a offert depuis sa création?
Il est temps pour que le président Alpha Condé et son gouvernement comprennent que dans un pays il ne peut pas y avoir de développement sans cohésion sociale et que dans un régime démocratique, les institutions doivent exister et fonctionner comme telles.
Merci de votre attention et bonne et heureuse année 2013.
Que Dieu sauve notre Guinée: amen !!
Amadou Saikou Diallo
depuis Washington DC
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Commentaires
Quand on est bête on ne comprend pas qu'on exporte que ce qu'on a produit. Mais dans un pays où toutes les industries ferment, les commerçants sont terrorisés, chassés et assimilés à des procès politiques et éthiques on va exporter quoi? C'est ça tuer économie et détruire le tissu social.
Quand on est bête et con on refuse de comprendre, si non pourquoi faire le refuge identitaire dès qu’on est en manque d'argument?
Les problèmes économiques entraînent des problèmes sociaux. Dommage car ceux qui sont actuellement aux mallettes se nourrissent des tentions sociales et de la haines pour exister. Comment voulez vous qu'on investisse si l'Etat ne joue pas sa fonction régalienne, en terrorisant les commerçants, en encouragent la fermeture des industries en faisant fuir les capitaux extérieurs?
Il faut être bête pour croire qu'on va parler d'exportation sans rien produire.
Monsieur Diallo, retenez que le problème guinéen est avant tout social. Il n'y a pas de cohésion nationale et c'est ça le vrai mal guinéen. On peut vivre mieux dans des cases en paille si on s'entend bien que dans des châteaux si on se querelle à longueur de journée.
Par ailleurs vous dites que les économistes enseignent que les deux facteurs qui influencent la croissance, sont l'investissement et l'exportation et vous vous limitez à l'investissement sans parler de l'exportation. C'est pas professionnel.








